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LA MORT D'ALPHONSE D'AVALOS

soin de tous les revenus de Milan, Ta envoyé sous terre. Certainement, les insolences d'un tel chevalier ont été incomparables, comme aussi Texcellence de ses vertus sans pareilles; mais puisque sa grande fortune causa la superbe de ces vertus, et que sa royale nature a mis au tombeau leur grandeur, il mérite d'être communément plaint*. » Et TArétin achevait de se consoler en mangeant les carpes et les citrons, dont les Barbaro et les Morosini ne le laissaient point manquer *.

Il avait acquis une extrême dextérité dans le maniement de tous ces seigneurs. Il se targuait de dédaigner les menaces; qu'un noble, ami de Titien, se fût avisé de parler furieusement contre l'Arélin, il recevait cette riposte : « L'office des grands est plutôt d'attirer à soi les gens de talent avec des présents, que de les effrayer avec des menaces; desquelles menaces, quant à moi, je fais état moins que pas un autre homme qui soit au monde, car je suis né avec l'ôme d'une personne libre, et non avec la pusillanimité d'un esclave. » Menacer un homme à qui les généralissimes, comme Guidobaldo d'Urbin, « son idole », demandaient jusqu'aux précepteurs de leurs frères ', c'était une impertinente audace. Ne finissait-il pas toujours par réussir, et môme dans la pénible entreprise d'arracher au duc Ottavio Farnese les « cent écus promis * ». Les princes, « lucifers de l'empire du monde », lui ser\'aient à

1. Lett., IV, 45 v'»-46. — 2. Lett., IV, 50. — 3. Lett., IV, 63-65. — 4. Lett., IV, 68.

i 1 L'ITALIE DU XVI* SIÈCLE.

foules choses, môme à doter ses filles; Charles-Quint se voyait prier « de donner quelque peu, pour la dot de Tune des deux filles octroyées à son serviteur par la nature et par Dieu ». Titien comme le duc d'Alva devaient rappeler ce devoir à l'empereur *. Mais les écus « fondaient entre ses mains plus rapidement que la neige au soleil ». Il ne se lassait pas de prendre, et de disperser sa fortune qui se renouvelait sans cesse; dans un môme mois, Antonio da Leva lui envoyait deux coupes d'or, le roi de France, Charles-Quint et le cardinal de Médicis lui offraient chacun une chaîne d'or, « lesquelles choses toutes ensemble valaient mille et cinq cents couronnes » ; il avait à remercier Don Diego de Mendoza de cinquante écus, le « collatérale Marchetti » de vingtcinq, le seigneur Arnoldo de deux cents. En outre, Henri II, plus libéral encore que François I"*, joignait au présent de la chaîne un don en espèces sonnantes •. L'Arétin proposait très nettement ses marchés : « Faites-moi, Seigneur, un peu de bien, je le mérite ; et si je ne le mérite pas, que la courtoisie de Votre Excellence m'enseigne à le mériter' ». Salué de la part de César par Titien, comblé par le prince de Salerne *, il allait répétant que « l'avarice est la sépulture du mérite, la libéralité Turne funéraire des vices ».

Il avait beau se qualifier « d'homme libre par la grûce de Dieu » sur le frontispice de ses livres, il ne

i. Lett., IV, 151-152. — 2. LelL, IV, 165-174. — 3. Lett., IV, 219, 221, 222, 223, 22i-234. — 4. Lell., 229-210.

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LOUANGES AU PRINCE D'ESPAGNE. 1 i {

manquait pas d'épuiser la mythologie et Thisloire pour célébrer les noces d'un prince comme Guidobaldo d'Urbin, qui faisait succéder « à Giulia la signora Viltoria * ». Diane, Mars, étaient indignes de la comparaison avec le nouveau couple : « L'une et Tautre image cédait au généralissime des armées vénitiennes, et au parangon des formes angéliques ». Il ne suffisait pas de se mettre et de se maintenir bien en cour auprès des souverains régnants, il fallait ménager encore les Empereurs ou les Rois de Tavenir. Aussi Philippe II était-il célébré déjà ■ comme « terriblement allier, laissant, sur son portrait, comprendre que le monde était plus petit que sa pensée ». Une Médicis avait doublement droit, quand elle était reine de France, à cet hommage d'un sonnet qui était naturel à la flatterie de TArétin. « Le ciel, disait-il, se félicite avec l'Univers,

Maintenant que Henri et Catherine Ont changé François I en François II. »

Il est sûr que le second commençait comme avait fini le premier. Les favoris avaient leur tour dans la distribution d'éloges; c'était la manière assurée de « former une forte armée contre ceux qui ne le pouvaient souffrir * ».

Quant à ses moyens de réveiller l'attention, le moindre était d'inventer ou d'embellir des réponses,

i, Lelt., V, 4-5. — 2. Letl., V, 89. - 3. LelL, V, 105.

des dialogues où il traitait les rois avec la dernière familiarité : « Au sujet de mon portrait, que vous me demandez, mandait-il à Gregorio Ricovero, je vous dis ce que j'écrivis déjà au roi de France, lequel pareillement mêle demandait : « Majesté sacrée, lui u écrivis-je, voici que pour vous obéir, je vous « envoie ce que vous recherchez. Pour le reste, il « suffit quant à moi que de mon image se délec- « tent les oreilles, non les yeux, d'autrui. Et de vrai, « j'estime qu'il y a plus de gloire à être contemplé « dans ses œuvres, que dans les dessins faits d'après « vous. » Ainsi je répondis au Grand Sire, et j'ajoutai : « Il me fait deuil que Titien (vie du pinceau, « et couleur de la nature) n'ait pu faire, aussi bien « que le portrait de mon visage, celui de mon cœur; « si cela eût été possible, au centre brûlant de ce « cœur vous eussiez vu l'image de Votre Altesse. » Je clos donc celle-ci en vous promettant, pour le plus tôt que je pourrai, une copie honorable *. »

C'était « sa plume qui payait présents et influences » *, ainsi qu'il l'écrivait, au moment d'aller dîner chez Titien, à un ambassadeur d'Urbino. Il se ménageait partout des correspondants qui le soutenaient auprès des grands, même contre les petites trahisons des « compères » comme Titien '. Aussi surprenait-il Toreille du légat luimôme, lorsque certain frère mineur, son confesseur en môme temps que celui de Titien, s'était fait

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