SUCCÈS DE L'ARÉTIN
étaient, de par leur père et fils, membres d'une race souveraine, et presque divine, puisque les sculpteurs en faisaient des Vierges Marie, dans les édifices sacrés, en Arezzo môme.
Élevé au-dessus de Topinion, TArétin se plaçait encore au-dessus des lois : « J'ai, disait-il, légitimé mes chères filles dans mon cœur, pas besoin d'autre cérémonie * ». C'était décidément, dans toutes les voies de l'avenir, un précurseur. Les princes s'inclinaient devant sa puissance; la plus célèbre de ses médailles le représente, au revers, assis sur un trône; il reçoit les ambassadeurs chargés de présents, et l'inscription dit : « Les princes, à qui les peuples payent tribut, viennent payer le tribut à leur serviteur • ». L'opinion souveraine des princes était sa complice. Le journalisme de chantage était né : tous les procédés furent inventés dès lors; et jusqu'au tableau soutiré moyennant force admiration et réclames, pour le revendre plus tard; jusqu'à l'inévitable entrevue avec le grand homme dont le moindre geste et la parole la plus vaine seront rapportés dévotement '.
Dans les lettres, on ne trouve pas trace d'une résistance sérieuse chez un prince, et tout Tarmo-
1. Letl., V, 165, — et rétude si animée de Ph. Chasies, Shakespeare, Marie Stuart et VArétin, Amyot, 1852.
2. Publ. dans Moréri, etc. Voir enc. Cicogna, Jscriz» venete. — M. Foscarini, Délia leiL Venezia. — Ziiioli, Vita di poeti italiani, fol., elStoria documentala di Venezia, Naratovitcii.
3. Lett., passim. — Boispréaux, Vie de M. P. Arélin. — Mgr Fontanini, DelV Eloquenza Ual., in-4, Roma, p. 467.
rial du temps figure parmi sa clientèle. L'empereur, crabord, et le roi de France.
Les deux souverains, dont la rivalité s'entretenait de tous les prétextes, se disputaient TArétin comme ils s'étaient disputé ritalie. L'Arétin recevait impartialement les dons que lui offraient César et le Roi Très-Chrétien. La chaîne que François I*' avait envoyée était très belle; mais, quand bien même elle eût égalé celle dont parle Rabelais, « poisante huyct cens escutz, en laquelle, par les chaînons septénaires, estoyent gros dyamans, rubiz, rsmeraugdes, turquoises, unions, alternatifvement enchâssez * », elle n'eût pas attaché si bien le pamphlétaire qu'il n'ouvrît ses portes aux présents impériaux.
Malheur à qui n'avait pas su le contenter! 11 se servait alors de l'éloge par comparaison, qui devenait entre ses mains une arme terrible. Il écrasait entre une louange au frère de Charles-Quint et un remercîment à François P' la ladrerie prétendue de Clément VII. Il s'épanchait librement avec l'ambassadeur du roi des Romains *, Monseigneur Vergerio, qui l'aimait au point de se nommer lui-même « l'évoque de l'Arétin » ' : « Pour en revenir à vos missives, écrivait l'Arétin, en lesquelles vous me parlez des dignes mérites de l'excellent Roi des
i. Pantagruel, I, V, IV.