CONCLUSION
L'opinion ne fut pas clémente pour TArétin, après sa mort. Il semblait qu'elle se vengeât de l'avoir subi si longtemps. Il n'y a guère à retenir de tout c« flot d'outrages. J'espère avoir assez fait voir si le mot d'un ancien critique est juste ou non, que « l'on parle souvent de l'Arélin, on le méprise beaucoup, on le connaît peu » '. Durant sa vie, on le considérait comme une gloire et une curiosité de Venise et de ritalic *; on lui donnait plus d'un million dans l'espace de dix-huit ans. Montaigne se croyait tenu de discuter son surnom de divin, et il avouait qu'à son gré cet auteur était « bouffi et bouillonné de pointes ». Mais, dès après sa mort, on voulait qu'il
1. Ginguené, Biogr. univ,, 406, et Illst. lUl, de Vltalie. Gingiiené esl à peu près le seul homme de son temps qui ait eu des lueurs sur le xvi» siècle. Voir mes Etudia sur le xvi* siècle, Paris, 1893, p. 44.
2. Commentario délie più notahili cose e mosiruose d*Ilalia, Venise, 1548, in-8, p. 38 v.
404 L'ITALIE DU XVr SIÈCLE.
eût été pendu : il ny avait rien d'assez vil pour lui. Le chancelier de THôpital versifiait celle légende •.
Le bon Tiraboschi, deux siècles après, a Irailé TArt^lin avec toute la rigueur d'un temps où Ton croyait au sacerdoce de la critique. « 11 tenta, dit-il, d'avoir le chapeau de cardinal sur cette télé, à qui le seul ornement convenable eût Hé une mitre infâme. Et vc^rilablement jamais homme, à pareille ignorance des lettres, à tant de bassesse d'Ame, à pareille prostitution de mœurs, n'unit une telle présomption et un orgueil semblable. Le style de TArétin n'a ni élégance ni grâce aucune; il me paraît aussi qu'il fut un des premiers à user de ces ridicules hyperboles, et de ces métaphores bizarres, qui depuis furent si fort en vogue au siècle suivant.... 11 ne puisa point aux vraies sources. 11 manque d'élégance et de gravité dans ses vers.... Une certaine facilité, qui se voit dans ses œuvres, est Teffet plutôt de sa naturelle inclination à médire, que de l'étude qu'il a faite