Gherardi, dont il a écrit la vie
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une grande maison qui n'était pas finie, mais qui n'avait que les gros murs et le toit, dans l'espace d'une pièce longue de soixante-dix brasses et large de seize Giorgio fit faire deux rangs de gradins en bois, hauts de terre de quatre brasses, sur lesquels on devait faire asseoir les dames; et de face les bandes se divisaient chacune en quatre cadres.... Dans le premier... à main droite de la scène, et tous étant peints en grisaille, on voyait figurée comme représentant Venise, la très belle Adria, assise au milieu de la mer, sur un récif, une branche de corail à la main; autour d'elle, Neptune, Thétis, Protée, Nérée, Glaucus, Palémon, et d'autres dieux et nymphes de la mer, qui lui présentaient des joyaux, des perles et de l'or, et d'autres richesses marines : et outre cela, il y avait certains Amours tirant des flèches, et d'autres qui volaient en l'air et semaient des fleurs; et tout le reste de l'espace du cadre était semé de palmes très belles. Dans le second cadre étaient les fleuves de la Drave et de la Save, figurés nus, avec leurs urnes. Dans le troisième était le Pô, représenté gros et corpulent, avec sept fils, qui étaient faits pour les sept branches qui, partant de lui, vont se jeter à la mer, comme si chacune d'elles était le fleuve royal. Dans le quatrième était la Brenta, avec les autres fleuves du Frioul.
« Sur l'autre panneau, en face l'Adria, était l'île de Candie; on y voyait Jupiter allaité par la chèvre, et force nymphes alentour. A côté de celui-ci, c'est-àdire en face de la Drave, était le fleuve du Taglia-
menlo et les monts de Cadore; et sous ce dernier, en face le Pô, était le lac Benaco (de Garda), et le Mincio, entrant dans le Pô. A côté, et par conséquent en face de la Brenta,étaient l'Adige et le Tessin entrant dans la mer. Les panneaux de la bande droite étaient divisés par les Vertus suivantes placées dans des niches : Libéralité, Concorde, Piété, Paix et Religion. De Tautre côté, sur l'autre face, c'était le Courage, la Prudence civile, la Justice, une Victoire avec la Guerre au-dessous, et enfin une Charité. Au-dessus régnaient des corniches, des architraves, et une bordure pleine de lumières et de boules de verre remplies d'eaux distillées, afin qu'ayant des lumières derrière elles, la salle en fût toute illuminée. Le ciel était partagé en quatre panneaux : dans le premier, au-dessus de la scène, on voyait le Temps qui disposait les Heures, accompagné d'Éole et des Vents, de Junon et d'Iris. Dans un autre, à l'entrée de la porte, le char de l'Aurore, qui, sortant des bras de Tithon, allait semant des roses, tandis que des coqs traînaient son char. Dans l'autre, le char du Soleil; et, dans le quatrième, le char de la Nuit, traîné par des hiboux; laquelle Nuit avait la lune sur sa tôte, quelques chauves-souris devant elles, et des ténèbres tout autour.... »
Au milieu de ces belles choses, la Talanta commençait à babiller sur son métier; elle parlait de ses clients, du capitaine, du « vieux » de Venise S qu'elle
i. On reconnaît, dans ce vieux marchand, le Messer Pantalon de la comedia deirarte; type essentiellement vénitien,
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traitait de « dondolo », girouclto, aimable plaisanterie que les Dandolo de lassistance durent apprécier. Elle raillait le zézaiement vénitien : « Combien j'ai de plaisir, quand le bonhomme me demande s'il parle bien correclement le toscan, affirmant qu*il a tenu auprès de lui durant deux années un Florentin, afin de devenir docteur en sa langue, et combien il dut endurer de peine pour se déshabituer de dire : « Velluo, averzi, vienzà quà, indrio, in cà o ». Il y a aussi l'amoureux, Orfinio ; mais celui-là n'aime la Talanta que pour son propre plaisir, comme on aime une bartavelle pour la manger; la pauvre fille est une incomprise, elle ne serait pas complète sans cela. Elle attend un esclave sarrasin que le Vénitien lui a promis, et une petite serve, que le capitan doit lui donner : c'est le plus clair de son espérance, ses filets ne ramèneront que ce fretin. Elle rentre, avec sa servante. Orfinio arrive, et tient des propos vifs et colorés ; le dialogue de cette pièce est expressif, les types sont vivants et les attitudes vraies.
Orfinio cause avec son ami Pitio, tandis que la servante de la fille galante, Aldella, se tient à la fenôlre. Cet Orfinio est un amoureux médiocre; il débute par une tirade de chimie — ou d'alchimie — galante, avant de frapper chez sa belle. La servante ne veut point ouvrir. « 11 ne se peut maintenant,
avec sa zimarra et sa petite toque ronde. Et les Zanni sont là aussi, — valets mâtinés de bandits, avec leur feutre ruiné, les braies et le petit manteau. — Cf. L. lliccoboni, Hist. du Théâtre italien, Paris, 1728-31, 2 vol. in-8.
dil-ello, volte-face! » C'est que le Vénitien arrive, ce messer Vergolo qui est venu à Rome établir son fils Marchetto et briguer quelque distinction honorifique, « de celles qui s'achètent et s'acquièrent en cour »>. C/est le type du Siennois de la Coriigiana, beaucoup plus poussé. En vrai Vénitien de lancienne roche, il est grolescjue sur un cheval, voire même sur une mule ; c'est la revanche des étrangers, qu'il a tant raillés à Venise, quand il les voyait sortir de gondole par la poupe. Il anime sa mule avec le cri traditionnel du gondolier au tournant des canaux : « Stali premi, premi staliî » Sur tous les monuments qu'il voit, il faut qu'on le renseigne; il trouve la colonne Trajanc tout juste aussi belle que les colonnes de la Piazzetta, à Venise. Il consent à laisser dire que l'arc de Septime a son prix ; mais tout de suite, il faut qu'il mette en comparaison le Bucentaure.
Ce messer entre chez la Talanta. Cependant, le parasite du capitan Tinca, l'un des autres amants de la courtisane, trouve Scrocca, valet du Vénitien, endormi auprès de la mule qu'il devait garder, et lui vole l'animal.
Le vieux sort de la maison, il ne trouve plus sa monture; il regrette l'argent qu'elle a coûté; car, pour l'agrément que lui donnait la cavalcade, il ne le pleurera jamais.
Arrive Orfinio, qui exhale les plaintes ordinaires aux amants jeunes et benêts, contre la mauvaise foi des courtisanes. Il jure de quitter la Talanta.
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Celle-ci, qui vient une fois qu'il a disparu, proclame au contraire son empire assuré : « Nous autres femmes, nous sommes le fer qui frappe, et Tonguent qui guérit les plaies; le coup qu'a reçu Orfinio guérira — dès que je lui poserai Templâtre. — Je fais à la mode des chats... qui jouent avec la souris qu'ils ont prise. »
Orfinio revient faire cette bravade classique, de passer par défi devant la maison dont il a juré de ne plus franchir le seuil. La servante Aldella sort; il la veut quereller, mais la soubrette lui fait une si touchante peinture des sentiments que lui porte la Talanta! « Si vous l'aviez entendue, lorsqu'elle chante, avec cette chère voix doucette, « ô mon Orfinio des « étoiles! ô mon Orfinio de la lune! 6 mon Orfinio du « soleil! » vous courriez l'embrasser! » Orfinio va fléchir, mais son ami Pitio l'emmène. Âldella travaille alors pour son propre compte; elle coquette avec Branca, celui qui a volé la mule. Elle fait la cruelle.
Naturellement, Orfinio reparaît, fier de sa fermeté, et tout prêt à la démentir. Pitio, qui est une manière de Tiberge, fait un tableau de la félicité que goûterait le genre humain si les courtisanes n'existaient pas. Ce raisonneur est assez bête pour nommer plusieurs rivaux à Orfinio, croyant ainsi le dégoûter. L'amant trouve dans sa colère un nouvel aiguillon. Alors la Talanta paraît. Elle déploie pour Orfinio toutes ses blandices : « Œil de mes baisers, mon plaisir est d'être à jamais la tuissime (ou tienissime'?) »
Elle lui demande trois jours pour conlenler les « amis stTieux » ; puis elle sera tout entière à sa « petite âme ». Mais il faut bien gagner loyalement les esclaves elles subsides promis. Orfinio se révolte : « Double traîtresse I archiribaude! » Mais les raisons de la pauvrette sont si bonnes et si touchantes î C'est la vie mOme, peinte par un homme expert. La courtisane finit par invoquer le nom de sa mère, et fond en larmes : « Ouvre -moi le cœur pour regarder dedans! >> Elle lui offre d'aller vivre dans une villa, « Rome est toute où il est », traits éternels, parodie anticipée. Le rôle du Tiberge devient de plus en plus faux : on éloigne Timportun en lui donnant une commission. Alors commence un doux entretien : Orfinio consent à s'éloigner pendant les trois jours nécessaires aux exigences du métier, mais il jure à la Talanta de penser à elle sans cesse, durant cet exil, et il lui demande de lui faire môme serment. Elle le quitte, en l'allégeant d'un rubis qu'il portait au petit doigt et d'une médaille de Luigi Anichini, qui ornait sa barrette. Aldella survient, et raconte qu'un voile, le plus beau de tous, a pris feu. Orfinio répare le désastre, en espèces sonnantes. Il part, en suppliant la Talanta de le suivre des yeux, et il la salue de loin, toujours, à perte de vue. « C'est dommage, dit la Talanta à sa servante, tout en répondant aux révérences de l'amoureux, si tu n'étais venue, après son anneau et sa médaille, je lui nettoyais ses agrafes. » Le vocabulaire, comme les sentiments, était déjà fixé, on le voit.
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L'acte deuxième commence par une conversation entre des valets, fainéants, couards, qui débinent leur maître. On parle du carnaval.
Un seul d'entre ces drôles, c'est le valet du Vénitien, reste en scène et cause avec un Romain qui arrive. Il lui fait proclamer la supériorité des courtisanes vénitiennes sur celles de Rome, que leurs tristes clients, les gens de la cour, ont gâtées.
Pitio et Orfinio viennent s'entretenir de la manière la meilleure pour passer les fameux trois jours. Pitio conseille de « s'en aller à la Chapelle (Sixtine) voir la peinture du Jour du Jugement, exécutée par Michel Ange, si bien queFra Sebastiano del Piombo, peintre illustre, dit qu'il est malaisé de comprendre lesquelles sont les plus vivantes, des personnes qui admirent les figures ou des figures qui sont admirées par les personnes », Cette proposition austère fait s'esquiver Orfinio.
Pitio, demeuré seul, se répand en lamentations, pas trop neuves, sur la puissance malfaisante des courtisanes. Mais l'esclave sort de chez le capitan : Pitio est ébloui de sa beauté. Il se cache pour écouler ce que dit messcr Branca, lequel donnait la main à la donzelle. Branca se plaint des fourbes, en termes diffus, mais qui annoncent la comédie de rHypoaite^ et montrent l'Arétin déjà préoccupé de ce personnage à la Tartuffe, « ce col-tors, qui baisse les yeux, blêmit son visage, crache dans un petit trou, mâche des psaumes, — et avec cela, mains crochues! » rapace, entremetteur, parasite dangereux des femmes,
qu'il exploite. Branca dt^couvre et aborde Pilio, qui se dérobe peu apr^s.
L'action est, durant deux scènes, embarrassée par des comparses de bas étage et l'équivoque du Sarrasin, qui est une fille déguisée.
La Talanta, au bruit que fait la canaille, vient sur son balcon, et demande ce qui se passe. On lui offre les esclaves.
L'écheveau s'embrouille. Le jeune Marchetlo, fîls du Vénitien, fait une diatribe contre « les vieux ». « Les vieux, c'est la plus triste race qui soit au monde! Outre qu'ils sont malicieux, ennuyeux, dédaigneux, vétilleux, ils vous font mourir tout le temps à petit feu, avec leurs cris, leurs menaces, leurs vilenies, leurs reproches à la pauvre jeunesse. Avec cela, il n'est plaisir qu'ils n'essayent de se donner; et, dans l'amoureuse aventure, ils mettent en œuvre mille soins, mille pense rs, mille soucis, mille dépenses. Et ([ui ne le veut point croire, qu'il voie mon honorable pfTe, le(iuel, sans trouver que le reste était bastant, a envovi'* le Sarrasin ii celle damnée Talanta.... » C'csl (fue Marchelto aime le prétendu Sarrasin.
La scène suivante amène Armileo, qui aime, lui, l'autre esclave, sous couleur d'élrc épris de la Talanta. Il commence par dire : « Ce n'est point de l'aimer que je meurs, mais de ce qu'elle ne m'aime point 1 » Puis les concetli tombent en pluie ; le précepteur donne la réplique au jeune homme : il délaie les banalités ordinaires à qui raisonne d'amour avec toute sa raison. Il parvient à le calmer, il le fait
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entrer dans la maison de laTalanta, tandis qu'Orfinio arrive.
Orfinio, chargé de tristesse, frappe à la porte de son amie. C'est Armileo qui vient ouvrir. Orfinio le prie poliment de lui abandonner la Talanta. « C'est folie, répond l'autre fort rudement, de vouloir qu'une chose publique devienne la vôtre privée. » Ils se provoquent.
Branca, Raspa, Fora, valets ou parasites, et Pitio, sortent de cette maison, peu privée, de la Talanta. Tous quatre vont chercher, qui son maître, qui son ami.
Le familier d'Armileo, BifTa, se trouve en compagnie de la Talanta et d'Aldella. Il annonce que Orfinio et Armileo se sont battus doux heures durant, et mis à mal. Ce qui divertit la Talanta : « Est-ce ma faute, s'ils sont fous? Quelle est la faute de mes beautés, dans leurs folies? Le vin serait frais, si ceux qu'il gâte prétendaient être guéris par lui. »
Un ami d'Orfinio arrive pour émouvoir la Talanta. Celle-ci déclare tout net qu'elle n'aime point les bretteurs, que son désir est de voir régner la paix entre tous ses amis, et qu'elle le prie de dire à Orfinio combien elle trouve sa conduite déplacée : « Si je le trouve en vie, répond l'ami, je lui ferai sans faute la commission ».
Le vieux Vénitien reparaît, avec son acolyte qui lui conseille d'envoyer un cartel au capitan, son rival avéré. Le camarade parle duel, escrime, jusqu'à donner à l'estomac du vieux des transes qui le for-
cent i\ sYloignor afin do méditer sur les suites de col entretien
Orfinio, qui ne para!! pas si mal accommodé, revient avec Pitio. Celui-ci était en train de réfléchir au bonheur d'aimer un digne objet. La venue de son camarade Ta troublé. D'un commun accord, ils se séparent afin de songer à ce qui les préoccupe. Pilio, resté seul, fait une peinture lyrique du bonheur d'aimer.
Orfinio, qui a l'instabilité particulière à son état, et le besoin chronique de s'épancher, revient pour causer de la Talanta. « Avec quel visage t a-t-elle confié cela? demande Orfinio à son ami Pitio qui lui rapporte une confidence. — Avec aucun ! Ne savez-vous pas que les courtisanes n'ont point de visage : c'est leur langue qui en fait l'office. »
L'indication de la première scène du troisième acte porte : « Marmilia, fille du capitan, éprise de la femme esclave, laquelle est un mAle. Slellina, senante. » Cette fille du capitan se désole que la femme esclave soit reconnue pour un jeune homme bien né, digne des plus brillants partis ; elle se répand en regrets, en images brûlantes de leurs baisers, des caresses qu'ils échangeaient, dans la couche qui leur était commune, la nuit, avant cette fatale révélation. Stellina va trouver la servante Aldella, puis la Talanta elle-même, afin de ramènera Marmilia l'objet chéri. La Talanta se montre bonne fille et compatissante. 0"sint à Marmilia, désespérée, elle « donnerait sa vie pour deux sous » (se. ix).
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Reparaît Marchetlo, rennemi des « vieux », il esl de plus en plus animé : « Les vieux ! quand ça passe les cinquante ans, leurs fils les devraient pendre, car ils retombent en enfance, et il faut tHre un saint pour les supporter. »
Trois personnages nouveaux se montrent par surcroît. C'est un certain Blando, citoyen de Castro, lieu fertile en rapts et enlèvements; il vient chercher Antino et Lucilla, ses enfants qu'il a perdus, et savoir s'ils sont morts ou vifs : un ami l'accompagne, ainsi que son autre fille, Oretta, déguisée en homme. On sent bien que les deux enfants perdus, ce sera les deux esclaves. C'est la vieille intrigue, que Molière ne dédaignera point.
Le guerrier Tinca fait la scène classique dn capitan. Puis il se dépense en phrases ornées, pour la Talanta, qui survient, et la traite en client généreux. Arrive par surcroît le vieux Vénitien, mais il cède la place à Orfinio, qui aborde la courtisane au moment où elle va rentrer chez elle. Orfinio défie Tinca, et le bravache bat en retraite... par dignité!
La Talanta reproche à Orfinio d'avoir mal tenu ses promesses. Elle veut l'évincer, mais il entre malgré ses efforts.
Armileo et Biffa viennent occuper la scène. Armileo loue la beauté de l'esclave, qu'il aime. Biffa, du ton le plus galant, lui conseille de l'enlever et de la violer.
La fin de l'acte, traînante et heurtée à la fois, est occupée par la fuite des deux esclaves sous la con-
(luile de Slellina, et par la recherche que la Talanla fait des fugitifs.
L'acle (luatri^nle fait poindre un personnage nouveau, Messer Nécessitas le docteur, qui se prend de dispute avec Fora au sujet d'une toile de Perino del Vaga, où l'un veut voir une madone tandis que l'autre y reconnaît un saint Christophe. Ils font un pari, qu'ils discutent encore sans fin.
Puis Biffa et A rmilco arrivent, navrés que l'esclave ait disparu. La Talanta sort de chez elle, et commence par se fAcher (|ue l'on soit toujours après sa maison, comme les souris après les coffres. Survient le vieux Vénitien. La Talanta lui reproche aigrement de lui avoir repris l'esclave : le bonhomme n'y comprend goutte, mais se voit néanmoins donner son congé.
La servante Aldella querelle Tinca, elle veut le rendre responsable de celte perte incompréhensible de l'esclave. Armileo achève la confusion en venant aussi chercher les fugitifs. Le précepteur Peno l'entreprend, il le félicite de s'être si bien conduit dans le duel avec Orfinio, « en soldat plus qu'en étudiant », puis il lui déverse sur la tête une avalanche de maximes oiseuses.
Stellina revient avec Fora, domestique du vieux Vénitien. Ils font des plans pour la fuite et les cachettes des deux jeunes esclaves. Marchetto, qu'on met au courant, loue ces idées ingénieuses. Tous trois fuientau plus vite, car Tinca et Branca accourent. Puis, le vieux Vergolo est mis au fait de la « trahison ».
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Enfin, c'est le capiian, qui revient et veut tout massacrer.
Le brave citoyen de Castro, qui a revu des peintures dont Raphaël lui avait fait jadis les honneurs, arrive tout ému : « Ce peintre, dit-il, gentil de manières, noble de prestance, et de bel esprit, prenait grand plaisir à me montrer ses œuvres, car celui-là seul qui n'est point peintre, et n'a point de jugement touchant la peinture, juge sans scrupules, attendu que la passion de l'envie ne fausse pas son jugement ». Armileo et le précepteur viennent rejoindre Blando : la fille du bourgeois de Castro reparaît. Armileo la prend pour l'autre , il veut l'enlever. Fureur du père. Le capitan arrive, tombe dans la même erreur; Vergolo y donne à son tour. C'est un finale d'opérette.
Blando ouvre le cinquième acte en se vengeant d'avoir assez peu parlé jusqu'alors. Il occupe toute une scène, capitale, en racontant qu'il eut trois jumeaux : leur naissance a coûté la vie à la mère. Deux d'entre eux furent enlevés, lors du sac de Castro par la flotte de Soliman. On devine le dénoûment, les reconnaissances, et comme dirait le chicquanous de Rabelais « des nopces, des nopces, des nopces ». La Talanta glisse ce mot judicieux, qui condamne les erreurs de sexe, invraisemblables entre gens qui ont fait lit commun : « Je ne crois pourtant pas que leurs formes aient pu se ressembler tout à fait ».
L'Arétin joignit à la Talanta une épître pour cet
308 l'itaue du xvi« siècle.
évt^que Alcssandro Pi(îroloinini (jui devait écrire les ouvrages les plus licencieux >, puis les condamner lui-mt^me. Après avoir dit qu'il avait employé une vingtaine de nuits à la Talania et à t Hypocriley il parlait, et l'on a pu voir ce qu'il convient d'en penser, de sa Tragédie du Christ, L'imprimeur ajoutait une note pour conjurertout lecteur qui retrouverait cette œuvre pie, de « la remettre en lumière, comme le Phénix ».
ISHîpocrilo porte une dédicace à Guidobaldo II, duc d'Urbin. On sait quelles relations existaient déjà entre le triumvirat el Francesco Maria, père de Guidobaldo; Titien l'avait peint, et il allait l'accompagner d'LVbino à Pesaro quand le prince mourut, des suites du poison, le 20 octobre 1539 *. Guidobaldo II fut plus bienveillant encore; il se fit peindre, et fit faire également le portrait de ses deux femmes, Giulia Varana, et Vittoria Farnese. En outre, le duc résidait fréquemment à Venise; il y avait un palais où il aimait à réunir un cercle de politiques, de lettrés el d'artistes ^ Il devint, grAce à l'amour qu'il montrait pour les Vénitiens, généralissime de la République. On trouvait chez lui, avec Speroni qui Ta mis en scène dans ses Dialogues^ Don Diego de Mendoza, l'envoyé de l'Empereur, Gian-Jacomo Leonardi, TArétin, dont le duc montait la cave en vins
1. La Raffaela, o délia Crcdanza délie donne. Milan, 1558, imité à Lyon, s. d., dans un dialogue en français.
les
2. CroNvc, I, tiO et suiv. — Lorcnzi, Motiumenti, etc., p. 259.
3. Crowe, II, 39, et Baschet, la Diplomate vénitienne^ F Princes de l'Europe au A'K/c ^., Paris. ISG2.
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de son cru ', le Trissino, Bernardo Navagero, Domenico et Marcantonio Morosini, Daniel Barbaro, Federico Badoaro et Domenico Veniero. Le dialogue délia Fortuna de Speroni fait revivre cette petite cour, où Baldassar Castiglione et le Courtisan, où Raphaël et sa louange, étaient remplacés par Bernardo Tasso, par le Molza et par Téloge de Titien *.
Le duc Guidobaldo II se souvenait que ses pères avaient été des Mécènes magnifiques '. Il n'oubliait pas que la Calandra avait été représentée pour la première fois * à Urbin, dans le commencement du siècle, avec une mise en scène réglée par Baldassar Castiglione. Le théâtre, si dédaigné ailleurs depuis les grandes secousses qui avaient bouleversé Tltalie, était fidèlement aimé à la cour d'Urbin. L'Arétin félicitait le duc d'ôtre le seul prince qui sût faire son devoir, en bon pasteur de peuples, non moins sage que valeureux, « alors que les princes qui présentement régnent ailleurs, ne cherchent point à apaiser les âmes de leurs peuples, avec l'agrément des spectacles, mais placent toute leur industrie à les troubler par la cruauté des tourments ».
Le Prologue est récité par deux histrions. Us lancent une série d'invectives contre les vices de toutes les classes de la société. Le style est cinglant,
!. Voir rhap. iv, p. 240.