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LES LAGRIME D'ASGELÏCA, 385
ciel sont épuisées pour figurer la beauté d'Angélique.
L'héroKne n'est pas insensible aux stations que le roi de Circassie, navré d amour, va faire auprès de la fontaine du Magç Merlin. Elle va retrouver Médor, toute tremblante. Cipre, Gnide, Cupidon, tout vient à la fois pour animer les descriptions printanières qui se succèdent. Ce ne sont que sources vives, pré^ émaillés de fleurs, bergerades, Racan et Télémaque, avec les antres nécessaires, mais sans le style qui fait tolérer Télémaque.
' Le deuxième chant montre une strophe assez aimable :
O bienheureux, ceux-là qui ont deux cœurs En un seul cœur, deux âmes en une âme, Deux vies en une vie, et qui leurs ardeurs Apaisent dans une paix charmante et bienfaisante ! Trois fois heureux ceux-là, qui ont les faveurs Égales aux désirs, libres de toute entrave.
Sans envie, et sans jalousie, sans destinée avare. Qui leur refuse aucun plaisir jusqu'à la mort.
Mais ridylle, qui allait se poursuivre après ce suave préambule, est interrompue par un courrier : il viept apprendre à Angélique le trépas du roi Gala^ fron, et la rappelle dans son royaume. Elle part avec son époux; c'est le jour même où Roger triomphait^ à Paris, de Rodomont. Durant les fôtes qui suivirent son triomphe, et en présence de Charlemagne, Marfise, qui reparaît ici, raconte ses infortunes; elle accumule toutes les tragédies imaginables dans une espèce de cauchemar. ^ Et le poème finit là, sur ce
songe creux, comme si rArétin n'avait plus d'haleine, à partir du deuxième chant, pour ces sortes de poèmes qui peuvent aussi bien avoir deux chants ou quarante-huit chants.
Le style cependant se montre plus ferme, dans ces Larmes d'Angélique, et Toctave, mieux maniée, prend une certaine harmonie. Mais il ne convient pas de faire à ces sortes de compositions un honneur qu'elles ne méritent point : ce n'est pas là, certes, que réside l'intérêt des œuvres écrites par TArétin, et jamais, muni de ce seul bagage, le « Chancelier de Pasquin » n'eût émergé sur cet océan d'anonyme qui couvre les mauvais poètes. Privés des enchantements que leur donnait la magie de TArioste, ces chevaliers, ces pays bizarres, ce merveilleux de convention, ressemblent à la friperie des décors, la pièce finie, ou bien aux lamentables restes d'un feu d'artifice tiré.
Quant à l'Orlandino ', c'est une parodie grotesque des romans rimes. La grossièreté y tient lieu d'esprit. Les deux premiers chants furent seuls publiés; encore le premier, dans cette macaronée, a-t-il cinquante strophes et le deuxième, cinq. Il n'y a pas grand'chose au-desjsous d'un pareil ouvrage. Char^-
lemagne est un « c », Turpin un couard; Pierre
Arétin est proclamé comme évangéliste et prophète ;
1. Très rare, Bibl. nat. Inv. Rés. Y* 881. — Petit in-8 goth. de 15 p., frontisp. xylographique, composé de 2 impressions, en ronde et en bâtarde gothique; à la fin : stampato alla stampa pel maestro de la stampa dentro délia Citta, in casa e non di fuora, nel mille vallo circà.
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on ne peut répéter un mot de ces espèces d'évangiles. Çà et là, ce méchant italien est barbouillé de latin burlesque. Il y a de misérables parodies de Dante; TAlighieri et Pétrarque sont traités de « Pharisiens ». Zafletta est mise auprès d'Hélène. Ces platitudes ordurières, elles auront deux siècles plus tard leur plus bel épanouissement dans la Pucelle,
Les
Que TArétin ait fait des ouvrages dévots, ceux-là seuls s'en étonneraient qui ne connaissent pas les fournisseurs d'une certaine littérature. Le type est fort ancien. Habile à orienter sa voile du côté de la mode et du succès, Thomme qui voyait la papauté lutter ferme contre la Réforme, et le concile de Trente se préparer, l'écrivain qui voulait d'abord plaire et gagner, devait écrire ce que Rabelais a nommé c< des capharderyes » '.Il le fit largement, avec cette tranquille outrecuidance qui ne l'abandonna jamais. Malgré que l'Inquisition eût compris ses opuscules religieux dans une condamnation générale de ses ouvrages, ces petits écrits, plus ou moins traduits ou plagiés, en français, en espagnol, en allemand, ne laissèrent pas de donner pâture pendant un très long
1. Pour les éditions très nombreuses, cf. Brunet, Manuel du libraire, et G. Brunet, BulL du Bibliophile^ 13* série, p. 483-490. -— Cf. enc. un article de E. de la Gournerie, Rev. Européenncy III, 297-313.