‹ L'Italie est-elle la terre des morts? (volume 2)Chapitre 6 sur 64 · Fameax urarier liwqaols da m* siiele · texte numérisé non relu

Fameax urarier liwqaols da m* siiele

longtemps la voix du bouge et la voix du palais^ il termine cette viralente satire par une imprécation contre celui qu'il nomme :

11 leggiadro e soave economista...

Je ne sais si Tauteur et ses amis ont une recette infaillible pour Textirpation du paupérisme, mais en attendant qu'ils l'aient produite, je continuerai de douter qu'aucun socialiste contemporain ait autant aimé le peuple et Tait aussi bien servi que Font fait depuis cinquante ans J.-B. Say, Sismondi, Frédéric Bastiatou le comte de Gayour, et sans incriminer les intentions de M. Carducci, je me permettrai de lui dire que c'est un mauvais moyen de résoudre les questions sociales que d'y introduire la passion politique, et je crains que ce genre de prédication ne soit particulièrement condamnable en Italie où il n'y a guère de misérables que ceux qui ne travaillent point.

En ce qui touche à YInno a Satana^ nous aurions aussi quelques réserves à faire. Nous pouvons les résumer d'un seul mot en disant que dans cette composition lyrique nous retrouvons le pécheur endurci, le païen et l'aristocrate révolutionnaire de Lcevia gra^ via; mais ici, à travers les brillantes réminiscences du passé, l'inspiration moderne se fait jour avec une fougue digne d'un fils adoptif de l'ardente Bologne. On se rappelle le mot si pittoresque et si vrai de Voltaire : « Il faut qu'une actrice ait le diable au corps; » M. Cardu€ci pense comme notre immortel polygraphe qu'un charitable « démon » ou génie préside à tout ce qui se fait de grand sur la terre, et Satan pour lui c'est tout simplement l'esprit qui soulève la matière : men»

quœ agitât molem. Lorsqu'il écrivait son hymne» Tautenr était sans doate tout haletant lui-même sous le sooSle diabolique, et du premier vers au dernier sa verre et son enthousiasme ne font que s'accroître comme Félan de cette force sans frein dont il est question à la fin de la pièce :

Un belle e orribile Mostro si sferra, Gorre gli oceani, Corre la terra :

Corrusco e fumido Corne i vulcani.

I monti supera, Divora i piani,

Sorvola î baratri :

Foi si nasconde Fer an tri incogniti Fer vie profonde ;

Ed esce ; e indomito Di lido in lido Corne di turbine Manda il suo grido,

Corne di turbine L'alito spande :

Ei passa, o popoli, Satana il grande ;

Passa bénéfice Di loco in loco Su Tinfrenabile Carro del foco >...

1. « Effrayant et sublime, un monstre ae déohatne ; sur l'onde eu flor la terre, il lutte contre Vespace et de sa bouebe s'échappent d'ardentes lueurs au seip d'une épaisse fumée. 11 franchit les monts, dévore la plaine, effleure en sa eonrse la surface des gottf« fres, puis se dérobe en des antres inconnus en suivant des jouAcs

Après avoir dépeint si éloquemment les bienfaits passés, présents et à venir, de ce Satan d'an nonveau genre, pourquoi faut-il que Tauteur transforme l'esprit de progrès en esprit de révolte et qu'il s'écrie :

Salute, 0 Satana 0 ribellione, 0 forza viadice, Délia ragione...

M. Garducci doit savoir maintenant ce qu'il en coûte aux peuples qui, sous prétexte de se venger du despotisme, ce mauvais médecin, s'abandonnent aux démagogues, ces charlatans ignobles, et je ne serais pas surpris si, au risque de scandaliser, non pas les faibles, mais les violents, il mettait désormais une sourdine à sa lyre, et se résignait à porter le joug, si léger d'ailleurs, de ce gouvernement libéral quoique monarchique, auquel l'Italie doit son unité. Après avoir erré longtemps au hasard sur une mer orageuse, il abordera lui aussi à cette heureuse plage vers laquelle Tesquif de M. Zanella a cinglé à pleines voiles dès le premier jour, sans s'écarter un instant de sa roule.

C'est en effet une nature des mieux équilibrées que celle de ce généreux prêtre vénitien ; vrai fils de son temps, il en a compris toutes les aspirations, sauf à ne les accepter que dans une certaine mesure, et nous ne lui accorderons pas un mince éloge en disant qu'il a su rester le disciple obéissant de l'Ëglise sans oùmystérieuses. U en sort, et indomptable s'élance de riTage en rivage , poussant un cri terrible comme la voix de l'ouragan ; son souffle s'exhale comme une Tapeur brûlante.. • Il passe, ô peuples, Satam" le-grand ! bienfsisant U passe de tUIo en Tille sur son char de feu... »

blier jamais ses devoirs de citoyen d'une patrie libre. Gomme Montalembert, il s'est dit que le dix-neu- Tième siècle est peut-être la plus glorieuse et la plus heureuse époque parmi celles qu'a célébrées Thisloire, et en lisant quelques-unes de ses pages, il nous semblait entendre la voix de Périclès glorifiant la civilisation d'Athènes et réfutant deux mille ans à l'avance les odieux sophismes de Rousseau. Ces paroles du grand Athénien siéraient bien encore dans la bouche d'un citoyen de Florence ou de Paris, en dépit des récents malheurs sous lesquels la plus importante des nations latines a paru un instant comme accablée, et quoique habituellement occupé des choses d'en haut, M. Tabbé Zanella n'en a pas moins chanté noblement les plus glorieux triomphes du génie moderne dans l'ordre scientifique. C'est par un poëme en l'honneur de Galilée que s'ouvre son recueil, et il a réussi, ou bien peu s'en faut, à surmonter les difScultés que présentait un pareil sujet envisagé an point de vue de la plus stricte orthodoxie. La mise en scène a quelque chose d'imposant et d'auguste; le sublime entretien de Timmortel astronome et du chantre futur du Paradis perdu était digne d'avoir pour cadre l'incomparable paysage dont M. Zanella nous fait une si splendide description, et il n'est pas jusqu'à cet humble, mais touchant personnage de sœur Harie-Céleste, rivale d'Anligone, qui n'ajoute je ne sais quel tendre intérêt à ce petit poème dramatique. Les deux interlocuteurs ne restent pas moins fidèles à Tespritde leur rôle : Mil ton adolescent a tout le feu ou plutôt toute la fougue de son âge, et son &me se révolte en présence du génie persécuté et fléchissant sous le poids de la douleur plus encore que sous

les glaces de la vieillesse. Les discours qui coulent à flots pressés de ses lèvres comme une lave ardente ont mérité les suffrages presque unanimes de la critique italienne, laquelle a relevé au contraire avec une sévérité excessive certains traits qui lui ont déplu dans les graves tirades de Galilée, lime semble pourtant que le poète a saisi et dessiné avec une vérité puissante le caractère de son principal héros. Les critiques hétérodoxes ont trop oublié qu'en Galilée le savant était doublé d'un fervent catholique et ils n'ont pas voulu comprendre que, même après avoir prononcé le fameux ^eppur « muove.,.^ » cri d'angoisse parti d'une conscience indignée, le martyr de la science pût être accessible à des inquiétudes d'un ordre différent. En me plaçant au point de vue que je crois être le seul vrai, je ne trouve donc rien à redire à ces quatre vers si injustement incriminés :

.... Arme tagliente Misi in pugno al mortal. Contre il suc petto Ch*ei forsennato non la volga, ed ebbro Di miseranda insania : « È mio lo scettro^ Sclami, dei monde : alGn mel rendi, Iddio 1 »

Galilée prévoyait peut-être alors ce qui ne s*est que trop réalisé : la Cour de Rome résistant plus d'un siècle encore à l'évidence des faits ; beaucoup d'âmes profondément troublées livrées en proie h l'hérésie «t l'impiété s'abritant sous la redoutable armure que lui abandonnaient les ministres de Tévangile. Ces lecteurs mal pensants ne se sont pas dit que le doute envahit aux heures froides et sombres jusqu'aux esprits les mieux trempés, et M. Zanella a placé dans la bouche du grand vieillard de trop chaleureux hom-

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mages à la science pour qu'il soit permis d'attribuer à Vun ou à Tautre des vues étroites et des préjugés mesquins. L'œuvre entière du poète protesterait au besoin contre une si injuste supposition ; et avant d'aborder l'examen de celles de ses compositions qui trahissent une observation délicate de l'homme intérieur, nous allons citer quelques autres pièces nées de cette même inspiration qui lui dicta le poëme de Milion et Galilée, et qui ont dû uae popularité plus grande à des proportions plus restreintes. Jamais la race des savants : ingénieurs, physiciens, astronomes, la famille intellectuelle de Galilée, en un mot, n'avait été plus florissante que de nos jours, soit en Italie, soit en France; mais, grâce à un concours de circonslancesexceptionnellementfavorables, c'est à ce dernier pays qu'il a été donné de traduire en fait une des plus gigantesques conceptions de notre siècle. Le Français Ferdinand de Lesseps a percé Tisthme de Suez, mais jusqu'ici les Italiens seuls ont réussi à chanter dignement ce merveilleux exploit de la civilisation latine, et, à côté de l'ode où Prati en 1857 glorifiait ce qui n'était encore qu'un projet magnifique, on peut placer celle où M. Zanella chante l'œuvre achevée. L'idée dominante de cette composition est pleine de grandeur: le poète remonte aux origines de notre civilisation; il montre les tribus issues d'une même race s'égarant dans des directions diverses, les unes traversant les déserts de l'Europe et conquérant la prospérité et la richesse au prix de labeurs infinis, tandis que, plus heureux en apparence» leurs frères s*arrétent presque au pied des monts qui les virent naître, dans ces contrées délicieuses où l'homme, amolli par le climat et affamé de repos, s'avilit au sein

d'une honteuse oisiveté. Le contraste entre ces deux situations est vivement dépeint; mais l'auteur s'élève plus haut encore lorsque, arrivant aux conséquences de Tœuvre de Lesseps, il nous montre dans un avenir prochain la résurrection' de Venise à qui TAdriatique va restituer l'anneau nuptial enseveli dans ses gouffres, — la transformation des plages de la Méditerranée, la renaissance deTOrient etTembrassement de deux mondes :

Yieni ! dell' aureo Gange i doni apporta Âl severo occidente^ e gli estri antichi In noi colla gagliarda aura conforta

Del tuo Yatmichi.

Noi di compassé armati e di quadrante A* tuoi lidi verremo ; e 6a Toltraggio Ulto de! vero e le catene infrante

Del tuo servaggio,

Quando sotto le palme e fra gli amomi Noi moveremo insieme ed alla folta Ombra odorata insegneremo i nomi

D'Humboldt e YolU <.

Moins connus et moins admirés que le précédent, les chants intitulés Scienza e natura^ — Ylndiistria, — // Lavoro ne lui sont pourtant pas, selon moi, inférieurs en mérite, et sont empreints au même degré

1 . « Viens, ô peuple «leré ! apporte à Toccldent sêyère les dons Inépuisables du Gange aux flots dorés, et ravive rinsplratlon de nos poètes en les initiant aux chants de ton Valmlckl. — Arméa de l'équerre et du compas nous aborderons les rivages heureux ; vengeant les outrages faits à la vérité, nous saurons briser les fort de tes derniers esclaves — et nous égarant ensemble sous l'ombrage de tes palmiers et de tes amomes aux doux parfums, nous ferons redire aux échos de tes forêts séculaires les noms d'Humboldtetde VolU. »

da sentiment contemporain et chrétien. Dans Y Indus* frta, notamment, Tautear reprend et traite d'nne façon plus large le thème principal de la pièce sar Tisthme de Suez; il nous transpol'te au milieu des merveilles étalées au Champ de Mars de Paris en 1867, et nous donne à sa façon une «; histoire du travail y> avec laquelle ne sauraient assurément rivaliser les doctes mémoires des commissaires de l'Exposition universelle. Prenant Thomme à son berceau, alors qu'il était fragile si ma pensante, il nous promène à travers les civilisations antiques, nous signale au passage

11 casolar del legnaiuolo ebreo

OÙ se préparait Taffranchissement du monde ; puis, après avoir glorifié en quelques mots les grands ou* vriersda moyen âge, la noble association des métiers florentins, il nous conduit jusqu'au sein des gigantesques ateliers contemporains; il nous montre Thomme

Délie cose pacificosignore;

puis s'adressant à Alexandre Rossi, un des plus dignes membres du jury international, il s*écrie :

Tu sulla ScDna in trionfal convegno L'arti, Âtessandro, affratellarsi hai viste, E la pompa spicgar di sueconquiste

L'umano ingegno :

Yîsto haï fervere un mondo; e sotlo gli archi Fastosi de' trofei di mille climi, L*orme arrestar maravigtiando agi' imi

Misti i monarchi ^

1. « Ta as TU, Alexandre, les arts formant un groupe fralerael •e donner un rendci-Toas triomphal sur les bords de la Seine, et

90 LITTÉRATURB^ CONTEMPORAINE

Dans la pièce intitalée tV Lavoro^ le poëte met, pour ainsi dire, en action les forces dont nous contenir plions tout à Theure les produits accumulés, et nous fait assister à la prise de possession du monde par rhomme industrieux. Nous voyons les mers se couvrir de vaisseaux, les forêts inexplorées céder la place aux cités bruyantes, Tanlique terre elle-même se transformer sous la pioche et la charrue qu'assiste la vapeur, et le chant se termine par un de ces tableaux pittoresques et touchants qui abondent dans le recueil de M. Zanella, la description d'un exode irlandais. La civilisation contemporaine pouvait seule, grâce aux immenses progrès de l'industrie maritime, se prêter à ces émigrations en masse, et l'auteur tire un excellent parti de toutes les considérations poétiques et humanitaires qu'un si riche sujet devait lui inspirer; mais nous ne pouvons le suivre dans les développements ingénieux qu'il donne à ces deux ordres d'idées, et après avoir signalé encore parmi les compositions scientifiques celle où il retrace l'intéressante histoire d'une coquille fossile, nous passerons à l'examen des chants politiques et des poésies intimes qui tiennent si dignement leur place dans ce charmant volume.

Nous avons déjà dit que, royaliste par conviction, M. Zanella était avant tout un véritable Italien ; aussi ne sera-t-on pas surpris qu'il ait su comprendre et apprécier deux caractères politiques aussi profondément tranchés que celui du dictateur Manin et celui

resprii humain élaler les glorieux produits de ses oonquÊtes. — Tu as vu tout un monde tourbillonner autour de toi dans un étroit espace, tu as vu, sous de pompeux arceaux ûers d'abriter les tropliées de mille climats, s'arrêter, saisis d'admiraUon, les plus puissants monarques et leurs plus humbles sujets. .. »

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do comte de Cayour. Des deux chants consacrés aa patriote vénitien et composés à dix ans d'inteiralle m 4857 et en 4 867, celni que je préfère est le premier en date. On sait qu'à la mort de Manin il fut interdit à la presse lombarde non pas seulement de faire l'éloge da défunt, mais même de mentionner le douloureux événement qui attristait l'Italie entière. Tout protestait pourtant contre cette ridicule défense et ce nom persécuté,

Sovra le aeree

Guglie e sui piombi

Lo bisbigliarono

Prima i colombi... '

De triomphants échos arrivent de cette terre de Crimée que visitèrent jadis les galères vénitiennes, et les ossemenls de Manin à peine déposés dans leur tombe devront se ranimer pour le jour de l'apothéose :

£ntro a sarcofegi

Air ombra in seno

Desli favellano

Foscari e Zeno ;

Libero ad ospite

Ancor nascosto

Laaciano un posto

Dell' origlier :

Trema o stranier ' I

Avant de mourir, le grand Vénitien s'était rallié à la monarchie constitutionnelle et à la maison de Sa-

1. « Da fond de leur sareophage, ténébreux séjour, Foscari et Zeoe se sont éveillés ; Us échangent quelques moti à voix basse, et se serrant sur leur couche funèbre, Us font place à un hôte encore inconnu... Tremble, ô étranger! i»

Toie qui seule pouvait transformer en réalité le splendide rêve de l*unité italienne. Aussi la pièce de 1867 peut-elle être considérée comme Tintroduction du chant beaucoup plus remarquable à tous égards qu'elle précède immédiatement et qui est adressé aa comte deCavour. Cette dernière composition est pleine de sentiment et de délicatesse aussi bien que de patriotisme. Après une belle invocation à ce politique si adroit et pourtant si sympathique, à ce patron de ritalie constitutionnelle, laquelle semble avoir uniquement cédé depuis treize ans à l'impulsion féconde reçue en 1 859 et en 1 860, le poêle attristé laisse tomber sa^voix et semble murmurer plutôt qu'il ne prononce ces quatre admirables vers :

Più non cercar. Dalle batiaglie il nome Oh non chiedere a' tuoi : sovra quai onda, Sovra quai campo; e se le nostre chiome

Lauro circonda<...

Puis détournant un instant sa pensée des fîlcheux incidents deCustozza, de Lissa et de Mentana, il énumère les services rendus à la patrie par l'immortel ministre piémontais, services qui sont chaque jour mieux appréciés, et dont M. Zanella semble comprendre toute l'étendue lorsque, faisant allusion à l'expédition de Garibaldi en Sicile, il s'écrie:

Quando deir Etna alla fremente riva I mille veleggiavano; portavi,

1. « Ne cherche point à en apprendre davantage 1 Ne demandts point à tel chera Italtena le nom dea batatUea qu'iia ont Ufréea ; ne leur demande point aur quel champ leurs bataillona aont allés heurter les bataillona ennemie, aur quelle mer ao aont aignalés leura amiraui... Ne regarde point leurs fronta pour Yoir a'Ussont chargea de lauriers... »

Celando sotto il mar la man furtiva,

Le balde navi*.,.

Mais plus Cavoar a été grand, plus grand aussi et plus irréparable a été le dommage causé par son trépas prématuré. Les factions de Tltalie nouvelle ne pouvaient être contenues que par cette main à la fois si ferme et si douce, et ce beau chant s'achève par cette exclamation éloquente où Tespérance et la crainte se balancent et se confondent :

0 nata a non périr, stirpe fatale !

0 risorgente dalle tue ruine Popolo, che ricigni or l*immorta1e

Infula al crine;

De* secoli più grande e de* tuoi guai, Se corne in altro di non ti è concesso Reggere ii mondo, moslra almen che sai

Regger te stesso '•

Cette pièce, adressée au comte de Cavour, et les antres compositions, assez rares d'ailleurs, où Tautenr traite des sujets politiques, sont fort remarquables en çeci^ qu*à une forme exquise, à une inspiration souvent des plus chaleureuses, vient toujours s'allier une parfaite modération qui en rend la lecture agréable aux honnêtes gens de toutes les opinions. M. Zanella est tolérant, il est observateur, il connaît

t . « Loraque les mille voguaient vers cette plage que eoulèvent les feox de l'Etna, cachant ta main puissante, tu guidais et soutenais sur les Oots les frêles et audacieux esquifs... »

3. « 0 toi qui naquis pour ne point périr, race fatale I Peuple qu'on retrouve toujours debout au milieu de ses ruines et qui as enfin posé sur ton front l'immortel bandeau I Plus grand que les siècles et que tes malheurs, si, comme jadis, 11 ne t'est plus per» mis de gouf emer le monde, pron?e au moins que tu sats te gouverner toi-même ! s

04 LITTÉRATURE CONTBMPORAINE

le fort et le faible de chaque affirmation, il ne cherche point en conséquence à triompher de haute lutte, et si j'avais à le critiquer en quelque chose, je blâmerais peut-être sa prédilection pour la ligne courbe et une certaine tendance à procéder par insinuation, là où une attitude plus énergique serait de rigueur; mais ce défaut, qui n'apparaît çà et là qu'à Tétai de symptôme, devient tout à.fait imperceptible dans les pièces qui ne réclament pas spécialement de la vigueur et de la concision, et Ton n'en trouve point trace dans les poésies intimes de l'auteur. Cette série de chants est à peu près irréprochable à tous égards, et j'en pourrais citer qui sont de petits chefs-d'œuvre, tels que le sonnet Ad un ruscello et les Voci segrete. Le sonnet est un diamant qu'on dirait dérobé à Pétrarque; quant à la délicieuse élégie des Voci segrete^ c'est une courte et suave Méditation empreinte de cette grâce rêveuse, de cette délicieuse mélancolie qui, de Fâme de Lamartine adolescent, débordait dans ses premiers écrits. Mais, sans avoir moins de charme, la pensée du poëte italien est plus précise que celle du cygne de Mâcon; elle ne saurait être reproduite sous forme d'extraits, et de ce chant, qui flatte l'oreille et touche le cœur comme un air de Bellini, je ne citerai rien, parce que je ne puis le transcrire tout entier. Beaucoup d'autres compositions du même ordre : A mia madre^ — la Veglia^ -^Psiche^ — le Oredella no^/tf,etc., etc., me paraissent aussi fort dignes d'éloges. Mais j'en ai déjà trop dit pour ne pas déplaire mortellement aux envieux de M. Zanella ; je craindrais d'autre part de lui rendre un mauvais service en me laissant entraîner à le surfaire^ et c'est tout au plus si en achevant ce chapitre, qui en grande partie lui est consa-

cré, j'oserai afflrmer que ce poëte si sympathique est undesplusbeauxgéniesderitaliecontemporaine.Ilne m'en voudra donc pas si je garde le silencesur ses admirables traductions envers — auxquelles des critiques malveillants ont accordé une assez belle louange^ en affirmant, faussement d'ailleurs, c qu'elles sont préférables à ses œuvres originales, » — et si je me tais sur certain petit racœnto publié récemment, // piccolo Calabrese, lequel n'enlève, mais n'ajoute rien non plus, à la réputation méritée du poëte.

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