TRIESTE CORFOU SVRA —>■ LA CORNE-D OR
Passer de Venise à Trieste, c'est passer du rêve à la vie.
On nimaginerait pas de contraste plus complet que celui de cette tranquillité, de ce silence, de cette paresse superbe entre des palais inhabités, avec l'activité, le tumulte, le bruit de ce port de commerce encombré de navires et dont les quais résonnent incessamment sous le poids roulant des chars à bœufs et des brouettes de fer.
Les derniers moments dun séjour à Venise sont une angoisse véritable, tellement on a conscience de quitter le beau pour le hasard, et le doux-vivre pour la fatii?ue.
La gondole vous dépose sur les marches de l'embarcadère^ et vous tourne le dos pour retourner à son lac. C'est comme un retour de Cythère, où Watteau aurait peint, pour faire pendant à son enjbarquement. deux
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rameurs ironiques repoussant de 1" aviron la terre ferme, où reconduit demeure contristé au milieu de ses malles, devant la porte dune usine.
Charles Nodier a fait une description mélancolique de la route de Trieste à Venise. L'impression est la même pour aller de Venise à Trieste.
Après qu'on a passé Mestre et Trévise, on traverse de vastes plaines sablonneuses et argileuses, lagunes pendant l'hiver, et que l'été dessèche. Le chemin de fer parcourt des paysages déserts, montagneux, désolés, s'engouiïre dans des souterrains sans lin et reparait à la lumière entre des gorges rocailleuses et dans des (c sites romantiques » que dominent au loin des châteaux à renommée sinistre, tels que le Duino, qui servit autrefois de quartier général aux freines du bien commun. Tout ce pays est un admirable décor de mélodrame classique, un vrai pays der brigands; et l'on comprend facilement que les bandes insurgées de 1797 à 1810 l'aient pris pour champ de bataille. Il semblerait même que les brigands aient dû pousser tout naturellement dans une contrée si propre aux surprises et aux coups de main. Que doivent-ils penser, les anciens compagnons de Jean Sbogar, s'il en reste encore aujourd'hui quelques-uns, en voyant passer cette longue voiture, ou plutôt ce village roulant, emporté avec une célérité invincible par un cheval invulnérable et qui ne connaît pas la peur ? Sans doute ils se disent que tout dégénère ; que cette absurde machine asthmatique déshonore les plaines de l'IlhTie, jadis retentissantes de coups de fusil et noblement arrosées du sang des combats; et, qu'en somme, les