FENÊTRE QUI BRILLAIS
Fenêtre qui brillais et maintenant ne brilles plus,
C’est signe que ma Ninette est malade ;
Sa sœur se met à la croisée et me le dit :
Ta Ninette est morte, ils l’ont enterrée.
Elle pleurait toujours de ce qu’elle dormait seule,
Hélas ! elle dort maintenant avec les morts !
Va dans L’église et découvre la bière,
Vois ta Ninette, comme elle est changée I De cette bouche d'où sortaient des fleurs,
Maintenant sortent des vers. — Oh! quelle pitié 1 Monsieur le curé, aies-en bien soin, dis :
Tiens-lui toujours une lampe allumée !
Je ne sais ce que dit ma traduction, mais je sens dans l’original une véritable poésie, trouvée et non cherchée, un sanglot qui éclate sans se demander quel effet il va
LA POÉSIE POPULAIRE
faire et quelle fibre il va remuer. Voici un homme qui va voir sa maîtresse ; le balcon est sombre, il a peur. Est-elle malade? elle est morte. Et que de regrets d’amour dans la simple réflexion qui termine la première strophe ! Et puis cette visite à l’église, cette peinture repoussante mais si vraie, de la trépassée, et cette recommandation au prêtre, pieuse conclusion de l’idée et du récit : tout cela en douze vers, sans composition apparente, sans liaison visible et sans cliquetis de mots, me semble un petit chef-d’œuvre. On peut dire autrement, mais je doute qu’on puisse dire mieux.
Je ne multiplie pas mes citations, je crois que le lecteur a déjà compris cette poésie. Deux strophes encore cependant, parce qu’elles ont fait fureur, et que le peuple s’y montre bien. Elles sont intitulées : Fenêtre basse. Il est très-souvent question de fenêtre dans ces chansons, parce que c’est là qu’on fait l’amour à Naples 1 . C’est le pays du monde où la pantomime est arrivée à son plus haut point de perfection. Debureau y aurait trouvé son maître. J’y ai assisté à de longues conversations, où la rue et le cinquième étage d’une maison se disaient les choses les plus spirituelles et les plus passionnées. Il y a une télégraphie amoureuse que tout le monde comprend au pays napolitain, surtout dans le peuple. La communication électrique s’y établit à merveille et sans le moindre fil de fer. Je reviens à mes deux strophes. Comme elles sont les plus populaires de toutes, je demande la permission de les citer, avec le mot à mot italien en regard, pour ceux qui seraient curieux de comparer la langue au dialecte.
1. C’est peut-être un souvenir de la domination espagnole. Cette manière de faire sa cour s’appelle, en Espagne, pelar la pava, plumer le dindon. Les filles s’y livraient, semble-t-il, h cette occupation , tout en écoutant les garçons à la fenêtre.
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