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RÔLE DE L'ARÉTIN

qui poussait en lui 1 écrivain ; le sort des vrais artistes semble exclure ce savoir-faire qui permet aux médiocres, moins doués, mais plus intrigants, d'occuper la scène et de prendre honneurs et richesses. Incapable des besognes lucratives, et des polémiques mesquines comme il est inapte aux louanges sur commande, le poète, c'est Dante en exil, le Tasse au cabanon.

Un mérite de TArétin fut, en faisant payer les princes, d'être l'avocat des artistes. Non qu'il fûl désintéressé : les artistes mêmes devaient compter avec celui qui revendiquait pour le génie et pour l'art leurs tributs légitimes : mais, au demeurant, il valait mieux pour eux contenter l'intermédiaire que sa situation faisait maître du prince ou du noble. D'abord, on le traitait de pair à compagnon, puis il avait Tesprit plus large, et moins de morgue, de perfidie et de rancune que les grands.

Lorsque l'ambassadeur d'Angleterre — les Anglais ont toujours été trop fidèles aux mœurs surannées — faisait bâtonner TArétin au lieu de le payer, les plus grands seigneurs s'accordaient à le blâmer, à l'accuser « d'avoir souillé la liberté ». Ils se repentiront bientôt d'avoir subi le prestige de cette renommée rapide que prodiguait l'imprimerie ; la puissance ailée, fugace, universelle, aux mille langues, ils cherchèrent à l'étouffer. Les tributaires se lassaient ; une Sainte-Alliance se formait contre les feuilles imprimées, contre les livres. C'était trop tard. Le pouvoir nouveau s'était incarné dans un type

(l'une Iriomphale i^nergie; il ne devait plus désormais avoir ni recul ni faiblesse. Messirc Pietro l'Arétin, avec son industrie terrible, avait montré ce que pouvait la plume et la feuille volante, dans la main d'un audacieux qui saurait dominer le monde par les principes de la société môme, le dol, Thypocrisie et Timpudence. L'exemple fut si éclatant, que des myriades innombrables d'imitateurs le suivirent; l'Arétin fut le patriarche des « bandes noires » qui surgirent, et qui disputèrent le pouvoir, jusqu'à le leur ravir bientôt, aux griffes des papes, des princes et des seigneurs.

Dans cette maison de l'Arétin où se menait une fôte perpétuelle, à cùlé des salles remplies par les dons princiers, les étoffes, les mets, les fruits, les coupes d'écus d'or, les femmes, les artistes et les chefs-d'œuvre, il v avait un studio très nu, cabinet sans meubles, où l'on trouvait seulement un pupitre avec du papier, des plumes, de Fencre. Tout le reste sortit de là : « Pour vous répondre, écrivait-il à un flatteur, à ce que vous m'écrivez au sujet qu'il vous paraît que jamais aucun de ceux qui ont exercé ma profession ne m'égala en renommée de son vivant, je vous dis que vous me louez ainsi à juste titre.... Je vous jure par les ailes du cheval Pégase que, de ce qui a trait à ma renommée, vous n'en savez pas la moitié de l'ordinaire de la messe. Je répète donc ce que j'ai maintes fois dit, que les médailles frappées, coulées en or, en argent, en cuivre, en plomb et en plâtre, représentent ma figure, qui est égale-

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