‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 47 sur 227 · INSOLENCES ENVERS LE PAPE · texte numérisé non relu

INSOLENCES ENVERS LE PAPE

Romains, j'en suis déjà informé par mon cher duc d'Atri; Son Excellence m'a lu une longue histoire de la bonté, de la religion et de la libéralité de ce prince, qualités plus importantes chez le vrai Prince que toute la bonté, la religion, la foi, qui se peuvent trouver dans le reste du monde.

« Telle est aussi la voie où s'élève le roi François ; sans la courtoisie duquel toute espèce de mérite serait une espèce de production divine bannie du ciel ; et, pour qu'il ne semble point que je loue Sa Majesté à cause du don de la chaîne de cou, voyez le bien qu'Elle a fait au divin Luigi Alamanni *, à l'unique Giulio Camillo, à mon cher Alberti et à tant d'autres beaux esprits. Elle entretient des peintres, récompense des sculpteurs, contente des musiciens. Et, au cas que Sa Sainteté aille à Nice * pour s'aboucher avec lui, vous verrez le plus étrange miracle qui se soit ouï jamais.... Les langues de ma chaîne me le révèlent : la libéralité de France est telle, qu'à regarder, seulement, le Pontife, le Roi fera se convertir la ladrerie innée du Pape et son âme incompréhensible, en libéralité.... L'immense courtoisie royale fera de Clément un Léon (X). O Dieu ! ce sera cependant une belle chose, et digne de vivre, si le Saint-Père, tel qu'un caméléon, se teint aux couleurs de l'Esprit Très- Chrétien ! Mais que vais-je dire ? Cet animal de Pas-

i. Voir Cellini, Mém.^ chap. vi.

2. Ce que coûtaient ces louanges à François I*%en promesses, en eiTets, un Capitolo de FArétin nous l'apprendra, Cf. infrà : chap. VI.

quin a peur que le Roi, en pratiquant le Pape, ne se transforme en lui, ce dont Dieu nous garde *î » La lettre finissait sur un ton de révérence envers le Christ ; c est que TArétin « ne pouvait soutirer à Dieu par menaces et flatteries nulle somme d'argent * ». 11 attirait les artistes par l'excès de ses louanges, il les retenait en leur prouvant que son influence à la cour impériale ou royale était réelle : « Je suis, mon doux frère, écrivait-il au miniaturiste M. Jacopo del Giallo, demeuré tellement stupide, à voir la miniature que la diligence de votre savoir et Tamour que vous me portez m'ont faite, que je n'en saurais rien dire : c'est votre faute! Je ne suis point un aveugle en peinture, et maintes fois et Raphaël, et frère Bastien (del Piombo), et Titien se sont adressés à mon jugement; car je connais force méthodes antiques et modernes; et je sais, par exemple, que les miniaturistes, pour le dessin, se rapprochent des vitrailleurs ; et leur faire n'est autre chose qu'une beauté dans les outremers, dans les vert-azur et les laques de carmin et les ors moulus ; leur art s'applique à faire une fraise, un escargot et autres nouveautés semblables. Or, votre ouvrage est tout dessin, tout relief ; tout y est donc enveloppé, comme si c'était peint à l'huile. Chacun se dilate à pVoir comment les enfants posent leurs pieds sur la

Page 1