CHAPITRE XI
(Suite du même tajet.) OuTrages diters de HH. Dali' Ongaro, — Cowa, «^ Fambri, — - Parmenio Betloli, — Monteeorboli et Coatetti. — H. Franceaco Colctti et sa collection de bluettea. — « Débuts et promesses.
Nous nous sommes occupés, dans les trois chapitres qui précèdent, des grands pourvoyeurs de la scène comique italienne, et il nous reste à dire un mot maintenant de quelques écrivains qui, après s'être illustrés dans d'autres spécialités, se sont essayés h roc<;aslon, dans un genre qui n'était pas le leur; — ou encore des jeunes gens bien doués, sur lesquels un début brillant a récemment attiré Tattention publique. C'est à la première de ces deux catégories littéraires qu appartient M. Dair Ongaro, qui, après avoir produit dans la période antérieure un certain nombre de drames inégalement applaudis, a voulu égayer ses dernières années par la composition de deux comédies d'après l'antique : Fdsma et le Tesoro. Ces pièces sont, l'une et l'autre, élégamment écrites; mais Fasma constitue un effort moins méritoire sur lequel nous n'insisterons pas; le Tesoro^ au contraire, peut être considéré comme une œuvre originale, car l'auteur n'avait pour se guider que « l'argument » mutilé , cité par le grammairien Donat, d'après Luscius Lavinius. Cet essai de restitution d'un chefd'œuvre perdu de l'aimable Ménaudre a été habilement interprété au théâtre Niccolini de Florence, et
chaleureusement accueilli par un public d'élite, ami des lettres grecques, lequel a voulu plutôt récompenser une tentatiye honorable que témoigner d'une admiration sans réserves pour une composition qui n'est rien moins qu'irréprochable et digne de son glorieux parrain. Il suffit, en effet, de jeter les yeux sur. le texte de Donat, pour voir que» dans l'ancien Trésor^ le culte des ancêtres était le véritable fondement de la pièce : voyons maintenant quel parti M. Dair Ongaro a tiré de cette grande pensée. Au ^lomeI|t où commence le premier acte, on nous présente tysias, jeune débauché ruiné, qui ne possède plus — en outre de l'hypogée où reposent les cendres de son père et d'un serviteur factotum, nommé Oorus — qu'une belle esclave, Telestis, dont il est éperdument amoureux, et qui sera dans une heure }a proie d'un usurier, à défaut d'une rançon fixée à un talent. Lysias, « ce bon fils, > qui pourrait peutêtre, en sacrifiant Dorus, racheter l'amante qu'il a si indignement engagée, Lysias préférerait trafiquer du tombeau de son père, chose heureusement impossible en Grèce, Dans cet hypogée où Lysias, au second acte, célébrera un service funèbre, le défunt avait déposé un trésor qui sera l'objet d'un procès invraisemblable, et le tribunal siégeant au troisième acte arrangera tout à la satisfaction des gens de bien, car un billet trouvé au fond de la cassette en litige mettra à néant les prétentions de l'usurier qui sera condamna pour dommages-intérêts à affranchir Telestis et Lycisca sa suivante. Cette intrigue, on le voit, ne souffre pas la discussion, car elle manque d'un bout à l'autre de logique et de bon sens; et nous ne pouvons louer dans ce pastiche, en dehors de quel-
qaes bonnes intentions, non suivies d'efTets, que la reproduction assez fidèle de certains détails de la vie athénienne et un assez bon type d'usurier, type vulgaire il est vrai, et dont on trouverait facilement réquivalent dans toutes les littératures de lantiquité et des temps modernes. Nous voilà prodigieusement loin de Mënandre, et Tauleur n'a pas fait preuve de modestie, lorsqu'il écrivait ces trois vers qui terminent la pièce :
Ateniesi di l'iora^ Se Yi ho fatto passare un' orfii liela Âssolvele Tinterprele e il poêla K
(Test aussi un sujet antique qu'a traité M. Gossa, dans sa comédie de Nerone^ œuvre des plus considérables à quelque point de vue que Ton se place pour l'apprécier. On sera surpris, peut-être, que le jeune poëte romain ait tiré de Thistoire d'un horrible tyran une comédie plutôt qu'une tragédie ou un drame, et cette singularité contribue précisément à donner du piqnant à cette œuvre qui est contenue en germe dans la fameuse exclamation de Méron mourant : a Qualis artifex pereol » Ce sont les dernières années du César gladiateur qui servent de cadre à oelte étude historique. Les grands acteurs ont déjà disparu de la scène : Âgrippine, fiurrhns, Sénèque, assassinés, sont couchés dans leur tombe, et, dès l'ouverture du premier acte, nous sentons que le dénoûment approche. Entre deux orgies, les citoyens romains causent ^ voix basse de la révolte deVindex, puis de la
1 . « Athéniens de Florence, si vous in'aTez dû quelques agréables instanls, bâtes- tous d'absoudre Tlnterprèle et le poëte. »
'2ô2 LITTERATURE CONTEMPORAINS
désertion des légions de Galba, et celte pièce, en dépit de son titre, s'achèvera par un coup de poignard, mais sans qu'une seule larme puisse couler à propos d'un trépas sans dignité. Le fond de Fintrigue consiste dans la rivalité de Taffranchie Acte — la vieille maîtresse— et de la danseuse athénienne Êglogé, séduisante créature ivre de gaîlé, d'espérance et de jeunesse ; et ce duel entre ces deux femmes débute par une scène admirable où le caractère de l'impérieuse Acté'contraste énergiquement avec celui de la frivole enfant qui engage follement la lutte, confiante dans l'inconstant appui de son impérial amant. Ce rôle d'Acte est puissamment conçu, et chacune des paroles souvent éloquentes que l'auteur place dans sa bouche retentit comme une sourde et mystérieuse menace qui donne le frisson, car il semble qu'on entrevoie tout d'abord cette imposante scène du quatrième acte où Églogé mourra empoisonnée en plein banquet sous les yeux de l'empereur. Cette scène est vraiment le point culminant de la pièce, et M. Cossa a rendu un bel hommage au talent poétique du disciple de Sénèqueen lui prêtant les vers d'un £nWm que nous allons citer tout entier :
Il più gradito letto
Ê quelle del banchetlo,
Beviamo, amici, e sia la gioia viva
E sia vivo ramore ;
fieviam... presto si muore,
Ne crescono le viti.del Falerno
Lungo la tetra riva
Dei laghi dell' Averno;
Laggiù più il nostro labbro non si posa
Sulla bocca amoresa
D'una cara fanciulla ;
Beviam..,. ci aspetta dopo morte il nullal
SK ITALIE. 2d3
Venero santa, a noi eu' tuoi sereni Occhi d'Oliiupo vieni Perla voluttuosa e meraviglia De la natal conchiglia.
Ove non entra lume Di tua beltà, si discolora il mondo»
È selvaggio il costume E il tedio più profondo Si spiega sopra un popolo che dorme; Ma dove appaion Terme Del tuo piede divine Hanno vita le grazie e Tarmonia Di lutte Tarti, orgoglio Del popolo latine.
Sorridi^ o bionda iddia^ 11 genio mio prépara Alla dolcezzft del tuo cullo un* ara Sul fiero campidoglio.
Sorridi, o bionda iddia, di noi più degno È il tuo femmineo regno.
Tu séi nostra speranza, Giove è ornai troppo vecchio... e muti stanza * t
Si, grâce à son propre talent lyrique, M. Gossa a involontairement grandi le talent de Néron, il a,
1. « La couche la plus Toluplueuse est celle que l'on dresse pour le banquet. Buvons, amisi buvons à la joie, buvons à l'amour! La mort s'approche à grands pas, et le doux cep qui produit le Falerne ne croît point sur les sombres rives du lac Averne. Sur ces bords, DM lèvres ne presseront plus des lèvres amoureuses... fiuvons, car après la mort il n'est que le néaqt I Auguste Vénus, viens à nous des hauteurs de l'Olympe, éblouis-nous de Ion éclat, perle voluptueuse sortie de l'écume des mers. L'atmosphère s'obscurcit lorsqu'elle n'est plus éclairée par un rayon de ta beauté ; sans toi, l'homme devient barbare, et les nations s'endorment dans un ennui profond. Mais, partout où se pose ton pied divin, on voit natlre les grâces et la douce harmonie qui groupe tous les arts. Daigne donc me sourire, blonde déesse, orgueil du peuple latin. César va élever sur les triompiianles hauteurs du Capiloie un autel à Ion culte' charmant. Souris, ô blonde déesse, c'est un sceptre de femme qui doit régir les Romains d'aujourd'hui, Jupiter est trop vieai... qu'il te cède ia place! »
d'autre part, insisté fortement sur tous les côtés abjects de ce noir personnage qui s'enivre dans les tavernes, se fait rosser par des esclaves, et profère des menaces de mort jusqu'au sein de la volupté. Le cinquième acte tout entier est un excellent résumé de tout caque Tantiquité nous a transmis sur le h\clie suicide dufilsd'Agrippine, et Acte apparaît, là aussi, pour donner l'exemple du courage à Thistrion mourant. Ces dernières pages sont traversées par un véritable souffle tragique, et nous en dirons autant des scènes pleines d'élévation, où l'on sent revivre Tâme patriotique de la vieille Rome dans les discours enflammés de quelques conspirateurs dignes encore de porter le titre de citoyen. Celle tragi-comédie constitue, en somme, un début exceptionnel riche de splendides promesses, et notre espoir en ce génie naissant n'est affaibli en rien par Téchec récent du drame de Sordello qui, nous le savons, était écrit depuis des années et n'eût pas vu le jour sans le triomphe de Nerone.
C*est aussi un débutant que M. Fambri, qui n'est pourtant plus un jeune .homme. Capitaine du génie fort distingué dans son arme, il donnait sa démission il y a une dizaine d'années et faisait jouer, en 1866, lY Caporale di settimana^ comédie militaire dont le sujet fort simple peut se résumer en quelques mots. Giovanni, jeune émigré vénitien, s'est engagé par patriotisme dans l'armée italienne, et bientôt nommé caporal, il va mener la vie infernale de ces obscurs dignitaires qui, sans jouir à ce qu'il parait d'aucun droit, sont écrasés sous le poids d'une responsabilité mal définie. Le fsxiyre caporal di settimana ne saii en effet à qui entendre, car son emploi exige impérieu-
scment le don d'ubiquité, et lorsqu'au plus fort de son supplice il voudrait se jeter dans les bras de ses nobles parents venus à la caserne pour le visiter, il les voit expulser par ordre d'un supérieur brutal. 11 est de plus en butte à la jalousie de son lieutenant Giberna, amoureux d'une cantiniëre qu'il suppose éprise du caporal, et ce dernier groissiérement insulté est jeté en prison pour s'être permis une réponse un peu sèche. L auteur s'arrête heureusement à temps avant que sa comédie ne dégénère en drame; Giovanni n'ira point devant le conseil de guerre, car son père, ami du ministre, a obtenu pour lui un brevet de sous-lieutenant quelques heures avant la querelle avec Giberna et l'atTaire peut s'arranger maintenant sans difficulté. Cette pièce trop simple, dépourvue d*intrigue et assez mal écrite par dessus le marchés est pourtant très-gaie, très-amusante et renferme deux rôles admirablement conçus : ceux du tambour Batocio et du capitaine Terreiïiolo. Batocio est la contre-partie parfaite de Giovanni. Émigré vénitien, lui aussi, il s'est engagé sous l'impulsion de la faim et non sous celle du patriotisme, et rien n'est divertissant comme la naïveté avec laquelle il nous dépeint la vie de caserne :
a Ici toutes les routes conduisent à la prison. L'un y est envoyé parce qu'il ne veut pas dormir, et l'autre parce qu'il né veut pas quitter son lit; celui-ci parce qu'il fait la grimace, celui-là parce qu'il est de trop bonne humeur. La prison en somme est notre pain quotidien, et quiconque a tort... a tort; mais celui qui a raison est encore plus dans son tort que les autres... »
Le tambour, par ces derniers mots, fait allusion à
aSft LITTERATURE CONTEMPORAINE
la rigoureuse maxime du terrible capilaineTerremolo qui avait coutume de dire: «Dans l'armée le supérieur a toujours raison... mais plus particulièrement lorsqu'il a tort. » — Il est vrai que le brave ofQcier ajoutait ce correctif à sa théorie : « C'est un précepte dont le supérieur ne doit jamais se souvenir, mais que l'inférieur ne doit jamais perdre de vue. » Terrfcmoto était apparemment de ceux qui n'usaient pas de leur étrange droit dans toute son étendue, car il y a au théâtre peu de caractères .plus dignes de sympathie que celui de ce bourru bienfaisant, rigide comme un décret et pourtant toujours enclin à atténuer a la lettre qui tue» à l'aide de « l'esprit qui vivifle. p On dit que M. le capitaine Fambri s'est représenté luimême sous les traits de Terremolo, et je n'aurais pas de peine à le croire, tellement ce personnage est plein de vie et d'originalité. Cette circonstance nous expliquerait aussi, par analogie, pourquoi, après avoir remporté un si brillant succès alors qu'il traitait un sujet qui lui était tout spécialement familier, l'auteur a si misérablement échoué lorsqu'il a voulu aborder la peinture de la vie civile dans laquelle il se trouvait comme dépaysé. Il y a néanmoins dans le Caporal di settimana une entente de la scène, une connaissance du cœur humain, en général, qui sembleraient dénature à être utilisées dans.de nouveaux ouvrages, et, malgré ses récents échecs, M. Fambri est encore un de ces écrivains sur lesquels on ne peut porter un jugement définitif et à qui l'avenir ne paraik point fermé.
En dépit de tous ses défauts, le Caporal di settimana a obtenu un succès populaire qui n'est échu à^ucun des ouvrages— si estimables qu'ils soient— dont il
noas reste à parler, bien que MM. fietloli, Montecorboli et Costetti ne soient en rien inférieurs à M. Fambri au point de vue du (aient. Le premier de ces trois écrivains débutait assez heureusement, en 4865, avec son Boccaccioa Napoli^ et cette pièce écrite en vers martelliens est encore à l'heure qu'il est la composition saillante de son petit répertoire. Le sujet est pourtant assez mince, et il a fallu toute la verve de Tantear pour en tirer pani. 11 s'agit tout simplement d'une petite visite faite par Boccace à la cour de NaplBS, vers i352. Le grand Novelliere avait alors trente-neuf ans ; il venait d'achever son Décaméron^ il était au comble de la gloire; mais... alors comme aujourd'hui, les absents avaient tort, et trahi par sa Fiammetta, Fillustre protégé de la reine Jeanne se voyait, dès son arrivée, en butte aux épigrammes des courtisans. Mais il avait trop d'esprit et de sangfroid pour n'avoir pas raison de si frivoles adversaires, et, lorsque le cinquième acte s'achève, le caustique Florentin a sauvé 4'honneur de la reine, désarmé ses rivaux et couvert de confusion sa maitresse infidèle. On ne peut refuser à M. Bettoli deux belles qualités dramatiques, l'entrain et le savoirfaire ; mais ce qui choque à bon droit dans cette jolie pièce, c'est l'absence complète de fondu. Boccace, en s^adressant au roi Louis, récite une tirade patriotique, une invocation au droit et à la liberté qui serait plus à sa place dans un club démocratique, et en cent autres endroits on peut constater le fâcheux mélange des termes du jour et des expressions les plus archaïques. Le nombre des acteurs est en outre si considérable, que la peinture des caractères ne saurait être qu'ébauchée ; mais celui du héros est assez
bien conçu, et la création de ce type fait à elle seule quelque honneur au jeune écrivain parmesan qui lui dut sa première et modeste victoire. Il a composé depuis les ouvrages intitulés : Un gerente responsabile^ — Susana, — V Emancipazione délia donna^ — Una protesta^ dont on ne saurait dire ni beaucoup de bien ni beaucoup de mal ; mais son œuvre la plus récente : le Idée délia signora Aubray^ mérite qu'on s'y arrête, quoique le succès en ait été passablement contesté. Dans cette comédie, qui, ainsi que son titre l'indique, sert de suite à la paradoxale composition de M. Alexandre Dumas fils, M. Bettoli s'est efforcé de démontrer tout ce qu'avaient d'absurde les théories du spirituel écrivain français, et cette réfutation des Idées de Madame Auiray eût été plus efficace si l'auteur italien n'eût pas affaibli, grâce à Tinvraisemblance de sa propre donnée, la portée de son argumentation. Trois années se sont écoulées, en effet, depuis le mariage de Camille, et il semble que le bonheur dont jouissent le& jeunes époux doive se prolonger indéfiniment à la grande satisfaction de Madame Aubray, alors qu'un point noir apparaît à Thorizon. Tellier, l'ancien séducteur de Giaunina, vient de perdre sa femme qu'il n'aimait guère; il se rap* pelle sa charmante maîtresse et voudrait rentrer en possession du fils qu'elle a gardé près d'elle. Il va donc poursuivre de ses obsessions cette femme infortunée dont il tient jpsqu'à un certain point la destinée entre ses mains, et, durant les deux premiers actes parfaitement conduits et fort spirituels, on admet facilement que Giannina soit en proie à des angoisses d'autant plus poignantes qu'elle cherche à les dissimuler à son mari, bien qu'elle ait cru devoir
mettre son imprudente belle-mëre au courant de la situation. Mais, lorsque Camille lui-même est maître du secret de sa femme, la pièce est réellement finie; carTellier, contrairement à la croyance erronée de M. Betloli, ne saurait penser à réclamer en justice un fils naturel non reconnu par lui et qui, par suite du mariage de Giannina, a dû être légitimé en prenant le nom d'Aubray. Les prétentions du père ne reposent donc sur rien, et il faut d'autre part que Camille ait perdu le sens moral pour enjoindre sérieusement à sa femme de remettre à Tamiable son enfant entre les mains de ce drôle. La critique italienne a fort bien relevé ces criantes invraisemblances, mais nous ne serons que juste en reconnaissant avec elle le rare mérite qui éclate dans cette comédie, et dont Tauteur est sans doute appelé à donner bientôt de plus solides témoignages.
Jeune encore comme M. Bettoli,M.Montecorboli 96 présente à nous muni d'un bagage dramatique d'une valeur à peu près égale avec ses deux pièces Ai'aitVi*tazione et la Scuola del matrimonio. Dans le premier d6 ces ouvrages, Tauteur exploite avec talent une situa*^ tion fort rebattue, du reste, celle d'un ancien forçat qui, ayant réussi à entrer dans une famille honorable, se voit sur le point de perdre toute la considéra^ tionqu'il a su conquérir; celui-là n'était heureusement coupable que d'un homicide par imprudence, et sa femme, maîtrisant un mouvement d'horreur fort excusable, se jettera dans ses bras à la suite d'une explication des plus pathétiques, tandis que le dénonciateur repentant s'éloignera pour ne plus reparaître. La pièce est bien écrite, bien conduite, et quelques scènes d'un comique excellent (ont agréablement cou-
traste avec celles où — le sujet aidant — Tanteur tombe dans la déclamation.
Dans le second ouvrage de M. Montecorboli, la Scuola del matnmonio^ longue comédie en cinq actes, il y a aussi beaucoup d'esprit, d'entrain et même d'éloquence, et pourtant l'ensemble ne représente qu'une pièce manquée où Taûteur nous démontre tout autre chose que ce qu'il avait l'intention de prouver. Le caractère de Louise étant donné, il fallait procéder logiquement, et alors toute l'intrigue était à refondre ; car nous ne sommes pas ici en présence d'une femme passionnée, mais d'une créature calculatrice. Louise, née sans fortune, a pour la pauvreté une horreur instinctive; éprise— dans la mesure de son tempérament
— d'un artiste nommé Ëmilio, elle lui préfère néanmoins Alberto, un jeune homme riche qui, la lune de miel une fois écoulée, s'empresse de se pourvoir d'une maîtresse, tandis que le tentateur Emilio se montre de nouveau. Il n'y avait rien là qui pût émouvoir une femme de beaucoup de tète et de peu de cœur. Malheureusement M. Montecorboli, perdant de vue ses prémisses, nous fait assister à de pathétiques scènes de jalousie, et, dans un moment d'égarement, Louise se rendra seule chez Emilio en le sommant de l'enlever; mais le jeune homme — autre invraisemblance
— oubliant ses propres antécédents, reculera devant la responsabilité d'une pareille entreprise et il invitera sottement sa maîtresse à regagner le toit conjugal. A la suite de cette scène entre un amant circonspect et une femme « inviolable, » il était difficile de trouver un dénoûment satisfaisant, et le cinquième acte se termine par une sorte d'arrangement boiteux. A côté de ce couple défectueux, l'auteur fait figurer
on couple modèle qui s*est uni par inclination, et il fant convenir que Georges et Eugénie constituent deux types extrêmement sympathiques ; mais si nous leur devons un certain nombre de saillies spirituelles et de scènes amusantes, ils nous prouvent seulement par leur parfait accord que deux époux ont d'autant plas de chances de s'aimer longtemps, qu'ils sont vertueux et doués d'un excellent caractère, et cela ne valait pas la peine d'être dit. Telle qu'elle est, cette comédie devrait être intitulée Y École des célibatairesy car si quelqu'un durant œs cinq actes a reçu une bonne leçon, c'est ce pauvre Emilio qui, sommé d'être heureux, s'aperçoit tout à coup qu'il va s'engager dans une impasse, et qu'au lieu de séduire les femmes du granâmondeil fera mieux de chercher à les épouser* Mais, s'il y a beaucoup à bl&merdans leiScuoiadelmatrimonio^ il y a encore plus à louer, et Téchec essuyé par M. Montecorboli est de ceux yi\ grandissent un homme de talent et ne sauraient le décourager.
Véritable antithèse du précédent, M. Gosletti, laborieux et consciencieux écrivain, a déjà donné au théâtre un certain nombre d'ouvrages agréables ou pleins de bonnes intentions, tels que leNubi d'estate^ — il Dovere^ — i Di$$oluti gelo$i ; mais il doit sa reputation à une fort estimable comédie intitulée : il Figlio di famiglia. Bien qu'il y ait dans cette pièce plus d'une scène profondément pathétique, le mot d'Horace : Castigat ridendo mares , trouve ici pourtant
son application, et l'auteur, en nousprésentant dans la personne d'EnricoVallieriun flls de famille un instant dévoyé, s'arrange de façon à nous démontrer que le vice n*est pas seulement odieux, mais qu'il est ridicule. La baronne dont Enrico est éprise est une simple
aventupiëre ; Tillustre comte avec lequel il se propose de QTOiser le fer n'est qu'un misérable escroc, et par un contraste édifiant, c'est un enfant naturel, un artiste fils de ses œuvres qui sera la providence de cet ad^olescent en perdition, et qui, le remettant radicalement guéri à ses parents, recevra en récompense la main d'Adrienne Vallieri, de la femme qu'il aime et à laquelle il n'ose aspirer, honteux qu'il est d'un crime involontaire, celui de sa propre naissance. Ces deux types du a ûls de famille » et du « flls naturel » sont traités de main de maître; l'auteur plaide les droits de la vertu, et dépeint les charmes de la vie d'intérieur avec une chaleur si communicative qu'il a d A opérer d'éclatantes conversions dans lo public italien, et sa pièce est certainement de celles, en si petit nombre, qui instruisent et corrigent sans ennuyer et sans qu'on entrevoie jamais la férule du précepteur. Peut-être môme l'auteur a-t-il trop cherche à se faire pardonner la gravité de ses enseignements; et tels de ses personnages secondaires, le chirurgien Salmi, par exemple, et son neveu Épaminondas dépassent les limites assignées au comique noble et tombent dans la charge. Si nous mentionnons après cela quelques négligences de style, on connaîtra tous nos griefs contre le Fils de famille, qu'on n'en doit pas moins considérer comme une composition des plus morales et des plus remarquables.
C'est par l'analyse des œuvres de M. Gostetti qu'il nous semblerait tout naturel de clore ce chapitre, et, pourtant, nous ne pouvons résister au plaisir de nommer quelques écrivains qui ne sont point encore illustres, mais qui le seront peut-être demain. Parmi ces compositions où le talent apparaît en germe, je
citerai Virtù cTamore, pièce mal agencée de M. Luigi Alberli, mais où Ton trouve des scènes pétillantes d'esprit et dont le style est fort digne d'éloges; Aura^ f(Trt remarquable début de M. Anselmi, pièce faiblement conduite, mais qui est spirituelle et bien écrite; la Vera paternità de M. Andrei, comédie dont le troisième acte est fort remarquable ; Il terzo quql è^ un acte en vers martelliéns, de M. Chiaves, ancien ministre, poêle élégant et plein de verve; — et, pour finir, le recueil tout entier de M. Francesco Goletti. Cet écrivain, qui est le premier en son genre, a malheureusement borné son ambition à la production d*une collection de « bluettes » qui, fort divertissantes et fort bien accueillies du public, ne relèvent point — si ce n'est par le style vraiment exquis — de ce qu'à tort ou à raison, on appelle « le grand art. » Mais, comme nous n*avons aucune prétention à Tinfaillibilité, et que de bons juges ne partagent point notre avis, nous ferons nos adieux à la muse comique en indiquant aux amateurs de Télégance florentine et d'une innocente gaieté les petits ouvrages intitulés : Quel che rocehio non vede il cuar non crede; — i7 TraS" ferimento délia capitale; — Chi ha sbagliato la strada Tomi addietro; — Un ballo diplomatteOf-^etlàCnriosà.