LA VIE DE SAINTS CATHERINE
Porphyre, général de Maxence, qui représente, par allusions, del Vasto, porte une tête belle « comme un chapiteau corinthien, car la subtile beauté de la barbe et le raccourci des cheveux Tornaient comme Tartificieuse ciselure des feuillages et du marbre orne l'objet susdit ». Porphyre est touché par la grâce, rimpératrice également. « Deux figures uniques, peintes par le pinceau vivant de Tinclyte Tiziano Vecellio, ou sculptées par le ciseau illustre de l'admirable Jacopo Sansovino,... c'était l'impératrice et Porphyre, attentifs aux discours utiles et vrais de Catherine humble et sincère. » Catherine a tant fait de conversions que Maxence, à son retour, persécute avec furie. Lorsque la sainte est menacée à son tour, l'Arétin s'exclame : « Ah 1 que cette plume ne pleure-t-ellel que cet encrier ne peut-il verser des larmes I Et ce papier languir! Et mon lecteur soupirer! Et gémir mes auditeurs! » Avant de mourir, la sainte fait la prophétie que sur Ischia régnera le divin marquis del Vasto, « colonne de la Prudence, arc de l'Immortalité, colosse de la Vaillance, terme de la Courtoisie, amphithéâtre de la Renommée, palais de l'Honneur, autel de la Gloire, image de la Justice, et temple de la Clémence ».
Ces pauvretés, Ménage les a jugées avec une rigueur équitable. Il écrivait, peut-être au sortir de la représentation où les Précieuses ridicules le convertirent, que « le style de l'Arétin n'est supportable que dans ce qu'il a fait de libre ; mais en matière de dévotion, on ne le peut souffrir, et c'est la chose du
monde la plus piloïable que les Vies de sainte Catherine, de la Vierge, de saint Thpmas d^Àquin, la Genèse, la Paraphrase sur les Psaumes, soit pour )a pensive, soit pour l'expression » ^
Ces pauvretés romanesques, incroyablement boursouflées et chamarrées, avaient pourtant des lecteurs, et les édifiaient. J*ai travaillé sur des exem* plaires usés par des mains dévotes, couverts de ootes pénétrées d'un respect, d'une foi véritables. Ce n'est point avec les raffinements du goût qu'il convient de juger ce genre de littérature.
Une lettre à Francesco Priscianese suivait cette dernière <* Vie de sainte » . C'était une apologie de Tau* teur par lui-môme. Il priait son ami de donner la « Vie de sainte Catherine » au cardinal Ridolfo • ; cette vie que Daniel Barbaro et L. Dolce ornaient de leurs sonnets. M Pour moi, disait l'Arétin, je ne sais pas me plaindre de la fortune mauvaise, ni me lamenter sur l'exécrable pauvreté; je vis, grâce à ce libre talent, qui avant que je meure prouvera que je ne suis pas né en vain. » „ , ,
i. Menagiana, II, -108; sur les imitations que Rabelais, Marot, Sainl-Gelais, ont faites de l'Arétin, cf. ibid., p. i9i' 196. — Voir enc. Bayle, loc. cit. — Moréri, .1, 288, éd. de 1759, — et* Stendhal, Prom. dans RomCy II, 204.
2. Montfaucon (Bibl. Biblioth. mss II, p. 190) nientioQne un manuscrit inédit de l'Arétin dans les collections achetées au cardinal RidoUi et venues à la Bibliothèque nationale par Catherine de Médicis. On n'a pu, malgré maiptes recherche^ ^ retrouver ce manuscrit. Voir ci-dessus, p. ^74, note 1.
Outre la lettre inédite, citée plus bas, j'ai pu trouver : 1» A la Bibliothèque nationale, l^anuscrits italienst n^ 1530 Priapeia, et les i?pwc di I\iesser Niccolo Franco contra Pietro Aretino, petit in-4 de 54 p. de la bibliothèque du Président