‹ L'Italie estelle La terre des morts?Chapitre 3 sur 38 · Pétrarque,. né dans l’exil de parents florentins · texte numérisé non relu

Pétrarque,. né dans l’exil de parents florentins

2. La Vénus céleste. » Les anciens distinguaient deux Vénus , l’une terrestre et sensuelle, l’autre céleste et spirituelle, et elles avaient des rites et des prêtres différents.» (Note de Foscolo.)

3. C’est ainsi , dit Foscolo, que j’ai vu Vittorio Alfieri dans les dernières années de sa vie. 11 repose à Santa Croce.

4. Dans le champ de Marathon, écrit Foscolo, d’après Pausanias, est la sépulture des Athéniens morts dans la bataille et toutes les nuits- on y entend un hennissement de chevaux et l’on voit des fantômes de combattants.... L’ile d’Eubée est assise

Avait peuplé du tombeau de scs preux,

La vertu grecque et la colère. — Alors,

En naviguant sous l’Eubée, on voyait Dans l’ombre immense étinceler des casques Et des éclairs d'armes entre-choquées,

Et les bûchers fumant en flamme ardente,

Et les spectres armés, éblouissants

Qui cherchaient le combat, — et, sur l’horreur

Du silence, en la nuit, se répandait

Par les camps, le tumulte des phalanges ;

Soldats, clairons sonnants, chevaux qui courent Sur les mourants, piétinant dans les casques,

Et pleurs et cris de guerre et chants de mort’ !

Je sortis de Santa Croce, la tête pleine de pensées et de foi dans la troisième Italie future, mais avec deux regrets dans le cœur : qu’il y soit permis de rire aux profanes, — et qu’Ugo Foscolo, le poète des Sépulcres, n’y ait pas encore son monument.

en face de la plage où débarqua Darius. — Il est facile de pénétrer la pensée du poète dans cette évocation de souvenirs antiques. Florence est l’Athènes de l’Italie, et les Perses étaient les Autrichiens de l’Orient. Tout est grec dans Foscolo (Grec de naissance), la pensée et même la phrase. Ses obscurités sont des hellénismes plus souvent encore que des précautions.

1. Le texte italien dit mythologiquemcnt : Le chant des Parques, et cite en note le vers de Catulle :

Veridicos Parcæ cœperunt edcre cantus.

Giuseppe Giusti. — Son tombeau. — Sa spécialité. — Sa vie. — Les souvenirs de Pise. — Premiers bêlements lyriques. — La guillotine à vapeur. — Résignation et projet de changer de vie. — Le lhes ûx. — L’histoire d’une Botte. — Le toast de Girouette. — L’opinion de M. Planche. — Giusti et Béranger. Le prétérit plus-que-parfait du verbe Penser. — L’avis pour un septième congrès de savants. — Le papat du pape Pierrot. La célébrité anonyme et clandestine. — Giusti et Alfred de Musset.

Mais je n’avais pas encore visité tous mes morts.

Je sortis de Florence et je montai à l’église de San Miniato, pour saluer dans sa dernière demeure un poète que j’aimais. J’eus quelque peine à le reconnaître, quand je le vis sculpté en haut-relief dans une sorte de niche, au-dessus d’une urne funéraire. Il était drapé d’un manteau qui laissait à nu sa poitrine à l’endroit du cœur; il tenait d’une main le stylet classique, il déroulait de l’autre le parchemin où il allait écrire; il avait les yeux au ciel, comme pour invoquer le dieu Phœbus- Apollon. L’urne portait cette inscription, qui jurait avec la sculpture :

« Ici repose en Dieu la dépouille mortelle de Graseppe Giusti qui, des grâces de notre idiome vivant, tira une forme de poésie non tentée avant lui, et qui, dans le style de la satire, châtiant les vices sans abattre la foi ni la vertu, éleva les hommes au culte des nobles affections et des œuvres généreuses. Il obtint de l’Italie honneur et regrets, quand, dans la fleur de la virilité,

GIUSEPPE GIUSTI

il lui fut ravi par une maladie insidieuse. Il naquit h Montesummano, le 9 mai 1809. Il mourut à Florence, le 31 mars 1850.

« Le chevalier Domenico Giusti, père malheureux, a déposé dans ce tombeau son fils unique, gloire et soutien de son nom. »

Si j’avais eu à sculpter ce poète, j’aurais fait comme Vêla, le plus intelligent des sculpteurs et le plus moderne; je l’aurais campé bravement, en redingote et en pantalon, au milieu d’hommes et de filles du peuple groupés sous le drapeau italien; il aurait tendu vers eux l’oreille, non pour invoquer la muse aux lauriers caducs, mais pour écouter ce langage toscan, ce langage populaire, admirable de vivacité, d’élégance et de correction, qui n’est pas un dialecte et encore moins un patois, mais qui est l’idiome primitif, inaltéré, de l’Italie.

Notons bien ce point, car c’est la spécialité de notre poète. Il ne fut pas un rhéteur en péplum et se garda bien d’écrire avec un stylet sur du parchemin. Il fit exactement le contraire; il jeta la perruque classique par-dessus les moulins. Il retourna bravement à la langue vulgaire que les poètes des derniers temps avaient si pompeusement appauvrie. Il fut, quant à la forme, un ' des artistes les plus originaux et des plus curieux inventeurs qui eussent paru depuis Dante.

Par malheur, il ne fit pas une Divine Comédie. Né dans lage critique où nous sommes, il lança des pierres contre son siècle; mais, de ces pierres jetées pêle-mêle, il ne fit pas un monument. Sou livre est une collection de matériaux tout ciselés pour un Enfer moderne et pour un commencement de Purgatoire; il y manque un plan d’édifice et un Paradis — à qui la faute? Hélas ! ce n’est pas seulement dans ce livre que le paradis moderne est absent.

GIUSEPPE GIUST1.

En un mot, Giusti composa des satires et pas de poëme. Mais dans ces satires, il fit miracle. Jamais la poésie italienne n’avait marché d’un pas si leste au combat; jamais elle n’avait ferraillé si juste et si bien, d’un fleuret léger, aigu, démoucheté, plus vif qu’un poignard et plus violent parfois qu’un cimeterre : portant enfin avec la grâce d’un jeu d’escrime des coups flétrissants, des coups mortels, qui frappaient à la face et au cœur.

Et cependant nous ignorons Giusti dans notre France, où l’on ignore tant de choses. Je n’ai lu sur lui qu’un article boudeur et mal informé de Gustave Planche dans la Revue des Deux-Mondes, et une étude excellente mais trop rapide de M. Ronna, dans la Revue de Paris. Je m’arrêterai donc plus longtemps devant le tombeau de cet illustre inconnu que dans la maison des autres. Je suis de ceux qui tiennent avant tout à enseigner aux gens ce qu’ils ne savent pas.

Giuseppe Giusti naquit en 1809 d’une famille honorable (son aïeul avait été ministre sous Léopold I) dans un château qui s’élève non loin de Pescia, sur la droite de la route qui mène à Florence. Il fit ses classes à Pistoïa, puis à Lucques et fut mauvais écolier. Du collège, il alla étudier le droit à l’université de Pise. Il y apprit les Pandectes au café dell' Ussero, rendez-vous de la jeunesse turbulente. Heureux temps qu’il a chanté plus tard; voici en quels termes : — j’ai hâte de le citer pour le faire connaître, car chez lui le poète et l’honune ne font qu’un.

Page 1