CHARLES-QUINT ET L'ARÉTIN
quelque peu de la grande incivilité (pour ne pas dire malignité) de ce grammairien épineux, comme vous rappelez, qui, au milieu des agréments du repas et de la douceur de votre amitié, a été mêler Tamertume des questions grammaticales. Mais, par-dessus tous, se courrouça comme un beau diable TArétin, lorsqu'il eut compris que Ton blâmait la langue toscane. Et si Ton ne l'eût retenu, je crois que sur l'heure il eût mis la main à la plus cruelle invective du monde, car il criait avec fureur: « Du papier, des « plumes ! » sans se priver de faire bonne part aux malédictions verbales. Finalement, le repas finit dansTallégresse. » Cette intimité, platonicienne tout ensemble et doucement épicurienne, cette soirée de la Renaissance à Venise , la verve emportée de TArétin, qui s'échauffe à la première attaque contre la lingua volgare^ demande ses armes pour riposter, et Titien et le Sansovino qui se délassent d'un tableau, d'une statue, en l'écoutant ou en suivant les gondoles sur la lagune : il n'arrive pas très souvent de découvrir pareille esquisse dans une grammaire latine.
A mesure que les événements prenaient, en Italie, (les proportions plus grandes, l'Arétin s'efforçait de s'élever avec ceux qui les décidaient ou les subissaient. Le marquis de Mantoue recevait à sa cour l'empereur Charles-Quint, qui le faisait duc : César habitait au château, du 25 mars au 20 avril 1530. Nécessairement, l'Arétin redoublait d'efforts pour circonvenir l'empereur, sans préjudice de ces pré-
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sents c< qu'il senlail à l'odeur seule ». Aussi reprenait-il sa Marfisa, tout en pestant contre la lenteur que mettaient à venir les écus de Clément VII. Le nouveau duc ne pouvait se passer d'un nouvel Ariosle; mais attendu que les chaleurs d'un été, brûlant môme pour la torridc Venise, incommodaient gravement le poète, il reipiérait un copiste pour mettre au net les trois mille cinq cents strophes d'ores et déj«^ composées : le monde ne pouvait en être frustré. Bientôt il se trouva rétabli : mais sa maladie avait encore coflté cinquante écus aux Gonzague.
Ce n'était plus seulement dans les limites de quelques provinces que s'étendait son influence; il reçut une forte preuve de son pouvoir. Dans l'automne de cette année où le pape (un pape Médicis!) avait abandonné à Tempereur les destins de Florence et de presque toute la Toscane, l'Arétin vit Arezzo l'implorer comme son défenseur et recourir en suppliante à son patronage, à sa médiation protectrice. Les « priores populi » et les « redores justitiae » avaient senti tout le prix de celui qui avait quitté Arezzo comme un vagabond, mais qui désormais valait d'être traité de « Magnifique, Excellent, noble compatriote », etc. Dès le commencement de Tannée, ils lui écrivaient humblement. A cette heure critique, c'est une longue adresse qu'ils lui faisaient tenir *. Ils avaient éprouvé déjà les bons offices de l'Arétin;
î. Lell. scr. ail' Aret., 1, p. oi-5C.