SERLIO DONNÉ AU ROI DE FRANCE
très bien fait pour comprendre Serlio le th^»oricien, el « uonio di somma scienza » capable d'apprécier les ouvrages et les miroirs que l'Arétin lui offrait alternativement *. Il paraîtrait que la surintendance des bâtiments royaux avait été promise à Serlio lorsqu'il avait envoyé au souverain de France un de ses ouvrages. Mais l'architecte, « personne non moins catholique que géniale », attendait toujours ; les promesses ultramontaines ne se tenaient pas trop AÛte. L'Arétin languissait aussi à cause du retard de ses trois cents écus. « Le grand François s'est fait voir heureux, disait-il, dans la prospérité, et, dans la calamité, vaillant : il est permis de penser que dans la paix également il se montrera magnanime. » Serlio devint un des ouvriers de la grande pléiade qui renouvela les édifices publics sous François !«'. A Fontainebleau, où il mourut, il agrandit le palais et disposa la grande cour qui s'ouvre sur la pièce d'eau *.
Serlio était déjà très avancé dans la carrière, quand la France le vint chercher; il avait plus de soixante ans. En 1537, Marcolini avait publié les Regole gênerait (Tarchilettura^ dédiées à Hercule II, duc de Ferrare, avec une lettre de l'Arétin au revers du frontispice. « Je ne suis nullement contrarié,
1. Il, 41. — Cf. Baschel, Ilist. de la chancellerie secrète, p. 427. Les dépêches de Lazare de Baïf sont à la Bibl. nat., mss. 3.941, 2.985, 3.030, 3.081, 3.096.
2. Lett., II, 106. — Cf. Léon Charvet, Sébastien Serlio, Lyon, 1869, in-8;— Vasari, éd. Milanesi, IV, 606, V, 431. — Voir plus bas, p. 117 et le chapitre iv.
disait rAivtin, que vous n'ayez point, MarcoHni, imprime^ mes lettres aussi promplement que je le désirais, puisque la grande et belle œuvre de l'architeeture de Serlio, mon compère, s'interposa entre vosdélais et mon désir. » Outre Georges d'Armagnac, év(V[ue de Rodez *, Serlio était appuyé par un autre ambassadeur, Tévôque de Montpellier, Guillaume Pélicier *, à qui la Bibliothèque royale fut si redevable. C'est ainsi qu'il prit pied à la cour de Fontainebleau, pour y tenir un rang assez secondaire dans la horde des maîtres italiens qui régnait malheureusement, au plus grand dam de Tart français, autour de François I".
« Maître Sébastien Serlio, architecleur du Roy' ». était perdu pour rRalie. L'Arétin, toujours mécontent de voir ses paiements retardés, regrettait d'avoir fait ce cadeau à la France ingrate *. Puis arrivait une aubaine, et il consentait à ne point garder rancune au roi; seulement, il ne pouvait pardonner à l'étranger d'accaparer aussi complètement ses « compères ». « Dans vos lettres écrites à mon compère Titien, écrivait-il à Serlio, et dans celles adressées au compère Marcolini, j'ai compris comment vous, cher compère , vous vous plaignez de ce que je n'ai point répondu à maintes lettres que vous m'avez adressées, alléguant que vous savez avec
i. Gallia Christiana, I, 230.