‹ L'Italie du XVIe siècleChapitre 7 sur 227 · LetL, I, V: éd. de ICOî · texte numérisé non relu

LetL, I, V: éd. de ICOî

Enterré Jean des Bandes Noires, TArélin retombail au point où il se trouvait en quittant Rome. II était môme plus bas encore. On peut croire qu'il avait usé de la protection rencontrée sous Tépée du capitaine pour mordre de plus belle ses adversaires et se compromettre plus irrémédiablement. La situation était terrible. Les bandes, découragées par la mort de leur chef, s'étaient dispersées; ramas d'aventuriers sans foi, sans gouvernement et sans but, elles n'avaient eu d'unité que sous la main du condottiere qui les conduisait aux batailles, aux massacres et aux pillages . L'Arétin , dans ses œuvres burlesques, a prétendu que Giovanni lui avait octroyé, dans un moment de belle humeur, la seigneurie d'Arezzo :

Sous Milan, il me dit et plutôt dix fois qu*une, Pictro, si grâce à Dieu, par ma bonne fortune. Je m'en reviens vivant à la fln de la guerre, Je te ferai, par Dieu, le patron de ta terrée

La mousquetade des lansquenets avait renversé tout cela. L'Arélin se retrouvait seul, chargé de haines et d'envie accumulées, au milieu de Tltalie en proie à la guerre intestine et à l'invasion étrangère. Il se voyait sans défenseur, à la merci des pires hasards. Les impériaux marchaient sur Rome, et d'ailleurs il s'était fermé la cour papale, à tout jamais, par de nouveaux et plus criants outrages

i. Op. Burlesche-y Usecht, 1771, III, 29.

que sa rancune venait de lui inspirer tout à l'heure, fort qu'il était de Tamitié dû Médicis. Mantoue elle seule, Mantoue, qu'il exaltait dans une première édition de sa Cortigiana^ lui apparut comme Tasile nécessaire : c'était là que « rExccllence du marquis Frédéric ne refusait de pain à personne ». Le marquis avait reçu la Cortigiana^ probablement le premier essai dramatique de TArétin, en août 1526, il avait remercié l'auteur; il venait de le revoir auprès du lit où Giovanni de' Medici agonisait. L'Arétin crut pouvoir reprendre à la cour des Gonzague, la place qui jadis lui était offerte avec tant d'instance, et qu'il n'avait pas crue digne de lui *.

Mais les choses avaient changé. Entre le favori de Giulio de' Medici futur pape, et l'ennemi de Giulio de' Medici pape présent, entre l'inconnu de 1523 et le compromettant personnage de 1526, ex-compère du général qui combattait les impériaux hier encore, Frédéric de Gonzague, prince politique, marquis visant le duché, voyait une singulière différence; et ce qu'il voyait avait tempéré son ardeur. Il prétendait se réjouir |aux boutades de l'Arétin, mais non s'en faire responsable et leur donner une sanction en hébergeant l'auteur. L'Arétin ne fut point chassé de Mantoue. Il y était encore au commencement et jusqu'au milieu de décembre. Mais on cherchait à

j. Arch. Gonzaga, Copia'ell. dei Marchesi, Lib. 287, I. 22. Codice magliabecchiano, Cl. VII, n" 84. — Pour la période qui va suivre, cf. Touvrage de M. A. Luzio, Pieiro Arelino nei pnmi stioi anni a Venezia e la corte dei Gonzaga; Torino, Lœscher, 1888, in-8.

lui persuader que la ville n\Hait pas sûre, mint^e comme elle se trouvait par la guerre, par les inondations du Pô.

Avant môme la mort de Giovanni dclle Bande Nere, Frédt^ric de Gonzaguc s'était entremis pour réconcilier TArétin avec Clément VII *. Il avait écrit à Guichardin, en son gouvernement de Parme, afin qu'il s'employât dans cette alTaire ; Guichardin promit de tenter un rapprochement ; il avait fait déjà même promesse à une demande pareille de TArétin ' : « J'espère, avait écrit de Plaisance le futur annaliste, que je vous verrai réconcilié avec le Saint-Pére, ainsi que le mérite votre talent ». Mais c est qu'alors il s^agîssait d'employer l'influence de l'Arétin pour arrêter les excès de Giovanni de'Medici; le condottiere mort, l'Arétin devenait inutile, sa cause n'intéressait plus.

On sent bien que l'intérêt de l'Arétin était de prolonger son séjour à Mantoue, La littérature amusait le marquis; c'était un moyen de se faire tolérer : il lâcha la bride à sa verve surabondante, en vers comme en prose. Le tout, à la vive admiration du prince, qui en était encore, quant à l'estime littéraire, au temps du « nouveau Pétrarque ». Mais il y avait, dans ce fatras, des satires; dans ces satires, les inévitables brocards contre la cour de Rome : hormis Hercule de Gonzague et Bcnedetto Accolti,

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