LE « DIALOGO DELLA PITTURA D
rompent point, ni ne se scandalisent aucunement de voir peintes les choses naturelles*. » Et les audacieux ont le front de rappeler les figures luxurieuses de Jules Romain et de Marc Antoine; jusque-là, que TArélin affirme avoir évité au graveur la punition que lui réservait Léon X.
L'attaque est pitoyable, en somme, ne sait rien trouver, rien prouver; ne va-t-elle pas jusqu'à tourner en ridicule ' Tun des détails charmants qui fleurissent cette âpre fresque, le groupe des Bienheureux s'entrebaisant? On ne douta pas un instant que la main de TArétin ne fût dans tout le dialogue : perverse jusqu'après sa mort. Giacomo Carrara relevait formellement cette tradition, lorsqu'il écrivait à Monseigneur Boltari, au sujet de sa vie de Michel-Ange : « Quant à la critique que fait, de Michel-Ange, le Dolce, dans le dialogue intitulé rArétin, ainsi que vous le dites bien,... il ne faut point s'y arrêter, puisque chacun sait que le Dolce lui-même, lequel sans doute n'entendait rien à la peinture, écrivit le tout sous la dictée de l'Arétin en personne, qui n'avait d'autre désir et passion que d'exalter Titien au-dessus de tout autre peintre, d'autant que, outre leur mutuelle amitié, ce dernier l'avait régalé de peintures et dessins, dont l'Arétin était, en sa qualité d'homme d'esprit, glouton on ne peut davantage; tandis qu'il ne goûtait point la
manière du Buonarroli, avec lequel il fallait long temps et grand'peinc pour obtenir une esquisse, ainsi qu'il résulte de maintes lettres de TArétin même, dont, à Topposé, Titien fit maintes fois le portrait; d'un de ces portraits, extrêmement beau, où il est assis, un livre à la main, j'eus la chance de faire Tacquisition *. »
On voit maintenant s'il est exact de dire, les pièces en main, que « quoi qu'il en soit, l'Arétin ne se fâcha pas, et continua toute sa vie à professer la plus grande admiration pour Michel-Ange " ».
Mais presque tous les artistes du temps préféraient servir l'Arétin, et se servir de lui. C'est dans le pêlemêle pittoresque des Lettres que la vie du xvi* siècle, autour de l'Arétin, de Titien et du Sansovino, peut apparaître : une à une, touche après touche, les impressions se succédant, l'histoire artistique du temps se dessine et s'éclaire.
Il y avait, alors, un sculpteur, qui fut un vrai maître, auquel sans aucun excès d'enthousiasme l'on a fort justement élevé un monument de critique et d'art '; mais ce sculpteur semble avoir réuni dans sa personne et son caractère les pires défauts des Arétins et les avoir exaspérés : c'était Leone Leoni. Rival de Cellini, dans les aventures autant que dans les arts, plus violent encore et peut-