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ritalie Tespérancc de la gloire, aux Italiens la lumière de rimmortalilé ». Sous Milan, à Pavie, Jean des Bandes Noires jouait : il gagnait au roi Frantjois un plein escoffion d'écus, en attendant que le roi perdît mieux encore. Les grands papes aimaient le jeu ; Léon X s'en aidait pour passer les « bouillantes chaleurs » de Tété.
La symbolique des tarots est si complexe, elle comprend tant de choses, que le bon Padovano avertit charitablement les cartes « de ne se point échapper dans le luthéranisme ». Chemin faisant, arrive Thistoire de Niccolo Gaddi, ce secrétaire de TArétin qui perdit au jeu six cents écus donnés à son patron par le roi de France, plus deux cents autres qui venaient du cardinal de Lorraine. Mais, pour le jeu, la palme est à la cour de France. Les cartes y font rouler plus d'écus que les affaires n'en déplacent en Flandres et en Italie; le roi laisse faire : « Il ne regarde point si bas ». François P*" et Léon X étaient joueurs de même acabit; c'était la reine Marguerite qui seule retenait son frère. Charles- Quint joue pour calculer et combiner, comme Léon X jouait par magnificence. Les grands seigneurs contemporains ont chacun leur mcît. « Le devoir des grands est de donner plaisirs et deniers à autrui, moyennant quoi ils seraient plus aimés qu'ils ne sont haïs. » « N'entrons pas dans ces idées-là, dit le timide Padovano. » — « Les princes, poursuivent les cartes, ne tiennent en faveur que les égorgeurs de leur bien et de leur honneur, et tournent le dos à
qui les adore avec lamour dont l'Arélin révère son Illustrissime Seigneurie (le prince de Salerne). » Ceux qui ont su plaire à TArétin, sont décorés d'une flallerie : « Titien, peau, chair, os et esprit de la peinture, voyant le grand prince et la grande princesse (marquis et marquise del Vasto) en train de jouer, s'écria : « Voici Pallas et Mars! » Jouer, c'est interpréter le sort, agir en « personnes fatales », le joueur « passe avant les barons de la Table Ronde, ou tout au moins se place entre eux >».
La verve s'épuisant, tous les personnages son! amenés à la rescousse, et toutes les anecdotes; jusqu'à l'histoire, déjà surannée en ce temps-là, du maître escrimeur déconfit par un novice, qui vient pour confirmer le dicton « aux innocents les mains pleines ». El c'est aussi, ressassé d'importance, Téloge de Venise, « de l'immortel sénat, de la sempiternelle République, de l'immortel Saint-Marc »: celui du Jugement Dernier de Michel-Ange ne manque pas. Au milieu de tout cela, les gaillardises à la Brantôme, contées dans un style analogue. L'Arélin ne sait même pas pousser l'éloge du jeu jusqu'à l'extrême, dresser les types de joueurs tragiques dans leur passion. Il n'a rien compris à ce vertigineux plaisir : c'est le grossier appût du gain qui l'occupe. Il blâme les joueurs sur parole, il semble croire que les gros enjeux font les grands joueurs. Viennent aussi des balivernes : il conseille de fournir de cartes les villes assiégées, « moyennant quoi, chais, souris et chiens, (|ui se mangent en de pareilles vicissitudes, demeu-
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Feraient en paix ». Il y a des tours de pages qui volent Targent des maîtres, et jouent môme des médailles : « Après que les ribauds eurent joué les ducats dérobés, on n'a jamais su ni ne saura combien, ils s'en prirent à certaines médailles que, pour Claudio Tolomei, Alfonso avait faites du cardinal de Médicis, je veux dire d'Hippolyte. — Ne me le remémorez pas, si vous ne voulez me voir pleurer. — Tu as raison! — C'est que, si Titien avait à faire un ange dans un tableau, il copiait le visage de ce prince, car il était ainsi qu'il fallait.... Le sculpteur le fit en cire, et d'après l'empreinte on le coula, non en simple métal, mais en argent et en or. » Ailleurs, on célèbre les mérites d'Alessandro Padovano, le peintre frère du cartaro^ et qui habitait Venise.
Tout cela est jeté à la débandade. Le Padovano se sent submergé dans ce flot, et quand les cartes lui demandent s'il connaît telle ou telle histoire, il leur confesse ingénument qu'il ne se souvient plus si elles la lui ont racontée, ou non. Ce sont ensuite des historiettes sur le menu peuple, si joueur toujours en Italie, « des tragi-comédies » fort basses; l^Arétin trouve cependant, pour ces contes de sacripants et de tavernes, une couleur plus vive et plus franche : les artisans, les campagnards, ne sont guère joueurs; c'est le peuple douteux, « ceux qu'on attend aux galères, à la prison ».
A la fin, il y a jusqu'à des calembours, et une manière de tentation de saint Antoine par un être plus qu'ambigu. Le plus bel avantage, en somme,
dont se larguent les caries, c'est de fournir au train des seigneurs qui, sans elles, seraient besogneux. Il y a <les joueui's quinleux ; tel le cardinal de Lorraine : « Il se laisse bouleverser par la perle de la petite somme. Aussi trichait-il avec une autorité suprême. »> Survient le « poêle Malalesta »,dans une variante de Bertrand et Raton: assis au coin de son fover où les clîAlaignes rùlissenl, avec son chai el son singe à ses c<M(^, il voit le singe empoigner la patte du chai endormi, et s'en servir comme d'une pincelte pour tirer les marrons du feu. (Vest moins vif, sans parler du stylesque l'hisloire de La Fontaine, mais c'est plus conforme à l'impudence des singes, à la somnolence du chat et à son horreur pour les châtaignes chaudes*.
Il y a joueurs et joueurs, de mc^me qu'il y a soldais et soldais : guerre et jeu, tout s'abâtardit. Le dernier grand capitaine, ce fut l'incomparable Jean des Bandes Noires; il n'tHait pas moins incorruptible : un jour, qu'il était sur son lit, à se reposer, il fut visité par un émissaire chargé de le faire passer à l'ennemi, à prix d'or : peu s'en fallut qu'il ne le jetât par la fenêtre. Il n'y a plus de chefs de cette trempe ! De même, plus de grands joueurs. Ceux d'aujourd'hui jouent par usure, par avarice. C'est rabaisser les cartes, qui sont un instrument héroïque!
« J'ai, s'écrie avec enthousiasme le Padovano, j'ai
I. Si l'Arvlin lu» disait forniolleinonl - le poM»', le filleul «le» Muses », riiisloiro pourrait s'appliquer au peintre LionanIo Malatesta. lefiiieî, selon Vasari, « pua<laj:no molti danari, ma ne fece poeo capitale, perché se gligiocava di mano in mano •. (IV, G48.)
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maintenant plus de plaisir à voir mon nom écrit sur les cartes, que le Buonarroti, à voir le sien sur les statues! » Michel-Ange, ripostent les cartes, n'est apprécié que d'une élite, « mais toi, enfants, clercs, peuples, femmes et seigneurs » usent de ton arl. L'enlumineur se gonfle d'importance. Les cartes lui annoncent encore monts el men^eilles. Par bonheur, l'entretien tourne court, et finit sans plus de raison qu'il n'a commencé et qu'il ne s'est déroulé. C'est, dans ses quatre cents feuillets, le plus enchevêtré peut-être et le moins digne d'intérêt, de ces insouciants dialogues. Il y avait pourtant une belle matière, dans le jeu, un cadre où faire fourmiller la société du temps. Il n'y a là que des esquisses dispersées. Et le peintre des mœurs n'a ni serré le dessin, ni composé l'ensemble. La verve même s'alentit. Qu'on se figure un Diderot, dans ses bons jours, s'emparant d'un pareil sujet! Par la forme littéraire qu'il emploie, l'Arétin est plus d'une fois un précurseur des humoristes du xvni° siècle : mais, pour le fond, et pour l'esprit, et pour le style, il n'a rien d'eux.
On ne connaît en général, et le comte Mazzuchelli, dans son livre, ne cite lui-même que les Dubbi amorosi, en doutant qu'ils soient de l'Arétin K II y a pourtant quatre livres de ces Dubbi, par demandes et par réponses, problèmes et solutions. « Le sujet du premier, c'est les choses de la nature, du second la matière est mêlée (bien que morale pour la plus
grande parliej, le troisième traite de Tamour, et le quatrième, de la religion. » L'autorisation fut refusée à la [)artic « amoureuse », elle parut à part, sous le manteau, avec les Pornodidascaltis^ et autres opuscules errants '. Les Dubbi amorosi sont, comme Ton voit, authentiques; Touvrage est à peu près introuvable : il n'y a pas lieu de s'en plaindre.
Le premier livre est dédié au très honoré cl généreux seigneur Christophe Mviélich, noble auguste, c'est-à-dire noble impérial. Ce sont « doutes sur les choses naturelles, proposés en temps divers par des esprits curieux, avec brèves et faciles solutions ». Le comte Fulvio Rangone fait quelques demandes banales, suivies de banales réponses; en veut-on un exemple : « D. — Pourquoi les chiens ne mangentils point les intestins du cerf*? — R. — A cause du fiel, répandu vers la queue et dans les boyaux. » Le chevalier brescian Moro, d'autres encore, posent des questions de même force. C'est un traité de omni re scibili^ principalement sur les choses prosaïques et populaires, une espèce d'almanach. Si de pareils propos sont l'écho réel des conversations de ce temps, elles les font médiocrement regretter. C'est là cette curiosité terre à terre, propre aux époques de demi-savoir, et dont au reste la science . de ce temps, même chez l'écrivain de \a Sylva Sylvarwn, n'est aucunement exempte.