‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 219 sur 227 · UN PLAIDOYER POUR L'ARÉTIN · texte numérisé non relu

UN PLAIDOYER POUR L'ARÉTIN

les cadeaux reçus par lui, c'était Tusage, et, s il a gagné plus que d'autres, c'est qu'il était plus redoutable et s'y prenait mieux. Érasme ne se vantait-il pas « d'avoir ses cassettes remplies de présents, coupes, flacons, cuillers, horloges, dont plusieurs en or pur, anneaux, etc. », et ne recevait-il pas « du vin de l'heureuse Bourgogne » * ?

Pour ce qui est des fables sur la mort et la sépulture de l'Arétin, il y a, malheureusement pour les faiseurs d'historiettes, un document précis : c'est 1er certificat, établi par P.-Paul Démétrius, curé de Saint-Luc à Venise, lequel « atteste avoir chrétiennement enseveli M. Pietro Aretino en cette susdite église, et qu'il est décédé subitement, en tombant d'une chaise à bras, le Jeudi Saint, avant d'avoir comblé ses jours, et qu'il put encore se confesser et communier, pleurant beaucoup, ainsi que je l'ai vu moi-môme ». Certificat notarié, revêtu du firman ducal, en l'an 1581, à la requête de Domenico Nardi de Rcggio *. L'Arétin muni des sacrements de l'Église! on n'aurait pas espéré tant!

Quant à ses mœurs littéraires, il fut hardi devant les princes, il combattit un pouvoir tyrannique avec une autre tyrannie, opposa la terreur à la force, le scandale à l'arbitraire. Pour lui, les cours étaient

deput. di storia palna per le prov. moden. e parm.y Modène, 1870, V, 29-37.

\. Erasmi Ep. i 102-650.

2. Cf. 0. Gamurrini, P. A, e i suoi iempi (II Fanfani, anno I, Firenze, 4882, p. 12-13), et Sinigaglia, Saggiosul Aretino, p, 338,' et enc. de Sanctis {Suova AntoL, XV, 224)

« sepollura e prigion dell' uomo vivo » *. Il les rançonnail, du fond de sa citadelle vénitienne. Au reste, des prélats comme Vinciolo Vincioli ne traitaient pas mieux les cours que ne faisaient des poètes comme Caporali ou Domenichi*. N'est-ce pa» Vittoria Colonna qui n y voyait « qu*embûches, outrages et maie aventure »'? Et Luigi Alamanni ne sobstînait-il pas à rester en Provence, d'après les mêmes arguments et raisons? L'Arétin avait établi son pouvoir, à force de chance et d'audace, parce qu'il se souciait peu de

Mourir dessus un coffre en attendant son maître ^.

Il savait, comme TArioste, ce qu'était l'envers de la pourpre cardinalice^. Il ne voulait « ni mourir saint, ni mourir désespéré » •.

S'il aima, trop pour son honneur, les « honnestes commoditcz de l'existence » ', s'il les acquit, coûte que coûte, les princes et les grands agissaient-ils d'autre manière? L'Arétin abhorrait la pauvreté,

Page 1