UN PORTRAIT DE L'ARÉTIN
sanle, la face de proie et d'audace, se détache avec énergie au-dessus de la carrure robuste, faite pour les modes luxueuses, pour les vêtements pittoresques du xvi« siècle. Mais le sonnet que TArélin avait fait sur sa propre image, et qui du premier coup l'exaltait en « censeur du monde, prophète de la vérité », ces vers d'une outrecuidance effrénée ne semblent pas se. rapporter à cette effigie *. Au reste, l'intérêt de ces vers est dans la hardiesse qu'il prend, sans attendre, de se hausser ainsi, tout à trac, au poste de « censeur du monde », en attendant l'heure prochaine où il y joindra cet autre, de « fléau des princes ».
Ce fut probablement durant les séances de pose consacrées au portrait que l'Arétin médita ses deux lettres au Pape et à l'Empereur, sur le sac de Rome ; accompagnées d'une canzone et d'une pièce burlesque, elles furent envoyées au marquis de Mantoue. Ce généralissime de l'Eglise tournait vers César, qui devait le faire duc. Dans son Orlando Inammorato, le Berni, sans plus de révérence pour la tristesse du sujet, avait écrit sur le grand désastre avec la même plume, cynique et brutale. L'Arétin s'élevait au-dessus du Berni par sa verve : grossier du reste dans sa façon de bouffonner, suivant son ordinaire; couard dans l'attaque envers un vaincu. Un seul éclair, un mot vraiment singulier, et qui
i. Un portrait imberbe a élc reproduit dans la plaquette de G. Brunet, Sept petites nouvelles tirées de rArétin, 1861. Voir TAppendice.
avance sur Ti^poque : il ck^plore, dans un passage, la mort de Oiovanni de' Medici, qui aurait su pro- Ic^ger Rome pour Tltalie, « pcr la commun palria ». Mais , dans les innombrables occasions qu*il trouve, ou qu'il recherche, de revenir sur le sac de Rome, il est rare (|u'il en parle avec un semblant de convenance. L'effet produit sur le Pape, par ces outrages, fut énorme et cruel. « Hélas, écrivait Girolamo Montaguto à l'Arétin, Sa Sainteté a laissé tomber de ses mains ce libelle, en gémissant : « Se « peut-il faire, s'écria-t-Elle, que Ton souffre de voir « un souverain Pontife déchiré de si cruelle sorte! »... Plaise au Christ que tout cela se termine sans qu'il vous en advienne tort et mépris! * » Clément VII comprenait, dans sa disgrAce, que la plume de l'Arétin valait plus qu'il n'avait pensé; le drôle eût été nécessaire plus que tous les « dataires Giammatteo ». Captif dans le Chûteau Saint-Ange, le malheureux Pape regardait autour de lui : il ne trouvait que des serviteurs dociles, mais des médiocres. Où était la diplomatie, la faconde de l'Arétin! « Mon 1res cher et honoré frère, écrivait, au redoutable libelliste, Sébastiano del Piombo, voici deux jours, le Pape Clément, mangeant dans le Château (Saint-Ange) le pain des douleurs, plutôt que des viandes somptueuses, dit avec un soupir sensible : « Si Pietro l'Arétin eût été ici auprès de nous, peut- (« être ne serions-nous pas en ces prisons, car il eût