LA TARENTELLE
Aux cieux la lune monte et luit,
Il fait grand jour en plein minuit :
* Viens avec moi, me disait-elle,
Viens sur le sable grésillant Où saute et glisse en frétillant La tarentelle. »
Sus. les danseurs ! En voilà deux.
La foule se range autour d’eux :
L’homme est bien fait, la fille est belle.
Mais gare'à vous, couple innocent 1 On joue à l'amour en dansant La tarentelle.
LA POÉSIE POPULAIRE. 245
L’homme Invite, et la fille a peur :
Elle est revêche, il est trompeur;
Elle est jalouse, on se querelle;
Et puis à genoux, tour à tour,
On fait la paix, on fait l’amour En tarentelle.
J’aime le bruit du tambourin.
Si j’étais fille de marin c Et toi pêcheur, me disait-elle,
Toutes les nuits joyeusement Nous danserions, en nous aimant,
La tarentelle ! »
On le voit, ici le chansonnier est spectateur; ce n’est pas lui qui danse. Sa bien-aimée n’est pas fille de marin. D’un autre côté, la rime est meilleure, le vers plus court et plus plein : on sent l’artiste. « Vous avez imprimé le cachet du poète sur les naïfs sentiments du peuple ; Ischia vous doit un charme de plus , » écrivait à M. de Lauzières un juge qui s’y connaît, M. de Lamartine.
Mais notre chansonnier patricien ne se contente pas de décrire, il sait aussi chanter. Un jour, il se fait pêcheur et achète une barque où il peint une madone , belle comme sa bien-aimée, puis lance la barque à la mer, et c’est grand’ fête pour lui. Voici une tempête qui éclate, et sa barque chavire , mais sans couler à fond : la madone l’a sauvée. Lui , cependant , il a manqué de se noyer; que fait-il alors ? Il se peint sur le cœur le portrait de sa belle : c’est à elle qu’il criera dans le péril. Maintenant vienne la tempête et que les vagues le couvrent; il y a deux patronnes qui veillent : la madone sur sa barque et sa bien-aimée sur lui.
Une autre fois, notre poète change de sexe et devient paysanne de Procida. La Procidane vient se marier à
246 LA POÉSIE POPULAIRE
Naples toute couverte de perles et d’or, de rubans «t de fleurs , les poches pleines de dragées qu’elle jette autour d’elle au pauvre monde; mais dans son ivresse, elle a un regret qui l’inquiète, c’est de ne pouvoir se mettre à la fenêtre pour se voir passer. Ou bien encore c’est la fiancée du Corallaro, un de ces hardis pêcheurs habitant les côtes qui longent le Vésuve, et partant pour l’Afrique, où ils restent six mois, pour revenir, — quand ils reviennent, — avec leur barque pleine de corail. La pauvre fille va tous les jours au bord de la mer attendre son fiancé. Il devait revenir dans six mois, et voici trois ans qu’elle le pleure. « Tu m’avais promis, s’écriet-elle, des bijoux à faire envie à une reine! Ne m’en apporte qu’un, si tu reviens jamais : une croix de corail que tu mettras sur mon tombeau. »
Autant de chansons, autant de tableaux de mœurs. Encore une dernière, et je ferme le robinet : sat prata bibcrunt. Elle est encore de M. de Lauzières, et je l’ai traduite assez librement :