‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 176 sur 227 · Dante, Paradiso · texte numérisé non relu

Dante, Paradiso

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Guidobaldo d'Urbin « qui régit et qui meut les troupes armées du pouvoir vénitien », c'est Ferrante Gonzaga, qui, Tun après Tautre, chacun suivant son rang ou ses mérites particuliers aux yeux de TArétin, viennent recevoir une louange; encore un vers, et la Renommée annonce que « Publius arrive à pas lents ». Elle parlait en vers libres. L'action commence en hendécasyllabiques.

Publio, c'est le vieil Horace. Il est avec Spurio, son confident. Il lui expose ce qu'ils savent tous deux fort bien, mais qu'il faut apprendre au public. La pièce n'est pas divisée en scènes, par la typographie. Mais ce qui ferait aujourd'hui la deuxième scène, c'est l'arrivée du fécial M. Valérius. Il parle du traité conclu avec Albc, non sans force et sans poésie'. Puis, les trois hommes se retirent.

Célia entre avec sa nourrice, Célia s'appellera Camille dans la pièce qui la fera immortelle. Célia gémit de n'être point un homme, et d'Otrc aimée, et d'être belle. C'est un style d'une monotonie tendue et ferme, assez semblable aux bons endroits de Sénèque; voici quelques vers :

Tandis qu'ils font entre eux de mortelles batailles. Je sens mon âme aussi dans mes propres entrailles Combattre ses esprits; et mon cœur est si prompt Qu'il se combat lui-môme, et se heurte de front *.

Montre eglino fan mortal batta^lia, Anco in me la propria anima rontendo Co i suoi spiriti medesimi ; o il cor pronto Scco stesso a combattcr 8i rivolgc.

Il y a un songe, nalurellement, plus ou moins prophétique, et la nourrice commente par avance, avec une ampleur de verbiage qui ferait mourir de jalousie toutes les nourrices de Vérone, le mot royal : « un songe, me devrais-je inquiéter d*un songe! » Ensuite, d après cette règle de toutes les tragédies de la Renaissance, que la Pléiade observera, c'est un chœur. Les vertus parlent, en vers de huit pieds, pas très bons, que coupent les hendécasyllabes. L'acte premier est fini.

Publius et Spurius reparaissent au début de Tacle IL Si l'on n'est pas sans éprouver quelque fatigue, à suivre le débat moral, mêmedans nos plus illustres tragédies, ici, où les discussions, les analyses des sentiments à la manière de Corneille et de Racine, font défaut, on peut penser quelle lassitude dégagent ces longs couplets de dialogue par tirades superposées. Conversations sur les présages, auspices, haruspices, variées par les conceili qui apparaissent et s'accumulent, les pages après les pages ne contiennent rien d'autre. Publius appelle sa fille et la nourrice « des vases d'éloquence, et môme au milieu des doctes et des sages académies se feraient sentir ces génies féminins ».

Accourt Titus Tatius, qui fait bien de l'esprit pour un homme essoufflé. Les maximes générales pleuvent, sur l'amitié, sur les embrassemenls ; cependant Tatius a repris haleine. Il débite un discours, de cent soixante vers, ou approchant : c'est le récit du combat, fait sans art : on sait du premier moment

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la victoire remportée par le jeune Horace. Le coup de théâtre est manqué. C'est un autre qui le fera, et qui sera le véritable auteur d'Horace, Comme Corneille, TArétin fait frapper le dernier Curiace « aile canne », à la gorge : il connaît son Tite-Live. Le vieux Publius est si enivré par le triomphe de Rome qu'il omet absolument la mort de ses deux fils aînés.

La nourrice, « lait et science de Célia », exhale les plaintes les plus recherchées, et décrit le désespoir de Célia.

La jeune Célia paraît elle-même, ou plutôt « son ombre! » Sa première parole, c'est « amour n'a pas de lois! » Là-dessus, discours de son père; avec tout le tact usité dans une telle circonstance , il lui promet de lui trouver d'autres maris. Célia recommence à gémir, et s'évanouit. La nourrice réclame à grands cris de l'eau de rose et du vinaigre afin de la faire revenir; et Publius la porte à l'auberge voisine, sur un lit de plume.

Le chœur des Vertus vient conclure en prédisant un accident plus étrange encore.

L'acte III montre en scène Spurius et la nourrice, puis Publius qui envoie la nourrice à son devoir, auprès de Célia. Il veut aller à la rencontre de son fils vainqueur, que l'armée et le peuple ramènent en triomphe.

Le roi Servius dédie les trophées à Minerve. La nourrice recommande à Célia de se faire vestale. Célia répond : « Je suis veuve ». Elle consent pour-

tant à prendre des renseignements sur les vestales.

Deux citoyens « à volonté », a caso, surviennent. Ils exaltent la victoire d'Horace.

Célia, qui n*a point éprouvé de consolation à les entendre, de la cachette où elle s'était retirée à leur approche, rappelle les détails de ses amours avec Curiace. Pourquoi Horace ne Ta-t-il pas épargné?

Le roi Ser\'ius, avec un à-propos royal, prétend faire admirer le triomphe à Célia, lui faire toucher la main sanglante de son frère. Elle s'y refuse; puis elle s'élance vers lui, tout en pleurs, les cheveux épars.

Horace s'irrite, au spectacle de sa sœur défaite et pleurant. Qu^elle aille aux enfers, dont elle est une Furie! Elle n'a pas dit trois vers, qu'il la saisit par les- cheveux, et la tue. Le peuple répond à ses invectives sur sa victime par de longs reproches. Publius (et non pas le peuple, comme ont voulu les imprimeurs) donne raison à son fils.

Voici que le débat sur le sort du jeune Horace, déjà si long dans Corneille, va tenir deux actes et demi, vingt-quatre colonnes de vers où se délaîra Tite-Live.

On paraphrase les Décades. L'enflure et les longueurs envahissent le quatrième acte qui, dans un système dramatique mieux affermi, sera celui de la péripétie.

Horace a reçu sa grâce, de Servius TuUius, à condition que le peuple y souscrive.

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L'Arélin a trouvé encore, et sans embarras, son cinquième acte. C*est un assez beau tour de force.

L'a nourrice vient annoncer, pour ouvrir ce cinquième acte, que la servante, au désespoir d'avoir vu Célia mourir, s'est pendue avec ses cheveux ; trépas bizarre, et qui ne reçoit point d'autre explication.

Publius excuse son fils, « c'est un péché de jeunesse ». Il s'étend sur celte idée, et place un éloge de « l'altière jeunesse ». Horace « mérite pardon, lui qui n'a pas encore ses joues délicates parsemées du blond duvet de la virilité ».

Le peuple discute très fort avec Publius: Horace n'est pas populaire : il arrive, il se déclare prêt à mourir, il parle fièrement au peuple, qui tourne peu à peu à la clémence. Horace, qui est un énergumène, saisit le licteur d'une main par la barbe, de l'autre par les cheveux : le licteur crie, le peuple s'indigne.

Au milieu du vacarme, on entend une voix qui vient du ciel. Elle ordonne au peuple le pardon, et la soumission h Horace. Il faut qu'il passe sous le joug. Horace discute la procédure de cette cérémonie, puis il cède.

Il ne reste plus qu'à « serrer dans l'urne la pucelle infortunée ».

Le chœur des Vertus laisse rouler quelques maximes.

Telle est cette tragédie, ni meilleure ni pire, de fond et de forme, et peut-être plus originale par son sujet, que les tragédies latines ou que celles écrites ailleurs dans le m^^me siècle. Comme celles qui

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précédaient, comme celles qui ont suivi, elle montre, avec du fatras et du clinquant, quelques beaux vers, des tirades fortes. Comme elles, aussi, elle fait admirer mieux encore les ouvrages des maîtres.

Une certaine vie, que montrera dans son éclat le théfttre d'un Shakespeare, et qui, dans TArétin, n'est que rudimentaire, dans le mouvement des foules; une brutale vigueur, capable parfois d'emporter l'idée assez loin ; c'est peut-être encore ce que l'on peut trouver ici, et que les grandes tragédies du XVII*' siècle français, si bien ordonnées, agencées avec une rigueur parfaite, n'offriront plus bien souvent.

La tragédie A'Horalia fut certainement la seule qu'ait faite l'Arétin. C'est celle que l'édition de la Talanta, dans le recueil des comédies de 1588, appelle, par une erreur d'imprimeur, VHortensia. Quant à la tragédie du Christ, dont l'Arétin parle, dans une lettre pour Alessandro Piccolomini, imprimée à la fin du même recueil, il y a toute raison de croire qu'elle est devenue VUmaniià di Crisio; ou bien encore que l'Arétin a songé peut-être à tirer de cette dévote rapsodie une tragédie sacrée, mais que l'accueil fait à ses opuscules pieux par les censures ecclésiastiques ne l'y a point encouragé ^

!. Le Dolce, qui après la mort même devait demeurer réuni à la fortune de PArétin, puisqu'on Tensevelit à San Luca, lui adressa la tragédie du Neqromante,

Vfl

La première édition vénitienne de la Corligiana est de 1534, chez Francesco Marcolini. Mais on sait * que dès 1526 TÂrétin composait cette pièce sous une première forme. Dans sa lettre à Francesco Dar Arme du 25 mai 1537, il plaçait la Courtisane avant le Maréchal '. C'était une des comédies qu'il se vantait d'avoir faites en dix matinées.

« Marchez, disait-il à Lodovico Dolce, dans les voies que vous montre la nature '. » Dans ce temps, en Italie, ces voies n'étaient guère foulées. La première comédie en prose italienne, cette Calinia de Sicco Polentone, dont la Marciana conserve l'exemplaire unique, est de 1482, à Padoue. C'est une étude singulière de mœurs et de langage *. VOrphée de Politien(1472), représenté dix années avant que parût la Catinia,esi une pastorale virgilienne. La Calandra datait du commencement du siècle, comme la Mandragora. Les Suppositi de l'Arioste, la Rosmunda de Ruccellai, se jouaient devant Léon X dans le même temps". L'Arétin avait vu sans aucun doute des représentations à la cour du pape, et peut-être chez Agostino Chigi. Avec sa conviction hardie qu'il était en littérature l'uomo universalcy il prit le chemin que

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