Cf. le livre de John Ruskin, The stones of Venice
46 L'ITAUE du XVI* SIÈCLE.
peint r image dans sa Sa nia Barbera, idéal de beauté charnelle. Cet art, que Titien avant tous incarne parmi les Vénitiens, est facile, éclatant, pompeux, d'un goût quelquefois discutable, d'une éloquence qui ne sait pas toujours éviter l'emphase; tout cet ensemble de défauts, séduisants autant que des qualités, était admirablement fait pour conquérir l'Arétin et pour l'inspirer : c'est bien là ce qu'il eftt voulu créer s'il était resté peintre; écrivain, ce qu'il devait aimer et louer avec ardeur. Les héros, les dieux de l'antique, et la mythologie chrétienne, n'étaient qu'un magasin d'emblèmes, propres aux belles mises en scène; et l'Arétin allait s'habituer à faire la réclame, la légende de ces allégories. L'époque de l'Art théâtral était arrivée.
Si les ennemis de TArétin ne manquaient pas, afin de le blesser au vif, de rappeler ses malheureux essais dans la peinture, lui-môme ne laissa jamais tomber un mot à ce sujet. 11 en avait pris son parti; les tableaux qu'il n'avait pu faire, il les aimait en amateur italien, fervent pour acquérir, adroit à brocanter *. Il avait un instinct de clairvoyance auquel les critiques les plus rigoureux ont dû rendre hommage '. S'il est vrai, comme a dit un maître, que « Ton se fait critique, lorsque Ton n'a pu être auteur» ', l'Arétin du moins eut le bon esprit de prendre fran-