USAGE DES TRÉSORS D'ART
autres encore, dans celle maison; oe sont les raisons les plus fortes pourquoi, non à ce lieu sans doute, mais bien à vos très illustres munificences, je conserverai amour et respect éternel. Voici pourtant que je m en vais (plaise à Dieu que ce soit mon bien), avec un loyer double, dans les appartemenls seigneurialemenl commodes de Thabitation*que j*ai prise sur la Riva del Carbone, et cela dès demain. Avec les sentiments de serviteiu* el dami, que j'eus pour vous toujours. Car nulle perversité, nulle injure, ne peut me faire changer de caractère *. »
Le dieu changea de temple, mais il n en fut pas moins fôté. Il voyait grandir les élèves des maîtres qu'il avait suivis depuis les débuts. Il devait quelquefois s'entremettre, quand le disciple était un Alessandro Vittoria, et qu'il sentait sa force jusqu'à faire tenir au Sansovino des lettres « moult licencieuses ». L'Arétin mangeait les poires envoyées de Vicence par le Vittoria, et réprimandait doucement le fougueux sculpteur, tout en lui offrant « son crédit, et d'en librement user* ». L'Arétin n'avait garde de mépriser comme fit Leoni, la cité natale, qui l'avait créé gonfalonier; seulement il lui faisait payer l'honneur de l'honorer '.
L'année 1551 finissait avec les mêmes agréments de la vie luxueuse, qui avaient retrouvé leur place dans la nouvelle demeure. Leoni avait offert sa
i. LeU., VI, 37-38.— 2. Lelt., VI, 52. Le Vittoria fil un buste de l'Arétin. — 3. Lelt., VI, 56, 57.
256 L'ITAUE du XVI* SIÈCLE.
médaille d'Hippolita Gonzaga, fille de Ferrante Gonzaga, gouverneur de Milan, duc d'Ariano, comte de Guastalla, et d'Isabella Capua, princesse de Molfetta. La jeune femme, qui avait épousé en premières noces, trois années auparavant, Fabrizio Colonna, devenait veuve et se remariait avec Antonio CarafTa. Son père, protecteur de Leoni, sa renommée, sa beauté, tant de raisons pour bien faire, avaient piqué d'honneur Tartiste; il avait modelé un chefd'œuvre; TArétin fut enchanté *. L'année suivante, Leoni dessinait une deuxième médaille, qu exécuta Jacopo da Trezzo *.
C'était un amateur d'une espèce particulière, cet Arétin qui monnayait en faveurs prîncières ses plus beaux objets d'art : « Je reconnais, disait-il à la duchesse Villoria d'Urbino, que toutes les chambres de la maison que j'habite sont indignes du grand, de l'admirable ouvrage dans lequel, en bas-relief, la main du Sansovino (lecjuel, pour venir le second après le Buonarroti, se voit néanmoins regarder comme le premier entre les sculpteurs) a si bien représenté avec l'imagination du génie la Vierge tenant l'Enfant dans ses bras ; je la consacre donc à celle de vos chambres royales qu'il vous con-
1. Voir la reproduction de l'œuvre dans le livre de M. Eug. Pion, pi. XXXU, 7, 8, et le Commentaire^ p. 263-264. — Cf. Armand, les Méd. it.^ p. 110. — La médaille est au Louvre.
2. Voir Milanesi, ap. Vasari, V, 387 et suiv, notes; et AfTo, Memorie di tre celebri principesse délia famiglia Gonzaga, Parma, 1787.
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BROUILLE AVEC LÉONL 2H7
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viendra le mieux, Excellence de la très illustre Dame Vittoria, pour que vous orniez celte chambre avec une œuvre si sainte et si dévote. Je vous baise les mains, ainsi qu'au duc, avec une religieuse affection d'esprit *. »
On ne payait pas toujours bien l'Arétin, fût-on prince de Salerne et lui promît-on cent écus. Il lui arrivait quelquefois, après une déception, de songer au suicide. La tramontane soufflait sur la Riva del Carbone '. Le cardinalat n'avait pas mieux réussi avec le pape Arétin qu'avec tous les autres ; et l'Arétin ' protestait à Leone « sculpteur de César, qu'il ne daignerait point devenir prêtre ».
Leoni avait regagné Milan, après un séjour à Augsbourg, où il avait vu Titien, et fait les modèles des bustes officiels que lui avait commandés l'évoque d'Arras, Granvelle. Les emballeurs lui avaient gâté ses ouvrages. Il les répara, et jeta la statue de Charles-Quint, puis celle de don Philippe ' : il avait été fait chevalier et pourvu d'une pension de cent cinquante ducats sur la monnaie de Milan, d'une maison dans la via de' Moroni*. 11 se rendait, en 1552, à Modène; il devait même visiter Arezzo, et l'Arétin avait hautement annoncé la venue du sculpteur impérial : on lui préparait une réception solennelle ; le vent tourna, Léoni dédaigna les honneurs, et ne vint