‹ L'Italie et ConstantinopleChapitre 13 sur 26 · SYRA · texte numérisé non relu

SYRA

chat, qui ne lui réussissait guère mieux que le vêtement européen .

Le médecin du bord nous apprit que le pacha n'ayant voulu payer pour ses femmes que le prix des dernières places, le capitaine, par tolérance ou par galanterie, lui avait permis de les faire camper sur le pont des premières, pour les soustraire à la foule pressée et un peu mêlée des voyageurs de lavant. Pendant deux jours et deux nuits ces misérables séjournèrent sur le pont, couchées sur leurs matelas qu'il leur fallait enlever chaque matin à Theure de la toilette du navire. Elles se tenaient alors suspendues et cramponnées au bordage, préservant de leur mieux leurs couchers et leurs pieds des colonnes d'eau que les hommes d'équipage lançaient à pleins seaux. Durant toute la traversée elles se nourrirent de melons d'eau et de pommes, — oui, de pommes, et burent à même la cruche. Quant au pacha, passager des secondes par économie, il avait obtenu la faveur de passer la nuit sur le divan de notre salle à manger.

Les deux enfants égayèrent les derniers jours de la traversée. Le plus petit, le rose, marchait à peine et se traînait sur les mains à travers nos jambes. 11 était du reste gai et bon enfant et se laissait prendre par qui voulait sans crier. Sa mère, la plus jeune de ce troupeau de dindes déplumées, et que l'on soupçonnait jolie sous son yammack sale, le suivait des yeux vaguement et le regardait passer de bras en bras et de l'un à l'autre, sans sourire et sans la moindre marque d'inquiétude. Dans un moment où il dormait près d'elle sur un coussin, à la grande ardeur du milieu du jour,

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une dame allemande qui savait le turc alla demandera la mère pourquoi elle ne mettait pas son enfant à l'ombre : — « Je suis obligée de rester là, répondit-elle ; il faut bien qu'il y reste aussi ! » La sueur ruisselait sur le visage de l'enfant ; il y avait de quoi craindre une congestion cérébrale. La dame allemande sen revint, laissant son ombrelle à la turquesse. L'autre enfant, le jaune, âgé d'à peu près quatre ans, s'exerçait au maniement du fusil, sous la direction d'un soldat turc qui l'avait pris en amitié. Sa figure maflue, ses yeux bouffis, ses lèvres épaisses annonçaient un naturel brutal et terrible. C'était un Ali Pacha en miniature et en graine: et en attendant qu'il eût des peuples à despotiser, il battait son petit frère.

Le pacha fumait des cigarettes.

Depuis la station de Syra, l'avant du bateau, et le milieu jusqu'aux échelles des premières places, s'étaient remplis dune foule compacte , bigarrée et bruyante. Il y avait là des soldats turcs coiffés du fez, vêtus de la veste et du pantalon de drap bleu, et qui, sans la malpropreté, ressembleraient assez à nos artilleurs; des Albanais au doliman fourré: des Grecs à la veste soutachée, qu'ils déshonoraient par des trousses et des guêtres de grosse toile bise, et dont le bonnet disparaissait sous les flots d'une longue mèche épaisse comme une chevelure. Tous les hommes fumaient, les uns adossés au bordage et aux tambours de la machine, les autres couchés sur les matelas qu'on empilait pendant le jour ; quelques ménages cuisinaient sur de fourneaux portatifs ; des mères poussinières se tenaient bumblement assises sur de mauvais tapis avec leur

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