RECONCILIATION AVEC CLEMENT VU
le frère du duc de Manloue comraandaii les Impériaux, et, par l'entremise de Frédéric II, l'écrivain pouvait beaucoup; il fut heureux de montrer son pouvoir, Ferdinand de Gonzague reçut de son frère le duc une lettre pressante : la protection du général s'étendit sur la cité. C'était l'œuvre de TArélin; il reçut le titre de « Sauveur de la Patrie ».
Pour récompenser l'obligeant Mécène, il ne trouva rien de mieux que de laisser encore s'échapper sa terrible langue, si bien que le duc le fit menacer, « par le corps de Jésus-Christ, de lui faire donner dix coups de poignard, en plein Rialto ». Le Rialto était à sa porte : il n'osait plus mettre le pied dehors. Mais chien battu n'est que meilleur chien; l'Arétin, une semaine après, sollicitait comme si rien ne s'était passé ; et le prince faisait encore pour lui la démarche qu'il demandait : il s'agissait d'un bénéfice ; le pape répondit que la prébende était malheureusement déjà donnée, mais il le fit avec des formes si courtoises que l'Arétin, par hasard, n'en eut point de rage et même se déclara très content d'une pareille urbanité.
Pour le moment, tout allait au mieux entre le pape et l'Arétin. Vers la mi-septembre, à l'époque où les vignes de la Brenta, que l'Arétin voyait passer sous ses fenêtres, emplissent maintenant encore les bateaux sur le Grand Canal, l'évêque Paul Jove passait par Venise ; il accompagnait Alexandre de Médicis à la cour de l'empereur : il s'agissait d'obtenir l'investiture de Florence pour
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ce bâtard auquel le pape porlail une afTeciion toule paternelle. L'Arélin fut heureux de revoir un Médicis de la main gauche; et il était fait pour sVntendre avec Paul Jove, qui a dit : « Je serais frais (io starei fresco) si je ne pouvais habiller de brocart d'or ceux qui me font du bien, et de bure grossière ceux qui me négligent », avec Paul Jove, dont les rapsodies en lalin valent les amplifications italiennes de l'Arétin. Au nom du pape, et dans le palais de la reine de Chypre, cette Catarina Cornaro dont Titien, vingt années auparavant, avait fait un de ses plus beaux portraits, l'envoyé du souverain pontife remit à l'Arétin le privilège pour la Marfisa, plus une chaîne de cou « splendide et ravissante on ne peut plus ». C'est la première de ces « collane d'oro » dont l'Arétin recueillera bientôt une vaste collection, où brillait au premier rang celle que François I" envoya trois années plus tard.
Tout à coup, au commencement de 1531, l'Arétin tomba auprès du duc de Mantoue, dans une brusque, une absolue, une irrémédiable disgrâce. Quelque nouvelle faute brisa pour jamais une faveur tant de fois perdue et regagnée, ce fragile édifice que tant de brouilles impolitiques avaient entamé et miné. Le nouveau titre avait-il donné à Frédéric II une plus haute estime de lui-même, et diminué sa patience en accroissant son nom? Le prince avait-il vu avec dégoût les courbettes de son ancien courtisan devant le tyran Alexandre de Médicis? Rien n'est certain, quant aux motifs : mais l'effet est sûV;