NÉGOCIATIONS POUR TITIEN
refusé de diminuer son prix. L'Arélin conseilla de Toffrir à rimpéralrice ; et bientôt Isabelle de Portugal obtint de lempereur un don de deux mille écus pour récompenser ce précieux hommage .
Entre temps, l'Arétin publiait le feuilleton d'ami * : « Votre idée fut sage, cher compère, écrivait-il à Titien pour que le public n'en ignorât, quand vous prîtes la disposition d'envoyer l'image de la reine du ciel à l'Impératrice de la terre. Et la hauteur du génie dont vous tirez les merveilles de la peinture ne pouvait placer plus haut la toile où vous avez peint cette admirable Annonciation . Elle éblouit par la fulgurante lumière qui jaillit des rayons du Paradis, d'où viennent les anges disposés avec diverses attitudes sur les nuées candides, vives et resplendissantes. Le Saint-Esprit, entourédeslampesde sa gloire, fait ouïr le battement de ses ailes, tant il ressemble à la colombe dont il a pris la forme. L'arc céleste qui traverse l'air du pays, couvert par la blancheur de l'aurore, est plus vrai que celui qui se montre après la pluie vers le soir. Mais que dire de Gabriel, le messager divin? lequel, emplissant toutes choses de lumière et brillant dans la demeure avec une splendeur nouvelle, s'incline si doucement, avec le geste de la révérence, que l'on est forcé de croire que c'est bien ainsi qu'il s'est présenté à la vue de Marie. Il a la majesté céleste sur son visage et ses joues ont une tremblante mollesse qui semble composée
i. Leti., I, 180.
de lait cl de sang, et le mélange de votre coloris rexprime au naturel. Sa tête s'incline par modestie, tandis que le respect lui fait suavement baisser les yeux ; ses cheveux, disposés en anneaux tremblants, feignent sans cesse de rompre leur bel ordre. Les subtils vêtements de drap jaune, sans empêcher la simplicitédesdraperies,voilenttoulela nudité, sansen rien cacher, et la ceinture qui Tenserre paraît jouer avec le vent. Et jamais on n'avait vu d'ailes avoir des plumes tant variées et souples. Le lis qu'il porte en sa main gauche odore et resplendit d'une candeur inusitée. Enfin il semble que la bouche qui exprime cette salutation qui fut vraiment « le salut » pour nous! dise en sons angéliques : « AVE ». Je me tais sur la Vierge adorée d'abord, et puis tîonsolée par le courrier de Dieu, parce que vous l'avez dépeinte de telle manière, et si merveilleusement, que les yeux étrangers, éblouis par les rayonnements de ses lumières pleines de paix et de piété, ne la peuvent assez admirer; comme aussi, à cause de la nouveauté de ses miracles, nous ne pouvons louer l'histoire » que vous avez peinte dans le palais de Saint-Marc, pour honorer Nos Seigneurs et pour percer le cœur de ceux qui, ne pouvant nier le génie, vous donnent à vous la première place dans l'art du portrait, et à moi dans l'art de la médisance; comme
1. La fameuse bataille de Cadore, le meilleur tableau de la salle, suivant Vasari, et qui fut détruit par l'incendie. Cf. Vasari; — Crowe et Gav., op. cit., p. 422; — Sansovino, Venezia descntta, p. 327.
ir.iJH