CHAPITRE XY
Du mOQTeineiit pbilotophique en Italie depais la mort de Gioberti. — M. Htmiaid et ses derniers ouvrages : Le eonfetêUnU di un metajUico ; — Le medikuitmi carUêiane, •— école oatluiliqae : M. Tito f omari et sob litre Deir armùnia uMvereale. — M. Gatara-Icttieri et Vlntroduxione ûUa filotofia morale, — M. Ylneenzo di GioTanni : Principu di fdonfia prima; — SofUmi e buon eeneo» — M. lusonio Franchi et sa doctrine eritiqne. — Les HAgéOens r MM. Spaveata et Auguste Tera* — Mon» listes : MM. Perfetti, Livaditi et Capnt. — CatoiM ceueertiio et son auteur anonyme. — Historiens de la philosophie : MM. Aogusto Couti, — Feni,
— Bertiai, — Tînoeaxo di GioTanni, — Lueiam, •— Alfani et Fi<M«Btino«
— Pliiiosoyhei écapomlstai : M. Gievanni Bnno et son traité deW ori^ . namento ioeiale.
Si, transportant la thèse économique de Bastiat dans le monde intellectuel, nous avions à démontrer la théorie des harmonies morales, il nous serait facile de prouver que le progrès se développe chex les nations européennes, par un élan simultané, et que le flambeau de Tesprit ne saurait s'obscurcir sur aucun point du continent, sans que sur tous les autres le rayonnement divin n'apparaisse affaibli et diminué. De 48M à 4848 nous avons vu, en effet, d'illustres philosophes surgir à la fois en Ecosse, en France, en Allemagne et en Italie, et aujourd'hui cette ardeur qui entraînait les générations nouvelles à la recherche des vérités métaphysiques s'est ralentie partout en même temps ; mais c'est peut-être dans la patrie de Romagnosi, de Rosmini, et de Gioberti que l'étincelle sacrée s*est le mieux conservée.
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et il semble que dans rheurense Péninsule la science, bien que gênée dans son essor par son alliance in« lime avec la foi« ait en revancbe été préservée par die de cette décadence lamentable qu'a subie dans ces derniers temps la pensée allemande. Dans la première partie de cet ouvrage, notre courte excursion sur le domaine de la pbilosophie italienne a eu pour limite Texamen des œuvres posthumes de Gioberti. Depuis 4 852, c'est encore Técole religieuse qui a su se maintenir au rang le plus honorable, et TinlGluence de l'auteur du Primato s'est fait sentir, même sur un vétéran qui l'avait précédé dans la carrière. C'est que M. Mamiani a longtemps cherché sa foi avant d'adopter les opinions auxquelles il s'est définitivement rallié, car il a traversé successivement l'école du baron Galluppi et celle de Rosmini, passant ainsi d'un sensitisme mitigé à un demi-rationalisme, pour entrer enfin dans le port de l'ontologisme. Dans son RinnovamerUo délia fihsofia Ualiana^ ce remarquable ouvrage si amèrement censuré par Rosmini, il se montre complètement imbu de, psjchologisme , et c'est sous l'influence de Gioberti et après la publication de Ylntroduzione allô studio délia /ilo^ofia que Ton vit le brillant écrivain venir à résipiscence et aboutir à une conversion sincère dont son dernier et plus important ouvrage est un témoignage éclatant. Dans les Confessioni di un meiafisico insérées d'abord dans la Hiviêia eontemporanea et qui forment maintenant deux gros volumes in-8% il s'est attaché par-dessus tout à donner un corps à la philosophie platonicienne telle qu'elle est aujourd'hui comprise et enseignée dans la Péninsule, et à continuer la t&che inachevée de quelques-uns des plus célèbres penseurs italiens.
Renfermée dans ces limites modestes, son œuvre avait déjà son prix, mais nous croyons qu*il s*abuse lors* qu'il prétend avoir donné à la science entière a un commencement à priori inébranlable et fécond. » C'est là exagérer beaucoup la portée des Confessioni, œuvre éclectique s*il en fut, et qui par son style élégant, sinon toujours facile et simple, peut entrer en comparaison avec les écrits agréables, mais parfois superficiels, d'un philosophe que M. Mamiani semble apprécier beaucoup, et qui n'est autre que Testimable Jules Simon. Comme Tauteur du Devoir et de la Ae/tgion naturelle , le patricien de Pesaro a couvert de fleurs les halliers de la métaphysique, et ce rôle de vulgarisateur ingénieux est assez honorable pour qu'il puisse s'en contenter. Il n'a sans doute apporté qu'une toute petite pierre au temple futur de la philosophie, mais cette pierre est si bien taillée et d'un poli si admirable, qu'elle est appelée à figurer sur la façade de l'édifice, au centre d'une radieuse mosaïque, honneur singulier auquel aspirent en vain tant de sublimes et profonds penseurs, dont les Grâces au doux sourire n'ont point protégé le berceau'.
Si bien converti. qu'il soit, M. Mamiani est un de ces penseurs indisciplinés qui font souvent bande à part, et l'école religieuse et GioberMste proprement dite a pour principaux soutiens MM. Fornari, Ca-
1. Aprèê an intenralle de plus de dix années, H. Mamiani a pubUé récemment un livre intitulé Mediiazioni cartesiane rinnovate nel secoh xix». Cet ouvrage légèrement paradoxal a pour but de nous prouver que la métaphysique a progressé depuis Descartes, et qu'elle est bien réellement une science en dépit des sceptiques. Mais nous doutons fort que Fauteur ail atteint son but, et ses démonstrations plul6t spirituelles que persuasives n'auront pas Tait faire un pas à la question en litige.
lara-Lellierî, et Vincenzo di Giovanni. Ce n'est pas que le nom de disciples doive être appliqué sans restriction à ces trois hommes éminents, qui ont su communiquer à leurs doctrines un cachet parfaitement reconnaissable ; mais entre eux et le métaphysicien de Turin, il existe une réelle parenté intellectuelle. Comme Gioberli, M. Fornari, par exemple, s^est attaché à prouver que la création est un dogme en philosophie aussi bien qu'en théologie; comme iui, il reconnaît la réalité distincte de l'être absolu et de la substance finie qu'il cherche à concilier entre eux; mais, bien que le point de départ et le but soient identiques, la route qu'ils suivent n'est pourtant pas la même. Tandis que Gioberti adopte comme base de son système cette fameuse formule idéale, d'où il fait découler la double série des idées et des existences, M. Fornari effleure à peine ces questions ardues de l'idéologie et de la psychologie pures, et c'est de Yunitotalité absolue qui renferme le concept de l'être, ou acte infini, qu'il fait découler son harmonie universelle. Il pense que toute créature a une double relation avec le Créateur : en tant qu'elle en dérive passivement, elle est substance ou existence; — en tant qu'elle y retourne par un mouvement spontané, elle est action ou cause, et son défaut inévitable ù'unitotalité donne naissance, sous le premier aspect, à ce qu'on nomme espace; et, sous le second, à ce qu'on nomme temps. Toutes les forces particulières dominantes ou subordonnées s'unissent étroitement, et tout cet ensemble est pénétré par la puissance divine, acte simple et pur qui n'apparaît multiple que grâce à la faiblesse de l'intelligence humaine. Le dualisme existe, mais dans la création seulement, et
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c'est dans Fanité supérieare que prennent naissance le dualisme ontologique des créatures existantes et opérantes. Le dualisme logique de la substance et de Faction, le dualisme cosmologique de l'espace et du temps^ dualismes qui vont tous se grouper et se perdre dans Tunité divine : telle est la source de ce premier et merveilleux accord de Tharmonie universelle qui, pareille en ceci à Tharmonie musicale contenue entre la monade» ou unité composante, et le son plein, ou unité composée, a, elle aussi, dans Tunitè son principe et sa fin.
Le nombre créé est comme l'image et Técho du nombre incréé, c'est-à-dire de la suprême sagesse : le vrai seul constitue Tbarmonie parfaite et divine , et celle-ci se communique ensuite à l'âme du penseur qui s'efforce de la saisir. Aux forces supérieures et qui ont conscience d'elles-mêmes, Vunituito apparaît comme motif de la création, comme type, d'après lequel il forme, et comme fin pour laquelle il ordonne la création, ou, pour nous servir d'un langage plus simple : comme vérité, comme beauté, comme bien. A ces trois relations, répondent trois ordres de facultés qui dominent l'univers — c'est-àdire la connaissance, l'imagination, la volonté, mues elles-mêmes par Tintuition, l'enthousiasme, l'instinct, et de ces trois facultés découlent trois actes r la contemplation, l'association (t7 secondaré) et l'imitation, desquelles naissent la science, la morale et l'art. C'est ainsi que partout et en toute chose se reproduit et s'épanche le sublime concert qui résonne sur la lyre divine.
Mais l'harmonie qui éclate dans la nature et qui la pénètre n'est pas moins merveilleuse que celle qui
gouTerne Tespril hvmain^ et M. Foroarila découvre à la fois dans toutes les forces créées et dans toutes leurs manifestations, aussi bien dans le cours si parfaitement équilibré des mondes, que dans la conformation des animalcules invisibles. Âpres avoir mesuré à Faide d'audacieuses conjectures scientifiques les diverses époques de la vie, et sondé les flots de Tocéan des êtres, Tauteur arrive à cette conclusion que la nature réfléchit, mais comme un faible miroir l'unité idéale, de même que Teffet donne Tidée de la cause autant que le permettent les deux infranchissables limites de la création, le temps et l'espace : mais la véritable uniiotalité est en dehors de la nature ; elle est concentrée tout entière dans cette nature idéale qui n'a d'existence que dans la pensée de l'artiste souverain, dans cette pensée sans bornes où toute multitude se réduit à l'unité parfaite.
Tel est le résumé de ce brillant système qui n'est peut-être pas à l'abri de la critique, mais qui honore singulièrement son auteur. Il y a je ne sais quel charme pénétrant dans ces dialogues qui, par (e style et la perfection de la forme, rappellent le Phédon et le Timée^ et dont l'inspiration est puisée à cette source mystérieuse et féconde qu'ignoraient le divin Platon et l'immortel auteur des Tuscùlanes. Ce livre considéré au point de vue de la psychologie ne constitue sans doute qu'un travail imparfait ; mais comme œuvre esthétique il laisse peu de chose à désirer,^ et il occupera une place choisie parmi les bons ouvrages publiés de nos jours en Italie.
Malgré cette brillante incursion sur le terrain de la philosophie, M. Vito Fornari doit être surtout considéré comme un critique littéraire et un esthéticien.
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tandis que M. Gatara-Letticri, bien qnMl ail beaacoup emprunté à Gioberti, et même àGalluppî.a pris rang comme chef des ontologistes siciliens et passe» à Theure qu'il est, pour le plus profond des métaphysiciens vivants de Tltalie. Après s'être fait avantageusement connaître par un volume de scritti varii publié en 4 855, et où l'on remarque deux pièces capitales — c'est-A-dire un discours prononcé en 4853, et qui lui assigne une place parmi les penseurs originaux, et Y Essai sur la philosophie de Galluppi, — puis par ses admirables Dîaloghi suWistinto^ qui ont vu le jour en 4860, le savant professeur messinois, aujourd'hui secrétaire-général de la célèbre académie peloritana^ a mis le sceau à sa réputation par la composition de Touvrage intitulé : Introdusione alla filosofia morale ed al diritto razionale. Ge beau livre, où l'auteur s'attache à démontrer que la morale et le droit sont des sciences distinctes mais non indépendantes l'une de l'autre, se divise en deux parties d'une étendue fort inégale. Dans la première, il établit solidement les principes d'une saine métaphysique, attaque le psychologisme avec une vigueur digne de Gioberti, et nous donne une excellente réfutation des systèmes de Condillac et de Kant qu'il prend à partie dans leurs derniers et insuffisants héritiers. Mais, M. Catara-Lettieri est de ceux qui après avoir démoli savent construire à leur tour , et les lecteurs familiarisés avec la philosophie du droit trouveront un inépuisable aliment à leurs méditations dans les chapi. très où l'auteur abordant son sujet de prédilection, édifie sa belle théorie de l'égalité.
Dans la seconde partie de son livre, M. Gatara- Lettierii se plaçant & un point de vue plus spécia-
lemcnt pratiqae, expose de noaveaa ses idées sous une forme plus accessible au vulgaire, et se livrant à un examen approfondi des doctrines de Romagnosi, qu'il réfute sur certains points, il nous fait mesurer de Tœil les progrès de la science, et Timmense espace triomphalement parcouru par elle depuis la mort de son plus illustre propagateur. L'ouvrage se termine par un appendice qui se compose de quatre opuscules, parmi lesquels nous avons particulièrement remarqué Y Éloge de la liberté et la Grammaire du panthéisme; mais le véritable complément de Yïntroduction à la philosophie morale se trouve dans deux écrits publiés tout récemment par l'auteur : une spirituelle et piquante Cicalata en dialecte sicilien, et un éloquent essai qui en forme la contre-partie. Dans son opuscule sicilien, le docte professeur fait nne plaisante revue de toutes les erreurs, de toutes les énormités accumulées dans certains systèmes hétérodoxes qui ont eu ou qui ont encore de la vogue; il s'attaque aux médecins comme aux simples philosophes, et s'égaye, avec une grande puissance de verve ironique, aux dépens de Broussais et de. M. Darwin; d'Hegel, aussi bien que de M. Spaventa et de M. Yera. Puis, après avoir constaté le c délire » de ces « sages renommés, » il se livre à d'ingénieuses considérations sur Tinfaillibilité de l'instinct, loi vivante qui préside à tous les actes de ces êtres estimables qu'on a si injustement qualifiés de brutes ; mais lorsqu'il a filé jusqu'au bout cet agréable paradoxe, l'auteur, comme s'il eût oublié le titre de sa Cicalata^ recule devant la conséquence qui découle de ses prémisses, et il renvoie son lecteur à un ouvrage plus sérieux on Ton réussira peut-être à lui
montrer que rhomme « a l'usage de la raison. »- L'essai sultuorno est, eu effet, un des plus solides écrits qui aient paru de nos jours contre le matérialisme et le positivisme, et l'introduction qui a été le sujet d'une lecture des plus applaudies au sein de l'académie peiaritanm^ forme, à elle seule, une fort belle étude suc le « roseau pensant » de Pascaï. M. Gatara-Lettieri n'est pas seulement un métaphysicien, c'est iHi poète, et pour décrire les misères et les grandeurs de l'humanité il a des accents émus^ sublimes par instants; mais une fois arrivé sur le terrain de la discussion, il trouve des ressources non moins précieuses dans l'emploi judicieux d'une logi* que rigoureuse, bien que parfois un peu subtile, et il traite rudement deux écrivains fort goûtés, à tort selon moi, dans le monde scientifique italien : l'Allemand Bûchner et le Russe Hertzen. Âpres avoir réfuté le matérialisme physiologique, après avoir opposé aux positivistes un dilemme des plus embarrassants, l'illustre professeur étudie le spiritualisme sous ses divers aspects, et, en l'absence d'une dé* monstration mathématique malheureusement incompatible «avec l'existence mystérieuse, mais incontes* table du surintelligiUe^ il accumule en assez grande quantité les preuves indirectes, les vraisemblances et les probabilités pour amener ses lecteurs à un& situation intellectuelle qui est bien près de ressem^ bler à la certitude morale. Il est donc particulière-' ment regrettable que ce petit traité ne soit pas plu» connu en France, et nous en dirions volontiers autant d'une foule d'opuscules qui éclosent chaque année sous la plume féconde de M. Gatara-Lettieri, et qui seront à peu près perdus pour le public, tant
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4f«'ân éditeur intelligent n'aara pas «ongé à les rénnir en yolames.
Plus jenne que ses deux yénérés collègues, M. Vincenzo di Giavanni était encore complètement in- <^onnu il y a une dizaine d'années, lorsque la publication de son Miceli Tint le classer, ainsi que nous le Terrons plus loin, paFmi les meilleurs historiens de la philosopfaie. Ici, nous n'aTons à parler que du métaphysicien, de Fauteur des PHneipii di filoaofia prima «t de Texcelient yolume intitulé : Sofi$mi e buon senso. Le premier de ces écrits est ToeuTre d'un écrivain des plus élégants, et constitue à notre avis le meilleur traité de philosophie élémentaire qui ait paru de nos Jours. H. di Giovanni professe les doctrines ontologiques de Gioberti et il a su en exposer les principes avec une clarté et une logique des plus remarquables; lapartie historique seule est un peu écourtée, et il est à craindre que, réduite à ces proportions mesquines, elle ne puisse suffire aux jeunes gens qui, avides de connaître les Ticissitudes subies par la pensée humaine, ne sauraient se contenter d'un simple catalogue, véritable entassement de faits et de dates. Quant au second ouvrage Sofismi e buen senso^ c'est une fort bonne réfutation des principes du pantiiéisme et du matérialisme, et à force d'industrie, Taimable philosophe parvient à rendre attrayante la lecture d'un livre des plus sérieux où sont examinées de graves questions d'où dépend l'avenir de Thumanité. C'est un tableau dont le sujet est austère et simple;maisle colorisest si beau, le cadre est si joli, que les indifférents et les oisifs s'arrêteront pour le considérer, et plus d'une coUTersion inattendue viendra récompenser ringénieux traTail du saTant et pieux
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aateur qai a fait , avec plus de succès pour la philo- Sophie, ce que le bon AntonioGesari flt jadis pourles lettres en composant .ses Grazie..., Mais M. di Giovanni est un maître, et le vieux professeur de Vérone n'était qu'un illustre pédant.
Gonlrairemenl à ce que nous voyons en France, où les doctrines hétérodoxes sont professées par des hommes tels que MM. Yacherot, Littré, Renan, Taine, etc., l'Italie depuis cinquante ans n'a produit qu'un illustre sceptique, M. Ausonio Franchi et deux hégéliens de quelque mérite, MM. Spaventa et Yera. Le système de M. Franchi a été qualifié de « doctrine critique » et n'est pas autre chose, en effet, que le criticisme de Rant assaisonné de positivisme; mais, comme feu Proudhon, le philosophe génois est an logicien vigoureux, et son livre intitulé: Filosofia délie scuole italiane est un admirable pamphlet. Dans l'Introduction, chef-d'œuvre de piquante ironie, on lit des pages émues et .pathétiques qui rappellent la célèbre confession du grand et infortuné Jouffroy, et quant à cette série de lettres ù M. Berlini qui composent le corps de l'ouvrage, on y trouve, en môme temps qu'une incomparable verve, une prodigieuse aptitude à saisir le point faible des systèmes plus ou moins orthodoxes de Galluppi et de Rosmini, de Gioberti ou de M. Augusto Gonli, pour lequel l'auteur se montre sans pitié. Mais si les spiritualistes ne sauraient se tirer sans contusion des mains de ce rude athlète pour qui a le doubte est un bon oreiller, » ils reprennent l'avantage alors que, tout en demandant grâce pour l'insuffisance de leurs propres démonstrations, ils somment leur adversaire de prononcer à son tour la formule magique; on s'aperçoit
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clairement alors que la philosophie de M. Franchi n'est pas autre chose qu'un chapitre d'histoire naturelle, et c'est par là que son système se relie étroitement à ceux de MM. Spavenla et Vera.
Ces deux hégéliens convaincus enseignent aujourd'hui la philosophie à l'université de Naples : le premier n'a encore publié aucune œuvre digne d'attention; quanta M. Vera, il s'est acquis en dehors de sa chaire une renommée européenne comme interprète des œuvres du maître. La Logique, remarquablement traduite et accompagnée d'un commentaire perpétuel, a vu le jour en 1859, et dans Iç cours des six années suivantes il a paru trois volumes de la Philosophie de la nature. Ces traductions et ces commentaires sont justement estimés, car ils éclairent souvent d'un jet de lumière les obscures théories du philosophe allemand. M. Vera a d'ailleurs, autant qu'il la pu, substitué les expressions de la langue vulgaire à l'étrange terminologie du texte original, et s'il ne réussit pas toujours à expliquer la pensée hégélienne, il ne l'altère jamais, du moins, de propos délibéré. Grâce à ce savant et judicieux travail, la Philosophie de la nature restée presque inconnue jusqu'à ce jour doit être considérée à certains égards comme un livre nouveau, livre qui est en son genre un ouvrage admirablement conçu, et où se trouve le germe de ce fameux traité d'esthétique qui est le vé* ritable titre de gloire de Hegel. Sauf ce qu'il y a de neuf et d'ingénieux dans ces publications, M. Vera, en tant que professeur, n'est du reste, aussi bien que M. Spaventa, qu'un disciple attardé du célèbre matérialiste allemand, et la vogue qu'ils ont obtenue un instant à Naples s'affaiblit peu à peu en raison
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directe dn progrès de la rraie civilisation dans le& provinces méridionales de l'Italie , où les théorie» excessives n'ont pins Tattrait du fruit défendu , et le jour approche où les héritiers des antiques penseurs de la Grande-Grèce répudieront à runanimité les doctrines ténébreuses de la Germanie pour reprendre la tradition de leurs immortels aïeux.
Au-dessus de la métaphysique, cette partie éternellement mobile de la philosophie, il faut placer la morale, qui dès le temps de Thëophraste était déjà une science complète. Mais bien que le cœur humain soit toujours le même, il offre, grâce à ses mille replis» un pérpétifel sujet d'étude aux sages de tous les temps, et c'est ce qui explique pourquoi Montaigne, La Bruyère et Pascal ont pu conquérir une si belle place à côté de tant d'illustres anciens. L'Italie moderne a été sous ce rapport moins bien partagée que la France, mais elle a su garder un rang honorable, et parmi ses moralistes vivants, il en est trois qui ont droit à une mention spéciale, MM. Perfetti, Livaditi et Caput. M. Perfetti procède de Pascal dont il a le sentiment chrétien sans aller comme lui jusqu'aux extrêmes limites de raustérité, et son livre intitulé VUomoy écrit à un autre point de vue que celui de M. Catara-Lettieri, rappelle sans trop de désavantage le beau traité de M. de Latena. C'est tout particulièrement au côté pratique de son sujet que s'attache M. Perfetti ; il décompose cet être complexe qui tient le milieu entre Dieu et la brute, et il tire parfois d'admirables développements de courts aperças de Pascal, notamment dans sa belle distinction entre « l'ange et la bête. » Ses études sur le plaisir, la douleur, l'amour, sont aussi fort dignes d'éloges, mais il
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1116 semble qu'il ne professe pas povr la femme toute Testime que mérite eet être faible et charmant, si supérieur à Thomme à tant d'égards. L'auteur, évi* demment, ne connaît ni la femme américaine, ni même la femme française, et celle qu'il a étudiée, née dans la servitude et privée d'une forte éducation, ne pouvait être prise pour type général de son sexe. On doit pourtant rendre cette justice à M. Perfetti qu'il croit à la régénération de ses belles compa* triotesy et qu'il a un vif sentiment des devoirs de l'homme envers l'épouse comme envers la mère. C'est, en somme, un livre judicieux et bien écrit que le livre de VUomo. H suffirait d'un bien petit nombre de modifications pour en faire un ouvrage classique, et nous aimerions notamment à voir l'auteur retrancher quelque chose de ce luxe d'érudition qui fatîgae à la longue, et supprimer les citations latines qui, alourdissant son texte au lien de l'enrichir, nuisent à l'effet de maint passage éloquent auquel cette inutile adjonction enlève, en partie du moins, la spontanéité et la grâce.
Si, comme je l'ai dit, M. Perfetti est un petit neveu de Pascal, M. Livaditi en revanche est un Athénien dépaysé, et l'on a adressé à ses Opérette morali e filo^ fofiehê une critique qui ressemble beaucoup à un éloge en disant que ce livre rappelle les Opérette ma^ rûU de Leopardi ; mais le reproche d'imitation n'est vraiment admissible qu'en ce qui touche à la première moitié du volume, à ces courts dialogues entre Érasme et la foHe^ ^^ Cuvkr et im o», etc., etc., écrits de jeu* nesse, publiés dans divers recueils de 1858 à 4860. A mesure qu'on avance dans la lecture de ces opuscules le type original de récriTaîn s'accuse de plus en plus.
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et si en médirant sar Timportant traité intitulé Dtlf amure délia patria on songe encore à Leopardi, c'est parce qa'on retrouve dans ces pages, avec Tempreinle d'un scepticisme incurable, de nobles pensées exprimées dans un style limpide et transparent. L'impression que laisse un tel livre n'a sans doute rien de consolant; mais en abordant le chapitre final, ce bel hymne à la patrie dont le culte doit sufiQre à combler le vide de toutes les autres affections humaines, on
se prend à bien espérer d'un jeune écrivain qui. Grec d'origine, a su conserver au dedans de luimême l'étincelle sacrée que lui ont transmise ses grands ancêtres, et qui, sans se lasser jamais, s'obstine comme eux à la poursuite de l'idéal.
C'est aussi un moraliste ingénieux que M. Salvatore Gaput, mais au lieu de marcher sur les traces de Léopardi, il s'est attaché aux pas d'un guide étranger, le pénétrant et amer La Rochefoucauld. Passablement sceptique, aussi bien que son illustre modèle, il l'emporte sur lui au point de vue de l'indulgence, et ses plus fortes malices excèdent rarement la mesure de l'inoffensive épigramme. Ce qui manque à la plupart de ces deux cents pensées, c'est ce tour qui les grave dans la mémoire, et qui est si incisif dans les écrits du héros de la Fronde. M. Caput, au contraire, se complaît à commenter son propre texte, et il l'affaiblit en le délayant. Mais la concision n'est pas la qualité dominante des Italiens ; l'idée chez eux a quelque chose de flottant, aussi bien que l'expression, et ce recueil qui ne saurait être jugé au point de vue français atteste au moins dans l'aimable poëte-philosophe une grande bonne foi, jointe à une rare impartialité. C'est en lisant de pareils livres qu'on
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peat apprendre à connaître nosYoisins d*oatre-mon(s et, tout en plaisantant sur ses compatriotes et sur lai-même, M. Caput a tracé un fort bon portrait, non pas de rhomme en général, mais de Thomme italien, cet être à demi décha, à demi régénéré qui, en conservant quelques-ans de ses défauts d'autrefois, sem^ ble enfin cheminer à grands pas dans la route du progrès matériel et moral. M. Caput -— nous Tavons dit déjà en parlant de ses poèmes lyriques — est également Italien en ceci, qu'il n'est encore arrivé dans aucune direction aussi loin qu'il pouvait aller, et c'est par ce sympathique avertissement que nous terminerons le paragraphe qui lui est consacré ^
Si, après avoir énuméré les systèmes aujourd'hui en vogue de Tautre côté des Alpes, nous passons maintenant à Texamen des œuvres historiques, nous aurons encore à signaler des tendances honorables et des efforts couronnés de succès. Parmi les histoires générales, il en est deux qui nous paraissent particulièrement recommandables : la Storia délia filosofia de M. Auguste Gonli, et YEssai sur la philosophie en Italie au dix-neuvième siècle par M. Louis Ferri, professeur à rinstitut de Florence. L'ouvrage de M. Conti n'est qu'un précis en deux volumes, fort élégamment écrits d'ailleurs, et fort sagement ordonnés. La partie la plus faible est sans contredit celle qui est consacrée aux temps modernes, car l'auteur, qui est à la fois croyant et libéral, est à la gène lorsqu'il lui faut
1 . On nous transmet ao dernier moment an peUt yolume plein d'une grâce socraUque intitulé Caione converiito, et où, dans un stjle excellent, l'auteur anonyme, maniant avec suocës l'arme de l'ironie, donne aux jeunes gens da Jour de sages conseils dont ils profiteront, je l'espère*
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mettre d'accord ses opinions politiques et ses eonnc* lions religienses. On ne lira donc qn^avec défiance la dernière partie de TouTrage, et particulièrement le chapitre où il estqnestion de Gioberti, de H. Mamiani et de M. Aasonio Franchi. Quant à Fouvrage de M. Ferri, nous n'en dirons qu'un mot, car un liYre imprimé à Paris et en langue française ne doit oc* euper qu'une place des plus restreintes dans une histoire des lettres italiennes. Mais nous avons bien le droit d'affirmer ici que ces deux gros volumes conçus à un point de vue un peu exclusif — ^ puisque l'auteur n'y parle que d'une demi* douzaine de philosophes , et passe prévue entièrement sous silence l'école sceptique et l'école hégélienne — se lisent pourtant avec intérêt et ont contribué, quoique dans une trop faible mesure, à populariser chez nous les œuvres des penseurs italiens.
En outre de ces deux histoires, nous pourrions citer encore diverses monographies estimables de MM. Bertini, Alfani et Fiorentino, mais nous insisterons surtout sur deux études récentes de MM. Vincenzo di Giovanni et Luciani, relatives au fameux Miceli et aux œuvres de Gioberti. Spiritualiste convaincu, cela va sans dire, puisqu'il appartient au clergé sicilien, et disciple de Gioberti dont il s'est contenté de modifier légèrement la formule, M. Vincenzo di Giovanni a eu la bonne fortune de découvrir les manuscrits d'un grand métaphysicien inconnu dans lequel il nous montre un ancêtre d'Hegel et de Schopenhauer. L'Italie a donc eu, elle aussi, son cycle philosophique, et si au siècle dernier la voix de Miceli s'est éteinte sans écho, c'est que le bon sens national a rejeté dès le premier examen une doc*
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trine subtile et qai ne pouvait f erner que dans des cerreaux germaniqnes. Il n'en était qne plus utile d'établir qu'en (ait d'erreurs it n'y a rien de nouveau sons le soleil, et les admirables dialogues qui précédent Fëdltion des principales œuvres de Micçli constituent un essai philosophique des plus importants, ou l'auteur étudie sous toutes ses faces cette curieuse physionomie d'un prêtre profondément soumis aux^ préceptes de TËglise, et qui se laisse entraîner en plein panthéisme par l'application trop stricte du texte de saint Paul : In ilh vivimuij movemur et sutnui. M. di Giovanni a complété depuis ce travail si intéressant par la publication d'un court et substantiel volume où il établit un parallèle entre Miceli et Dom Deschamps, bénédictin français en qui M. Beaussire avait découvert de son c6té un précurseur de Thégélianisme, et le succès de ces deux ouvrages si purement écrits et si logiquement conçus engagera sans doute M. di Giovanni à composer l'œuvre plus vaste qu'on attend de lui, c'est-à-dire Thistoire de la philosophie italienne depuis Vico jusqu'à nos jours.
Ainsi que nous le disions tout à l'heure, la renommée de Gioberti n'a fait que grandir après sa mort. Deux systèmes seulement se trouvent aujourd'hui en présence dans la Péninsule, Tontologisme et l'hégélianisme, et c'est dans les provinces méridionales que le panthéisme germanique trouve à la fois ses adeptes les plus fervents et ses adversaires les plus vigoureux* C'est parmi ces derniers qu'il faut citer au premier rang M. Luciani, auteur d'un long -et consciencieux ouvrage, dont deux volumes ont déjà paru. Aux yeux de Testimable et savant écrivain, Gioberti est une de ces grandes figures qui servent de
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jalons a Thistoire; ce que Dante a été^pour les hommes du moyen âge, le penseur lurinais le sera pour les Iialiens du dix-neuvième et du vingliëme siècle^ et r introduction de ce vaste travail nous donne;ridée la plus imposante de la mission politique et sociale de Tauteur du Itinnovamento. Gioberti, selon M. Luciani, n'est autre chose que la personnification grandiose de ritalie future, reconquérant son glorieux Primate à Taide de la foi et de la liberté, et nous trouvons comme la contre-épreuve de cette affirmation dans le chapitre premier^ consacré à Hegel, cet apôtre du désespoir et du néant. C'est sur les épaules de MM. Vera, Spaventa et Ferraiù que Tauteur fustige le vieux Satan germanique, et son argumentation a paru assez embarrassante pour causer un vif déplaisir à MM. les professeurs de l'université de Naples. Les panthéistes ne sont pourtant que de misérables bâtards de Spinosa et, pour procéder logiquement dans sa démonstration , M. Luciani eût dû d'abord s'attaquer à Descartes, l'auteur involontaire de ce grand effondrement intellectuel dont les premiers indices apparurent en Europe dans la seconde moitié du dix-septième siècle. Mais dès son second chapitre l'auteur prend à partie le rêveur tourangeau, et après l'avoir terrassé au moyen des arguments qu'il emprunte à Gioberti, il passe à l'étude du platonisme, cette réfutation anticipée du système de Descartes, et termine le chapitre troisième par un parallèle des plus flatteurs entre le philosophe athénien et le grand publiciste piémontais. Cette première partie est, selon nous, supérieure à la seconde, où, avec le même talent sans doute, mais aussi sous l'impulsion d'une sympathie exagérée et
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voisine de ridolfltrie, H. Luciani expose le système de Gioberti en consacrant une longue suite de chapitres à rénumération et à Texamen de cette brillante série d'ouvrages dontrinQuence, il en faut convenir, s'est fait activement sentir dans toutes les phases de rhistoire italienne des trente dernières années. L'auteur n'a malheureusement encore accompli que la moitié de la tâche àlaquelle il semble avoir dévoué sa vie, et en l'exhortant à poursuivre un si honorable travail, nous oserons lui demander plus de sangfroid dans ses appréciations, et aussi un peu plus de souci de la forme sous laquelle il traduit sa pensée. Le style a été généralement la partie faible des phi* losophes napolitains, et le temps est venu où les écrivains qui tiennent à être lus doivent épargner à un public affairé toute fatigue inutile.
Avec l'examen du livre de M. Luciani, s'achève ce tal^eau sommaire et trop incomplet du mouvement phflosophique en Italie sous le régime unitaire ; mais avant de clore ce chapitre nous nous reprocherions d'oublier qu'au temps d'Adam Smith, l'économie politique n'était qu'une section de la morale, et c'est à ce titre que nous accorderons une courte mention à l'œuvre de l'un de ces sages modestes qui» se maintenant sur l'humble terrain de la pratique et à force de méditer sur les conséquences de nos travers et de nos préjugés, arrivent peu à peu à nous frayer la route du devoir qui est aussi celle qui conduit à la véritable félicité. Parmi ces guides de la vie nous devrions citer tout spécialement les illustres économistes qui, sans s'égarer dans des discussions de chiffres, ont adroitement mêlé les théories morales aux considérations d'un ordre inférieur, et à ce point de vue
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noQs pouvons recoAMitre de vrais et d'admirables philosophes daas Dunoyer et Frédéric Bastiat, qai ont anjourd'hui des snccesseurs en MM. Molinari et Paul Leroy-Beanlieu. La Sicile a prodait de nos jours un homme digne de leur être comparé, et qui dans roavi*age intitulé : la Scienza ieïtOrdinamento sociale^ a élargi le cadre de la science et a satisfait au vœu le plus cher de ses grands précurseurs. Ces trois gros volumes ne constituent pas seulement le texte le plus complet que nous ayons encore lu ; ils contiennent, en outre des enseignements qu'on cherche dans ces sortes d'ouvrages, mille aperçus nouveaux et ingénieux, et la critique, fort bienveillante du reste, qu*a faite de ce livre H. Passy, au sein de Tlnslitut, nous parait singulièrement affaiblie par la réfutation qu'en a donnée récemment le savant pnrfèsseur de Païenne. Il ne nous est pas permis d'aborder ici de tels débats, mais nous ne pouvions refuser un mot d'éloge Lee livre si bien conçu où les théories sur la formation de la richesse sont subordonnées à des théories plus hautes qui ont leur point de départ ailleurs que sur la terre. M. Bruno, nous n'hésitons pas à le procla* mer, a réussi à montrer dans ces trois volumes que les arrangements sociaux reposent ou tendent de plus en plus à reposer sur les lois morales, et pour avoir bien mérité de son pays et du monde entier, il lui suffirait au besoin d'avoir écrit ces belles pages où il établit que les nations grandissent d'autant plus rapidement que les droits imprescriptibles de la justice et de la liberté trouvent chez elles plus de respect et plus de garanties.