Cod. Âmbrosiano. H
4. Carte sh'ozziane, Filza 1.33, a. c. 253, et app. IX, c. 114.
car c'est le mol qu'il faut redire, il commençait à émarger aux fonds secrets de ces princes ([u'il rançonna si durement par la suile.
Ses libelles se vendaient, se criaient sur la voie publique, comme aujourd'hui les feuilles à scandale. Rien ne rendait un nom plus vile populaire que cette publicité de carrefour, à cette époque où Ton n'en avait point encore abusé. L'Arétin, dans sa première comédie, introduisait en scène un de ces crieurs : « Un crieur, — Aux belles histoires, histoires, histoires! La guerre du Turc en Hongrie, les prêches du frère Martin, le (^oncile, histoires, histoires! les choses d'Angleterre, la pompe du Pape et de TEmpereur, la circoncision du Waïvode, le sac de Rome, le siège de Florence, Tentrevue de Marseille et sa conclusion, histoires, histoires! » Rien n'y manque, ainsi (ju'on le voit, des choses à la mode aujourd'hui comme hier; question d'Orient, sermons, entrevues! et de médiocres plaisantins pour en rendre compte. Jacopo Malatesta, ambassadeur à Venise, parle dans une de ses dépêches d'un « pauvre hère qui allait vendant les giudizi sur le Riallo ». C'était en 1526 : il a pu vendre ceux de l'Arétin.
Tant bien que mal, l'Arétin arrivait à commencer l'année 1527 à Manloue. Mais il ne garda pas longtemps l'équilibre instable qui l'y maintenait. 11 avait fait, à cette année nouvelle, le Jugement ou Pronostic de ma\tre Pasquin, P évangéliste pour Van 1527^ dédié au Seigneur marquis de Mantoue par Pierre
l'Arétin. Cet opuscule maltraitait véhémentement la cour romaine; et, par un à-propos aussi rare que parfait, il était mis sous le patronage public du capitaine de TÉglise * : le confesseur du pape se plaignit à Francesco Gonzaga, et Tambassadcur écrivit à son frère les doléances que le révérend franciscain avait faites au nom du Saint-Pére. Le marquis avait déjà pris un grand parti : sa réponse annonça que TArétin était congédié; il n'avait nullement envie, disait-il, de se mettre dans lembarras pour « un pareil animal », il offrait môme de le faire assassiner secrètement, suprême ressource, expédient décisif des princes de la Renaissance italienne. Le sac de Rome survint pendant que l'on se consultait, et le pape eut d'autres soucis que cette mesquine vengeance. Quant à Frédéric II, fidèle au caractère de son temps et de sa race, d'une main il avait sorti le poignard contre l'Arétin, de l'autre, il lui avait donné du velours, du brocart, et mieux encore, cent écus pour sVn aller à Venise *.
L'Arétin, outre ses voyages à Milan où le roi de France avait tenté de se l'attacher, en Arezzo aussi où son passage avait été très rapide, avait touché Venise en 1526. Il en datait, au mois de novembre, une lettre au Seigneur Cesare Fregoso, delà grande famille des doges génois; lellre singulière, puisqu'il s'y trouve cette phrase : « Comme Votre Seigneurie
1. Il en subsiste un fragment. — God. Marc cl. XI, it. n" LXVI, a carte :>5o. — Y. Lu/Jo, p. 8-9, Doc. II.