‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 4 sur 227 · Exactement, 21 mois, janvier 1522 à septembre ln · texte numérisé non relu

Exactement, 21 mois, janvier 1522 à septembre ln

2. Sur la haine des Italiens pour Adrien VI, cf. Paul Jove, Vitaliadriani K/, chap. xiii. Sur le Pape, cf. V\h.iiï\^^Vite de* Pontefici, p. 631 ; Ranke, Histoire de la Papauté pendant le xvr et le XVII" 5., p. 134 du t. 1; Mignet, Rivalité de François i*' et de Charles-Quint, chap. vi du tome I, p. 463, et suiv.

LES PREMIERES ANNÉES D& L'ARÉTIN. t1

la trop blûmer serait t^lre plus papislo que les Papes, dont un bref créait l'Art'lin chevalier de Rhodes (13 novembre I5i4). Il est confirmé par toutes tes preuves qu'il eût pris la pourpre el se Tût assis dans le Sacré Collège, s'il avait seulement voulu tempérer le dérèglement de ses injures, el ne pas se rendre impossible même parmi les poiporali de ce temps-là.

« j'ai eu ce peigne par magie, continuail-il. Los trois autres sont ceux-là même dont Mars se peignait la barbe. Mais le terrible Malatesta des Médicis les lui a ravis par force. Et Pasquin me les a donnés. " L'Arélin devait en effet être du dernier bien avec Pasquin. Il l'invoque sans cesse. Et n'était-il pas luimême le Pas<]uin littéraire de l'Italie, celui qui affichait les gloires, les haines, louanges ou satires, placards ou brocards?

" Je vous envoie encore, reprenail-il. une paire d'éperons de mule, en os, qui furent ceux de saint Pierre premier Pape, une chaîne très belle, et un petit vase de Cparfum de) civette, »

Les présents élaicnl médiocres, pour une pareille, hospitalité'; ils avaient besoin d'iMre relevés par des facéties et des pantalonnades, comme on enveloppe de papier doré et de fanfreluches un objet mince et de vil prix. L'Arétin était bon marchand de telles denrées. Il faut voir ce qu'il exigeait en

I. ■ ERli mi ha dalo le proprîe slanze clie leneva Frnncesco Slaria Duca il'Urbino, qiiando f(i carciato de Stalo. - (Lettre

18 L'ITAUE du XVr SIÈCLE.

retour de sa brosserie et de sa parfumerie. Car il faisait, et dans les termes les plus précis, des commandes de présents au prince : plus tard, il lui demandera bien autre chose encore. A ses débuts, il requérait « Deux grands escoffions,à la mantouane, Tun d or et d'argent, brodé de soie noire, l'autre soie noire et or. Plus, un bénéfice. » Le reste de la missive était une pasquinade, TArétin daubait sur un cardinal flamand, Enkefort, créature d'Adrien VI ; la plaisanterie portait sur le nom du prélat, il le dénaturait en Trinkefort. Pour que nul n'en pût ignorer, il avait bien soin de dater ce chef-d'œuvre, et de marquer le lieu où il l'avait écrit, Heggio, et le jour, veille du « Corps et sang du Christ ».

Le marquis répondit par deux fois à son « très cher Messire Pietro ». Il lui protestait de son zèle à le servir, il le remerciait de deux canzoni, et en quels termes ! Cela n'allait à rien moins qu'à mettre l'Arétin parmi les grands dieux de la poésie : « Les canzoni sont une excellente parodie de Maître François Pétrarque. Vous l'avez, à mon avis, infiniment surpassé. » Ce sont là jugements de prince, mais l'Arétin ne dut pas trouver la louange trop brutale. L'Arétin, malgré tout, ne rentrait point en grAce auprès de la cour papale. Il tournait autour de Rome, comme un épervier attiré par une proie savoureuse; mais il n'osait y revenir sans une pleine sûreté. Frédéric de Gonzague savait à quoi s'en tenir touchant les sentiments que son protégé inspirait à l'entourage du Pape; il ne voulait ni se com-

promettre en le recommandant ni le pousser à la mésaventure qui fatalement l'attendait. Il l'appelait avec une bienveillance intarissable « Excellentissîme, doctissime M. Pietro, notre ami très cher », mais il ne se souciait point de s'employer expressément : il avait peur de déplaire en haut lieu, s'il allait soutenir son « doctissime » ami, lequel était sur toutes choses un « impudentissime », un « impertinentissime » compagnon ; au xvi' siècle, les princes même se garaient des haines de prêtre.

Cependant, entre le mois d'août et le mois de novembre 1524, l'Arétin, par un tour de son métier, était rentré dans la Ville Éternelle. Ce que n'avait pu ni voulu faire, sous le pontificat d'Adrien VI, Frédéric de Gonzague, généralissime de la Ligue, l'Arétin l'opérait avec Clément VII, grâce à son industrie ; il commençait à bien pratiquer la maxime de son confrère le héros de la fable : « Ne t'attends qu'à toi seul ». Il avait repris à la cour de Clément VII le rôle brillant qu'il avait tenu auprès de Giulio de' Medici. Et maintenant il servait les intérêts du marquis de Mantoue. Établi au Palais Agoslino-Chigi *, il se répandait dans toutes les compagnies, il était de ceux qui poursuivent et atteignent uniquement l'espèce de renom et d'influence que Ton trouve en se mêlant le plus possible à la société des hommes. Quand un prince était éloigné de la cour, il lui importait d'entretenir des clients tels que

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