LES MŒURS AU XV!"* SIÈCLE
devoir prier ni exhorter autrement, non plus que le faire exhorter en mon nom ; et bien moins encore ai-je cru le devoir contraindre, n'étant ni juste ni honnête de le forcer en celte occurrence. » Et suivent toutes les excuses, vives et répétées, de M n'avoir pu le satisfaire ». Quoi que Ton ait publié sur les mœurs de ce siècle fangeux en Italie, peu de choses sont aussi fortes : il en faut retenir ceci, que TArétin, s'il rançonna les princes, connaissait la valeur de ses mercenaires : il faut les connaître, avec lui, pour ne pas trouver trop répugnant celui qui fut en somme le détrousseur de ces bandits, le maître chanteur de ces rapaces, et le parasite de ces ruffians. Les clients qui le recherchèrent valaient, sans avoir ses excuses, Taventurier qu'ils avaient fait leur fournisseur de gloire et d'art.
Mais la nature sensuelle et païenne de TArélin s'arrangeait mal de l'existence incertaine qu'il menait encore; les ressources étaient pré*caires, et dans cette ville de luxe et de fêtes, plus que partout ailleurs, se priver était rude. Aussi l'imagination de Messire Pietro, fertile à la manière de Panurge, se fatiguait à créer des expédients : les plus extrêmes lui venaient, comme une réconciliation avec le pape, ou . bien encore une loterie colossale dont les lots seraient fournis par ses amis les artistes*. C'est dans cette fièvre aiguë de l'esprit qu'il se décida tout à fait à rompre avec Gonzague. Titien cependant était
1. Arch. Mantov. Copialell. ord. Lib., 291. Reg. Lelt. rescrv., lib. 40
au mieux avec le marquis, précisément alors *, el le Sansovino partageait celte faveur *. Rien n'y fit : FArétin avait été blessé dans une de ces heures extrêmes, où l'inquiétude aigrit Tame et la met à vif; un silence de plusieurs mois, durant que ses embarras étaient si cruels, cela ne pouvait se pardonner; et les excuses du prince furent mal reçues. L'Arétin n avait pas encore tout à fait renoncé à passer en France. Une fois franchie la frontière, certes les princes italiens auraient vu beau jeu.
On le sent bien, au ton qu'il prend dans ses lettres à l'ambassadeur de Mantoue ; et de quel air, de quel mépris il renvoie les généalogies qui lui servaient à composer cette Marfisa, interrompue maintenant, dédiée à d'autres, et qu'il ne continuera point. Il n'osait s'en prendre trop ouvertement au marquis; pour peloter en attendant partie, il se faisait la main sur les familiers des Gonzague •\
L'ambassadeur de Mantoue pensa d'abord qu'il fallait tâcher de le « rabonir afin d'éviter le scandale ». L'Arétin se laissa donner, donner encore, demanda, redemanda, sans devenir plus clément ni plus convenable, il fit une sortie violente, une scène publique eut lieu chez l'ambassadeur de France entre Malatesta el TArétin : celui-ci couvrait des brocards les moins ménagés toute la cour des Gonzague : l'ambassadeur rabattit ce dangereux caquet ;
i. Luzio, p. 25, note.