‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 33 sur 227 · UNE SOIRÉE CHEZ TITIEN · texte numérisé non relu

UNE SOIRÉE CHEZ TITIEN

SCS grâces, tout honnôtc repas. S*étaient réunis à M Tiziano (qui se ressemble s assemble) quelquesuns des esprits les plus curieux qui raeshuy se rencontrent en cette cité, et notamment M. Pielro Arelino, nouveau miracle de la nature; ensuite le grand imitateur de la nature par le ciseau, comme le maître du festin Test par le pinceau, Messer Jacopo Tatti, dit le Sansovino, et M. Jacopo Nardi *, et moi, de sorte que je fus le quatrième dans un si noble

cénacle. Là, devant que de se mettre à table, comme le soleil, bien que Tendroit fût ombragé, faisait sentir encore un peu de sa force, on passa le temps à contempler les figures vives des excellentissimes peintures dont la maison était pleine, et à s'entretenir de la beauté et des charmes de ce jardin, au grand plaisir et émerveillement d'un chacun. Ce jardin est situé à l'extrémité de Venise, sur la mer, là d'où Ton voit la jolie île de Murano et d'autres lieux plaisants. » C'était la maison de Biri-Grande, elle possédait un jardin, comme l'on voit, et un grand arbre, qui fait fond dans le Martyre de saint Pieire; Titien y vécut, tout au bout de la ville, à l'extrémité nord 4le Venise, durant presque toute sa carrière; il vint, <lans les dernières années, habiter au campo Rotto, n'^ 5526; c'est là qu'il mourut de la peste, un an avant de parvenir à Tâge de centenaire. « Le bras de mer, continue le grammairien , dès que le soleil fut couché, se remplit de mille gondolettes, ornées de

1. L*historien et le poète comique de VAmicizia, en vers Aciotti, né à Florence en 1476, mort en 1555.

1res belles dames, et résonnant de diverses harmonies, et musiques de voix et d'instruments, qui, jusqu'à la minuit, accompagnèrent notre très joyeux repas. Mais pouren revenir au jardin, il était si bien ordonné, et si beau, et conséquemment on lui donna de telles louanges, que la ressemblance qui à cette cause s'offrit à mon esprit avec les très agréables jardins de Sainle-Agata... m'en rafraîchit à ce point la mémoire que je ne saurais bien dire si, durant la plus grande partie de cette soirée, je me suis trouvé h Rome ou à Venise; c'était comme un pressentiment de ce qui m'arriva peu après.... Cependant arriva l'heure du repas, qui ne fut pas moins beau et bien ordonné que copieux et bien fourni (outre les viandes les plus délicates et les vins les plus précieux) de tous ces plaisirs et* agréments qui convenaient au moment, aux personnes et à la fêle. Comme on avait déjà mis les fruits sur table, voici que survinrent vos très agréables lettres, ainsi que d'autres fruits très suaves qui eussent manqué à la perfection de ce festin splendide ; Giovan Batista, mon élève, me les apportait de la maison. Je ne pus me contenir, et je les ouvris et les lus en présence de tous, sachant, à cause de leur ordinaire agrément, combien ils en ressentiraient de divertissement; ainsi qu'il advint lorsqu'ils entendirent le récit du repas délicieux que vous avez fait dans le jardin de notre révérendissime patron Monsignor Ridolfi, objet de nos plus grandes louanges, et les charmants discours tenus entre vous.... Bien que l'on s'indignât

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