‹ L'Italie est-elle la terre des morts? (volume 2)Chapitre 7 sur 64 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

(Suite du même sujet.) Groupe des poètes siciliens. — Giuseppe De Spaehee et ses poésies: Conlt lirici; — CcMtichê; — Gualiiero; — Àd$ta ai Borgogna. Poésies de Carmelo Pardi ; — Chants lyriques de Roberto Hitchell. — Poésies diTeries de MM. Alberto Buscaino; — Michèle Bertolami, F. Salesio ScaTo ; — Letterio Bruno ; •— Amico ; — Yayola ; — - Matteo e Girolamo Ardizzone ; — Gaetano Ardlzzoni.

La Sicile a beaucoup souffert depuis un demi-siècle, et si, en dépit de l'oppression intellectuelle qui eût dû paralyser le génie naturel de ses fils, elle a donné le jour à d'assez nombreux poètes, leur inspiration à tous a quelque chose de mélancolique et de rêveur, et leurs compositions, fort inégales sans doute, si Ton ne tient compte que du mérite littéraire, ont pourtant un air de famille fortement accusé. On ne sera donc pas surpris si nous leur consacrons un chapitre spécial, et nous placerons en tôte de ce groupe celui de tous ces écrivains qui a obtenu le plus de renommée^ et qui, par le double caractère de ses chants, nous rappelle à la fois l'immortelle pléiade gréco-sicilienne et les austères classiques du trecento. C'est que M. de Spuches, — autrement dit le prince de Galati, — n'est pas seulement un homme de beaucoup d'imagination : c'est aussi un antiquaire des plus estimés ;

t . Nous n'avoiu point, en effet, à nous oecuper ici de M. Félix Bisatza, lyrique d*un mérite exceptionnel, mais qui, par la date de •es écrits, appartient à une époque antérieure.

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et, quand le sujet semble Ty convier, il poursuit la couleur locale avec un zèle parfois excessif, qui ramène à charger outre mesure les tons de sa palette. C'est dans cette catégorie de pièces archaïques inspirées par le génie grec qu'il faut placer quelques-uns des plus beaux chants lyriques de l'auteur, et notamment les belles odes intitulées : // sesto centenario di Dante et Cavour e tltalia. La première de ces deux pièces se termine par une remarquable strophe, qui, par le style et l'inspiration, rappelle tout à fait le poëte thébain, et l'ode à Cavour est tout entière empreinte de la grandeur et de la majesté pindariques; mais ici, par malheur, l'intervention de l'antiquaire est un peu trop sensible, et cette œuvre profondément originale a Fair pourtant d'une traduction admirable ou tout au moins d'une imitation où iigureraient des fragments antiques ingénieusement rapprochés. Le patriotisme national italien se trahit toutefois de distance en distance par de vives apostrophes, et c'est bien le citoyen de la Sicile affranchie qui s'écrie d'une voix émue :

Ma de le sacre ceneri Non Sàntena s'onori, e non Superga !

A te la tomba^ o massimo. In Santa-Groce il popol tutto aderga, £ su V* inscriva : « Italia Al ciltadin^ che la redense, osando Dedur col senno ail* opéra Quanto altri appena in suc désire ardiva ^

1 . « Mais il ne fkut pai qae Santena ou Saperga * g'honore de posséder ta cendre, ô toi qui ftais le plus grand de nos contemporains; il faut que, grâce au concours d'un peuple entier, ton mau-

* Santena est la terre natale da comte de CaToar, et c*est à Soperga qnt repoKAt les rois de Sardaigne*

Il y a plus de natorel peat-étre , sinon autant d'élévation, dans Voie A la Sicile^ et j'en dirai autant des pièces de moindre importance, parmi lesquelles je pourrais citer tant d'admirables sonnets et de pénétrantes élégies; mais c'est surtout pour ses compositions de longue haleine que M. de Spuches a conquis une place distinguée sur le Parnasse italien, et qu'il a pu être considéré comme le plus digne héritier de Grossi, dont il reproduit assez fidèlement les qualités et les défauts. La première et aussi la moins impor* tante de ces Cantiche est intitulée Gualtiero^ nouvelle sicilienne du treizième siècle, et, dans une brillante série d'octaves, l'auteur développe en six chants une funèbre histoire qui se termine tragiquement, ainsi que l'exige la poétique de Grossi. Ce récit n'est pas dépourvu d'intérêt; mais cet intérêt est surtout local, et il n'y a qu'un Sicilien qui soit en état d'attribuer à un tel sujet sa véritable valeur. Quant au poëme d* Adèle de Bourgogne^ composé de dix-sept chants en tercets, c'est une vigoureuse et lugubre peinture de l'Italie du dixième siècle, un drame sanglant où les personnages sympathiques tiennent trop peu de place, et où les scènes de deuil et de carnage se succèdent presque sans interruption. L'exactitude historique y est d'ailleurs observée jusqu'au scrupule; mais des hommes tels que le roi Bèranger et ses complices méritent peu d'occuper l'attention de la postérité, et M. de Spuches eût peut-être mieux fait de laisser en paix cette vieille poussière, et de choisir un cadre

solée surgisse à Santa-Groce, et qae sur le marbre flmèbre on lise ces paroles :« L'Italie consacre ce monument au grand cKoyen qui sut l'affranchir, à celui qui, d'un rêve éblouissant, a su faire vne réalité splendide. rt

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pins digne de son talent. La forme eût sans doute aussi gagné à ce changement de milieu, car, en s*attachant à décrire avec une rage dantesque ses types de tyrans, le poëte, en quéle de vigueur, touche souvent à la déclamation, et son style, parfois tendu et obscur, trahit çà et là sa pensée en la dénaturant. Mais, en dépit de ces graves défauts, ce poëme n*est pourtant point l'œuvre d'un homme vulgaire, et il resteraleprincipal titre de gloire de l'auteur, à côté de cette belle traduction d'Euripide dont il devrait hâter Tachèvemenl et qui, de Taveu de tous, surpasse à divers égards le travail justement admiré de Bellotti.

Né à Partinico, petite ville grecque de nom et d^origine. Grec aussi d'instinct comme M. de Spuches, fabbé Carmelo Pardi a vécu dans un commerce intime avec les anciens, et Ton retrouve dans les accords de sa lyre un écho affaibli, mais harmonieux encore, de celles de Théocrite, d'Horace et de Virgile. Disciple respectueux de ces trois grands maîtres poétiques, M. Pardi s'est efforcé courageusement de suivre leurs traces; mais plus d'une fois, hélas ! il lui est arrivé de s^égarer en forçant son talent à la poursuite du laurier qu'ont su conquérir quelques-uns à peine des innombrables imitateurs de Pindare, et la Canzone a Garibaldi^ entre autres, est à peine au-dessus du médiocre. Beaucoup plus simple de ton, l'ode à Umberto di Savoja nous parait préférable ; mais la seule pièce de cette catégorie qui soit vraiment belle, c'est l'hymne Al sole^ qui ouvre le volume. L'auteur a utilisé dans cette composition, en les y encadrant avec une rare industrie, plusieurs passages fort connus des poètes antiques, et les beaux vers où Virgile nous représente Thomme fatigué, goûtant les douceurs du

premier sommeiU sont rendus par M. Pardi avec an charme incomparable :

Intanto il sonne oblio di tutli i mail Sui miseri mortali Placidissimamente si di fonde.,.

Ailleurs, et lorsqu'il vole de ses propres ailes, Tautenr ne s*élëve pas moins haut, et par exemple dans la strophe qui débute par ce magnifique vers :

Eccolo immense e solo...»

OU dans cet autre passage : 0 patetiche scène f.,. consacré à la peinture des joies domestiques chèrement payées par les labeurs du jour. Il suffit d'une composition de ce mérite pour assurer à celui qui l'a conçue le litre de poëte lyrique, et M. Pardi saura rencontrer encore de semblables inspirations toutes les fois qu'abandonnant le terrain brûlant des questions politiques, il s'enfermera dans sa sphère de prédilection et se bornera à célébrer, avec les splendeurs de la nature méridionale, ces joies et ces douleurs intimes dont il retrouve en lui-môme un si profond écho. Aussi préféré-je à ces solennelles Canzoni les liriche plus modestes adressées aux femmes siciliennes, aux fiancées mourantes, aux veuves éplorées, ou dans lesquelles il nous retrace les félicités éphémères des belles adolescentes. Âme religieuse et tendre, M. Pardi devait aussi aborder avec succès la poésie sacrée, et il a développé une nouvelle phase de son talent dans les trois importantes pièces intitulées : La Vergine net Profeti^ — Geremia a Gerusalemme^ — et Santa Rosa* lia. Sainte Rosalie est pour les citoyens de Païenne ce que saint Janvier est pour ceux de Naples, un être

intermédiaire entre Thomme et la divinité* et qai, du sein des splendeurs étemelles, garde encore au fond du cœur le culte de son berceau terrestre. Le poëte a traité son sujet à ce double point de vue, et cet Inm à la vierge aimable :

Gemma d*Oreto e di Sicilia onore,

constitue une sorte de légende religieuse et patriotique où les grands souvenirs d'autrefois se confondent avec les riantes espérances d'un avenir prochain. Le poète, comme tous les Siciliens instruits, semble avoir adopté la devise du comte Balbo : Potro unum est fiecetsarium^ et cette constante préoccupation des destinées nationales de l'Italie se fait jour jusque dans le carme si paciflque d'apparence, intitulé la Casa di lavùro. Mais la poli tique n'été rien de leur intérêt à ceux de ces chants dans lesquels elle ne figure qu'à l'état d'épisode, car dans ces courts passages l'auteur tombe rarement dans l'emphase et la déclamation. Ce que je lui reprocherais, ce serait plutôt quelque négligence dans la versification, et l'abus de cette érudition dont il fait, dans l'ode Au soleil^ un si heureux emploi ; il se complaît à encadrer dans son texte les vers les plus connus des classiques italiens, et ces citations trop répétées et systématiques ont quelque chose de choquant. Il serait à désirer aussi que, dans une nouvelle édition de son recueil, l'auteur en éliminât certaines compositions qui , par leur caractère intime, n'en sont que plus intéressantes pour les personnes auxquelles elles s'adressent, mais dont l'inspiration et la forme ne sont point assez élevées pour leur permettre d'affronter le jugement du grand public. De pareils avis ne sauraient déplaire à M. Pardi,

WSt LITTERATURB CONTEMPORAINE

dont le patrimoine littéraire est assez opulent pour qu'il n'hésite pas à faire le sacrifice d'insignifiantes épayes, et qui, laborieux et jeune encore, n*a dit son dernier mot ni comme poëte ni comme prosateur.

Admirateur un peu exclusif peut-être de ses grands ancêtres grecs et romains, M. Garmelo Pardi, qui se confine volontairement dans des horizons restreints^ mérite à tous égards la qualification de poëte classique ; mais nous entrons dans un monde nouveau, il semble que nous respirions une autre atmosphère, alors que nous ouvrons les trois recueils de M. Riccardo Mitchell. Né à Messine et fils d'un Irlandais établi en Sicile, il doit à ses deux patries une double source d'inspirations, et s'il s'est familiarisé de bonne heure avec Homère et Théocrile, il a une sorte de prédilection pour Byron, Moore, et le puissant génie qu'il nomme quelque part :

Hugo signer deir ispirato canlo...

C'est surtout dans les élégies de l'auteur que l'influence septentrionale est i*econnaissabIe ; toute la première moitié de son recueil des Orepoetiche a une physionomie exotique, la grâce voilée de la Muse du nord qui s'allie à la langue harmonieuse du midi; et parmi ces nombreuses compositions à demi italiennes, à demi irlandaises, je distinguerai particulièrement celles qui sont intitulées la Solitudine^ VOray et // Tempo. Celte dernière pièce avec son rhythme pressé, et pour ainsi dire haletant, nous représente avec une vérité effrayante et dans toute son horreur ce désastre continu qui passe longtemps inaperçu pour la plupart des hommes, la fuite de cet

irreparabik (empus, de Thenre propice qui sonne vai- . nement :

Qaest' ora cbe imbruna Su l'urne de' morii, Che vola sanguigna Pel circo de' forti, 'Ve taccion le tombe, 'Ve squillan le trombe, Présente, futura S'affretta apassar...

Dans ]a seconde moitié du volume» celle qu'on pourrait qualifier de portion italienne, l'auteur sem* bte inaugurer une nouvelle manière ; ses chants religieux sont pleins de gravité ou même d'onction ; Biais je leur préfère toutefois ses hymnes patriotiques où Ton recontre çà et là des accents frémissants qui rappellent Giusti et la Terra dei mord. Les stances sur la mort de. l'astronome Jaci sont réellement remarquableSf et dans les vers qui suivent, M. Mitchell rend, lui aussi, un bel hommage à cette noble « poussière humaine » qu'outrageait Lamartine :

Non è ver che di mute meroorie Le contrade dormenti sien quesle ; Tanto raggio vital che noi veste Dar non puote un'età, che morl.

Con le fiamme dell' itale menti ; Il pensier la sua vita rinnova ; E l'elà di Lagrangia, e Canova Di se stessa, non d'altre stupi '

1 . tt II est faux qu'un peuple avili sommeille sur celte terre conau culte des grandeurs disparues 1 Un siècle en décadence ne saurait donner tant d'éclatantes preuves d'un génie persistant; le flambeau que nous ont transmis nos ancêtres fa jeter de non-

Après la publicalion des Ore pœtiehe^ H. Mitchell parât se recaeillir, et ce ne fut 'qu'au bout de cinq années qu'il mit au jour un second et tout petit volume : la Rivelaziom. En écrivant ce poème plein d'élévation, l'auteur a voulu nous donner une sorte d'Essai sur l'homme^ considéré en lui-même et dans ses relations avec le monde extérieur. Â la suite d'un brillant prélude qui remplit tout le chant P% il traite de la matière et de l'esprit, note leurs différences, leurs points de contact ou plutôt leur indissoluble union ; puis dans les deux derniers chants, il s'occupe de Thomme en société, décrit ses aptitudes, ses penchants, et, s'élançant avec lui dans la voie du progrès indéfini qui lui est ouverte, il entrevoit les immenses destinées qui semblent réservées à notre race. Quelque vaste que soit ce programme, le poète était de force à l'exécuter; mais c'eût été l'œuvre de toute une vie, et, distrait par d'autres travaux, il n'a fait qu'effleurer son sujet en mettant bout à bout un certain nombre de tirades où la clarté de l'impression ne s'allie malheureusement pas toujours à l'éclat de la forme. Ce petit poëme, abrégé ou tronqué, n'en est pas moins une production des plus estimables et celle peut-être où le talent de M. Mitchell, considéré comme versificateur, apparaît sous son jour le plus favorable. S'il a fait aussi bien depuis, il n'a pas fait mieux, et si sa renommée a paru grandir après <860, c'est qu'à partir de cette époque, il n'a pas dédaigné de fraterniser avec le profanum vulgus^ et a franchement aspiré au laurier dû aux chantres populaires. Dans le recueil

velles lueurs, la pensée Italienne se ravlTe, et les contemporains de Lagrange et de Cano? a peuvent s'enorgueiUir d'eux-mêmes autant que de leurs père?* »

inlitalé Canto e luce^ et publié tout récemment en 1872, on retrouve, sans doute, Fauteur des Ore pœtiche et les chants qui constituent la partie du livre intitulée Armonie e Fantasie sont empreints de la plus suave et de la plus vague mélancolie; mais presque toujours, durant ces dernières années, le poète s'est présenté à nous comme un barde-citoyen, et jusque dans ses vers de 1865 sur le centenario de Dante, on constate l'influence des prodigieux et récents événements qui ont rendu aux Italiens du sud la moitié de leur âme. Les Vêpres siciliennes^ — Tode In marte del Cuppari^ — et surtout tV Genio del lavoro n'ont pu être écrits que pour un peuple déjà à demi régénéré, debout et en marche vers un grand avenir, et Ton croit entendre la voix de la civilisation ellemême qui s'éveille au pied de TEtna, alors que le poète s'écrie :

E ta, proie di padri cresciuti Del lavoro alla santa palestra ; Che con l'anima ardente saluti A quest' alba che il monde incilestra : Tu per cai questo tempo s'imbianca, E risplende al nativo tuo suol ; Prend! gii anni, e la vita rinfranca Alla luce d'un libero sol I

Oui! c'est bien, en effet, une nouvelle ère qui s'ouvre, l'ère du travail fécondé par la liberté, et nui plus que M. Mitchell n'était digne de saluer cette brillante aurore. Depuis vingt-cinq ans, il a donné à ses compatriotes le fortiGant exemple d'une activité infatigable, et ses efforts trouveront leur récompense dans le succès durable qui est réservé à ses composi-

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tions originales, ainsi qa'à ses excellentes traductionsd*Hésiode et d'ËzéchieL

Profondément religieux, nous l'avons déjà remarqué, c'est par une sorte d'intuition et d'élan spontané que M. Mitchell se met en communication avec leT monde d'en haut, tandis que chez un autre vrai poète, M. Bertolami, ces aspirations spiritualistes se traduisent en graves méditations, en réflexions austères. Il y a dans son remarquable recueil des poésies juvéniles d'un mérite inégal et parmi lesquelles nous avons distingué pourtant un certain nombre de pièces qui accusent un talent des plus délicats; mais c'est surtout à trois nobles compositions que Fauteur doit sa renommée : au Carme sur l'amour idéal, petit poème philosophique écrit sous la double inspiration de Platon et de l'Évangile, — et à deux monologues intitulés : Scetticismo e passione^ — Passione e fede^ où Ton trouve des accents émus comme ceux des^ Nuits d'Alfred de Musset, Le premier de ces chants, — où, comme l'a si bien dit M. Tommaseo, le poète a su harmonieusement allier le genre didactique au genre lyrique, — est consacré tout entier à l'examen des problèmes les plus sublimes de la philosophie antique et moderne, et, plus heureux que tant d'autres de ses devanciers, même des plus illustres, à commencer par Lucrèce, M. Bertolami, sauf d'inévitables et courts moments de défaillance, a su mener à bien son double dessein d'instruire et de toucher le lecteur. Ses vers sont en général d'un fort beau timbre, et, pour en donner une idée des plus satisfaisantes, nous ne saurions mieux faire que de citer le passage suivant, dans lequel, après avoir décrit avec une admirable vigueur la lutte entre la force brutale

«t les instincts d'humanité, entre la barbarie et la milisation, il parle en ces termes du triomphe de TÂmour :

Dali' allra parte amore in sua gentile Sembianza giovanil, nudo di ferro.

Non schiva, no, ma la tenzone anela.

Neir arena ferai, suore indivise, Premon suoi passi la candida fede, L'arnica speme in verde vel raggiante, L'aima giustizia e la costanza invitta ; Il drappello céleste ail' aura spiega Un vessilio ov' ha scritto in fiamma viva : Il paàre in Dio, neW uomo ama il fratello, Ogni virtude, ogni possanta è amore K

Ce passage empreint d'un gracieux symbolisme trouve son interprétation la plus éloquente dans un magnifique fragment de l'ouvrage intitulé Due pagine d'una vita^ et qui comprend les deux monologues dont nous avons déjà dit un mot. L'auteur, considé* rant cette fois Tamour dans ses actes en tant que père et consolateur de l'humanité, prend Thomme à sa naissance et le conduit jusqu'à la tombe en nous le montrant constamment guidé et soutenu par cet ange bienfaisant qui, sous les noms di-» vers de mère, de soeur et d'épouse, a des sourires

U «D'antre part, Famoar apparaît, empruntant les traits charmants d'un adolescent, et, tout désarmé qu'il est/.aspire ardemment an combat. Dans l'arène sanglante TOlent sur ses pas deux sœurs inséparables : la foi sincère et la sympathique espérance dont le doux visage rayonne sous le transparent réseau d'un voile verdoyant. La justice au front serein, l'invincible constance complètent son cortège, et près de lui surgit une bannière sur laquelle •on lit cette inscripUon tracée en caractères de feu : a Fils de Dieu, frère de Thomme, l'amour est la vertu suprême, la suprême puisaamee. 9

pour Tenfant an berceau et des paroles fortifiantes et attendries pour le malade et le mourant. Le monologue est animé tout entier du souffle le plus généreux : c'est une de ces compositions qui suffisent à faire vivre un recueil, et nous devons d'autant plus regretter qu'un homme aussi heureusement douô que M. Bertolami ait succombé dans la force de Fâge (août 1872), alors qu'il venait de prendre une place éminente parmi les chantres de l'Italie nouvelle. C'est aussi par un trépas des plus prématurés que s'est achevée la courte carrière poétique d'un homme qui donnait de grandes espérances. Né à Palerme ea 4838, mort en 4863, assailli durant ses dernières années de présages funèbres, M. Scavo a laissé pourtant un intéressant petit recueil publié par les soins de M. Carmelo Pardi, et où Ton trouve quelques chants achevés, VInno a ViUorio Emanuele^ le Stornello intitulé le Due emigrate^ et le Canto dei Veneti sont dignes d'attention, mais la meilleure de ces diverses compositions, c'est sans contredit le Carme qui a pour titre : ilConforto^ dans lequel Tauteur invoque la mort avec un sombre enthousiasme qui rappelle Léopard i. Les mêmes aspirations se traduisent sous une forme gracieuse dans Tëlégie al GiacintOy et les quatre vers mélancoliques et si harmonieux qui terminent cette pièce laissent dans Tâme du lecteur une impression aussi vive que profonde :

Deh ! quando stanco afBevoliti gli occhi, Deporrb questo labile mio vel, Al lento suon dei funebri rintocchi, Sorga un giacinto sul mio mesto avel '.

1 . « Quand mes yeux affaiblis se seront fennés pour Jamais, quand j'aurai dit adkeu à ma dépouille mortelle au son ^rare et

La Sicile pleure en M. Scavo une de ses gloires étouffée en son germe, et c'est un regret du même genre qu'on éprouve en étudiant les œuvres d*un autre poète habituellement souffrant depuis plus de vingt ans, M. Alberto Buscaino de Trapani. Réagissant contre sa cruelle destinée, il a su néanmoins mettre à profit les intervalles trop courts où il lui a été permis de croire à un prochain retour à la santé» et s'il s'est illustré surtout comme critique et comme philologue, il a composé aussi un certain nombre de vers lyriques ou dramatiques, lesquels datent malheureusement presque tous de sa première jeunesse et ne sauraient en conséquence nous donner la mesure véritable de son talent. Dans ses premiers chants on remarque, avec Tinexpérience de l'extrême jeunesse, beaucoup de verve et de vigueur, et l'ode à Vtncenzo Gioberti qu'il écrivait à dix-sept ans ferait honneur à un poëte plus âgé. La pièce intitulée A Dio contient également des parties excellentes, mais la forme laisse parfois à désirer et l'on pourrait çà et là supprimer quelques passages surabondants sans que la composition y perdit rien du côté de la clarté, tandis qu'elle gagnerait du côté de la précision et de l'énergie. Les deux Canzoni : A mia madré et air Italia sont remarquables aussi, bien qu'un peu trop émaillées de réminiscences classiques; mais ce que je préfère dans ce petit recueil, ce sont les sonnets où Ton sent résonner l'écho de tendresses et de douleurs sincères, et si M. Buscaino a composé des chefs-d'œuvre, c'est dans cette catégorie de chants qu'on aura le plus de chances d'en découvrir. En

lent de Tairain funèbre, paisse Taimable Jacinthe s'épanouir sur ma tombe ! »

[ outre de son recueil lyrique, ce sympathique poëte

avait aussi publié deux essais dramatiques : Tua, que Tauteur intitule Ilpœta di teairo^ est une spirituelle et piquante bouffonnerie où pétillent la verve et la bonne humeur; — Tautre, Vannina cTOmano^ est une grande tragédie en cinq actes, assez mal construite, il faut Tavouer, mais qui renferme des scènes vigoureuses et des tirades bien frappées. C'était là un brillant début pour un tragique imberbe, mais la critique se montra implacable et, — le découragement et la maladie aidant, — l'auteur renonça à des prétentions, mal justifiées peut-être, mais qu'il était peu équitable de condamner aussi prématurément.

Après M. Scavo et M. Buscaino se présentent à nous deux autres élégiaques distingués, MM. Lizio Bruno et Amico : par nobtle fratrum. Un peu plus âgé que ne le serait aujourd'hui l'infortuné Scavo, M. Lizio Bruno, qui est une des espérances de la poésie sicilienne, débutait vers la fin de l'année 4857 par la publication d'un petit volume de Liriche^ où l'on reconnaît un talent déjà formé et fortifié par de sérieuses études. Dans la première partie du recueil, le goût de l'écrivain est moins sûr, je l'avoue; il y a quelque chose de conventionnel dans le choix des sujets, et trop de ce parti pris qui pousse les j eunes gens à chanter des passions qu'ils éprouveront plus Tard ou qu'ils n'éprouveront jamais. Je ne répondrais pas, en efl'et, quç les lamenti de M. Lizio Bruno fussent il y a quinze ans Texpression de la réalité, et je doute également que les disinganni auxquels il faisait allusion à la même époque fussent le fruit de son expérience personnelle. Mais en d'autres pièces le cri du cœur éclate dans toute sa spontanéité

et rélégie intitulée la FmeitàlUzza renferme plus d'ut passage plein d'émotion et de charme, tandis que les belles octaves de FAddi^ alla campagna^'^ où Tantear prêt à regagner la ?ille évoque le sonvenir des joies chan4)ôtres auxquelles il va être cou* traint de renoncer, — respirent l'enthousiasme le plos vrai et le plus ecmununicatif. Il ne faut pas s'y tromper pourtant, le talent de l'auteur est surtout élégiaque, les cordes graves de sa l;re sont celles qu'il fait résonner de préférence, et la pièce capitale de ce premier volume est un chant un peu luh gabre,le Corm^^qui a pour titre : Jl giorno dei morti. Les cinq premiers vers contiennent tout un programme auquel M. Lizio est resté depuis passablement fidèle :

La cetra in ch'io svegliai saoni di amore Neir ebbrezza mia prima^ e cho sovente Di sae care armome femmi bëato, Ormai non dà cbe mesti suoni e cupi, £ délie tombe al sacro orror s'ispira '•

Depuis \ 857, en effet, M. Lizio n'a guère publié que des chants politiques ou des hymnes funèbres, et le titre quMI a donné à son second recueil Cuore e patria en annonce assez exactement le contenu. On y peut constater d'ailleurs un progrès sensible ; le style a plus d'énergie, le rfaythme est plus accentué, et pourtant il nous semble que le poète a été md inspiré en limitant ainsi Tessor de ses brillantes fa-

1- • Cette l^re à qui je demuidais jtdit de tendres accords dnrsBt le premier enivrement de l'adolescence, celte Ijfre dont l'harmonie berçait ma tristesse ne rend plus maintenant que des soM iBgobres et profonds; elle s^insi^re de l'horreur saerée des tonbeanx.»

lis LITTÉRATURE CONTEMPORAINE

cnltés; il y a dans ses poésie giovanili des chants populaires pleins de grâce et de naïveté, de rustiques idylles où respire un vif sentiment de la nature, tandis que nous ne pourrions signaler rien d'analogue dans le nouveau recueil qui se compose surtout de grands morceaux. Chacun de ses Carmt pris en soi est digne d'éloges; Tensemble a quelque chose de trop uniforme et de trop austère ; le poète n'a fait aucune concession aux lecteurs frivoles^ et avant d'ouvrir son livre il faut absolument se recueillir et, comme disent les artistes, a semettre en situation. » Ce préliminaire une fois accompli, on sera mieux préparé à apprécier tout ce qu'il y a de pathétique et d'émouvant dans la plupart de ces compositions, et notamiment dans le Giuramento di Kleist^ VULtimo canto di Saffo et le chant funèbre sur les victimes du choléra de Messine en 1867, pièce qui a obtenu un grand succès de lecture dans une séance publique de l'Académie pelorifana. Mais l'heure nous semble venue pour M. Lizio d'inaugurer sa troisième manière; il faut qu'après avoir triomphé des premiers obstacles qui surgissent toujours dans la carrière des poètes, il communique à ses chants cette mâle et fortifiante ardeur qu'inspire auxâmes généreuses l'infortune noblement supportée; il faut qu'il chemine désormais les yeux fixés sur l'avenir et qu'il entonne un chant d'espoir à la vue des progrès déjà accomplis durant les quinze dernières années.

Ce conseil que nous adressons à M. Lizio ne sera pas, — nous aimons du moins à le supposer, — sans utilité pour son inséparable ami M. Antonio Âmico, élégiaque des plus sympathiques, mais qui nous paraît, lui aussi, trop enclin à se nourrir exclusivement

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de sa douleur et à considérer par son côté fâcheux le spectacle mobile des événements humains. Comme M. Lizio, il a publié des poésie giovanili qui, sans offrir encore un grand intérêt, attestaient du moins nne précocité singulière et pouvaient faire augurer favorablement du talent de Tauteur. Ces espérances ne tardèrent pas à être confirmées en 4 858, lors de l'apparition d'un second recueil où Ton trouve déjà nn style original et fortement accentué. Mais les véritables titres littéraires de M. Âmico sont plus récents encore et consistent surtout dans son petit volume de sonnets intitulé Ore solitarie (1868), et dans trois pièces imprimées séparément : Tode à Victor Emmanuel^ la Canzone intitulée Eleonora d'Esté^ et les vers adressés à un paysagiste distingué, M. Loiacono. Ces pièces réunies formeraient un charmant recueil où je remarquerais principalement quelques sonnets empreints d'une suave mélancolie, celui, par exemple, qui débute ainsi : 0 montanina che pur or seduta...^ et le troisième ve' che limpido cieh où le calme de la nature se marie si harmonieusement à Tapaisement soudain qui s'insinue dans Tâme du poète à la vue de ces doux horizons; — puis j'insisterais sur cette ode au roi d'Italie où l'on trouve cette belle invocation :

Yieni, prence, tra noi : culla deir arli

E de' cantt è Triquetra : inonorala

Forse là dove il Po, TArno, l'Olona

Yolvon Tonde di noi corre la fama,

Chè nemico destin volser le stelle

Alla trimare terra, e carcer chiuso

Era da mari non solcati I In questa

Reggia la prima modular d'amore

Nota si udiva, quando di Soave

Il migiior Federico ebbe Timpero,

E marmi e tele, e numeri divini

Corne il ciel che ci guarda, e il mar che azzurro

Blandissîmo ci culla, el)be dalF arte

Gli operosi cultori, ed immortali

Di Gagini i porteati, e di Novelli

Tanio staranno, quanto il tempo duri^....

En dehors de ces compositions originales si estimables et malbeareasement si pen nombreuses, M. Amico a écrit aussi quelques excellentes traductions en vers, et par ce côté de son talent il nous rappelle un autre Messinois que nous ne savons trop comment introduire dans ce chapitre, car s'il a composé des vers admirables, ces vers sont pour la plupart jetés dans le moule d'Horace et non dans celui de Pétrarque. Mais parmi ces belles odes latines dignes d*un émule des Palombi, des Grosso, des Ronchini et des Ferrucci, M. Andréa Vayola a inséré par mégarde quelques charmants sonnets, et nous saisissons avec empressement cette occasion de citer le nom de ce membre éminent du clergé sicilien, de l'éloquent prédicateur à qui Ton doit l'oraison funèbre du comte de Cavour. Nous lui devions, nous, plus et mieux que cette insignifiante parenthèse, mais notre sujet nous entraîne,

1. « Viens parmi nous, ô prince, la vieille Trinacrie est le berceau des arts et des chants mélodieux; bien que le nom de notre douce patrie soit cité sans honneur là où coulent le» flots du Pô, de TArno et de l'Olona... Car, bélat ! une destinée eruelle a voulu que rtle aux trois mers restât comme emprisonnée au sein des flots qui battent ses rivages! C'est dans ce palais que fut modulée en idiome italien la première note amoureuse alors que Frédéric, le meilleur de sa race, régnait sur nos pères, et, dans des temps plus récents, les marbres et les tableaux se multipliaient parmi nous tandis qu'éclataient des harmonies étincelantes et suaves comme l'atmosphère qui se déroule sur nos tètes, comme les flots d'azur qui semblent nous bercer.** »

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et avant de terminer ee cl^ilre déjà trop long, il nous reste à parler de trois poètes homonymes qui ont eu parfois d'heureftses inspirations : MM. Matteo, Girolamo et Gaetano Ardizzone.

Le premier, professeur à Païenne, a publié en 4862 un Yolume de vers qui débute par une série de poésies sacrées, parmi lesquelles nous avons distingué une belle élégie, Ilpianto di liachefe^ et le poëme lyrique intitulé Constantin. C'était, en vérité, un assez triste personnage que le vainqueur de Maxence, aussi voyons-nous avec plaisir qu'il est moins le héros que le prétexte de Touvrage de M. Ardizzone. L'unique objet que l'auteur ait eu en vue, c'est le christianisme, et il a célébré le triomphe du nouveau culte avec un enthousiasme et un talent qu'attesterait au besoin le passage suivant qui sert d'invocation au poêmc :

Quai novello splendor fende la nera Caligine di morte, e dalle vette Del Libano movendo, in snlla riva Del Tevere s'arresta ? lo ti ravviso 0 vergin di Sienne 1 I tuoi capelii Sembran rami di palma, alla beir coda Nulrita de! Giordan ; sembra il tuo vollo Un cespuglio di rose, onde s'inûora Di Gerico la gleba ; e la tua voce Molce le orecchie quai gentil concento Di rosignuol, che piange negli amici Boschetti del Carmelo, i dolci figli.

Oh I s'io potessi del tuo dolce ostello Sotto la volta ricettar, sedendo Alla tua mensa mentre i tuoi begli occlii Mandan di lace innamorata un riso ; 0 ieco passeggiar di Stella in Stella Pellegrinando ; io guslerei l'arcana

Yoluttà del tuo canto, e nel tue seno Esalerei con un sodpiro il core ^ !

C'est dans de pareils élans mystiques, dans ses ardentes invocations à la croix que H. Matleo Ardizzone s'élève à sa plus grande hauteur, mais il a aussi parfois la vigueur qui convient aux chantres des batailles, et ce poëme comme conception et comme style constitue sans contredit son meilleur ouvrage, le seul à proprement parler sur lequel il puisse fonder l'espoir d'une durable renommée. Je goûte assez médiocrement, en effet, la grande nouvelle en vers où il nous raconte les aventures de Sélima et de son amant Alessandro. Toute cette histoire est contée longuement et les défauts habituels de Tauteur, — l'abus de la métaphore et TafTectation, — s'y montrent plus visiblement que pStrtout ailleurs, tandis que Ton aurait à signaler d'autre part un grand nombre de vers faibles et d'expressions prosaïques. Quant aux poésies satiriques et patriotiques, je n'en dirai rien si ce n'est que le talent qui s'y révèle de temps à autre est toujours un peu déclamatoire, et je passe au second

1. « Quelle est eette splendeur nouTelle qui, dissipant les ténèbres de la mort et parlant des elmes dn Liban, semble s'arrêter sur les rives du Tibre? Je te reconnais, t fille de SionI Tes che- ▼eax. sont pareils aux rameaux des palmiers qui croissent près des belles ondes du Jourdain ; ton visage rappelle ces touffes de roses qui émaillent les champs de Jérictio, et ta voix est douce à Toreille comme le cliant du roisignol qui pleure ses fils sous les ombrages bien-aimés du Carmel. Oii I que ne puis-je m*abriler sous les Tofttes du charmant asile où tu reposes, et m'asseoir à ta table alors que de tes beaux yeux illuminés par Tamour s'échappent des rayons enflammés. Que ne puis-Je, raccompagnant dans Ion pèlerinage, cheminer avec toi d*éloile en étoile! Là je goûterais l'inef- Table volupté de tes chants, el, incliné sur ton sein, j'exhalerais mon âme dans un soupir I *

Ardizzone que la politique, bêlas! a trop souvent distrait de la littérature.

Aujourd'hui directeur du journal de Sicile, M. Girolamo Ardizzone a débuté, comme son frère Matteo, par la poésie, et, jusque dans cette catégorie de pièces qu'il intitule modestement Juvenilia^ nous avons noté çà et là quelques remarquables chants lyriques tels que YAddio et un beau sonnet sur Rome qui ne nous paraît pas inférieur à celui, tant célébré, de Lopez de la Vega. Nous accorderons également une mention honorable aux stances sur la beauté idéale, par lesquelles s'ouvre le dernier recueil de l'auteur, et où il trouve des accents pathétiques pour chanter Téternel et impérissable objet du culte désintéressé de tant de grandes âmes ; puis, en outre de deux plaintives et touchantes romances, nous citerons comme dignes d'éloge les élégies qui ont pour titre Rimembranse et le Catacombe, ainsi que celles qu'il adresse à Lauretta li Greci. Gela dit,** et quand j'aurai rendu hommage au Yéritable talent qui éclate dans les deux plus ré* contes compositions en vers de M. Ardizzone, les nouvelles intitulées Amalia et Un mistero in un con^ venio^ il ne me restera plus qu'à indiquer les élégantes versions qu'il nous a données de nombreux fragments de Gatulle, de Byron et de Moore, en accordant une place à part et tout à fait distinguée aux traductions en dialecte sicilien d'Anacréon et de Sapho. Il y a, sans doute, dans ces divers recueils un certain nombre de pièces médiocres et de vers défectueux, mais nous devons pourtant dire à la décharge de Fauteur qu'il est de ceux qui savent se censurer eux-mêmes, et les vers qu'il nous offre sont assez peu nombreux pour nous faire supposer qu'il en a

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supprimé beaucoup d'autres qui, peut-être, n'étaleat pas tous indignes de voir le jour.

Cette déOance de soi-même, ce respect pour l'opinion publique, sont une des plus estimables rertus du poète, et nous regrettons de ne pas la rencontrer à un égal degré chez M. Gaetano Ardizzoni de Gatane> jeune et brillant écrivain qui n'a rien de con^mun ayec les deux précédents, en dépit d'une similitude de nom à peu près complète. Le recueil des Ore perdute, qu'il a mis au jour en 487S, renferme des trésors de verve et dMmagination, et pourtant on y surprend à chaque pas des symptômes de la décadence dans laquelle risque de s'affaisser prochainement ce talent si riche de promesses. En dehors des deux petits poèmes en vers sei&lU intitulés : Aecanio al mare et Storia éfamore^ et des dix-huit sonnets d Thérhe^ lesquels laissent, je l'avoue, fort peu à désirer, il n'y a peut-être pas, en effet, dans tout le volume une seule composition vraiment digne d'un poète scrupuleux, et à côté de vers admirables nous aurions à signaler fréquemment :

Des vers trop tôt ravis à Tamour de l'auteur,

qui eût dû les caresser et les polir longtemps avant d'en faire don au monde lettré. H. Gaetano Ardizzoni n'est pas, en somme, sufSsamment consciencieux^ et le genre d'inspiration relativement facile qu'il semble cultiver de préférence n'est pas fait non plus pour lui concilier les sympathies de ceux d'entre ses compatriotes qui ont les yeux tournés vers l'avenir. Le temps est passé désormais des lamentations stériles et des chants de désespoir; si M. Ardizzoni aspire.

comme il en a le droit, à prendre sa place parmi les illustrations de la Sicile, il faut qu'il renonce une bonne fois à ce triste divertissement qui consiste, — il nous le dit lui-môme, — à « remuer des feuilles sèches, » et c'est par cet avertissement sympathique, bien que sévère, que nous terminerons ce chapitre consacré tout entier à la gloire de cette lie célèbre DÛ, depuis deux mille ans, des chantres harmonieux se transmettent de main en main la lyre de Théo* crite.

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