CHAPITRE IV
L'Ârétin et les artistes.
« Les Lettres de TArélin, écrivent les annalistes des beaux-arts en Italie, sont un guide incomparable pour Tétude do l'histoire de Fart dans la première moitié du xv!** siècle * », tandis qu'au point de vue de l'histoire politique elles doivent être sévèrement contrôlées par qui voudra s'en servir. L'histoire des arts, moins connue peut-être que l'histoire politique, revit dans les recueils de ses lettres; et surtout, elle y ressuscite sous sa forme la plus animée, celle de la chronique.
Les arts en Italie sont en décadence, mais la décadence est si brillante qu'elle fait encore une illusion magnifique. Devant les ruines de la foi, de la vérité, de la conscience même dans les beauxarts, les prestiges du colons, la pompe théâtrale
1. Growe et Cavalcaselle, Tiziano, etc., t. II, p. 216, note. M. E. Mûntz a consacré & VArétin critique cCart un passage de son Ul* volume (p. 17i-n6). Il m'a fait Thonncur d'y citer ce travail, alors inédit.
mellenl un voile doré : une autre génération, celle des imitateurs, laissera voir tout ce que cachait de faux et de caduc cette apparence triomphale.
L'Arétin était fait pour aimer, pour comprendre et pour célébrer cet art de surface. Un tel décor lui convenait. Et le caractère des maîtres ne jurait pas avec le sien. Le seul qui lui ait résisté sans relâche, c'est Michel-Ange, opiniâtrement fidèle aux traditions des siècles passés, témoin géant d'un temps plus grand et de traditions perdues. A côté du Buonarroti, la marquise de Pescaire elle-même, sa Béatrice, donnait Texcmple des éloges et des complaisances pour TArétin *.
Ce n'est pas à propos de Titien, qui prit bientôt la première place dans les lettres comme dans l'intimité de TArétin, c'est au sujet de Jules Romain que le libelliste énonça ses premiers propos sur l'art. Il était à Venise, appuyé, sous certaines conditions, par le doge Andréa Gritti, qui avait pris, depuis quatre ans, le coimo, d'Antonio Grimani; dans sa lettre sur le trépas de Giovanni délie Bande Nere, l'Arétin rappelait ce moulage du condottiere, pris, au jour de malheur, par Jules Romain ', et qui l'avait suivi dans sa fuite aventureuse. Jamais l'Arétin ne cessa de rechercher les images qui pouvaient lui représenter son protecteur de jadis ' : en 1546, à l'apogée