Botlari, Lett, pitt., Ilï
Pendant que son ami restait h Augsbourg, TArélin se voyait soumis à la plus dc^sagréablc mésaventure : son propriétaire, ce propriétaire qu'il n'a plus daigné nommer, mais dont on connaît bien^le nom, le sieur Domenico Bollani, le forçait à déménager; il fallait quitter le palais où toute sa vie à Venise s'était écoulée. « Seigneur très honorable et très remarquable, disait la lettre de congé que TArétin écrivit, je vous restitue les clefs de cette maison, habitée par moi XXII ans avec les m^'mes égards que si c'eût été la mienne propre; et je n'allègue nulle autre raison, sinon qu'il y pleut partout, et qu'elle est en ruines dans chacune de ses parties, à cause que je puis mal réparer sa vétusté, moi qui nç peux subvenir à ma propre vieillesse. Je laisse de côté ce fait, que vous n'avez eu nul respect pour moi, vous à qui, de la propre bouche de l'empereur, par l'intermédiaire de quatre ambassadeurs à Venise, il fut demandé en grâce, à votre Seigneurie, de me considérer comme un objet très cher à Sa Majesté ; et, qu'Elle vous en aurait une obligation éternelle ; je laisse tout cela de côté, et je dis, seulement, que l'on regarde cette chambre où je pensais m'éjouir toujours, et l'on verra, par les figures des lambris, par le poli delà terrasse, et par les autres ornements du plafond au-dessus du lit et de la cheminée, que je sais me venger des procédés discourtois par la courtoisie. Les filles que j'ai, les trésors qu'on me connaît, et les œuvres que Ton voit de moi, j'ai composé celles-ci, j'ai eu celles-là, et j'ai acquis ces