‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 61 sur 227 · LETTRE A MARC- ANTOINE BARBARO · texte numérisé non relu

LETTRE A MARC- ANTOINE BARBARO

comme notre siècle admire celles du fils du roi des Romains, du neveu de l'Empereur Charles, de l'Archiduc d'Autriche, veux-je dire ; car son Excellence le Prince dessine, sculpte et peint, ni plus ni moins que les susdits grands hommes de Tantiquilc^. Ainsi, tout adonné qu'il est à Texercice des armes, encore présentera-t-il dans ses triomphes, peintes de sa main, les provinces et les terres subjuguées. Et vous, dans votre profession propre, en revenant des offices prescrits en leur temps à voire grave sagesse, à vos rares et nombreux talents et sciences, vous rapporterez, mis en tableaux et exposés en dessins, les sites et les pays étrangers. Aussi, puisse persévérer la fantaisie de votre esprit en de si louables études, si vous voulez que la jeunesse qui verdoie en vous et bouillonne, ne s'adonne point aux voluptés et lascivetés. Au reste, il me paraît que la susdite nature mérite blâme et louange tout ensemble; louange,pour vous avoir orné du savoir nécessaire pour l'imiter, et blâme, parce qu'en donnant une partie du génie qu'elle vous accorde, à d'autres hommes, beaucoup de gens auraient été doués en plus, et vous, vous n'auriez point eu de manque *. » Le patricien à qui l'Arétin parlait sur ce ton n'abandonna jamais ses travaux artistiques; il fut ambassadeur, en France, et à Constantinople : fils et petit-fils d'érudits et d'écrivains en même temps que de grands seigneurs, il avait pour frère ce patriarche

i. Lelt., IV, 27-28.

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-d'Aquilée qui savait décorer lui-môme les plafonds d'une demeure bâtie par le Palladio, sculptée par le Yitloria, peinte par le Véronèse. Vingt années, et plus, après la lettre de T Are tin, Marc Antonio, entre deux ambassades, aimait encore à modeler des stucs pour la villa de famille, à sculpter quelque cariatide au fronton d'une grotte, à pousser Tébauche d'un Actéon. Ce sont, ici, ses débuts d'artiste qui sont montrés et célébrés. Mécène militant, qui crée des œuvres aux côtés des maîtres dont il s'institue le protecteur ; princièrement doué pour la vie dans ses plus hautes actions, l'art et le maniement des hommes. Image achevée d'une époque où l'histoire humaine est plus belle peut-être qu'elle ne le fut et ne le sera jamais, au moins par les dehors.

Lorsque les princes qui protégeaient l'Arélin venaient à mourir, l'oraison funèbre était brève. S'agissait-il même de son plus fidèle et plus généreux patron, Alphonse d'Avalos, dont toutes ses oeuvres répèlent à l'envi les louanges, il ne se donnait pas la peine d'affecter grande émotion. Sans plus songer aux dédicaces, aux poèmes, qui l'encensèrent, il ne voyait que le vaincu de Cérisoles et de Carignan, mort de chagrin pour s'être vu défaire par d'Enghien, humilier par Charles-Quint. « Le marquis del Vaslo est mort, non point d'un flux, ni d'un vomissement ; c'est du coup que lui porta dans l'âme la journée de Carignano, qu'est venue sa fin. L'impression qu'il eut dès que le seigneur Doarte et le commandeur Gironi, par ordre de César, prirent le

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