‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 205 sur 227 · Lclt., III · texte numérisé non relu

Lclt., III

plus d'une fois au grand sire de Brava — Suer le fronl, et à celui de Montalbano. — El jour et nuit, en armes, elle allait, toujours, — Çà et là, cherchant par mont et plaine — A faire rencontre de chevaliers errants — Et à se rendre glorieuse et immortelle *. » L'Arélin aurait dû se contenter que TArioste l'eût par deux fois célc^bré dans son poème, et mis au rang de ceux que le poète, au moment d'atterrir, dt^couvrc sur le rivage, où lamène ce vaisseau de sa fantaisie qui Ta balanc(^ sur Tocéan des strophes pendant quarante-six chants. Il ne put se tenir de faire une suite au Roland, de s enrôler dans la descendance médiocre du poète prestigieux. En imitant l'Ariosle, de même qu'en faisant des Amadis, on était certain de se faire lire; on ne Tétait pas moins de faire un méchant ouvrage, où tout ce qui pare et fait charmante la poésie ailée, dorée de TArioste, manquerait, pour ne plus laisser rien que les défauts propres au poème héroï-comique, la confusion, le clinquant, le goût factice, et tous les vices d'un genre faux par son essence. Mais TArélin écrivait, sans douter de rien : « Scorgo al ciel per drittissimo camino. Je m*élève aux nues par le chemin le plus direct. » Prenant Roger au terme m(>me où rAriosle Tabandonnait, après la mort de Rodomonl, il montrait Bradamante « baisant du Dieu la main triomphatrice », Charlemagne le félicitait.

\. Arioslo, Orl, fur., êil. de Venise, J572, in-i, p. 194, ch. xviii, str. î)8.

LE LAGRI.\tE D'ASGELJCA. 383

Paris raccueillait en triomphe. On suspendait à Notre-Dame les armes de Rodomont. L'Arélin osait môme se lancer dans une descente aux Enfers qui termine le chant I.

Angélique, au deuxième chant, prétendait emmener Médor à Paris; Sacripanle, roi de Circassie, faisait rencontre de la belle Palma; et, de strophe en slrophe, changeant, sans crier gare, et les personnages et les lieux môme de Tact ion, le poème allait oscillant sur une mer d'incohérence, avec des débris de l'Arioste flottant par endroits. Xemrod coudoyait Orphée, des hémistiches de Dante traînaient épars, comme des joyaux dans les balayures. De Marfisa môme, plus rien, pas un mot : mais des Nemrods, des géants nègres, des Grandonio, des Isolier, des Blancandrin, des Balesgand, à lasser môme Don Quichotte. L'Arétin a rendu justice à cet ouvrage en ne l'achevant point.

Le « poème héroïque » des Lagrime dCAngelica^ lequel fait suite, fut loué d'abord par un grand improvisateur, celui qu'on nomma longtemps « l'unico Aretino », ce Bernardo Accolti que l'Arioste môme appelait « la lumière d'Arezzo ». Dans sa lettre du 6 février 1532, au « rare M. Pietro Aretino », ce précurseur lui écrivait : « Messire Pietro mon fils, moi qui ai fait pleurer les marbres avec mes vers, je me suis laissé couler l'eau des yeux, à lire les « Larmes d'Angélique »... Qui veut acquérir la manière du style héroïque, ({ue celui-là imite votre façon de composer, si pourtant il est possible de vous imiter en aucune

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chose. Je rends grâces à Dieu, ainsi que dé]k je Tai dit h Lt^on X et à Clément VII en présence de maints cardinaux et seigneurs, car je laisse un autre moimt^me, après moi, à ma patrie*. » Le vieil improvisateur retrouvait, dans son compatriote, sa fougue, ses images outrées et heurtées, son style rocailleux: ils étaient faits pour se comprendre : les deux Arétins, Bernardo et Pietro, furent à TAriostc ce que l'Agostini fut au Boïardo ; faire de tels poèmes, après Pulci, c'était donner dans le travers d'un Espagnol qui aurait abordé le roman héroïque après Cervantes.

La première édition des « Lagrime d'Angclica »> est de 1538 *. Accolti avait eu Touvrage en manuscrit. C'est au reste la forme sous laquelle les écrits de TArétin furent le plus souvent répandus. Le poème était dédié à la marquise dcl Vasto. Dans le chant I, en apprenant qu'Angelica a distingué Médor, tous les chevaliers se lamentent. Roland a fait « un lac de ses pleurs », et, « bien qu'il ne soit pas permis de se louer », il exalte ses mérites et les compare au néant de ce Médor; Sacripanle, qui avait gagné à passer du Boïardo à rAriosle, mais qui n'est pas meilleur ici que dans la Marfisa^ se montre fort découragé; ses cris montent jusqu'au soleil. Quant à Médor, c'est le plus joli muguet du monde. Les « horribles bosquets » sont là pour abriter la douleur des amants désespérés; mais aussi, la flore terrestre et la carte du

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