‹ L'Italie est-elle la terre des morts? (volume 2)Chapitre 4 sur 64 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

(Suite dn même tiiget.) Lee héritien préaomptift de Prali ; — Giosuè Car* ducci. Prtmùrê eh&nîi; — Lxvia f/rama; Chanté politiqueê et hwmanttaireê. — L*abbé Giacomo Zanellt et U poéiie scientifique; — Set traduis tioni.

Dès le commencement du chapitre précédent, nous avons été heureux de pouvoir constater le réveil de la poésie italienne et cette ère nouvelle, ainsi que son double courant d'idées, a trouvé ses représentants fidèles dans deux hommes de beaucoup de talent : M. Josué Garducci, païen et démocrate ;-- Tabbé Giacomo Zanella, libéral et catholique de Técole de Manzoni et de Ferrante Aporti. Nous avons déjà dit un mot de M. Carducci dans notre premier volume, mais nous ne connaissions encore de lui qu'un petit nombre de chants, parmi lesquels il faut citer surtout les pièces intitulées : Alla casa di Savoia et VAnnessioney compositions brillantes et de nature à satisfaire toutes les fractions du grand parti national. Elles valurent, en effet, à l'auteur les faveurs du Gouvernement qui, en le nommant professeur dans une des principales universités du royaume, n'a nullement réussi à le transformer en courtisan. Pour se faire une idée , non pas parfaitement juste , mais passablement exacte du rôle de M. Carducci, à Bologne, il faut se figurer un Béranger en robe noire pérorant librement à la Sorbonne, vers 1825, et témoignant ouver-

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tement sa prédilection pour la forme républicaines tout en laissant entrevoir de vagues aspirations socia* listes. Est-ce à dire pour cela que M. Garducci soit un de ces hommes dangereux inscrits sur les registres de toutes les polices européennes? Est-ce à dire même que ce soit un de ces républicains austères que scandalise à bon droit le beau vers de Corneille :

Le pire des états, c'est Fétat populaire?

M. Garducci est tout simplement un de ces grondeurs inspirés qui suivent la pente de leur talent et tombent sans s'en apercevoir dans la critique systématique, sauf à chercher perpétuellement leur voie en politique, en morale et en théologie. De quelque façon qu'on vise à se rendre compte de ce caractère littéraire, on ne surprendra que des tendances assez accusées parfois, il est vrai, et si Ton ouvre Lœvia gramay le second et la plus important recueil de l'auteur, on y trouvera matière à de singulières observations. Pareil à ces hommes de Platon qui se cachent au fond d'une caverne le dos tourné à la lumière, le poêle s'y pose en admirateur exclusif du passé ; il est païen par réminiscence, et ces aspirations rétrogrades donnent je ne sais quoi d'exclusif et de mesquin à ce culte pour le beau, qui respire à chaque page de son livre. Ce recueil est une collection de pièces antiques et plusieurs sont dignes d'Horace; mais en général, et bien qu'elles révèlent, à peu près toutes, un véritable génie poétique, on y bl&me avec raison un luxe exceptionnel d'érudition, et dans le style une obscurité voulue que le lecteur, même instruit, ne parvient pas toujours à dissiper, et qui

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exige de sa part des efforts surhumains quePerse oq Foscolo eussent à peine osé réclamer de leurs fidèles les plus éprouvés. Il est vrai que M* Carducci a inscrit en tête du volume cette courte et ftignificative épigraphe : Sibi^suis fecit; mais un poète illustre ne sait jamais au juste combien il a d'amis. Les meilleurs sont parfois les plus éloignés et les plus inconnus, et il faut leur épargner ces allusions trop subtiles et trop multipliées qui lasseraient la patience des amis, même de la banlieue. J'exclurai toutefois de cette condamna* tion en masse la plupart des sonnets qui entrent presque pour moitié dans la composition du recueil et où Ton trouve, — avec une clarté suffisante, — beaucoup de concision, d'énergie et, çà et là, des fragments élégiaques, pleins de cette grâce et de cette mélancolique volupté qui nous attendrit dans les vers de 7ïbulle. Mais je blâmerai dans ces pièces exquises des tirades déclamatoires où le poète s'attaque avec une regrettable injustice ^

Al secoletto vil che cristianeggia

SOUS la direction de Maazoni et de Baibo, de Gio^ berti, de Gino Capponi et de Lambruschini, tandis que tout à côté M. Carducci prodigue des éloges sans res^ triclion au hargneux aristocrate Alfieri, et compare à Térence l'aimable et incorrect Goldoni. Si le patricien piémontais et l'insouciant comique vénitien eussent vécu de nos jours, le satirique les eût mis sans doute rudement à leur place sinon un peu au-dessous ; mais le culte des anciens, ou pour mieux dire des morts une fois admis, on ne peut qu'applaudir à la verve do poète et aux brillantes variantes qu'il nous offre du

fameux discours de Cacciaguida. Ces belles tirades ne changeront éyidemment rien au yëritable état des choses et n-empécheront pas le dix-neuyiëme siècle d'être classé parmi les plus grands siècles de Thistoire italienne. Si nous passons maintenant aux odes, — parfaitement identiques aux sonnets par le sujet et le genre d'inspiration, mais qui forment, ainsi qu'on Ta vu plus haut, la partie défectueuse du recueil, — nous aurons à signaler de loin en loin des pièces d*un mérite tout à fait supérieur où revit dans toute sa fraîclieur le doux génie d'Anacréon, où frémit la verve puissante du vieux Pindare. Le Brindisi au rhythme impétueux de la page 89 me parait fort digne, en effet, du vieillard de Téos, et dans un genre plus sérieux, la Canzone qui débute ainsi :

Divinatrice d'altre genti indaghe...

est magnifique de dédain et sublime d'invective; tandis que dans Tode A Niccolini^ peut-être plus remarquable encore, la beauté de la forme est en parfaite harmonie avec TélévatioQ de la pensée. Ces deux pièces suffiraient seules a justifier la renommée déjà si grande du jeune poète toscan' et le joli recueil dont elles sont un des principaux ornements eût obtenu, non pas seulement un succès d'estime, mais un succès populaire si Fauteur se fût préoccupé davantage de plaire à ce profanum vulgus, ce public démocratique et positif qui ne hait point les beaux vers, mais qui veut qu'on soit de son temps et se soucie médiocrement des vieilles ombres et de la défroque mythologique. M. Carducci semble l'avoir compris, et

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