‹ L'Italie estelle La terre des morts?Chapitre 5 sur 38 · LE TOAST DE GIROUETTE · texte numérisé non relu

LE TOAST DE GIROUETTE

« Girouette , émérite d’une grande valeur, débridant à table son humeur facétieuse, perdit la boussole et l’alphabet. Et en trinquant, il chanta un toast où il dévida l’écheveau très-embrouillé de sa chronique particulière :

« Vivent arlequins, et pantins grands et petits! Vivent les masques de tous pays, les juntes, les clubs, les princes et les églises!

<t De tous ceux-ci , honnêtement , menant ma barque entre le vieux et le nouvea t, j’attrapai de quoi vivre et faire mon trou. Les gens fermes et pleins de scrupules ne savent pas avec leur âme jouer du lleuret. Ils ne reçoivent pas de ration de la finance.

<* Vivent arlequins et pantins! Vive l’argent! Vivent les masques de tout pays ! Vivent les impôts et le dernier du mois !

« Pour moi, dans toutes les bourrasques de mon temps, j’ai gardé, comme ancre de salut, dix, à douze cocardes dans ma poche. Le prêtre h bas, je fis l’athée, volant les lampes, les chasubles et les christs, les maisons et les terrains des monastères.

« Vivent arlequins et pantins et jacobins ! Vivent les masques de tout pays! Vive Notre-Dame de Lorette et la République française !

« Après quoi, si la queue revint ù la mode, soumis au pape et à mon maître, je dressai des gibets en bon chrétien. Ce que j’avais pris ne fit pas obstacle; car, en défendant la couronne et l’Église, je n’ai jamais rendu ce que j’avais volé.

GIUSEPPE GIUSTI

« Vivent arlequins et pantins, vivent les drôles! Vivent les brigands et les masques de tout pays ! Vivent les procès, et le bien volé, et le vol gardé !

« Quand j’ai écrit, j’ai célébré trônes et peuples, paix et guerres, Louis, l’arbre de liberté, Pitt, Robespierre, Napoléon, Pie VI et VII, Murat, Fra-Diavolo, le roi Nasone *, Moscou, Marengo, — et je m’en vante !

« Vivent arlequins et pantins! Vivent les gibelins! Vivent les guelfes! Vivent les masques de tous pays! Vive qui est tombé! Vive qui monte!

« Quand revint le statu quo, je fis bombance! Je détachai les chevaux, je changeai les statues sur leur piédestal, et tout doucement, entre les vagues et les tourbillons, sur les planches du grand naufrage en criant : Vivat ! j’attrapai le bord.

« Vivent arlequins et pantins ! Vivent les révérences! Vivent les masques de tout pays! Vive le jargon d’alors et ceux qui l’entendirent.

« Quand notre siècle sorti de minorité eut la belle idée de ne plus déranger ses tuteurs , le charbon revendu valut, par la grâce de César, à l’un de mes maîtres le titre de roi, — et à moi le ruban *.

« Vivent arlequins et pantins et brioches! Vivent les

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