‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 173 sur 227 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'Arétin auteur dramatique. — Vlloraiia. — Les coniôcU#»s.

F'rancesco Sansovino, qui n'avait point pardonno à TArétin les platitudes auxquelles il avait été contraint par lui, écrivit dans sa description de Venise : « Il est une église, San Luca *, située au centre de la cité... là dort en un tombeau placé en Tair, Pietro Aretino, lequel fut surnommé fléau des princes à cause de la licence présomptueuse de sa plume très mordante, et, mourant, perdit toute sa renommée ».

Le fils du compère dépassait la mesure. La preuve que Sansovino Francesco n'avait pas si bien enterré TArétin, c'est que Montaigne' a cru devoir discuter son autre surnom, celui de « divin », et que, dans le siècle suivant. Ménage s'estimait obligé à le mal-

i. C'est cette église de Saint-Luc qui a un si joli campanile gothique; — Ven. descr., p. 120.

2. Essais, I, LL — Bayle, Dictionnaire, art. Arétin (où la date de sa mort est, par erreur, 1364), p. 442-i49, éd. de 1734.

traiter encore *, tandis que Bonaventure Despériers Tavait célébré *. Il est des morts qu*il faut qu'on tue trop souvent : c'est qu'ils ne sont pas bien morts.

L'Arétin a porté la peine de ses bravades. Il disait' : « J'écris per la famé, e non per Si\er fama ». Il se vantait de tours de force, laissant croire qu'il brochait toutes ses œuvres, et surtout ses œuvres de théâtre. S'il faut Ten croire, la Talanta fut écrite en moins de temps qu'on n'en prit pour la copier, et Y Hypocrite « durant les heures dérobées au sommeil en une vingtaine de nuits » *. Mais Rabelais n'a-t-il pas dit : « A la composition de ce livre seigneurial, je ne perdiz ne employay oncques plus ny aultre temps que celuy qui cstoit estably à prendre ma réfection corporelle, sçavoir est, beuvant et mangeante »

Ce qui est sûr, c'est qu'il nous reste de l'Arétin une tragédie et plusieurs comédies. C'est aussi que la tragédie, en vers, n'est ni plus mal rimée ni plus mal composée que d'autres. Du reste, il l'estimait plus haut que tout le reste*. C'est, qu'on y veuille bien songer, une idée assez personnelle, de faire une tragédie en italien, à cette époque, dans la première moitié du xv« siècle, et à Venise, oii le théâtre n'était pas aussi favorisé qu'à Rome. Le Padouan Albertin

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