‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 31 sur 227 · LE PALAIS DE L'ARÉTIN · texte numérisé non relu

LE PALAIS DE L'ARÉTIN

rude, cela ressemble au nom terrible que je me suis acquis. Le portique du devant et les balcons de la façade ressemblent à la pureté, à la candeur, au naturel de mon amitié.... Pour que rien ne manque à mes délices pour la vue, je me réjouis d'un côté à voir les oranges qui dorent les pieds du palais des Camerlingues, et, de Tautre, le canal et le pont de Saint- Jean -Ghrysostome; et le soleil d'hiver ne s'échauffe pas plutôt à son lever, que tout chez moi reçoit ses flammes : mon lit, ma chambre d'étude, ma cuisine, mes chambres et ma salle. Et, ce que j'estime le plus, c'est la noblesse de mes voisins. » II avait des Mocenigo pour voisins; il voyait passer et repasser le Bucentaure. Les sérénades naviguaient sous son balcon; les fêtes de jour et de nuit se donnaient pour lui. Aussi pensa-t-il toute sa vie qu'un gondolier de Venise était plus heureux qu'un courtisan de Rome *.

Le train d'un homme public ne va pas sans une table ouverte. L'Arétin l'avait, et servie par cinq serviteurs richement vêtus. Il échangeait avec les princes des cadeaux princiers; il régalait de ses grands vins leurs ambassadeurs, dans des salles regorgeant de courtisanes, d'aventuriers et d'artistes. C'étaient les Noces de Cana du Véronèse, au naturel et avant la lettre. Si le secrétaire, Niccolo Franco, qui finit par être pendu, volait les scudi facilement gagnés, l'Arétin, qui se souvenait de son

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