Le MUerie del signor Travetti
martyrs obscurs qui, pour le malheur des raees latines, continuent de s'immoler à ce gouvernemeat qui sur?it à toutes les révolutions.. • le gouvernement de la routine. Persécuté dans les bureaux du ministère par un supérieur inepte qui le traite en esclave et dont il a fait pourtant la réputation, persécuté à domicile parla jolie femme qu'il a eu le tort d'épouser et qui dévore en frais de toilette les laborieuses épargnes de son mari, protégé tardivement par un chef d'administratioD qui en veut à l'honneur conjugal de son subordonné, il sera trop heureux d'échapper à cette périlleuse faveur par une démission qui le ruine ; Q^ais la providence apparaîtra au dernier acte sous les traits de Giacchetta, le marchand de farine, et l'ex-employé famélique, si fier de sa servitude, se transformera en un teneur de livres largement appointé, dans lequel on voit poindre déjà le capitaliste. Cette longue suite de péripéties se déroule en cinq actes composés de jolies scènes pleines tour à tour d'entrain et d'émotion, et les caractères des principaux personnages sont tracés presque tous avec une vigueur et une netteté qui n'appartiennent qu'à un comique de. race. Quant aux légers défauts de la pièce, je suis obligé d'avouer qu'ils sautent aux yeux. Je me suis vainement demandé, en effet, comment Rose qui appartient à une excellente famille, et qui est jeune, jolie, coquette et dépensière, a pu épouser un employé de cinquante ans, père d'une grande fille d'un premier lit, et pourvu pour toute ressource d'un traitement dérisoire. Je ne comprends pas non plus l'avantage que peut offrir l'intervention trop réitérée de certain enfant terrible, et il me semble que l'auteur a trop oublié que les mères indulgentes par
ègoïsme deviennent Tëroces dans les occasions solennelles où leur amour-propre est en jeu, et que les petits drôles trop ménagés en temps ordinaire sont fouettés jusqu'au sang lorsque la patience maternelle est arrivée à ses dernières limites. Mais ce qu'il y a de plus défectueux dans cette comédie, c'est la forme. Le .style de M. Bersezio, toujours clair et limpide comme celui d'un homme qui serait habitué à penser en français, n*a rfen de cet atticisme qui nous charme dans les ouvrages de H. Gherardi del Testa, et que nous retrouvons chez M. Suner à un degré inférieur. L'ouvrage, en un mot, n*a pas le cachet indigène, et Ton s'aperçoit trop qu'on n'a sous les yeux qu'une traduction arrachée tardivement à la condescendance de l'auteur. Il pourrait, il est vrai, nous renvoyer au manuscrit piémontais... mais alors il nous faudrait changer de rôles, et c'est lui qui rirait de notre insuffisance.
lie succès des Miserie del signor Travetti engagea M. Bersezio à leur donner un pendant ; mais, de même que la Suite du Menteur ne vaut pas le Menteur^ et que le Mariage de Figaro est inférieur au Barbier de Sévtlle, les Prospérités de M, Travetti nous plaisent infiniment moins que ses Infortunes. Le public en a jugé comme nous, car cette suite n'a point eu de succès, et, bien que remaniée avec intelligence après Un premier échec, elle laisse encore beaucoup à désirer. La donnée est tout à fait invraisemblable, et si nous avons à louer l'auteur à propos de cette pièca, c'est presque uniquement pour une jolie scène d'innocente coquetterie entre l'aimable Marianne et le timide Paolino, et pour les tirades éloquentes dans lesquelles s'épanche au dernier acte l'indignation du
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bonhomme Travelli qui — tout « heureux » qu*il est — nous semble encore assez rudement secoaé par la destinée.
Ces prospérités représentent donc pour Tauteur une véritable disgrâce littéraire; mais il n'était pas homme à se laisser décourager, et se relevant plus fort au lendemain de la défaite, il obtenait, dès Tannée 1864, un éclatant triomphe avec son spirituel imbroglio : Una bolla di sapone. C'est bien, en effet, une bulle de savon que représente cette comédie à la trame légère, aux: dialogues étincelanls. L'intrigue, j'en conviens, laisse à désirer, et cette divertissante série de méprises qui se succèdent au milieu de rhilarité des spectateurs se prolonge d'une manière un peu forcée; mais, à cela près, où doit dire que l'auteur n'a jamais déployé plus de verve et d'entrain^, et ces trois jolis actes occuperont dans son répertoire la même place qu'occupent les Fâcheux dans celui de Molière.
Une autre amusante bouffonnerie du même genre : Un Pugno incognito^ a été aussi fort bien accueillie, et ce nouveau succès a été confirmé par de nombreuses représentations sur tous les grands théâtres de la Péninsule. Nous n'hésitons point à dire, pourtant, que ce triomphe n'est pas d'aussi bon aloi que celui de la Bolla di sapone^ et que, joué quatre ans plus tard (4869), le Pugno incognito est loin de constituer un progrès. Cette pièce, où la plaisanterie est parfois un peu forcée, nous a rappelé divers ouvrages français bien connus, et entre autres le Baiser anonyme et la Nuit aux soufflets. Mais si M. Bersezio, en ce qui touche au sujet, n'a pas droit à de bien grands éloges, il y aurait injustice à l'accuser de pla-
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giat. Considéré dans Tensemble, Touvrage est bien à lui, et, lorsque la toile tombe, le spectateur a trop ri pour n'être pas désarmé.
Le spirituel comique a donc écrit trois bons ouvrages destinés, l'un à vivre toujours, les autres à vivre longtemps. Cest beaucoup, mais ce n'est point assez pour un homme de ce mérite, et nous regrettons de n'avoir plus à constater à son avoir que des succès d'estime entremêlés de chutes. Nous citerons d'abord deux pièces du genre larmoyant qui n'ont pas été fort applaudies, et qui, néanmoins, contiennent de nombreuses beautés de détail. Dans la Nobiltà^ on n'a pas assez tenu compte à l'auteur de ce qu'il a dépensé de talent dans la création de quelquesuns de ses caractères, celui entre autres du sellier Quercia, type populaire qui mériterait de vivre. Quant au drame intitulé IlPerdono^ qui est imité de Kotzebfie, c'est peut-être la mieux écrite des pièces de Bersezio : le plan est bon et les rôles de Georges Garbi, d'Antonio, de Spiridione et de Virginia» sont fort bien réussis; mais il y a des longueurs et le quatrième acte tout entier est à retrancher. DanslaFratellanza artigiana, comédie en cinq actes, l'intrigue est en revanche des plus défectueuses ; mais on aurait à louer çà et là de jolies scènes, de ravissants détails et deux rôles entiers, ceux de Crispino et de Caterina. Les trois pièces de l'auteur on il y aurait le plus à blâmer, IGiudizii temerarii^ Il Teatro et Anima fiacca^ nous offrent toutes des témoignages de la plus brillante facilité ; mais cette facilité', en cas d'échec, n'est plus qu'une de ces circonstances aggravantes « qui changent l'espèce du péché,» ainsi que disent les théologiens, et il faut espérer qu'après avoir atteint,
ôomme M. Suner, le commeDcement de son neuvième luslre, cet âge qui est encore celui de la force mais déjà aussi celui de la sagesse, M. Bersezio saura contenir celte ardeur qui Tégare, et nous donner ces doux fruits du génie arrivé à sa maturité.