L'original porle MDLXV, par erreur. Cette lettre est
P. -S. — Hor ch'io mi sono un poco isfogato la colera contra la crudeltà vostra usa a la mia divolione, et chc nii parc haver>'i fatto vedere, chc se voî sîate divino, io non so* d'acqua, stracciatc questa, che anchMo Iho fatta in pezzi, e risolvetevi pur, chio son talc che anco e' Re e gli imperadori respondan a le mie lellere.
Al g r an Michelagnolo Buonnaroti, a Roma.
Voici la traduction de cette lettre à Michel-Ange :
Pierre VArétin à Michel-Ange Buonarroti à Rome»
De Venise, novembre 1545.
Messire,
En voyant Tesquisse tout entière de votre Jour du Jugement, j'ai achevé de reconnaître Tillustre grâce de Raphaél dans la charmante beauté de l'invention. D'autant que moi, en ma qualité d'homme qui a reçu le saint baptônie, j'ai honte de la licence si interdite à l'esprit humain, que vous avez prise dans votre façon d'exprimer les conceptions par lesquelles se peut rendre
demeurée pliée ilans les archives; elle dut ôire consignée par le pouvoir <lc surveillance. Gayc publie à la suite une lettre de Pero à Pagni, qui fait une répétition de l'aventure avec l'ambassadeur de Gonzague. (Voir ci-dessus, p. 39.) Même impudence de TÂrétin, mêmes menaces et mêmes présents. (Cart., p. 336.)
Dans une lettre à Cosme 1", du 6 avril 1546, le pape est traité de « mariuolo », qu'il conviendrait de berner outrageusement.
Paul m était alors en dissentiment avec le Duc de .Florence au sujet de l'expulsion des dominicains. Cosme I*' trouvait ridée de l'Ârétin excellente, et « son remède admirable • (p. 346).
Voir la correspondance entre Cosme 1" et l'Arétin, dans Gave, t. II, p. 311, 331, 345, 346, 347, 351, et un fac-similé de'la lettre qui suit, sur Titien, pi. 49.
la fin où aspire tout sentiment de notre foi très véritable. Ainsi donc, ce Michel-Ange étonnant en renommée, ce Michel-Ange remarquable en prudence, ce Michel-Ange admirable a voulu montrer aux gens non moins d*impiété d'irréligion, que de perfection de peinture?
Est-il possible que vous, qui en votre qualité de divin ne daignez pas entretenir commerce avec les hommes, vous ayez fait cela dans le plus grand temple de Dieu ? sur le premier autel de Jésus ? dans la plus grande chapelle du monde ? où les grands cardinaux ' de rÉglise, où les Pontifes vénérables, où le Vicaire du Christ avec les cérémonies catholiques, avec les ordres sacrés et les oraisons divines, confessent, contemplent et adorent son corps, son sang et sa chair? Si ce n'était chose impie que d'alléguer une telle comparaison, je me vanterais de ma prudhomie dans mon ouvrage de la Nanna, préférant mon jugement sage à votre indiscrète conscience, attendu que dans une matière lascive et impudique je n'use pourtant point des paroles ambiguës et habituelles à cette gent, mais je parle avec des termes irréprochables et chastes; et vous, dans le sujet d'une si haute histoire, vous avez montré les anges et les saints, ceux-ci sans aucune honnêteté terrestre, ceux-là privés de tout céleste ornement. Voyez pourtant les Gentils, quand ils sculptent, je ne dis pas Diane vêtue, mais quand ils figurent Vénus toute nue, ils lui font recouvrir avec la main les parties qui ne sauraient se découvrir : et pourtant voici qu'un chrétien, pour estimer l'art au-dessus de la foi, tient pour un spectacle magnifique de ne point observer pareille décence envers les martyrs et les vierges, aussi bien que le
l. Cardin (al) i; peut-être il y a un méchant jeu de mots sur cardine, gond, ou même cardinOf carrelet.
geste de faire saisir un homme par ses parties génitales, tellement qu'une mauvaise maison tout entière fermerait les yeux pour ne le point voir. C'est dans un bain de plaisir *, non dans le chœur souverain que votre stvlc convenait. Ce serait moindre forfait de ne f)oinl croire, que de rabaisser de la sorte la croyance chez autrui. Mais jusqu'ici Texcellenc^ de si téméraires merveilles ne demeura point impunie, puisqu'elles ont fait ce miracle, de tuer votre renommée. Aussi, ressuscitez votre nom en faisant des flammes de feu avec les parties honteuses des damnés, et transmuez celles des bienheureux en rayons de soleil, ou bien imitez la moiiestie des Florentins, laquelle dissimule sous de belles feuilles d'or celles de leur beau Colosse : et pourtant il est placé sur une place publique et non en un lieu sacré. Or, que Dieu vous le pardonne, aussi vrai que ce que je dis là n'est point inspiré par le ressentiment que j'eus de n'avoir point ce que je désirais; car, de satisfaire aux envois auxquels vous vous étiez engagé envers mol, vous auriez dû pour\*oir à cela avec toute la sollicitude possible, d'autant qu'en agissant ainsi vous eussiez apaisé l'envie, laquelle prétend que seuls les Gherardi et les Tomaî peuvent user de vous. Mais si le trésor que Jules (II) vous laissa pour cette fin que ses restes fussent placés dans le sépulcre de vos sculptures, n'a pas été bastant à faire que vous observiez vos promesses, que puis-je espérer, moi? Bien que ce soit non point votre ingratitude, ni votre avarice, peintre fameux, mais la grâce et le mérite du Pasteur très-grand qui est la cause de cela. Attendu que Dieu a voulu que son éternelle renommée vive dans la simplicité de son tombeau, dans son essence
1. L'Arélin reprend ici les termes mêmes de ce pai>e qu'il nommait le « Pédant Adrien • ; voir p. 16, et Stendhal, Histoire de la peinture en Ualie, t. II, p. 373, éd. de 1817, in-8.
propre et non dans Taltière machine d'une sépulture faîte par le talent de votre ciseau. Toujours est-il que le manquement à votre dette vous est attribué comme un vol. Mais attendu que nos âmes ont plus besoin du sentiment de la dévotion que de la vivacité du dessin, que Dieu inspire la Sainteté du (Pape) Paul (ÏII), comme il inspira la Béatitude de Grégoire, lequel voulut premièrement faire disparaître de Rome la parure des superbes statues des idoles, plutôt que d'enlever, grâce à elles, le respect dû aux humbles images des saints. Enfin, si vous eussiez pris conseil, pour composer Tunivers, Tabîme et le paradis, de la gloire, de l'honneur * et de l'épouvante que vous esquissa l'Instruction, l'exemple et la science, de la lettre que le siècle a lue de mon cru, je m'assure que jamais la nature et tout ce qui reçut quelque vertu du ciel ne se fussent repenties que le ciel vous eût donné un entendement tant illustre, qu'aujourd'hui, en mérite suprême, vous avez l'air d'une merveille; mais la Providence qui voit tout prendrait soin d'une telle œuvre, jusqu'à ce que l'ordre qui régit les hémisphères s'y trouvât conservé.
De novembre à Venise 1545.
Votre serviteur,
L'Arétin.
A présent que j'ai un peu évaporé ma colère contre la cruauté dont vous avez payé ma dévotion, et que je vous ai montré, ce me semble, que si vous êtes divino^ moi je ne suis pas d'acqua, déchirez cette lettre, tout ainsi que je l'ai moi-même mise en pièces, et décidezvous donc, puisque je suis un homme auquel Rois et Empereurs font réponse.
Au grand Michel-Ange Buonarroli, à Rome, 1. Je lirais horreur, horrore.
424 L*ITAUE DU XYr> SIÈCEJB.
L'Arélin, du reste, n*usait pas d'un meilleur style, même pour parler de Titien, quand il avait quelque grief. Le 17 octobre 1545, il écrivait au duc Cosme I** la lettre suivante : elle est autographe. (V. p. 197.)
Pierre l'Arétin à Corne ^^
Mon patron,
La non petite quantité de deniers que maître Titien se trouve posséder, et Tassez grande avidité qu'il a néanmoins pour Taccroître, est cause qu'il ne donne pas soin à Tobligation que Ton a envers un ami, non plus qu'au devoir qui convient envers un père, mais qu'il fait attention avec une étrange anxiété à celui-là seulement qui lui promet de grandes choses; aussi n'est-ce point merveille si, après qu'il m'a entretenu six mois durant de l'espérance qu'il tirait de la prodigalité du Pape Paul, il s'en est allé à Rome sans autrement me faire le portrait de votre très immortel père. Laquelle image paisible et terrible je vous manderai bientôt, et sans doute conforme à la véritable, tout ainsi que si elle était sortie de la main du peintre susdit; voici toujours l'image même de ma ressemblance à moi, faite par son propre pinceau. Assurément, elle respire, le pouls bat et les esprits se meuvent tout ainsi que je le fais, moi, vivant; et si les écus que je lui ai vraiment donnés eussent été plus en nombre, les étoffes seraient luisantes, souples ou rigides, comme le satin, le velours et le brocart véiitables ; je ne parle mie de la chaîne, car il n'y a qu'elle de peinte : et sic transit gloriamundi ^
Au Grand-Duc de Florence,
i. C'est le portrait de la galerie Pitti, fait comme on sait avant le voyage, de Titien à Rome (Gave, Carteggio, CGXXXIV,
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Les portraits de l'Arétin.
La Bibliothèque nationale, en plus des portraits qui se voient au frontispice des livres imprimés, possède dans ses Estampes trente-huit portraits de TArétin ; en outre, une épreuve originale de la gravure de Marc Antoine, payée quinze mille francs à elle seule.
Parmi ces portraits, en tenant compte seulement de ceux qui sont du temps, et les images médiocres ou de facture écartées, trois types ou pour mieux parler trois formes successives du môme type se dégagent.
Il y a d'abord Timage de TArétin dans la première jeunesse, maigre, presque imberbe, vêtu d'un justaucorps noir et serré, les yeux inquiets, les traits tirés (Titien pinxit, P. de Jode fecit, Bonenfant excudit). L'homme est debout, de face, une chaîne étroite jetée à son cou, très vivant. C'est le portrait d'avant 1530. Une épreuve unique, dessinée par Petrucci, gravée par Verbruy, montre le personnage un peu plus âgé, posé d'aplomb, une main sur la hanche, l'autre main crispée sur un gant. Le regard est égaré, la face ravagée ; c'est l'homme qui se sent
II, p. 331-332); la lettre publiée à la p. 238 du t. III des Lettere contient, au lieu des deux dernières lignes de la présente, une page de compliments.
encore poursuivi par Tincertitude ou la maie fortune. Mais tous les autres, depuis le portrait au large escoffion, jusqu'aux têtes de patriarche engraissé, chamarré de chatnes fleurdelysées et revêtu de pelleteries opulentes, tous les Arétins différents produisent le masque triomphant du roi de la presse. Le souverain du monde littéraire, artistique et politique, c*est là ce que montrent aussi, de trois quarts ou de profil, les quelques belles médailles de la Bibliothèque ou du Musée '.
Une pièce sur rArétin, au XVn* siècle,
en France.
(Le Courtisan parfait, 1668.)
L'Arétin a été mis en scène dans jine pièce intitulée : le Courtisan parfait, tragicomédie par Monsieur D. G, B. r, Grenoble, Jean Nicolas, 1668 '.
Cette tragi-comédie, point meilleure ni pire que
1. 11 y a sur une édition de Virgile, par un caprice que je ne comprends pas, une tête de l'Arétin jeune accolée au médaillon d'Octave-Auguste, et gravée par Picart.
2. Attribuée à Gabriel Gilbert, auteur assez fécond et peu digne d'être connu par ses autres ouvrages. « C'est la seule fois probablement, dit le catalogue Soleinne, qu'on ail mis en scène l'Arétin, qui explique sa morale en vers fort bien tournés.* (Note au n" 1 194.) Le catalogue Soleinne ignorait, et pour cause, les dramaturges contemporains. Un exemplaire de cette bibliothèque figura sous le n*" 626 dans le catalogue Taylor, en déc. 1893.
tant d'autres, est une pièce à imbroglio, à spectacles intercalés. Il y a un comte de Provence, Felismant, qui se fait aimer incognito ; le prince de Ferrare est son rival auprès de la duchesse d'Urbain (sic), L'Arétin est le confident du prince de Ferrare. On discute assez longuement sur les mérites du courtisan, mais il n'y a dans ces discours rien qui puisse faire oublier Baldassar Castiglione. Le divertissement est supposé de la main même de TArétin : les bergerades y servent de voile transparent aux déclarations amoureuses.
Ce qu'il importe de marquer, c'est qu'à Grenoble, dans ce Dauphiné où Molière connut Chorier et dut apprendre à connaître le théâtre de l'Arétin, on composait dans la seconde moitié du wii© siècle une pièce où l'Arétin jouait un rôle capital. Il n'est pas téméraire de supposer que le nom de l'auteur de YlpocritOj que ses ouvrages, étaient populaires dans la province lettrée, voisine d'Italie, où l'auteur do Tartuffe les a connus. (V. ci-dessus, chap. v, p. 324.)
Je cite les passages intéressants de celle rare tragi-comédie :