IT
« tùm$ d'amical voisinage^ ane dominatioa qui ne t serait m durabk ni heureuse^ puisqu elle ne r ec poserait que sur le fer. » L'Autriche ne peut-elle écouter ce conseil, ne peut-elle s'incliner, non pas deTant le Piémont, mais devant TEuropé^ sans abaisser son drapeau? >
« 1^ la question italienne, ajoutions^notts, ne reçoit pas aujourd'hui la solution invoquée par les deux écoles politiques dans lesquelles se résumait les forces vives de la Péninsule, qu'arriveral^il ? Ceci : L'armée piémontaise de nouveau^écrasée, il y aura pour l'Europe, non une paix, mais une trêve. Les gouvernements restaura seront tenus en échec ; et c'est l'épée à la main, la mèche sur ses canons, que l'Autriche devra veiller sur le lambeau' d'Italie qu'elle aura ressaisi comme une proie. A la pr^oiière occasion, l'insurrection relèvera son drapeau dans les rues de Milan, et, l'Italie saluant ce drapeau, un casus belli sera de nouveau posé à l'Europe.
c Je demande si .un état de choses dans lequel les gouvernements italiens ne peuvent compter sur la vie du lendemain, où TAutriche ne saurait maintenir la paix que par la guerre, où l'Europe à est chaque instant sur le qui*vive! si un tel état
de choses peut être accepté par des hommes d'État. D
Les événements accomplis depuis dix années ^ et les faits qui éclatent sous nos yeux, ne sont pas, que nous sachions, un démenti donné à nos paroles à .
Aujourd'hui comme en 1847, comme avant les !
événements de mars 1849, nous répétons : La question qui se débat n'est pas une question pié^ montaise ; elle n'est pas même une question exclusivement italienne ; elle est> au premier chef, une question européenne. Cette question ne peut être ni éludée ni étouffée , et elle ne sera résolue q ue par l'affranchissement de la Péninsule.' J
Il est trop évident que les traités par lesquels la Vénétie et la Lombardie (1) ont été adju** gées à r Autriche, ne sauraient être opposés aux réclamations de la nationalité qu'ils mutilent. Le
(1) On oublie trop que rancien Milanais était loin de comf rendre les pays qu^on désigne sous le Dom de Lombardie depuis 1815; il se composait simplement de Milan, Pavie, Gôme, Lodi, Crémone, et des territoires de ces villes.
On oublie trop, surtout, que le Milanais, fief du Saint-Empire Romain, à vu se rompre les liens qui le rattachaient au corpis germanique, au moment où le Saint-Empire lui-même a été effacé de l'Europe.
Quant à la Vénétie, nul n'ignore qu'avant le commencement du ftièdie, elle n'avait Jamliis subi le ]oug autrichien.
droit invoqué par TAutricbe n*est el ne peut être pour ritalie que le droit de la force.
Ce que rAutriche appelle mouvement révolutionnaire, est donc la résistance légitime de l'opprimé se débattant sous la main de l'oppresseur; c'est le résultai naturel et nécessaire d'une situation factice aussi contraire a la justice et au droit moral, qu'elle est contraire aux lois de la géographie et dé l'histoire.
Ainsi, le maintien du statu quo, en Italie, est la consécration d'un état de guerre permanent.
Une telle situation peut-elle être avouée à la face de la civilisation et après dix-huit siècles de Christianisme ? Et, pour parler un langage compris de tous, qui oserait dire qu'elle ait été prévue et voulue par les signataires des traités de 1815?
Dans la vie des peuples comme dans la vie des individus, il est de rares instants où les principes du juste se dégagent des ténèbres qu'épaissit d'ordinaire autour d'eux le flot pressé des intérêts, et projettent sur les faits une lumière providentielle.
Ce phénomène s'esl accompli pour l'Italie, il y
— m — a onze ans. Il s'est trouvé un jour où le réprésentant de l'autorité la plus bauie, où l'interprète par excellence des idées de justice et de paix , a dit à l'Allemagne et au monde comment devaient se résoudre les douloureuses complications où sont engagées aujourd'hui Tltalie , l'Autriche et la France. Le 3 mai 1848, alors que la guerre de ~i l'indépendance allait prendre un caractère décisif, Pie IX, dans la plénitude de sa liberté, adressait à l'empereur d'Aulriche la lettre qu*on va lire. Nous venons d'en rappeler un fragment ; et ce fragment lui-même a été reproduit dans une ' publication qui a fixé récemment 1 attenlion de TEurope. Nous donnons en entier un document si considérable, et où se révèlent, avec les sentiments du chef de l'Église, les hautes pensées de l'homme d'État :
« C'a été l'usage constant du Saint-Siège de prononcer une parole de paix au milieu des guerres qui ont ensanglanté le sol chrétien; et, dans notre allocution du 29 avril, en proclamant qu'il répugne à notre cœur paternel de déclarer une guerre, noQS avons expressément annoncé notre désir ardent de contribuer à la paix. Qu'il ne soit donc pas désagréable h Votre Majesté que nous fassioiis appel à sa piété et à sa religion, l'exhortant avec une nflfcction patiTiielle à retirer ses armes d*une guerre qui, sans poUvair reconquérir à l'Empire les esprits des Lombards et des Vénitiens, traîne k sa
suite un funeste cortège de malheurs, malheurs qu'ellemême déteste certainement. Qu'il ne soit point désagréable à la généreuse nation allemande que nous l'invitions à déposer les haines et h convertir en utiles relations (Tamical voisinage une domination qui ne serait ni noblo ni heureuse, puisqu'elle ne reposerait que sur le fer,
a Nous avons donc la confiance qu'une nation si légitimement fiére de sa propre nationalité, ne mettra pas son honneur dans des tentatives sanglantes contre la nation ita^ tienne; mais qu'elle le croira plutôt intéressé à reconnaître noblement celle-ci pour sœur; toutes deux, nos filles, toutes deux si chères à notre cœur, consentant k habiter chacune son territoire naturel, où elles vivront une vie honorable et bénie du Seigneur.
<( Nous prions le dispensateur de toute lumière et Tau* teur de tout bien d'inspirer les résolutions de Votre Majesté pendant que du fond de notre cœur nous lui donnons à elle, à S. M. l'impératrice, et à la famille impériale, notre bénédiction ai)ostolique.
« Plus Pjlpa IX. »
Ces graves et paternels conseils font peser sur l'Autriche la plus lourde des responsabilités. En refusant de mettre fin à un état de choses anormal et violent (1), TAuiriche entretient au cœur
(1) Avec U lettre de Pie IX à l'empereur d'Autrkhe, nous voulons faire connaître une autre lettre qui, eUe aussi, appartient à l'histoire ; il s'agit de la lettre adressée par S. Ém. le cardinal Antonelit à M. Farini, sous la date du 12 mai 1S&8.
A ai, Farini, chargé d'affaires de la cour de Rome au camp du roi
Charles- Albert,
Monsieur, le Saint Père me flonne l'itonorable mission de vous retourner le document que vous Lui avez adressé à la date du 7 courant, du camp
de l'Europe un foyer d'insurrection et de désordres ; elle contraint la France à engager avec elle en Italie une lutte d'influence qui doit nécessai-
de S. M. le roi Charles-Albert. Je ne vous cacherai pas que Sa Sainteté ne peut comprendre comment on vent donner h son allocation du S9 avril un sens différent de celui qu'elle a réellement. Le Saint Père, dans cette allocution, ne s'est en aucune f hçon (menomamente)^ déclaré contraire à la nationalité itafienne'^ Il a seulement dit que, comme prince de paix et père commun des fidèles, il lui répugnait de prendre part à la guerre ; noais qull ne voyait pas comment II aurait pu enchaîner Tardeor de ses sujets. Il y témoignait ensuite la satisfaction qu*aurait éprouvé son cœur, s*n avait pu devenir médiateur de la paix.
En partant de cetfe idée, qui est parfaitement expliquée dans FaJlo» cutioo, vous pensez que Sa Sainteté pourrait aujourd'hui très -opportunément interposer sa médiation comme prince de paix, d^ns le sens de C établissement de la nationalité italienne. Vous savex comment mol* même tout particulièrement, avant votre départ de Rome, j'ai caressé cette idée. Vous ponvec donc bien croire combien je eeraSs heureux, al je pouvais la voir menée à bonne fin.
Anjonrd'hni, Sa Sainteté m'a autorisé à vous donner communication, sous la réserve du plus grand secret, d'une lettre que, ces jours paa^és, Elle a écrit, en ce sens, à S. M. l'Empereur d'Autriche : vous pourrez voir <i«e cette pensée n'a point échappé à la sagesse de Sa Sainteté et à l'amour qu'Elle nourrit pour l'Italie {alVamore che nutre per fltalia). Je vous préviens que Sa Sainteté se dispose à écrire pour le même objet à S. BL le roi Charies- Albert
Si Sa Sainteté voyait les esprits disposés à des accommodements de paix raisonnables, dans le but d'assurer la nationalité italienne {net senso di assicurare la nazionalità italiana)^ vous pouvez penser si Elle serait disposée à s'y employer efficacement, au prix même de quelque ennui persemiel que os fftt. Le Saint Père reccMnmande à votre activité et à votre prudence, une bonne conclusion pour ce qui concerne lea troupes pontificales se trouvant au 4elà du Pô.
, Cardinal Antonblli.
Rome, 12 mai J848.
nMuenI; aboutir à une lutte armée (1) ; elle oppose un obstacle pennaueut à runion que, dans un intérêt de résistance à la prépondérance menaçante des États septentrionaux, les grandes puissances de l'Europe centrale et catholique pourraient et devraient contracter.
La politique, ainsi que la religion, trouve un programme dans les paroles de Pie IX.
Aussi bien, de telles paroles ne tombent pas en vain dans la conscience d'un peuple ; elles y pénètrent et y rendent indestructible un sentiment déjà tout-puissant par lui-même, le sentiment de la nationalité.
Les pages qui suivent montreront que ce sentiment a dans le cœur des peuples italiens des ra« cines plus profondes qu'on n'est souvent tenté de le croire ; et que, s'appuyant sur un passé lointain, il n'a rien de commun avec les passions révolutionnaires dont on voudrait le rendre complice.
(1) La brochure Napoléon lll et Vltalie a dit avec raison: u La solution de la question italienne aurait pour résultat d'effacer, entre la France et l'Autriche, tout sujet de dissentiment. Ces deux puissances peuvent se rapproclier par beaucoup d'intérêts communs, et ce n'est pas trop de l'union des grands gouvernements de l'Europe pour prévenir les complications de ravenir«»
Elles montreront de plu^ que la politique traditionnelle de la France en Italie est en parfait accord avec les vœux légitimes de la Péninsule.
Le moment est solennel pour l'Italie et pour la France. Quoi qu'il arrive, nous ne nous repentirons point d'avoir porté ce nouveau témoignage dans une cause qui résume les plus grands intérêts politiques et religieux de l'Europe, et pour le triomphe de laquelle nous nous honorons d'avoir livré nos premiers combats.
ET
Je me propose d'indiquer l'origine et de définir le caractère des rapports que l'Italie, au moyen âge, a entretenus avec l'Empire d'Allemagne.
En exposant l'antagonisme des deux grandes doctrines politiques sur lesquelles, aux yeux de l'Italie, a reposé si longtemps le droit public de l'Europe, la doctrine tliéocratique et la doctrine de la monarchie impériale, je signalerai la naissance et les développe ments de la théorie dii droit national au delà des Alpes.
Étudier l'influence que le Saint-Empire romain
de la nation germanique a exercée sur les destinées
de l'Italie, c'est mettre a nu l'uijedes causes qui ont
empêché la Péninsule de s'élever, en môme temps
que les autres États, à une existence personnelle et indépendante; c'est chercher dans les calmes régions de l'histoire, l'explication de l'un des faits qui excitent le plus justenaent l'inquiète sollicitude de l'Europe.
Quand une civilisation succombe, le principe qni Fa soutenue ne périt pas en un jour. Il unit la société qui finit à la société qui commence, et l^e à Tavenir, au nom du passé, une tradition immortelle.
Le monde romain s'ëcroulant, un principêse dégagea de ses ruines : V Unité. Le Christianisme recueillit ce principe et en fit le fondement sur lequel la main de l'Église allait poser le monde nouveau.
Mais si un principe ne meurt pas, les formes sous lesquelles.il se développe subissent, dans le travail de rbistoire, des modifications profondes. Le génie d'uD peuple consiste à saisir dans sa cause et dans son but la révolution qui s'opère ; il faut que ce peuple sache en accepter et en poursuivre les conséquences ; sa fortune politique est à ce prix.
Ce fut le malheur de l'Italie de méconnaître cette loi. Le génie antique n'avait entrevu l'harnionie so-
ciale que sous l'unité matérielle. Quand, par le sceptre de Rome, les rêves des monarques d'Orient devinrent une éclatante réalité, il formula tout le travail des siècles païens en un mot qui, peignant les résistances brisées, les volontés asservies, résumait l'œuvre de la force, Y Empire. Le génie chrétien, transportant le principe de l'unité dans le domaine des esprits, définit à l'avance l'idéal des siècles modernes par un nom qui, exprimant l'adhésion spontanée et l'union des intelligences, résume l'œuvre de la liberté : Y Église.
Or, bien que l'idée de la société spirituelle se développât précisément dans son sein, l'Italie ne renonça pas à la notion païenne de l'unité. L'unité matérielle resta, devant ses yeux, la raison de l'avenir, comme elle avait été la sanction du passé. Elle puisa ses espérances à la source où s'alimentaient ses souvenirs. Elle s'égara à la poursuite d'un idéal qui devait l'amener à ce double résultat : premièrement, aspirant à ressaisir la domination du monde, elle dédaigna de devenir l'égale des autres États ; dans l'espoir de la souveraineté, elle accepta la dépendance ; et, pour arriver à l'Empire, elle abdiqua sa vie de nation. Secondement, en faussant le droit public nouveau, elle compromit les destinées générales :
d'un rêve d'ambition elle fit naître, pour la chrétienté, un antagonisme stérile ; pour les États européens, un puissant obstacle à l'établissement d'un équilibre nécessaire ; dans l'ordre moral comme dans l'ordre politique, d'incalculables périls.
Il n'était pas facile, je le reconnais, de se soustraire à la fascination qu'exerçait le nom de l'Empire. Au moyen âge, l'idée qu'il représente a sa racine dans les profondeurs de la tradition, et, si l'on peut dire, dans la conscience du genre humain. Je la vois naître au moment où la lutte contre la suprématie romaine venant à cesser, les nations se résignent à demander à la ville des Césars la vie de l'intelligence en même temps que la prospérité matérielle. Déjà Pline l'Ancien fait de Rome cet éloge singulier, que « les dieux semblaient l'avoir choisie pour réunir t tous les Empires, donner au monde un ciel plus t serein, rapprocher les langues discordantes etreuc dre à l'homme l'humanité. »
Pline le Jeune est aussi dominé par cette idée de l'unité du monde, unité politique, unité administrative et commerciale : « Nous avons un prince qui ne t nourrit pas, ne protège pas avec moins de soin une « nation séparée de nous par de vastes mers, qu'une «tribu romaine... 11 sait si bien lier l'Orient et
— lu — c rOcdîdent par les nœuds d'une éternelle ex)rres- « pondance, que chaque nation trouve dans ses villes c tout ce que produisent les différents, climats. . . Dès € que les peuples sont réunis, leurs biens mêlés et c confondus sont à tout le monde... » Et, devant ce triomphe de la conquête, tout Romain peut s'écrier avec lé panégyriste de Trajan : « Heureux le monde c d'être tombé sous notre glaive, et d'avoir abdiqué « aux pieds de Rome (1) I »
A son tour le rhéteur Aristide célèbre le développement harmonique de toutes les parties de l'univers et des éléments qui constituent l'ordre politique : « Petits c et grands, riches et pauvres, nobles et plébéiens sont « égaux devant la majesté de l'Empereur, qui résume « tous les pouvoirs et consacre tous les droits (2). t Au sein d'une démocratie qui s'étend à la terre en- « tière, tout viçut de César et tout y retourne. Ce
« qu'est l'Empereur vis-à-vis de tous les pouvoirs.
(J) Plinii seeundi panegyricuiy XXXI, XXXII... «Quàm nunc juvat provincias omnes in fidem nostram ditionemque venisse!... »
Il faut voir, dans les lettres de Pline, jusqu*où était poussée la centralisation administrative, conséquence de Tunité politique. L'Empereur est consulté sur les plus minces détails.
(2) « Aïraca ii otxov^évîj ;^()/50u àx^têéorsjoov ev yÔéyygTW.. .
juiixpoO TT^oç péyav xal ttsvyjtoç cTi^ ttjoôç ttXoûo'iov, xat yevvatov àyevvoOç... »
« Rome le sera vis-à-vis de toutes les provinces. « Rome, forum commun et foyer universel, reçoit <L les habitants du monde comme la mer absorbé « dans son sein tous les fleuves. La terre ne se para tage plus entre des Grecs et des barbares, mais « entre des Romaiqs et des non Romains. La majesté c de la ville plane sur l'univers, et les nations s'u- « nissent pour demander aux dieux l'éternité de « l'Empire (1). »
Franchissons quatorze siècles. Le monde romain a disparu ; toute une civilisation a été engloutie ; une société a remplacé une société ; mais le grand nom de l'Empire n'a rien perdu de son prestige, et l'écho
qui le répète n'est pas affaibli
Fieni a veder la tua Ro ma chepiagne FedovQj sola^ e di e notte chiama :
Cesare mio^ perché non m* accompagne ?
(PORGAT., C. VI.)
(1) « .... KoiviQ T^ç yïjç (T'ij/AOXjsaTia. . . «ffTV xoivdv. .. wanep to rrjç y^ç îâoLfoç *fépgt TràvTaç, oxtroi xal iî^s ^é^ç^exoLt /xév toùç êÇ ànÔLcrnç y^ç, ùicrnep roxjç TroTa^oOç ôà^èCTTa... ov yâp ziç E^^t^aç xal Ba/oêà-
porjç ^laupzvzz vuv TA ysvi} %Ùi eéç Pc^pa^ouç t£ xol ov Pei>|:A0(£Ovc
àvTccTcEAsTe ôéoc TravTsç ttô^iv tîjv^s da^^siv ^i acwvoc, xocl /x:q
7rau(7a(7dou itplyt av p^v^pot n virép QoCkcnrioç TréffoiEv... »
Gomme dans Tindividu, dit l'auteur du traité De Monarchiâ^ il faut l'uDilé d'intelligence, dans la famille l'unité de direction, dans la cité l'unité d'administration, dans l'État l'unité de gouvernement, ainsi, dans le monde, il faut J'unité de dessein, de législation et de pouvoir : car Tunité est le seul moyen, pour l'humanité, de réctuire en acte toute la puissance intellectuelle qui repose dans son sein (1), D'ailleurs, il faut qu'il y ait un pouvoir chargé d'exercer l'arbitrage entre les États et d'imposer la paix, cette première condition du progrès des âmes ; et, pour que cet arbitrage soit juste et rigoureusement impartial , il faut que l'arbitre n'ait rien à ambitionner; il convient donc qu'il soit tout-puissant, et
(1) Proprium opus Iiumani gcneris totaliter acccpti, est actuare semper totam potentiam intellectus possibilis, per priùs ad speculandum , ci secundariô propter hoc ad operandura per suam extensionem... (De Monarchiây lib. I.)
qu'il y ait dans le monde une force unique et souveraine, un pouvoir gardien de la paix universelle, une Monarchie, un Empire (1).
Ainsi, non-seulement l'idée de l'Empire renaît dans toute sa force ; mais elle s'est élevée à la hauteur d'une théorie philosophique ; plus encore, d'un dogme religieux.
Quand l'ancienne Rome créait l'Empire, elle se préoccupait peu de donner à ses armes l'appui de la justice et de consacrer le fait par le droit. Dans la théorie du moyen âge, la victoire de Rome a acquis la valeur morale du duel judiciaire ; la conquête universelle est devenue \e jugement de Dieu (2). Qui oserait s'insurger contre la domination de la ville souveraine ? N'a-t-elle pas été consacrée par l'avénement du Sauveur, qui^ voulu naître au moment
(1) Genus humanum in quiète sive tranquillitate pacis ad proprium suum opus, quod ferè divinum est, liberrimë atque facillimè se habet ; unde manifestum est quod pax universalis est optimum eorum qus ad
Qostram beatitudinem ordinantur Si ergô sic se habet in singulis qusa
ad aliquod unum ordinantur et constat quod totum humanum genus
ordinatur ad unum .... ergô .unum oportetesse regulans sive regens, et hoc Monarchia sive Imperator dici débet. {De Monarchiâ, lib. I.)
(2) V. toute cette théorie dans le livre II du De Monarchia, Dante explique les conditions de la moralité du Duel: « Et si justitia in bello
succumbere nequit, nonne de jure acquiritur, quod per duellum acquiritur?... Qui, igitur nunc adëo mentis obtusus est, qui non videat, sub jure duelli gloriosum populum coronam totius orbis esse lucratum? »
méroe où expiraient les derniers efforts d'une résistance condamnée (1)? Le Christ, en se soumettant aux lois de Rome, en ordonnant de payer le tribut à César, n'a-t-il pas proclamé la légitimité de T Empire? La monarchie romaine n'est-donc que la réalisation du plan divin. Quand finira TEmpire, le monde luimême finira ; et le dernier jour de la monarchie romaine verra l'Antéchrist ouvrir sur le monde les trésors de la colère divine (2) .
Le droit de l'Empire n*est donc ni moins sacré ni moins incontestable que le droit de l'Église (3). Aussi, quels fléaux se sont déchaînés sur le monde, depuis que, selon l'expression des publicistes du
(1) Ibid. — Mêmes arguments, deux siècles plus tard, présentés par iEneas Sylvius, dans lo traité De ortu et auctoritate Imperii Bomani, (Ap. Goldast, t. IL.)
(2) V. Chronica magistri Jordanis : Quare Romanum Imperium sU htn noratidum. Il est y démontré que J.-G. honora l'Empire romain : a Mundum ingredlens, in mundo progrediens, è mundo egrediens. » De plus : tt Honorât Dominus Romanum Imperium in hoc, quod Romano Imperio
stante et durante, non veniet Antechristus, Christi et membrorum
eJHS adyersarius Ablato autem Romano Imperio, erit tribulatio tanta
et talis, qualis et quanta non fait ab initio mundi. » V. aussi iEneas Sylvius. toco cit. :
« Statui breviter, dit iEneas, non quod mihi videtur, sed quod maximi auctores, tàm' legum interprètes quàm sancti doctores, de CesareA sentiant potestate, in médium afferre. »
(3) «Desinant igitur Imperium exprobrare Romanum qui se Filios Ec» clesiœ fingunt ; cùm yideant Ghristum illud sic in utroque tenpino suie militiœ comprobasse.M (pe Mon,^ 1. 1),^
quatorzième siècle, la tuniqm sans couture a été déchirée par des mains impies ! Navire sans pilote au milieu de la tempête, à (Jtiels naufrages u'a-t-il pas été voué (1) ! Malheur à la famille humaine qui ose nier l'unité faite par Dieu sous le sceptre de Rome !
Pensa che in terra non è chi governi^ Onde si svia l'umana famigtia !
Ainsi le moyen âge a consacré, en la transfigurant, l'idée païenne de l'unité matérielle. En face du dogme de l'Église, une logique à outrance a posé le dogme de l'Empire. Or, ce dogme que les faits démentent partout, qui se brise contre la résistance de la plus pauvre cité (2), plus nettement formulé au mo-
(1) Quallter autem se habuerit orbis, ex qno tunica ista inconsutilis copiditatis ungae scissuram primitùs passa est, et légère possumus, et utinam non yidere! genus humanum, quantis procellis atque jacturis, quantisque naufragiis agitari te necesse est.. . ! {De Mon,^ 1. 1. ]
Nave senza nocchiero in gran tempesta...
(2) Othon de Freysingcn est le seul écrivain du moyen âge qui n*a point partagé l'illusion générale sur Tinadmissibilité du droit impérial, et subi le prestige universel : u Regnum Romanorum, dit-il modestement, ex tôt alternationibus, maxime diebus nostris, ex nobilissimo factum est penè novissimum ; ut de urbe, Senaiu, Populoque Romano juxta poetœ dictum :
Yix magni slat nominis umbra.
Ab urbe quippë ad GrsBCos, à Gr«Bcis ad Francos, à Francis ad Loogo*
ment où TËmpire est convaincu d'impuissance, subjugue ceuK-là mêmes qui seraient les plus intéressés à s'insurger contre sa tyrannie. 11 pèse sur T Italie comme le poids fatal qui l'empêche de s'élever à l'idée de nation. Dans quel but poursuivrait-elle Texistence personnelle, indépendante, nationale ,. que conquièrent peu à peu l'Espagne, la France, l'Angleterre ? Son peuple ne va-t-il pas redevenir le peupleroi? Rome ne va-t-elle pas reprendre ses droits de cité maîtresse, jetant à l'univers du haut de son Gapîtole les immuables volontés du sénat? « Viens donc, • ô César ! diront à l'empereur Conrad 111 les en- « voyés du sénat, relever l'Empire de Constantin et a de Justinien ! que la Majesté Impériale, dans sa « force, se révèle au fils des Romains. Dans la Ville, « ta volonté sera la loi. Viens rétablir ton siège dans n cette Rome, tête du monde... Tu régneras sur c l'Italie et sur le royaume germanique plus libre- « meut et mieux que les empereurs qui t'ont préci cédé (1) ! »
bardos, à Longobardis iterùmrursùm adThcutonicosFrancos derivatum, non solùm antiquitate senuît, sed etiam ipsâ mobilitate sui, veluti levis glarea, hàc illàcaquis circumjecta, sordes multipliées ac defectus varios contraxit. Ostenditur igitur in ipso capite mundi, mundi miseria.» {Chronic. Othonis Episcopi Frising.) (1} Discours des envoyés du sénat à Conrad UI, en 1145, après la ten-
Quoi d'éloûnant dès lors, que, rattachant les siècles aux siècles, comme les anneaux d'une chaîne brisée, oubliant ces interrègnes néfastes par lesquels le malheur des temps avait séparé Augustule de Charlemagne et Bérenger d'Othon le Gr^ind, les empereurs inscrivissent sur leurs sceaux et sur leurs monnaies cette devise qui maîtrisait l'histoire : Renovatio Imperiï Romanorum; que Conrad III, au milieu des misères d'un règne impuissant, se vantât de voir la France, l'Espagne, l'Italie, l'Angleterre, le pays danois disposés à reconnaître sa suzeraineté et à s'incliner sous les lois de l'Empire (1 ) ; que Fré-
tative d'Arnauld deBrescia; Othonis Frising. Episcopi^de gestis Priderici primi^ cap. 28, lib. 1 : « Excellentissimo atqae praeclaro urbis et orbis totius Dôroino Conrado, Dei gratià Romanorum Régi semper Augusto, Senatus Populusque Romanas salutem et Romani Imperii felicenï et inclitam gubernationem..-.. £t qùidem Regnom et Imperium Romanum vestro à Deo regimini concessum exaltare atque ampllficare cupientes, in eum statum quo fuit tempore Constantini et Justiniani qui totum orbem
vigore Senatûs et Populi Romani suis tenuôre manibus, reducere
Quatenùs ea quse Gœsari et Imperio deberentur per omnia et in omnibus obtineatis, yehementer atque unanimiter satagimus... Appropinquet itaque nobis imperialis celeriter vigor... Potenter in urbe quœ caput mundi est, ut optamus, liabitare, toti Itali» ac Regno Teutonico, omni clericorum remoto obstaculo, liberius et meliùs quàm omnes ferë ante-
cessores Ycstri, dominare valebitis »
(1) Lettre de Conrad à Jean Gomnène. Otto Frising^ lib. /, cap. 33 : « Noveris igitur quod omoes qui Imperium nostrum attendisse videbautur, coopérante Deo, potenter in nostro Imperiali jure inclin avimus... Ad hoc Francia et Hispania, Anglia, Dania, cœteraque régna Imperio
déric I®% promulguant les décrets impériaux, se fit gloire de marcher sur les traces de ses prédécesseurs^ les divins empereurs Constantin le Grand, Justinien, Valentîn, Charles et Louis (1)? Quoi d'étonnaut surtout que les chefs de la féodalité germanique, princes de la maison de Souabe, héros de la noble race de Hohenstaufen ou chevaliers de la famille de Luxembourg, se proclamassent perpétuellement les vengeurs de la Rome d'Auguste (2), les maîtres couronnés et les dominateurs de /a ville et du monde (3); quand, mettant Tltalie à leurs pieds, lui imprimant
Dostro adjacentia, quotidianâ legatione suâ, cum débita reverentiâ et obsequiO; nos fréquentant, ad ea ^uae Iniperii noslri mandata sunt se prompta esse tàm obsidibus qùàm sacramentis affirmantes... Dominas Papa, totaque Apulia, Italia et Longobardi, de die in diem adventum nostrumdesiderant... »
(1) « Nos igitur praedecessorum nostrorum Imperatorum, magni Conatantini yidelicet et Justiniani et Valentiuiâni, nec non Karoli et Ludovic! vestigiis inhserentes, et sacras leges oorum tanquâm divina oracula vénérantes... (Apud Pertz, leg. II, p. 139, cité par M. Himly, De sancti Romani Imperii Nationis Germanicœ tndole atque Juribus, p. 12). »
Frédéric P' écrit à Othon de Freysingen : « Divinœ ProvidentiaB clemeniià, urbis et orbis.gQbernacula tenemus. {De gest. Frid, l^lib, II, cap. 31.)
(2) « Henri VII descendant en Italie, dit encore aux Romains : « Quid me... in banc Italiam eduxerit, nisi jam desoeti extoUendi amor Imperii? (Raynald., Ann, 1312, § XXXIV. )
(3) Urbis et orbis coronâ et dignitate peixeptâ (Ann. 1156. Ap. Pertï. leg. II, p. 103).
t( Eam quam deceret romanum principem et Urbis ac orbis dominatorem^ reverentiam,,, » (Radevic. L. I, c. 6). Il s'agit de Frédéric I«'.
au front, pour la gloire de l'étranger, de sanglantes flétrissures (1); lui infligeant le fatal honneur d*étre appelée le jardin de l'Empire (2), ses plus illustres citoyens invoquaient César pour maîtriser les rebelles et serrer le frein qui domptait son indépendance :
Che valy perché ti racconciasseU freno Giustiniano, se la sella è vom?...
O Alberto Tedesco^ cICabbandoni Costei, ch'è fatta indomita e salvaggia (3) /
(1) Ahi serva Italia, di dolore ostello...
Non donna di Provincie, ma bordello !
(2) Che '1 Giardin deir Impcrio sia deserto.
(3) Purgat. Gant. VI.
Celte illusion de la résurrection de l'Italie par l'Empire eut dû pourtant s'évanouir au grand jour des faits. Si les empereurs consentaient à prodiguer parfois à la reine déchue des titres et des hommages qui servaient leur politique en endormant les défiances, l'orgueil des barbares ne ménageait pas toujours ces ambitieux rêveurs qui, ensevelis sous les ruines, parlaient encore de monarchie universelle. Quand Barberousse descendit pour la première fois au delà des Alpes, les députés du sénai- voulurent prendre au sérieux les flatteries d'Othon III et d'Henri V (1) : « Ecoute d'un esprit serein, lui di-
(1) Othon III inlitule une de ses constitutious Consulibus^ Senatui Populoqué liomano (OU. IIÏ, constit. Ap. Pertz. leg. II, p. 37).
Henri V écrivait aux Romains, l'an llll : « Henricus Dei gratià, Roma* orum rex, consulibus, Senatui et Populo Romano, majorlbus et minoribus, gratiam suam cum bonâ voluntate... Urbem caput et scdem nostri Imperii pio affectu viscrc optavimus, et eam more Majorum praedeccsso-
— st —
f renl-iis, ce que fait pour toi la ville maîtresse, c Elle te répète par notre bouche : c Tu étais mon t hôte, je f ai Tait citoyen ; tu étals étranger, je f ai « fait seigneur...»
Pour de telles faveurs, que demandaient le peuple et le sénat? Peu de chose : que T Empereur rendit à Rome le gouvernement des nations ; quMl brisât Finmleâce du monde et le ramenât sous le sceptre de la VHle (et ad Urbis monarchiam reducatur orbis insolentim); qu'il s'engageât d'ailleurs à observer les bonnes coutumes^ et à payer tribut pour sou couronnement au Capitole : « Vos paroles sont plus insipi- « des d'arrogance, répondit brutalement le barbare, « qu'assaisonnées du sel de la sagesse... La gloire « antique de votre Rome, sa dignité, le sénat, l'orff dre équestre, tout cela est à moi ; j'ai reçu tout « cela avec l'Empire; je suis légitime possesseur; < arrache qui pourra la massue de la main d'Herf cule.«^! (1) »
Le rôle de l'Empire ae dessinait ainsi dans sa vérité. Cependant l'av^iilHiient continue. L'Italie per-
rum cxaltarc, lioiioraro et ditai'e, ut Dominas fideléâ, ut pater finos, ut cives concives, dccrevimus (Apud Pertz, leg. II, p. 65). » (1) Voyez tout ce curieux discours dans Otlion de Freysingen. lib. II,
c. XXI.
siste à croire que le jour viendra où César placera dans la main de Rome la poignée de ce glaive dont elle sent aujourd'hui la pointe. Viennent les adorateurs de la vieille législation romaine, et l'on verra s'épaissir encore, sur les yeux de rilaiie, le bandeau qui lui dérobe la vue de Tavenir. Ce sont les maximes les plus hardies du régime impérial que les jurisconsultes de Bologne, chevaliers du code, bardés de textes et de gloses, se plaisent à tirer du droit romain. Quant à la diète de Roncaglia (23 novembre 1158), Tarchevéque de Milan osa dire à l'Empereur ! < Ta volonté est le droit fl), » Il n'était que l'écho fidèle de la voix des docteua^s bolonais (2) . On peut pressentir le moment ou un juriste de Milan, Ubertus de Lampagno, érigera en article de foi la souveraineté absolue de l'Empereur sur Tumvers chrétien; où, consacrant la théorie de tfartiiius, Barthole déclarera hérétique quiconque ne professe pas cette maxime, que l'Empereur non-seulement
(1) Radev. Frising., I. II, ciY(R. S. I., t. VI) : « Tua wlunlas jus esta ^ sicuti djlcUw : quod princifii placuil legis liabet vigorcm. »
(2) Frédéric !•' avait chargé les quatre docteurs les plus célèbres de Bologne, Bulgarus, Martinos-^osia, Jacopo et Ugo, de déterminer les droits qui appartenaient à l'empereur. Il leur adjoignit trente-quatre juges, deux pour chacune des principales villes de la haute Italie.
est maître du monde, maiâ qu'il a un droit de propriété sur les domaines privés (1).
Aussi, lorsque trente-sept ans après la paix de Constance, Frédéric II se dispose à passer les Alpes, ritalie ne se souvient plus des rudes paroles de César : « Vos lettres, écrivent les Romains à TEmpe- <c reur, ont été lues publiquement au Capitole. . . . « Nous avons compris que vous aimez d'une affec- « tion sincère la ville, le sénat, le peuple romain a et la république tout entière^ et que^ comme vous t Tavez glorifiée de nom par la dignité impériale, « ainsi vous entendez pourvoir de fait à sa prospé- « rite et à sa grandeur... C'est pourquoi nous atten- « dons et invoquons votre arrivée, prêts à complaire « à la majesté impériale en tout ce qui s'accorde € avec rhonneur de l'Église romaine et de la ville. « Quel jour de fête sera pour nous celui où il nous « sera donné de contempler votre sérénité et de lui « offrir *le tribut d'hommages qui lui est dû (2) ! >
(1) V. Testravag. ad repriftiendum (le Gte Feder. Sclopis, storia délia Legisl. iiaf.y cap. i, ii). On connaît Tanecdoie de Frédéric I*' et de Martinus. (Otto Morena, ad ann. 1158.)
(2) Bistor, diplom. Frider. secundi\ t. I, p. 747 : « Gloriosls^imo DomÎQO Frider. Dei gratia rrgi... semper Âugusto... Parentius eàdem gratid alrae et Venerande Uibis illustris seoator et populus universus Romanus salutem;. . » — On ne saurait trop consulter cette savante publication de M. Huillard-Bréhollcs.
Le chef de la féodalité germanique s'achemine vers ces éternels complices de la domination étran-gère. Dès qu'il a mis le pied sur le sol italien, il dispense des privilèges (1), prononce des arbitrages (2), conclut des alliances pour l'honneur de l'Empire romain (3), investit des légats alleuiands [à latere nostro) de pleins pouvoirs (4) , déclare qu'il considérera comme fait à sa propre majesté tout outrage adressé à ces légats : Nostrre repuiabimus ex^ hibùam ma j estait; exerce, en un mpt, de Blindes à Milan, les droits d'une souveraineté sans limites; et de grandes cités s'estiment heureuses de recevoir de lui cet humiliant témoignage que, par un service fidèle, elles n'ont cessé de manifester leur dévouement à l'Empire (5).
(1) nîst. dipUm, Frider, secundi^ 1. 1, p. 831, 835. .)
(2) Intervention dans la querelle de Padoue et d'Azzon-d'Este ; Mur^" tori^ anticb. Estens, 1. 1, p. Al 5, ad anti. 1220.
(3) Convention entre Frédéric et le doge Zéno, publiée pour la première fois dans VHist, diplom,, t. I, p. 837 : « Petrum Zianum, illustrem Venetias Dacem.. habere amicissimuin addecus Imperii Romani stàbiJitate perpétua decrevimus. » *
(&) L'évoque de Metz et Tarcbevêquc de Magdebourg, ce dernier pour la Romagne et la Lombardie.
(5) Quanta enim constantià divis omnibus anteceiisoribus Dostris regibus Romanorum et imperatoribus fidelissime sEnviENDo perscverautcr adbaeserit {Hist, diplom,^ t. II, p. 20).
Il s'agit de Pisc, la ville gibeline.
Près d'un siècle plus tard, j'entends retentir ce cri de triomphe annonçant la venue d'Henri Yll : « Réjouis-toi, Italie... car ton époux, qui est la joie «du siècle et la gloire de ton peuple, le très-miséri- « cordieux Henri, l'îllustre réparateur et César s'ap- « prête à venir à tes noces. Essuie tes larmes, à « viei^e très-belle, et rejette tes vêtements de deuil, « car il approche celui qui te délivrera de l'escla- « vage des méchants! Allez au-devant de votre roi, « habitants de Fltalie, et, non contents de lui con- « server obéissance, invoquez-le comme le fils in- M voque le père. Le seigneur du ciel et de la terre « tu sacré votre roi (1). » Et si, dans la célèbre lettre oii il désigne Florence aux colères de Fempereur, Dante semble Touler aux pieds tous les sentiraeuts du citoyen, ce n'est pas seulement à d'odieuses passions de vengeance que le rude Gibelin immole sa ville natale, c'est à cette idole de l'Empire dmit le culte est devenu son patriotisme.
La ^fisée de Dante jse révèle tout entière, lorsque, dans les régions de la mort, il marque sa place au souverain qui a rempli le monde du bruit de ses luîtes contre les papes, à Fempereur Frédéric 11.
(1^ lettre écrite Qii 1310.
Sans doute le contemi^teiir des lois de relise est relégué dans les sépulcres de feu ; mais il y apparaît à côté de Cavalcanti et de Farlnata degli Uberti, deux dès plus glorieux compatriotes de Dante. L'ami des Sarrasins, le sultan de Nocera, est associé au supplice, mais aussi au triomphe de ce magnanime.... (quéiraltro magnanimo. . . ) de « celui qui se leva •seul pour défendre Florence à visage découvert (1).» C'est qu'en effet, s'il est un homme qui ait revendique d'un cœur ferme le droit inaliénable de TEmpire (2) , qui ait rendu hommage au nom des traditions antiques, à la suprématie de la ville maîtresse (3), assurément c'est l'adversaire d'Honorius III et de Grégoire IX. Frédéric II foule aux pieds le^ engagements qui assuraient à l'Église FExar-
(1) FuMo sol, cola dove soflferto
Fu por ciascuii di torre via Fiorenza, Golui chela difese à vise aperto (Inf., c. x).
(2) En 1239, Frédéric II fevendique les provinces qu'il a soleniioUc* ment garanties à l*Église, dans la diète d'Aegra : « Citm.,. pati utteriùs non possumusab Imper ii fpre divisas..* ;n et il relève les habitants du serment qu'ils avaient prêté à l'Église, salvojure Imperii,
(3) En 1238, Frédéric II envoie aux Romains lùCaroccio conquis sûr les Milanais : « Aniiquos in hoc recolimus Caesares, quibus ob res precla^ ras victricibus signis gestas senatus populusque romanus triumpbos et laoreos decerncbat, ad quod pec presens nostre Serenitàtis exemplum vias votis vestris à longé pii-eparamus, dùm devicto Mediolano currum civitatis utique factionis Italie principis ad vos victorum hostium praedam et spolia destinamus, arrbam vobis magnalium nostrorum et glorie nos-, tre prœmittimus, reliqua, cum Romani Imperii nostri sedem Italiam pa-
chat de Raveone^laPentapole,la Marche d*Ancône» le duché de Spolète, etc. (1) ; il viole à ciel ouvert le serment qui Tobligeait à ne jamais unir le Voyaume des Deux-Siciles à T Empire (2) ; mais après tout,
catam videbimuSy intégré solaturi. Imperatoris îgitur vestri victorlani; QuiBiTES, gratanter accîpiie. Spes ex hoc vos pnicherrimac foyeat, quia eùm libenter antiqua solemnia sequimur, ad reformationem antiqae nobilitatis in urbe libentiùs aspiramus [aist, diptom.^ t. V, p. 102). » A la lettre étaient joints des vers :
Enço Iriampborum, Urbt, potf's memor esse prioram Quos Ubi miitebânl Reges qui bella.Kerebani.
{ibid.)^ d'après Ricobaldus Ferrariensis.
En 1239, après que rexcommunication a été lancée par Grégoire IX, il écrit au sénat et au peuple romain, pour leur reprocher d*avoir souff«'rt en silence qu'un tel outrage fût fait à l'Empereur : « Càm nos Urbem antiquis triumphorum titulis insignitam^ novis nosire victorie successibtts konoremus, et ad informandum rSmnnum nomen^ sicut in diebns antùjuis^ et exaltandum statum Bornant Imperii, continuis laboriàus intendamus. {Dist. diplom.yX. V, p. 1238). »
(1) Serment prêt-é à la diète d'Aegra en 1213 : «.... Spondeo, poUiceor etpromitto et juro quod omnes possessiones et juraEcclesie Romane pro posse meo bonâ fide protegam et servabo. Possessiones autem quas Ecclesia Romana récupéra vit libéras et qaieta« sibi dimktam, et ipsam ad eas retinendas bonâ fide juvabo: quas autem Roudum recuperavit, adjutor ero ad recuperandum.... Ad bas pertinet tota terra que est k Radir cofano usque Ceperanum, Exarchatus Ravennss, Peiitapolis Marchia AQr conitana, Diicatus spoletanus, terra Comitisse. Matildis, Gomitatus Bi it< tonarii cum adjacentibus terris e:(pressis in multis privilcgiis {mperatorumàtcmpore Ludovic!.. Gum ad rocipiendam coronam Imperii, yel pro nécessitât ibus Ecclfsieab apoi^tolicâ sedn vocatus.accessero, de mandato suromi Pontificis aeci4)iam procurât ionem ab ea : adjutor etiam ero adretinendum et defpndendum Ecclesie romane Regnum Sicllie... (Frid» secundi^ Uist, diplom,^ t.l, p. 272). »
(2) En 1216, Frédéric H s'engage vis-à-vis d'Innocent III à émanciper son fils Henri, roi de Sioiie, qui tiendra son royaume à. fief du Saisit-
que faiUI autre cliose que de rcpiendre une parole qu'il n*a pas été en sa puissance de donner? UEm^ pereur est41 libre de mutiler T Empire? Et p«ut4l renoncer à ce droit absolu sur toutes les juridictions temporelles, dont il est, quoi qu'il veuille et quoi qu'il fasse, la vivante et indestructible expresmon? Qu'il s'ingénie donc, eu dépit de sa parole, à retenir sous le sceptre impérial le royaume de Sicile ; qu'au moment même où il médite Tattaque, il [proteste de l'ardeur d'un inébranlable dévouement (1) ; qu'alors que ses intrigues viennent d'obtenir l'élection de sou Gis, comme roi des Romains, il alQrme dans des phrases doucereuses que cette élection a été faite à son insu, et contre sa volonté (2) ; qu'il envahisse ce même territoire de saint Pierre dont il s'était solea* nellement constitué le défenseur (3) ; qu'il attire sur
Siège : « Ne forte aliquid unionis reçnum ad Imperium quovi» tcmpore. putaretur habere, si nos slmul Imperium teneremus et regnum (Jfiir. diplam., t. I*', p. 460). » Il renouvelle cette promesse entre les maîas d*llonorias III.
(1).... « Si ad tôt bénéficia et tantoram cumulum meritorum, nosira, proQt ciipimus et df^bemus, devotio non respondct, non minus fervet ioteriùs voluntatis affectos, quam, utique quoties expedit, libenter prodocimas in effectum .. ( BisU éipiom,^ 1. 1*% p. 7A1, ad ann. 1390). »
(2) « Va\ insperato... nobis insciis et absentibus elegernntk Cttjns élection cùm nobis patcfteret, sicut fuerat celebrata absque vestrà nocitià seti mandate, sine qno niiiil prœsumimus nec volnmas aliquid attenta», ipai e|ecllonl contradiximus assentire ( //r., p. 803 ).»
(3^ HonoHus III lui écrivit en 1220 : « Non enim videntiir sufficere
sa tête, avec les foudres ecclésiastiques, les reproches mérités d'ingratitude et de perfidie (t) ; qu'il tombe foudroyé par ranatbème des papes; que, u*ayàitt plus d'alliés que les Sarrasins, il termine sa vie d'empereur en chef de bandes et sa vie d'avocat de l'Elise en excommunié; il n'en a pas moins cette gloire d'intervenir comme juge suprême dans les discordes italiennes (2) ; d'alBrmer l'existence d'un
tibi fines quibus foerunt contenti qui te in Impcrlo precessernnt : immù pstrimoniom beati Pétri jam invadere presumpsisti, et ipsuni undiquis niteris u8nrpare...Sub pœn& excommunicationis tibi damus firmiterin mandatis quatenùs apostolice fidei jura de cœtero perte vcl per alium nalUtenùs inquiètes, et Quœ nobis jurasti sénare studeassine fraude, in nulIA magnitudine vel potentiâ coufidendo, quia non est apud Deum acceptlo personarum {Ibid.^ t. II, p. 534). » '
(1) « Sunt ne ista subsidiu que promittebas Ecclesis, si nécessitas iminineret?£st ne retributionis cffectus quem offerebas si gravamen oecurroret?... » Voyez toute la lettre où Honorius III lui rappelle les Uènfaits qu'il a reçus de TÉglise romaine {Uisî, dipl., t. II, p. 588 , et les lettres par lesquelles Grégoire IX notifie Texcommunication, mai 1226, t. III.
(2) Ainsi, en 1232, les Florentins ayant ravagé les terres de Sienne, l'empereur somme Sienne et Florence d*avoir à comparaître, par représentants, devant- une cour solennelle composée de comtes, de barons et de jurisconsultes; Gebliardus, légat impérial en Italie et Pierre des Vignes, i/u^e de la cour impériale, ayant instruit la cause, condamnent les Florentins, ^n présence de TËmpereur, à payer 100,000 marcs d'argent au profit du fisc impérial, pour n'avoir pas obéi à la sommation d'avoir à renoncer à la guerre, sfd Jura sua in tmperiali curfâ wdine judiciario perseifuerenlur : à 10,000 antres marcs pour n'avoir pas comparu, spre^ tis èauna et penâ; en^n pour indemniser les Siennois, pronuntiamus ipÈ^ commune Sene mittendum in passéssionem bonorum cornmukis Ftofêntie pro tnensurâ debiti dedarali, sexcentarum miUiumlibrat^tm^.,.,
.(Ift'«r. </i>/0}ir., t. IV, p. 418).
— se —
rojfaume italique (t ) ; d^esaayer de réyéler l'Italie à eUe-ffiéme en enchatoant des forces rivales soiîs la puissance d*on seul sceptre (2). Voilà son titre à la reconnaissance du parti qui représente, au treizième siècle, ridée de Tunité italienne, titre que, dans ses
Ed 123ft, Frédéric II décide que des assises solennelles seront tenues dans chaque proviqce da royaome de Sicile : « De quàlibet œagn& eivi* tate debent esse in eisdem pro parte aniversitatiSf quatuor viri de melioribus terre, bone fidci et bone opinionis : de aliis ver6 uon magnis et cas-
tellis debent duoetiam lu h&c curià interesse Libcrum erit cuiqae
conqneri de damnis et injuriis, et quocnmqne alio excessu in personà et bonis suis commissis. In b&c caria erit noncitts specialiter de latere nos* tro traosmissus (C. Pecchia, Storia eiv. e polit. tUl regn, di Nap, t. III, p. 75). »
(1) Frédéric énumère, dans le traité avec le doge Zeno, les vDles qai sont ex nostro Jure;i\ nomme Papienses, Fanensps, Mcdiolaoenses, Senogallienses, Cremoncnses, Anconitaoi, Lucenses, Cumani, Pisani, Fin* mensPSf Januenses, Epineuses, Placeiitini, Veronenses, Florentini, Montesilicnses, Ferrarienses, Lavellenses, Ravennates, Vicentini, Comaclenses, Pai^uani, Ariminenses, Tarvisini, Pisaurenses, Cenetenses, Cesa* nenses, Forojulienses, Istrienses et cunc i de nostro italico regno, sive qui modo sunt, vel qui in posterum futuri sunt (Publié dans VHist, dipiom).
(2) Fridericus^ Dci gratta Romanorum Aex, semper Augustus et Rex SicHiœ, potestatibus^ Consulibus ac communilatibus universarum civitU' tumet castrorum Italijs (Perlz. Monum. Germ. histor., t. IV, p. 238).
« Priderie.^ Dd gratiâ^, Romanorum Imperator, semper Augusttis, At' chiepiseopis^ Episcopis^ Abbatibus^nec non âfarchionibus, Comitibus, Consutibvsseu Rectoribus, et cotnmunitatibus omnium civitatumy Populo et Unitersis perLombardiam^ Romaniolam et Tusciam^ atqme per TtiTAV ita- UAM constituas... n II nomme Conrad, é?6que de Metz, Legatum à tatei*e; • quidquid, vice nostrâ, per totam Italiah dixerit vel fecerit ratum, ab omnibus observetur et immobile... » — « Discordias omoes in iTAtuet singulis partibus Italie ad pacem et concordiam revocando, vices nostras suppléât... (Frid, secundiy Hist. diplom.^U II, p. 55).»*
ainisest soleniiellés^ le graââ-Jti9tièier au inoyeti âge présente aii respect des ûâtidos :
Ai mio èignor che fk d*onor ai degno
(.lQf.,cant. xiu}«
Dante meurt en 1321. Pétrarque recueille la tra^ dition qui a exercé sur le grand Florentin une irrésistible fascination. Lui aussi voit dans TEmpire cette institution sainte voulue par Dieu, pour le salut et pour la félicité du genre humain : le monde aspire à Tunitc; l'unité du gouvernement est la loi de la terre, comme elle est la loi du ciel. De même que tout corps, sous peine d'effroyable difformité et de perpétuel antagonisme, ne possède qu'une seule tète, ainsi l'univers, ce corps immense, ne peut être dirigé que par un chef suprême; à celte condition seulement, le monde jouira de la paix, sans laquelle le bonheur n'a pas de lendemain (1).
(1) « Singula quidem singulis corporibus data sunt capita, et orbis uni- Tersus, cui à poetâ magni corporis nomen ascribitur, uno temporali capite débet esse contentus... Quod sicapita plura sint, unum tamen quod cuncta compescat atque omnibus prœsit esse debere. non ambigitur, ut totius corporis pax inconcussa permaneat. Gertë quod experimentis inoumeris, et doctissimorum bominum auctoritatc deprehensum est, et in cœlo et in terra optima semper fuit unitas principalûs {Epist, sine tiluto, IV). »
Or, cette tête du monde, la Providence a fait connaître par des signes assez éclatants qu*elle ne pou«vait être autre que Rome. Par quelle gloire, dans la paix et dans la guerre, par quelle vertu sans exemple, il Ta rendue digne d'un si grand honneur, Tunivers le sait ; jamais n'a régné une paix si profonde, jamais la justice n'a brillé d'un si pur éclat; jamais n'a été faite une si équitable distribution de récompenses pour les bons, de châtiments pour les méchants; jamais une si bienfaisante influence n'a présidé au gouvernement du genre humain, qu'alors que, soutenue par les décrets divins, la pensée de Rome planait sur les nations (1).
(1) « Id sanè supremum caput velle se Dcus omnipotens non aliudosse quàm Romam, multiplicibus declaravit indiciis. Quam belli pacisqae gloria... tantâ prœeminentiù dignam fecit... Qiiando unquàm tanta pàx^ tanta justitia, tuntus virtutis lionor, tanta bonis prœmia, tanta malis supplicia; tàm benc consultum rébus, quàm cùm . un um caput orbis liabuit, caputquc ipsum Roma fuit! (Epist. sine lit. IV.) »
fv.
Àa quatorzième siècle, comme dans tout le moyen âge, deux grandes doctrines rivales servent de fondement k la théorie de V Empire et aspirent conséquemment à constituer le droit public européen. La première est celle qui ne reconnaît qu'un pouvoir suijuris^ le pouvoir tbéocratique, pouvoir souverain et inaliénable, duquel procèdent tous les autres» comme les rayons émanent du foyer, comme les ruisseaux découlent de la source. Dieu a jeté deux grands luminaires dans la voûte céleste : Fun pour briller pendant le jour; l'autre, reflet du premier, pour éclairer pendant la nuit. De même, dans le cours des temps, il a établi deux grandes dignités : Tune qui illumine les intelligences et ouvre aux âmes le domaine des choses éternelles; l'autre qui tient le glaive temporel pour le châtiment des coupables et pour le triomphe de l'Église : c( L'Empire ne commande pas
c au sacerdoce, il Tassiste ; il ne le domine pas, il (( le complète; il lui est donné comme instrument, « non comme puissance rivale. Ce que le corps est f à Fâme, l'Empire l'est au sacerdoce : pétri du 11c mon de la terre avant que le souffle divin n'ait créé « l'âme, pour lui être antérieur, le corps n*est pas c moins son esclave (1). »
Aucun droit n'existe que par l'Église et sous son autorité : quiconque n'est plus en communion s^vec
elle, se trouvant hors la loi divine, est, à plus forte raison, hors la loi humaine. Empereur, roi ou prince, l'excommunié, par l'efiet de la rupture du lien qui l'unissait au prîucîpe même de l'autorité, perd tout pouvoir sur ses sujets; simple particulier, il voit se briser entre ses mains son droit de propriété. La confiscation dépouille celui-ci d'un bien dont il est devenu indigne (2) , comme la sentence par laquelle
(1) Genasii Tilberiensis^ Arelentasis regni Mareschaki^ Qlia imperialia ad Othonem IV Imperatorem (Les Otia ont été écrits en Tan 12jLl. Leibnitz, JlisU Brunsvic.y introd,), «Duo sunt, Imperator Auguste, quïbus hic mundus regitur, sacerdotium et regoum... Porro sacerdotio regnum se Qoverit adesse, non praesse; adjici, non prsefici ; in executionem dari per adjutorium, qon in roajontatem efittrri... sicut ergè prius corpus ex luteà formatur materiâ, et ex hinc anima vasi infunditur, nec tamen inioa» corporis inclusa carcere, corpori débet subesse, ità... »
V. la lettre de Grégoire VU, où éclate sa pensée sur la nature deg deux pouvoirs.
(?) Voyez les conventions passées entre Grégoire IX et Frédéric II, en
FÊglise anéaotit le serment de fidélité tslève à celai*
là taute juridiction domaniale (i}* « Et, en effet, disent les défenseurs de cette doctrine
extrême, quelle est la destination des cboses temporelles? N'est-ce pas Tutilité du corps? mais le corps n'est-il pas subordonné à Tâme, qui est e)Ie-même soumise au souverain pontife? Donc, en vertu de Faiitorité même qui lui a]^artleat sur Tâme, le sou"» v»din pontife a sous sa juridicdon les choses temporelles : nos coi^ et nos biens relèvent de lui comme nos âmes. Aloi^ même que cette dépendani»
1220, à l'époqne du couronnement de TEmpereur à Rome... « Oraneshereticos utriusque senûs, qoocuaaçiue Qomine censentur, perpetul dAnuiAmus iufamiâ. Consentes ut bona lalium confiscentur, nec ad eos uUeriùs revertantur, ità quod fili! ad successionem eorum venire non possiot, cùni longe sit graviùs seternam qnàm temporalem offendere majestatem... Si verô Dominus temporalis requisitus et monitus ab Ecclesiâ, terram suam purgare n^t xerit, ab hereticà pravitate, post annum, à tempore monitionis eJapsum, terram ipsius expouimus catliolicîs occupandam {nisi» diplom. frid. secundi^ t. U, p. 3). »
(1) Grégoire IX écrivant aux évêques de Pouille (inars 1228), au sujet de Frédéric U, leur dit : t% Si... excommunicatioae contemptâ, redire non curaverii ad mandatum Ecclesiœ, omnes qui sunt ei fideiitatts juramento adstricti, à juramento quo sibi tenentur absolvemus; quia fidelitatem quam homines cliristiano Principi juraverint, Deo eju» quesanctis adversanti nullâ auctoritate persolvern coliibentur. »
Qùaud Frédéric a été excojnmunié, Grégoire IX écrit au roi de France: « Par quod patenter arguitur quôd digniiati Imperii cy usquc sponianeus renuntiavit lionori, potestaiis et digniiatis sue se spoliavit officio. Prjvilegium enim meruit amittere dignitatis qui concessâ sibi abusus est potestate. {aist, diptgm,^ t. III, p. 148, ad ann. 1229).»
u'exisle pas en fait, méconnue qu'elle est par les passions des hommes, elle subsiste eu droit : de ce droit et de cette dette, il n'est possible à nul homme de s'affranchir (1).
Et pour qu'on ne se méprenne pas sur la portée de ces principes : « Telle est, poursuit Gilles de Rome, rétendue de la puissance ecclésiastique , que le mattre d'un champ ou d'une vigne, quel qu'il soit, ne peut les posséder légitimement, s'il ne les possède sous l'Église et par l'Église. Le péché nous dépouille de tous les droits; l'autorité de l'Église en légitime seule l'exercice; et, toutes les fois que l'absolutiofl du prêtre nous relève de nos fautes, elle nous rend, en même temps, la propriété des biens dont nous n'étions plus que des détenteurs sans titres (â)« »
(1) « Patetquod omoia temporalia sunt subdominio EcclesisBcoftoeata, et si noû de facto, quoniam multi forte huic juri rebellantur, de Jore taxnen et ex debito temporalia summo Pontifici sunt subjecta, à quô jure et à quo debito nullatenus possunt absolvi. »
Voyez Tanalyse qu'a donnée M. Cb. Jourdain du traité inédit de Eecle^ siasticâ poiestate^ de Gilles de Rome : nous lui empruntons son analyse et ses citations.
(2) « Volumus ostendere quod nulium sit dominium cam justitià nec rerum tcmporalium, nec personarum laîcarum, nec quoramcumque, quod non sit sub Ecclesiâ et per Ecclesiam, ut agrum vol vineain, vel quodcumque quod habet hicbomo vel ilie non possit habere cum justitià, nisi habeat id sub Ecclesiâ et per Ecclesiam. Quilibet fidèles, quoties in peccatum mortale labuntur et per Ecclesiam absolvuntur, toties onmia bona sua, omnes honores, omnes potestates et facultates suas debent re-
On reconnaît celle doctrine absolue qu'enfaulc une logique inflexible ; c'est celle qui a soutenu la volonté des papes du moyen ûge, dans la revendication infatigable de droits toujours contestés, qui a fait du bras séculier Finstrument passif de la puissance ecclésiastique, et qui a enfanté les luttes formidables dçs douzième, treizième et quatorzième siècles : c'est elle qui, appliquée par Grégoire IX, trouve sa dernière formule dans le mot célèbre dte Boniface VIII : « Les deux glaives sont ici ; c'est « moi qui suis César ! * .
Or, cette doctrine ne se pose pas seulement dans le domaine de l'abstraction ; elle ne se borne pas à s'affirmer ;'clle entend s'appuyer sur les faits; et, bien ayant le siècle de Pétrarque, tout une école , historique est enrôlée à son service.
Un des représentants les plus sincères et les plus importants de cette école, est l'écrivain que nous avons cité plus haut ; qui, tout à fait indépendant de l'autorité pontificale, jurisconsulte et homme d'Etat aussi bien qu'homme de guerre, ami et ministre de princes puissants (1), un siècle av?nt que, de son
cognoscerc ab Kccle&ià per quam absolut!, fucti sunttalibusdigni quibus, cum peccato serviebant, erant iodigni... [De Ecctes. potestate). » (1) a Gcrvasius, vir Ulustris, et studiia et militia clarus. » ( Loibuitz,
Style d'airaiu, Vexilé de Florence gravât sa protestation gibeline, témoigne de Tautorité de la doctrine qui mettait T Empire aux pieds du Sacerdoce. En 1211 , Otbon IV est engagé dans une guerre acharnée contre Innocent III. Or, c'est h l'Empereur même, c'est au fort de la lutte, que le familier des rois d'Angleterre et de Sicile, Gervasius de Tilberia adresse la leçon historique qui se résume en ces traits : <^ Constantin, en abandonnant Rome pour Constan- € tinople, a transmis le pouvoir souverain au pape « Svlvestre et h ses successeurs sur TOccident tout « entier (1), C'est au pontife romain qu'ont été re-
Hist. Brunsvic,^ introd,). Gervasius enseigna le droit canonique à Bologne , fut ministre de Guillaume, roi de Sicile, voyagea en Angleterre et jouit de Tamitié de Henri le Jeune; assista à la reconciliation de Frédéric P' avec Alexandre III, à Venise.
(1) c( Ab ipso collata legitur potestas in partes occidentales tantum Sylvestro, licet vicario Christi Petro in tempore ojusquc successoribus jus régis in occidente constituissct, diademate Cassaris caeterisqne insignibus Sylvestre coUatis... »
Et ailleurs : u Petro Constantinus Imperium Occidentls dédit, coi servierat Regnum Francoruin, Regnum Teutonum, Regnum Brittonum quinimo totus Occidens et totus circumfusus orbis. Hic Petro voluit totum servire Occidentem. Beneficio Papae, non suo, Borna, tempore Karoli nomen recepit lœperii (G. xix.).»
La donation à Sylvestre de l'Occident tout entier se retrouve dans Ra^ dulphus de Golumnà, De translatione Imperii, «Ibi (àjfc. P.) sedem Imperialem constituit, contentus dominio Orlenlis; occid^item vero, scilicet Romam et totam Italiam, et omnia occidcntalia régna cum omnibus dignitatibus imperialibus, beato Sylvestro tune Romauo Pontifici, eju3qnc successoribus libéré disponere concessit ; iodigoum judicans, Rcligiosus
« mis les. insignes et le sceptre de TEmpire. Plus
c( tard, c'est le même pontife qni a transféré Tem-
<x pire des Grecs aux Francs dans la personne de
€ Charles le Grand, et, dira-t-on aussi, des Francs
tx aux Germains (1) dans la personne d'Ôthon le
< Grand, — Depuis ce temps, le Pape revendique
« TËmpire comme une dépendance du siège romain,
a C'est pourquoi le Pape porte seul les insignes
c< impériaux, et Fempereur des Romains ne se pare
€ du nom impérial que sous les insignes ordinaires
« des rois. Le Pape agit en souverain de la ville et
f du siège de r£mpire ; et l'empereur, sous une ap-
«c parence de souveraineté, n'est que le ministre du
« Pape et Texécuteur de ses ordres pour le tempo-
« rel (2). — Si donc, continue Gervasius, si vous
Imperator, ibi terrenum linperatorem dignit&tem et potestatem habere,
ubi cœlestis Imperatorig vi cari as morabatur. Clericis verô Romao» Ëc« clesiœ taoc servicntibus, ad instantiam beali Sylvestris conc^ssit Hlain digriitatem, prerogatiram atque honorem, quem tune, amplissioii ordo Senatus habebat (C. i)... »«
(i) « Matarè considerans (Lco Octavus) beneficium collatum Ecclesjœ per pnedictum Otbonem ducem Saxonie, easdcm digoitatea Othooi coo*
cesait, quaa Carolo cootulerat Adrianus Ipsum Imperatorem conati*
tait, nuUà factà eleetiono et sic facta est tran^iatio deGallicis in Ger*
manos. Patet ergù qu6d circa ordinatioDcm Iflaperii habetPapa maxisaoi potestatem ut habnit (Radalpb. de Columnà, £M tremUitione Imparti., c. viii). • V. le même exposé de faits dans Marsiie ^ Padoue, eb. x, Ap. Gokiast ; Uonarchia^ f. II.
(2) « Ëx hoc igitur temporc à sede tantum Romanâ PapaOcc»dentis
« croyez que le Pape veuille, en quelque chose, <c porter atteinte au droit de l'Empire, cédez, pour « cette faible part, à qui vous a donné l'Empire tout « entier. Et, en effet, l'Empire n'est pas vôtre, il ap- « partientan Christ; il n'est pas vôtre, il appartient (( à Pierre ; il n'est pas venu de vous à vous, maïs «( du vicaire du Christ et du successeur de Pierre. » Grégoire IX, dans sa célèbre lettre h Frédéric II (28 octobre 1 236) ne tiendra pas un autre langage. Le jurisconsulte de Bologne parle ici comme le pontife romain. Et pour faire connaître le caractère des rapports qui unissent l'Empire à l'Ëglise, et par quelle filiation directe le premier procède de la seconde, les chroniqueurs n'accorderont le sceptre souverain à Char-
asserit pendere Imperium. Ëcce hsec nova et inusitata commutatio facit, ut Papa solus insignîa ferat impérial! a, et Imperator nomen impériale teneat, sub yulgaribus aliorum regum insignibus. Papa dominnm Urbis ac imperialis sedis se monstrat, et Imperator, sub nomine dominationis, Papse Minister dicitur, et in temporibus Apostolorum exécuter. » {Oiia Imper,)
La pensée deGervasius de Tilbcria est un témoignage d'autant plus important, qu'en exposant ce qui est pour iui l'opinion des contemporains, il ne dissimule pas "ses regrets : « Ecce quàm infelix Urbis permutatio, qus sub unitate...., dominis duobus servire dicatur, uni ex coronâ, alteri
ex potentiâ utrique molesta, utrique cervicosa... »
Dès le commencement du onzième siècle, Raoul Glaber écrivait : « Ne quisquam... Imperator dici aut esse valeat, nisi quem Papa sedis romanse morum probitate delegerit aptum Reipublicae, eique commiserit nsigne impériale ( ]L. I, c. v ), »
— al — lemagne, qu'au prix d'uu grand service rendu à la chrétienté et au saint-siége. La conquête de Jérusalem sera la Condition de la restauration de F Empire ; Ctiarlemagne ouvrira les guerres saintes ; son couronnement à Rome sera la récompense de sou dévouement à la pensée dont la réalisation va tour* menter tous les grands papes du moyen âge : c'est sur le tombeau du Sauveur qu'il trouvera la couronne impériale ; le premier empereur d'Occident ne sera que le premier des croisés (1). Et, à l'autre extrémité du moyen âge, au xiv' siècle, l'Empire lui-même semblera consacrer la doctrine que suppose une telle tradition, iorsqu'AlBert P' écrira au pape BoHifaceVIII : « Reconnaissant que l'Empiré romain a a été* transféré des Grecs aux Germains, dans la « personne de Charles le Grand, par le siège apos- « tolique, je professe avec un pieux dévouement et « un cœur sincère que les rois des Romains, candi- « dats à l'Empire, sont choisis par ledit siège, à
(1) Cette tradition se retrouve dans le traité de Radulphus de Columnâ De transUttione Imperii. Charles reçoit une députation de l'abbé Zacha- * rie et de deux moines envoyés par le patriarche de Jérusalem : « Ex illâ legatione commotus UeXy cum rnagno exercitu transfretavitj totamque^ terram samtam reçuperavit,,. Terra sanctâ recuperalâ^ per C. P., Bommn rediit. » C'est alors qu'il célèbre les fêtes do Noël avec le pape Léon et qu'il est couronné empereur ( C. vu ).
Radulphus est répété par Marsile de Padoue ( C. ix).
< cette On principale, quMls soient les dérenseurs de « la foi catholique... Je jure, sur les saints Évabt giles, que Je serai fidèle et obéissant au bienheu-* « reux Pierre, à vous et à vos successeurs canoni- « quement élus, et à la sainte Église apostolique et « romaine (1). »
Un tel serinent était la ratification solennelle de la doctrine d'Innocent III (2).
(1) «.«... Piâ devotione et sincero corde profiteor, quôd Romanorum RegeA in Imperatores postmodùtn promovend'u per sedem eamdem ad hoc potissimë ac specialiter assumuntur, ut sint sancte Romane Ecclesîe advocati, catholice fidei acejusdem Ecclesie prœcipui defensores... (Ap. Baron., Ann. Eccles., U XVI p. 361*). »
(2) « Interest apostolice sedis diligenter et prudenter de Imperii Romani proTÎsione tractare, cùm Imperium noacatur ad eam prindpaliter et finaliter pertinere : principaliter, cùm per ipsam et propteiw jpsam be GB£CiA siT TRAKSLATCU, per îpsam translationis actricem proptcr ipsam meliùs defendendam; finaliter quoniam Imperator à summo Pontifice finalem sive ultimam manus impositionem promotionis accipit, dùm ab co benedicltar, coronatur et de împerio investitur ( Frfder, secundt\ ïlist, fliplom.^p, 70). »
Contre cette doctrine, une grande école, à la tête de laquelle apparaît le Dante soutient le principe du droit propre et de Tindépendance absolue de l'Empire, c L'Église s'appuie sur un rondement
divin ; l'Empire repose sq§ un fondement opposé, à
savoir, sur le droit humain. De même que l'Église ne saurait être détachée de son principe, ainsi, il n'est pas permis à l'Empire de faire quoi que ce soit contre le droit humain. Celui-ci ne peut s'aliéner, ni se partager, ni s'absorber dans son contraire (1). L'Empire est antérieur à l'Église ; il se distingue d'elle par son origine, par sa nature, par son but ;
(4) «Sicut Ecciesia suum habet fundameiitum, sic etiam Imperium suum. EcdesiiB fuDdamentum Christus est... Imperii vero fundamentum jus hamanum est. Modo dico, quôd sicut Ecclesiœ fundamento suo cohtrariari non licct, sed dcbot somper inniti super illud... sic et Imperio licitum Don est contra jus humanura aiiquid facere. Sed cotitrà jus faumanam esset, siseipsuoi Imperium destrueret ( De monarclu^ lib. m). »
— /ia —
il a i*eçu son droit propre, sans aucun intermédiaire, de la source de toute autorité, de celui qui est le souverain maître des choses temporelles et des choses spirituelles (1). »
Que si Ton objecte Tappel adressé à Gharlemagne
par Adrien, et le couronnement de l'Empereur paf
le Pape : * L'usurpation du droit, répondhardimeiit
« le défenseur de l'Empire, ne fait pas le droit : s'il
« en était ainsi, qui empêcherait de retourner l'ar-
« gument ? Prouverait-on que l'Église dépend de
« l'Empire, parce que l'empereur Othon a rétabli
« le Pape Léon, parce qu'il a déposé Benoît et qu'il
« l'a entraîné en exil?Dîiu seul choisit l'empereur,
« Dieu seul le confirme ; et ceux qu'on appelle les
« Électeurs^ ont à vrai dire, usurpé ce nom. Ils ne
« sont que les interprètes de la sagesse divine : De-
« nuntiatores divinœ prudenliœ sunt kabendi (ï).»
(1) Voyez toute la dernière partie du livre III. Dante conclut ainsi : M Sic ergo patet quod auctorltas temporalis Monarchae^ sine ullo roedio, in ipsum de fonte universalis auctoritatis descendit... Orbi ab illo solo praefectus est, qui est omnium spiritualium et tcmporalium Gubernator.»
(2) « Quorum nullam faciendi aut cuncodendi auctoritatem habait Pontifex, aut alter £piscopus, seu clericus, nisi demùni Populi Romani ordinatione atque mandate ( G. viii ). » De même, quand la dignité impériale est conférée à Othon le Grand : « Factâquc synodo, clero ac populo congregato... ( G. x). »
V. aussi le traité de Lupold de ûabcnberg. (Apud Goldast. Monarch, Sancti Romani Imperii, t. II. )
Aussi, diront les docteurs de cette école, lorsque le pape Zacliarie déposa le dernier roi mérovingien, la déposition fut faite par la volonté du peuple franc, et non point en vertu d'un droit inhérent à la Papauté. De même, quand le Pape transmet TEmpire, it n'agit point par sa puissance propre, il n'est que rinstrument de la volonté du peuple romain (1).
Mais quoi ! une partie de l'Empire n'a-t-elle pas été aliénée au profit de l'Église ? L*Église ne se prévaudra-t-elle pas de la donation de Constantin ? — Non, répond la voix de Dante; votre zèle vous aveugle, et la vérité vous fuit. Nul ne peut faire ce qui est contre sa fonction. Il n'est pas permis à l'Empereur de mutiler l'Empire : si, comme vous le dites, quelques-uns des droits de l'Empire avaient été désertés par Constantin, et transportés par lui à rÉglise, la tunique sans couture aurait été partagée. Or, comme l'Église a son fondement, ainsi l'Empire a le sien. L'Empire ne peut se détruire lui-même.
(1) « Per qualem polestatem et auctoritatem papa Zacharias déposait regem Franciae... Per talem vel consimilem transtulit Romanum Imperium de Grsecis in Germanos; regemque Fraucorum non déposait auctoritatc sibi data à Christo, sed hoc fecit auctoritate Francorum qui sibi illft vice auctoritatem et potestatemdederunt talem. » (Guilhelmi deOccam Dialog,, p. m, Tract, I, lib. i,c. xx).
V. au môme point de vue, le Traité de Marsile de Padoue, De transta^ tione Imperii. •
L* Empire est la juridiction exercée sur toutes les juridictions temporelles (1) ; et l'Empereur est établi pour la maintenir intacte. Il paraît par là que l'Empereur ne peut porter atteinte à TEmpire, puîs^ que, ce qu'il est, il ne Test que par lui. Eh bien ! ce Constantin dont vous parlez était empereur ou il ne rétait pas : s'il ne l'était pas, il est manifeste qu'il ne pouvait donner à personne ce qui appartient à l'Empire ; que s'il l'était, comme un tel don était un amoindrissement de juridiction, il ne pouvait le consentir en tant qu'empereur, et la donation n'a pu sortir son effet (2).
Le droit de l'Empire est donc |inaliénable ; or, comme l'Empire au milieu même d'une décadence
(1) « Si ergo altquœ dignitates per Constantinum essent aliénât», ut dicunt, aib Imperio, et excessissent in potestate EccIesisB, sclssa esset tunica inconsutilis... Sicut £cclesia suum habet fiindamcntum, sic etiam Imperium suum. Imperio se ipsum destraere non licet. Impcrium est juridictio omnium temporalium juridictionem abitu suc compreliendens ( Lib. in ). »
Radulphus de Columnà {De translatione Imperii), dit aussi : u Imperator si quidemiste romanus super omnes Reges est... » Il ajoute: « His regibus exceptis duntaxat t|ui per privilégia et consuetudiocm sunt exempti. »
(2) « Ex quo patet, quod ipsam Imperator permutare non potest, In quautùm Imperator, quùm ab c& recipietesse quod est... Aut ille(Constantinu») Imperator erat, cùm dicitur Ecclesiœ contulisse, aut non. Et si non, planum estquôd nihil poterat de Imperio conferre. Si sic, cùm talis Loilatio ossct miuoratio Jurisdictionis, in quantum Imperator, hoc facere non poterat (Lib. III), »
de Tait, a dû posséder des représentants visibles de ce droit, il faut qu'une série non interrompue d'em*' pereurs, en rattachant le premier César aux empereurs germaniques, permette de suivre dans sa continuité la transmission d'une idée qui ne meurt pas* Nulle hypothèse ne coûtera aux publicistes du moyen âge pour établir un semblant de généalogie que r histoire peut démentir, mais que la foi populaire consacre. Le droit impérial s'incarne depuis
Constantin dans les souverains de Byzauce, pour passer dans la personne de Charles le Crand aux guerriers illustres, chefs des Francs orientaux (1), Qu'on ne parle pas de l'éclipsé momentanée du titre auquel est attachée la toute-puissance. La consécration impériale a pu ne pas descendre sur la tête de Louis, de Conrad, de Henri P' ; mais que peut le fait contre le droit (2) ? Pour n'être pas décorés d'un titre, les dépositaires du pouvoir n'en sont pas moins, dans leur faiblesse, les continuateurs
(1) Chron, Moissiac.^ ad aimuni 801 ; Ekkehardi Urang. Chronic, ad annum 800 : « Hue usquè Romanum Imperium à temporibus Gonstantini magni, Helense filii, apud Constantinopolim in Gra3Corum Imperatoribus mansit, ex hoc jàm ad Rcgcs, ftnô ad Imperatores Francorum per Karolum transiit» (Cité par M. Hiinly, De Sandi Rom. Imper,^ etc., p. 20).
(2) c( Usnrpatiojuris non facit jus. Nàm, si sic, eodemmodo auctoritas Ëcclesise probaretur dependere ab Imperatorc, postquàin Otho Imperator Leonem Papam restituit... {De monarch»^ lib. ni).»
d'ui]etraditionquiestIaloidumoude,etpaiiaquelIela Providence a enchaîné les césars à l'œuvre commune et toujours inachevée du salut du genre humain.
Ainsi l'Empire, qui préexistait à l'Église, est indépendant de l'Église ; il n'a pas été rétabli par elle ; mais le droit étant inadmissible et éternel, il s'est reconstitué par sa vertu propre, ou plutôt il n'a pas cessé d'être, et s'est perpétué par l'immortalité de son principe.
Dix-sept ans après la mort de Dante, la doctrine si nettement formulée parle vieux gibelin, puis développée par Marsile de Padoue et par Guillaume d'Occam, devenait une arme entre les mains des électeurs de l'Empire, défenseurs du droit de Louis de Bavière. La pragmatique sanction de Francfort (1338) proclamait que la dignité impériale ne relève que de Dieu, que l'Empereur régulièrement élu n'a besoin ni de la confirmation nidu couronnement du Pape ; que^ soutenir une doctrine contraire, c'est se rendre coupable de lèse-majesté.
Lorsqtie , accomplissant un pèlerinage doublement sacré, on a traversé les ruines qui jonchent
le vieux forum romain , sur cette place d'où se déroule aux regards le théâtre des plus grandes scènes de la vie du monde, en face des pâles montagnes de la Sabine et de ces aqueducs de Tancienne Rome qui déploient en fragments épars leur longue chaîne brisée par les siècles, on rencontre, témoin solitaire des âges évanouis, le triclinium Oélèbre qui marque la place où s'éleva le palais de Latran ; et si Ton contemple la mosaïque qui se détache du fond doré de la tribune, on distingue deux tableaux qui résument, en un relief immortel, les deux doctrines dont nous venons d'esquisser les traits. 'D'un côté le Christ remet les clefs à saint Pierre et directement l'étendard à Constantin ; de l'autre le roi Charles s'agenouille devant l'apôtre en même temps que le pape Léon, le premier recevant les insignes du pouvoir impérial^ le second ceux de l'autorité spirituelle. Il semble qu'incertaine entre les deux idées qui, dans l'ordre politique, allaient se livrer de si longs combats, la Papauté, par une sorte d'impartialité préventive, voulut présenter l'une et l'autre aux siècles dont le rétablissement de l'Empire
venait de préparer Tavénement (1).
(i) La dislinction des deux puissances, \'a.souvei'ainel€ des princes dans
, La mosaïque de Léon 111 est, si l'on peut dire,
l'exposé impassible et froid comme la pierre qui la compose, des doctrines dont la passion d'une grande époque va tirer le drame sanglant du sacerdoce et de l'Empire.
l'ordre temporel est nettemeni établie par le pape Gélase dans sa lettre à
Tempereur Anastase : « Si eniin, quantum ad ordinem pertioet pu-
blicae disciplinée, cognoscentes imperium tibi supernâ dispositione colla-
tum, legibus tuis ipsi qooque parent religionis antisthes (Labb.
Can€iL,t.l\,p. 1182).»
La doctrine du pape Symmaque, de saint Grégoire le Grand et de ses successeurs Jusqu^aux empereurs iconoclastes, est aussi celle de Gélase.
L'attitude gardée par Pétrarque en présence de ces deux doctrines est un curieux phénomène historique. Le grand publiciste du xiv* siècle appartient tantôt à l'une, tantôt à l'autre, et son hésitation semble elle-même l'expression des doutes qui pèsent sur la pensée de Fltalie.
Ce que Pétrarque avait voulu atteindre dans la rénovation de la république par Rienzi, c'était Tabdication devant Rome des petits États rivaux unis désormais sous une loi commune et attirés vers un même centre ; c'était la reconstitution de l'Italie relevée au rang de nation devant le monde incliné sous son sceptre; c'était la séparation du sacerdoce et de l'Empire c ces deux flambeaux dont l'un éteint l'autre, » — t de l'épée et de la houlette unis par un lien fatal à tous les deux [PurgaL, wi, 106; ibid. xxxiii, 37; Paradis.^ xx, 55). » Ce triple but,
Pétrarque ne cessait de lé poursuivre ; quand Rienzi eut trompé ses espérances, et qu'il fallut voir s'évanouir le rêve d'une Italie restaurée par les vieilles institutions républicaines, il saisit la tradition qui se présentait à lui comme un nouvel instrument de ses desseins, et, changeant d'arme, non de pensée, substituant aux illusions du tribun l'audacieuse théorie de Dante, il évoqua l'idée de l'Empire et appela Charlel^ IV au rôle dont le grand citoyen de Florence avait voulu investir Henri VIL
Aussi bien, Rienzi lui-même n'hésitait pas, dans la ruine de ses projets, a abdiquer aux pieds du trône impérial. Après sa première chute, il allait au fond de l'Allemagne, à Prague (1352), proposera Charles IV de lui ouvrir les Alpes; il professait devant lui que « l' Empire était la source de tout droit « temporel et l'unique moyen de porter remède aux t déchirements de l'Italie, » et sollicitait de l'Empereur uninandat en règle auprès des Romains; car, disait-il, quiconque prétend gouverner dans la ville maîtresse, ne peut commander qu'au nom de César (1).
Pétrarque écrivit une première lettre à Charles IV en 1352 : « Lis cette lettre, ô César, et ne redoute
(I) Papencordt. p. 230, 2S2. Rienzi uud seine Zcit.
« pas de moi la flaUerie, ce fléau des rois ; qiie plû- « tôt ton oreille se prépare aux plaintes ; ce ne sont « point des paroles décevantes, mais des reproches c qui vont ^importuner ; car, comment es-tu devenu f oublieux de nous et de toi-même ? Pourquoi n'as-tn ff plus souci 4e ton Italie ? Nous t'espérions envoyé « par le ciel, vengeur impatient de notre liberté € perdue ; tu hésites, et quand il faudrait agir, tu
« laisses le temps s'évanouir en délais sans fin
« considère les intérêts de ta gloire, considère Tétat
« des choses publiques. Il ne s'agit point d'uneaffaire
t vulgaire et médiocre. L'Empire romain brisé par
< de si rudes tempêtes, confie à ta vertu des espé-
^ rances souvent trompées et presque mortes, et à
* < peine échappé à tant d'écueils, veut respirer à
t l'ombre de ton nom. Que la douceur du sol natal
c ne te captive pas. Quand tu regardes l'Allemagne,*
<t pense à l'Italie. Là tu es né; ici tu as été nourrir
€ là tu as le royaume, ici tu as le royaume et l'Em-
f pire ; et qu'il me soit permis de le dire sans abaîs-
€ ser les autres pays et les autres peuples, si par-
« tout sont les membres, ici seulement tu trouves la
« tète de la Monarchie (1).
(i) « nUc regnum, hic et regnum habes et Imperium, et quod natio»
c — JamaiSi continue rami de Bieiizi, TItalie n'a tressailli plus ârdemmeot dans ràtteiite d'un prinde du dehors (1) ; elle n'espéré jpoiot d'ailleurs le remède a ses blessures, et ton pouvoir
ne serait pas pour elle le joug de l'étranger
Après tant de siècles, la tradition nationale refit, et en toi noire Auguste nous est rendu ; cdr si les Allemands te revendiquent, nous te proclamons Italien (2). »
Puis, remontant le cours des siècles^ évoquant l'histoire en poète et en értidit plutôt qu'en politique, Pétrarque faisait apparaître aux yeux dû roi des Romains la grande image de la ville éternelle : « Vois, s'écriait-il, cette femme accablée d'années, a les cheveux épars, les vêtements en lambeaux, le n visage défait^ mais l'esprit invaincu ; belle encore « des souvenirs des anciennes grandeurs^ elle lève « ses regards vers toi et te dit : Me voici, 6 César ! « ne méprise pas ma vieillesse ; j'ai pu beaucoup <i autrefois^ et j'ai accompli de grandes choses ; j'ai
num et terrarum omnium pace dixerim,cùm ubique membra^ hic ipsum caput invenies monarchiae {Rerum famîl.^ lib. X). »
(1) «Nunquàm aliiis externi principis âdventum laetiùs expectavit Italia, ut qiias non aliundè remedium vulneribus suis sperat..;.. »
(2) « Nec tuum tanquî\m alienigenum jugum timet... in te nobis, post tôt sœcula,mos patrius et Augustus noster est redditus. Te enim, utlibet, si Germani tindicent, nos te Italicum afbitmmur. n
tf fait les lois, j'ai soumis le Diondei.. afin qu'une c paix éternelle devînt le Truit dMme si lofigue sérié € de guerres, et que, transtois de main en main^ c TËmpire parvint jusqu'à toi (1). »
« NoBf ma confiance ne sera point déçue ^ le ciel «c fa enToyé à moi alors que s'évanouissait toute « espérance. Pourquoi attendre? Pourquoi méditer? a Revendiquant ce qui t'appartient, n'entreras-tu « pas dans cette Italie qui t'est dévouée.. « bii fin- < voquentsous les armes les bons citdyensredeman-». « dant la liberté perdue^ V (NoTB A, à V Appendice,)
Quelle était la mission qu6 Pétrarqte assignait au roi des Romains ? Avant tout il le conjurait de reti* dre la paix au monde italien (Italicum orbëm)* Et ei) effet, la Péninsule était en feu. Venise et Gênes poursuivaient une lutte acharnée qui les ruinai! Tune et l'autre ; les Visconti guerroyaient danà toiite la Lombardie, menaçant l'indépendance de Mantoue^ de Vérone, de Ferrare, de Padoue, et noyaient dans des flots de sang les insurrections des Guelfes de Rologne et de Plaisance : « Tout ce qui s'étend entre c les Alpes, l'Apeuniii et cette antique frontière de « l'Italie^ le Rubicon, s'écriait PétrartjUfe, gémît
(1) b Ut tantait) scilicct bellorutn scrieai pnx flsterna sequeretur, et
pcr multorum manas ad te tenturuni stabiliretur ItflpeHutn.»
« SOUS le poids d*iinc tyrannie inimorlelle (1). » Dans les Ëtats de TÉglise, les petits tyrans de Yiterbeetd*Oryiéto, de Forli et de Faenza, affranchis de la discipline sévère imposée par Rienzi, disputaient le terrain pied à pied au cardinal A)borno2. Enfin, après avoir saccagé TËtat de Ravenne, la grande Compagnie s* acheminait vers les Abruzzes, tuait, pillait, et marquait son passage par des ruines (2). Ce n'était pas tout : la guerre n'était pas seulement d*Ëtat à État, mais de ville à ville. Dans presque toutes les cités italiennes, les vieux drapeaux gueire et gibelin abritaient les implacables haines des partis. Pétrarque, sans se demander même si rindépendance des communes lombardes devait y succomber, se rappelait l'intervention pacificatrice d'un empereur, dans les luttes intérieures de Verceil, de Novare, de Crémone, de Parme, de Modène, etc. , etc. (3), et le rôle que Dante avait as-
(1) « Quidquid Alpes Alpenninumque et antiquum Italise termiiium Rubiconcm inteijacet, tota penë quàm magoa est, tyrannide premitur immortall {Ad Stephan. de Columnâ ; rer. famil., lib. XV, ep. 7]. »
(2) « Pulcl^errima illa Gampania... vix viatoribus tuta est« vagis semper obsessa latruncuHs..,.. Gommunem cum Appulis, Brutiisque et^Cula' bris, totoque regno SicilisB sortezn habet. [Ibid.)»
(3} Voy. dans les Acta Uenrici VU^ les stipulations de la paix acceptée par ces différentes villes sous la garantie ou plutôt sous l'autorité de TEoipereur : <; Quod pro pace l'aciendà in civitate prcedictâ, territorio et
signé à Henri Vil, Tancien ami de Rienzi rattribuait à Charles lY. En 1353, comme en 1310, le rétablissement de la concorde était le premier besoin de 1^ Italie, le premier remède que réclamait le patriotisme de Pétrarque :
Àiie piaghe mortali Che net bel eorpo tuo si spesse veggto^
et riiomme d'État comme le poêle allait répétant :. pace^ pace, pace !
La paix proclamée (1), l'Empereur organiserait (2) dans une harmonique unité les membres toujours en lutte de ce grand corps. Cette organisa-
districtu darent sibi plenam, generalem et liberam balliviam potesta-
tem et aactoritatem ordinandi et disponendi de lotâ civitate et ejas dis*
trictu sieul sibi videretur expedire DominusRcx, volens misericorditer
ad pacem reducere cives predictos dyuciùs discordantes, tàm regiâ auc^ toritatf quàm ex potestate sibi super hoc per eosdem cives concess pre-
cepit, et statnit »
( Suivent les conditions : réconciliation des citoyens, pardon réciproque, rappel des exilés, restitution des biens.) Mais en môme temps TEm-
pereur ne s'oublie pas: « Juramus vobis, Domino Henrico Dei gratlA
Serenissimo romanorum Régi, semper Augusto, quod ab h&c or& in anteà ipsi homines videlicet de Civitate Vercel. universi fidèles et obedientes erunt vobis et Romano Imperio.,» Hegnum et Imperium Homanum eorumque Regalia adjutores erunt \obl8 ad deffendendum et retinendum conira omnem hominem (Acla Henrici Vlt^ edid. Dœnniges, Berol. in-4"; p.
ir),l7, IQ, 25, 29, etc.). »
(1) Italicum orbem tranqtiillà pace componas. > (i) Placatft et ad pUtnum composifâ Italiâ* .
tton, c'était l'association fédérative qu'avait ébauchée la ligue lombarde, qu^avait entrevue Rienzi, et dont la pensée inspirait ;i Pétrarque de patriotiques efforts pour arracher à Venise et à Gènes leurs armes fratricides ; c'était cela, avec le Pape ^e moins comme prince temporel, et l'Empereur de plus, l'Empereur qui ressaisirait le sceptre au proflt de Rome, et rendrait à l'Italie l'antique suprématie sur le monde.
Quant k l?i fiberté perdue ^ redemapdée au rpi dep Romains, que pouvait-elle être sinon rf|irrauabi§^0r v[\pi\\ ^e cettp pptitP tyrappje féodalp dont le tr|bun 4e ^m^, avait ffiit ju^îipp, pt rp^erpice, spqs Ip cQfltr^lp éloigup i|e Çés^n fjp§ boRPps cputume^ pf 4ps libertés municipales?
Charles lY apparaît à l'Italie, dans quelle misérable attitude et pour Taccomplissemeut de quels dpçspips? Qn le §0.
Telle est pourtant la puissance de ce fétichisnrie, tel p§t raveiiglement avec lequel la patrie italienne est hnipplée à rEmpife, rj4ép vivante de la nî^tipnalité à la théorie morte d'une domination universellp, qii'jl (leyient in4}irérept 4p pl^cpr sur le trône des Césars, au cœur de l'Italie, à Rome même, un Italien ou un étranger, de demander le représentant d'un pouvoir cosmopolite à l'Allemagne, u l'Afrique,
à la Syrie ou h TEsp^gae : a L'Occident, le Midi^ n s'écrie Pétrarque dans un pifoment d'humeur contre Charles JV, <r nous donneront des césars préférables i< è^ ceux que nous eqvQÎe le Nord ; \k tout est glsicé, f nulle ardeur généreuse, point de pe feu qui est la a chaleur vitale (tç l'Empire [\). 3i tu ne peux nous « rendre Ips césars ropiains > Fortune , rends-nous « du inoins, d'Espagne les Théodose, d'Afrique les « Sévères, de Syrie les Alexandre? (2) l »
A tout prix, il faut donc qu'un empereur siège à Rome, d'où qu'il vienne, quoi qu'il veuille, où qu'il Biarche. Charles lY est entrp presque furtivement dans la ville éternelle pour dérober en césar hon-feux cette couronne impériale dont il ignore le poids; à son retour vers l'Allemagne, h Pise, il a été en proie aux menaces de Témeute ; à Crémone, à Milan, dans les mêmes villes qui l'avaient accueilli de leurs acclamations lors de son entrée en Italie, la dignité impériale n'a garanti le fugitif ni des insultes
(1) M Ità ibi gelida, omnia, nullus ardor nobilis, nullas vitalis calor Imperii {Variar,, Ep. xvi). »
(2) « Rodde nobis, fortuna, si Romuleos Caesares Parc» vêtant, at saltem ab HispaDÎâ Theodosios, Severos ab Africâ... »
Cette boutade se trouve dans une lettre à Neri Morandi ; Pétrarque était mécontent d'avoir vu Charles IV, à Pise, prodiguer au légat pontifical des honneurs exagéras, et « cum sacerdote humili de humilitate certare. »
ni des pièges ; ce n'est plus un empereur qui rentre dans ses États, c'est un aventurier qui s'évade la bourse pleine (i) et poursuivi par le mépris public : n'importe ! à peine ses derniers soldats ont disparu derrière les cimes des Alpes, les opiniâtres reconstracteurs d'un passé à jamais évanoui n'ont pas assez de lamentations pour déplorer les destinées de l'Italie, veuve une fois encore de son impérial époux : « Donc, ô César ! ce que ton aïeul et tant d'autreis a avaient conquis au prix de leur sang, l'Italie ou- « verte sans combats, Rome qui te livrait ses portes, « un sceptre qui ne t'avait rien coûté, un empire ce sur lequel règne la paix, un diadème que le sang c( n'a pas souillé ; ingrat, tu abandonnes toutes ces « choses pour retourner dans un pays barbare (2)!» (Note B, à \ Appendice, )
(1) (( Colla borsa piena de danari, et con assai vergogoa (Afii/r. Villani, L. V, cap. 53). »
(2) L. XIX, ep. XII ; voyez le reste de cette lettre dans le chapitre Rôle ixplomatique.
Quelque temps après le retour de Charles IV en deçà des Alpes, une solennité, à laquelle était convié le monde germanique, accusait, en un saillant relief, le contraste qui éclatait pluspuissameut chaque jour entre la théorie et les faits. Au mois de janvier de Tannée i356,sur la grand' place de la ville de Metz,rempereur Charles IV revêtu des insignes du pouvoir suprême,s"asseyaitàuuetablequedes milliers de princes, comtes, barons, gens de guerre et bourgeois pouvaient contempler à ciel ouvert. Dès que l'Empereur eut pris place, les archevêques de Mayence, de Cologne et de Trêves, portant au col le sceau, marque de leur dignité d'archichanceliers du Saint-Empire, se présentèrent à cheval et se rangèrent à ses côtés. Après eux, parut le duc de Saxe aussi à cheval, accomplissant les fonctions de sa charge de grand-maréchal ; le marquis de Brandebourg, arcbichambelian» versa Teau
sur les mains de T Empereur; le comte palatin du Bhiu présenta les mets; le duc de Luxembourg, tenant la place du roi de Bohême, offrit le vin dans un flacon d'or. Après le repas , les sept électeurs s'agenouillèrent et reçurent de l'Empereur de riches présents.
C'est dans cet appareil que Charles IV prenait possession des droits que venait de lui conférer sur les électeurs « colonnes et flauf beaux du Saipt-gfDp|rp,» Ip constitution célèbre délibérée à Ni|reii)biBrg « ^p f présence de tous les princes, électeiirs ecçlésfa^r « tiques ^t séculiers, et autres priqces, coûtes et % barons, seigneurs, gentilshoiiinies etyilles (1); » c'es^ daus ce déploiement d^s sypiboles 4e la toutpr puissance, qqele mpme bpmipe qui s'écifappait furliveraent d'Italfp (2), faisait proclamer ses titres ^ I^ domination de l'univprs et se déclarait le chef temporel du peuple chrétien (3) •
(1) BuU, aur, introd.
(S) « Gqi) assai vergpgna in abb^ss^mento dclla Impériale lfaje$tà..
(L. 5, c. 53. Jffl/r. vm.). n
(3) Le serment prescrit par la Balle d'or (art. Il, § 3) aux électeurs, contient ce^ mots : « Je jure sur les maints Évangiles par la foi avec laquelle je suis obligé à Dieu et au Saint-Empire romain que, selon mon discernement et Jugement, et avec l'aide de Dieu, je yeux élire un chef temporel au mpnde chrétien, » — « Les électeurs ne sortiront pas de la ville de Francfort nvant qu'ils n'aient élu et donné au monde et au peuple ç^ré^icn f((t chefien^ponl (tkid,^ § 4). »
Cette ilUisiPP d^ Tûmnipotenee de TËpipiFO n^est pas ébranlée 4aps resprit Aqs Italiens par la malenr cqnfP^Qse issue de TexpédUion d3 Charles IV. Un trait pfBtiqdra pileux que beaucoup de phrases rincroyabl^ fascination qu'eier^ent sifr les esprits^ au qua^ tor9:iènie siècle, les monuments imaginaires du droit înapérial,
Pour pombattre les pr^^tentious de Charles IV à la suzeraineté du duché d'Autriche, on a recours à un argument plus décisif, pensM-on, que tout autre. Quel sera cet argument ? Une charte [chirographum) donnée par Jules-César^ conûrmée par Néron, laquelle confère à rancîenue Fannonie le privilège de rindépepdanccf ^ Tégard de rj5mpire (i). Si uu tel document est authentique, que deviennent les droits de l'Emperenr qui règne en Tan de grâce 1356? Charles IV est attaqué dans l'exercice de sa jupidiclion au nom de Jules-César. Comment parer le coup porté par un tel adversaire ? L'Empereur n'aura pas de repos qu'il ne soit parvenu à ruiner le crédit du menaçant parchemin. La science des docteurs qui l'entourent, la perspicacité de sa chancellerie (S
(1) « ...Privilegii Austriam abimperio eximentis. » (Senti, ^ lib. XV, ep. v
(2) « Dubius non sum, écrit Pétrarq\ie, quin tibi illico tuisque proceribus sapientissimis viris atque doctissimis, et in primis Cancellario tuo
suffiraient peut-être à démasquer l'impudence du faussaire ; mais ce qu'il faut, c'est agir sur l'opinion et à la lumière du jour. L'Empereur fera donc appel à l'autorité la plus retentissante du siècle, à celui dont le jugement s'impose également aux prélats et aux princes : l'examen du chirographe sera déféré à Pétrarque (1). Pétrarque prouvera doctement, par la critique du style et par des rapprochements érudits, que l'auteur est un triple fripon Trifurcifer (hune asellum importunissimè rudentem)* Et si des doutes subsislaient, n'y a-t-il pas, après tout, cette réflexion consolaïUe : le pair ne peut enchaîner le pair; et ce que Jules-César et Néron auraient fait, Charles IV serait fondé «^ le défaire (2). Que l'Empereur gouverne donc en paix, et qu'il exerce sans limites, comme sans inquiétude, les droits du pouvoir souverain !
oculo prorsùs ac Tynceo tota funditùs illius nebulonis scsBna patuerit. » (Senil, Mb, XV. ep. V.)
(1) « Quia tamen me hic quoque quod sentio loqui jubés, pareo et loquor \lbid,). »
(2) V Par in parem non habet Imperium, neque aliud J. Caesar statuit aut NerOy cujus lu contrarium statuere, tuo jure, non valeas. »» [Ibid.)
Les deux grandes doctrines politiques dont j'ai signalé Tantagonisme, la doctrine tWocratiqfte et la doctrine de la monarchie impériale, n'étaient pas les seules qui, dans l'Italie du xiv« siècle, se disputas- • sent la domination. Sans doute, il faut bien le reconnaître , les esprits les plus éminents du moyen âgé appartiennent a l'une ou à l'autre. Dante et saint Thomas eussent dédaigné tout plan d'organisation de l'Europe, dans lequel l'idée de l'unité absolue (que l'unité fût réalisée par le Pape ou qu'elle fût l'œuvre de l'Empereur) n'eût pas dominé et absorbé en quelque sorte l'existence individuelle des divers États, ou, pour parler plus exactement, des diverses provinces de la grande république chrétienne etimpériale.
Pourl'auteur du traité de Monarchiâ, non plus que pour celui du De regimine Principum , j'ajoute pour
r Italie entière du xiii^ et du xiv* siècle, la uotioadela patrie enfermée dans des frontières invariables, dans des limites morales tracées par des lois et par des intérêts distincts, la notion moderne des na^/o/ia/iï^^, en un mot, n'existait pas. Et il n'y a point lieu de s'en étonner ; la puissance de la Papauté et celle de l'Eqapire étaient précisément, pour l'Italie, le moyen d'étendre son influence sur l'Europe ; c'est au nom d'un principe général, universel, absolu, que l'Italie pouvais prétendre à exercer la dictature ; c'était par les croisades, cette expression suprême de la pensée , pontificale- et catholique, qu'elle avait saisi la direction de tout le mouvement militaire et commercial de l'Europe.
Mais toute autre allait être la situation de la Péninsule, quand, la force politique de la grande institution qui faisait d'elle le centre du monde venant à décliner, chacun des États s'efforcerait de conq[uérir une existence indépendante; l'Italie devait tendre dès lors à s'affaiblir dans la proportion même oii grandiraient l'Espagne, la France, l'Angleterre, et le développement des peuples voisins devenait la mesure de sa proprn décadence.
Pour se mettre à Tabri des conséquences d'une révolution si considérable, une ressource restait à
ritalie, c'était de saisir elle-même comme une armé défeusive cette idée de la nationalité^ qui, à partir de l'époque de transition inaugurée par le xiv« siècle, va être au fond de tous les mouvements de la politique européenne.
ll*faut ici le constater : cette nécessité de réagir contre Je droit public des philosophes, des théologiens et des poëtes, les populations italiennes semblent Tentrevoir d'instinct, lorsque l'Empire, après vingt-trois années d'anarchie intérieure et le règne si sage de Rodolphe de Habsbourg, entreprend de faire valoir de nouveau ses prétentions sur la Péninsule. Sans doute, la pensée nationale ne se dégage point nettement encore des nuages que de séduisantes théories ont accumulés autour d'elle ; mais, ainsi que s'en plaignait Henri YII, la vacance de l'Empire avait habitué les cités italiennes à vivre de leur vie propre (i), et, pendant l'expédition de
(1) « Postquàm... disposuimus partes Italicas reformare, in quibus, vacante imperio, universse commanitates ac civitates Italiœ jura Bomani Imperii occupaverunt. » {Albertini Mussati Histor, Aug,^ lib. XIV; Rer. Italie, scripr, t. X.)
ce priuce, des protestatious iucessautes éclatent au seiu des masses contre le rétablissement de la suprématie étrangère.
D'abord, et lorsque le bruit se répand que les bataillons allemands ont franchi les gorges des Alpes, ce sont, partout des agitations et des terreurs, et ce frémissement qu'a coutume de soulever dans un peuple toute nouveauté redoutable [ï). Pendant que les partisans de TËmpjre, à Milan, s'humilient devant Henri VU ^oxr plus loin, p. 86) , la foule répandue par les rues et sur les places publiques, y accable FËmpereur d'imprécations (2) , maudit les fureurs tudesques (S) , appelle les premiers citoyens de la ville à s' unir dans une ligue contre César (4) .
L'Empereur est contraint de faire remise des contributions qu'il a voulu lever ; mais ce calcul ne
(1) Il faut lire, pour comprendre cette époque, VHistoria Augusta de Mussato, patricien de Padoue, témoin oculaire, et acteur dans les événements de son siècle (né en 1261, mort en 1330). « Increbcscente famâ per universas Italiae civitates... Germanise principes, populorum que theulonicorum frequentias Alpes transiisse, iiifremuûre uiidique... Formidolosum ruimque id novum... » (Lib. I, rubr. X.)
(%) tt Jàm Regem detestari perfora et plateas... »
(3) tfJàm Tlicutonicorum /"«roreA* insupport abilos...TAeu<o/i«con<m rabies in latines iusanire. » (Albert. Mussati. Uist, Aug.^ lib. II.)
{k) « Alloquia locis abditis jinter utriusque partis Priinores habita... Ut privatim unanimiter conspirantes Cœsarem oppeterent, urbe pdll^rent, communionem integrarent. » (Ibid.)
triomphe poiot des haines de races (1) ; l'irritation se propage; Crème, Crémone, Brescia chassent les vicaires impériaux; la flamme court' de cités en cités (!2). Devant les menaces de ce mouvement national, le sens des événements échappe à l'Empereur déconcerté. Il ne comprend rien à un fait nouveau dont il voudrait conjurer les effets. Il a devant lui un peuple qui prétend à affirmer son existence , et il n'aperçoit toujours que le Pape et l'Empereur. « Que me « veut-on? dit-il à ses Allemands; si je regarde en ce haut, je vois Dieu qui m'inspire ; si j'abaisse les « yeux, je vois le pape Clément qui me conduit. <c Voilà mes guides. Qui donc est contre moi? pour- « quoi cette lutte entre adorateurs du Christ? et les < quels sont le plus près de moi, les Germains, les <r Vandales, les Souabes, ou les I^ombards et les Tos- « cans (3)?» Et, dans cette fausse vue qui le trouble, il fait prononcer contre les cités rebelles au Saint- Empire les anathèmes tenus en réserve par F Église contre les déserteurs de l'orthodoxie (4).
(1) aNec dilatio haec, si distulit odia, tamen abstulit... » (Muss,, lib. II.)
(2) «Hœ favillse... sic ferventes flammas extulêre, ut omnis Italia novaium rerum jàm excita motibus incaluerit » [Ibid.)
(3) « Si sunùm aspiciam, motorem Deum; si iafrà, C]ementem Papam inttfeor. His ducibas vehor; et quis contra me?... uUa ne discretia iater cltristicolas?...» (Ibid,)
{h) « Imperialibusmonitis papalia subjunge&s anaUiemaU, ut tamquàm
La véritable portée des mouvements populaires tend pourtant à se révéler.. A Brescia, comme les légats pontificaux engageaient le consul de la cité à s' humilier sous le ciliée et dans la cendre ^ et pro* mettaient Tlntervention du Pape pour fléchir la colère impériale : « Que nous veut ce prétendu Empec reur, répondit le podestat de la ville ? et pourquoi « est-il venu, si ce n'est .pour extorquer l'argent de « nos cités?... Et vous, qui assistez le vicaire du .
c Christ, nous apportez- vous la paix que votre mis* « sion est de maintenir toujours ? S'il en est ainsi, (€ grâces soient rendues an Créateur et à la sainte
cx Eglise, à laquelle nous sommes attachés du fond a de nos entrailles. Autrement , nous avons encore
c( dans la ville pour six mois de noarriture ; après
< qooi^ il nous restera les objets immondes dont
a s'empare encore le désespoir, et peut-être même
a les corps de ces ennemis venus de toutes les pro-
« vinces de l'Allemagne... Et ainsi nous attendrons
c la volonté du Christ, dont vous-mêmes comme
c( nous, comme toute chair, subirez le juge-
« ment (1). »
eaitoa CbmtieQlarasi cMUBuiûoacai con&iituti Creoioneiifteft loco ebrum UafaesAtur quo» «b ortUodQx» fidci temixk devios anov sMuût. » (JfKtf., Uk.lL) (1) « Ad qujd aliud nisi ad pecuniaruoi t'Xtonioues scdulus iiitcudit '.'
A Padoue, méuies résistances, mêmes protestations contre l'étranger, k honte ! s'écriait Rolande « de Piazzola, dans le sénat de Padoue. Les nobles c villes de la Lombardie gémissent sous la tyrannie « des vicaires impériaux ; mais ce roi des Romains, « quoi donc le rend si redoutable? Frappé par Dieu, c n'est-il pas aujourd'hui sans soldats? Mon avises! t( qu'il faut lui résister, unis à tous ceux qui s'apc puient sur les mêmes droits que nous ; qu'il faut tt effacer les aigles des édifices privés et publics. Que «c nos vies paient la liberté commune; et toi, ô vice Caire Impérial, dépouille cette dignité odieuse « pour reprendre ta chaîne de podestat. »
Or, au moment même où retentissaient contre l'Empire les cris de la conscience populaire, et cette expression incertaine encore du sentiment national qui se eherchait lui-même, le plus grand génie du quatorzième siècle, Dante, adressait à l'Empereur la célèbre lettre contre Florence, et se préparait à écrire le Traité de la Monarchie!
Quarum semper egens atque exbaustus subjectos populos semper siti-
bundus fugit quo absumptô, edendanobis bruta et siogala qaaeqœ
usui non commoda; post, et., forte bostium prœdaa venabimur, corpora praesertim immaina Suevorum, Vandatoruni , nationibusque cajosque Germanise recreabimur reficîèmur que...» {Mussati, Hist, Aug, ^\ih, IV.)
Phénomène étrange et qui fait bien comprendre la difficulté que devaient éprouver les Italiens du quatorzième siècle à se soustraire aux séductions d'une politique cosmopolite ! C'est le même homme que nous avons vu invoquer si ardemment le rétablissement du trône des Césars et célébrer si haut les droits de la souveraineté impériale, c'est ce môme homme qui va essayer de donner à son pays la conscience d'un rôle personnel, et indiquer les conditions de l'existence nouvelle que le progrès des temps assigne désormais à la Péninsule. Par une contradiction qui est elle-même une lumière jetée sur Thistoire des destinées italiennes, Pétrarque, héritier k tant d'égards de la théorie de Dante, à côté sinon en face: de cette théorie, pose hardiment la doctrine d'une politique nationale, cette doctrine que Iok publîcistes de ritalic actuelle appelleraient la doclHni»
— Ik —
de Y indépendance ; et c'est ainsi que Tami de Charles IV et de Rienzi mérite d'être appelé dans le sens moderne et tout à fait exact de ce mot, le premier ;?a^rio^^ italien.
Et d'abord, et par une sorte de protestation contre la théorie des droits de l'Empire, Pétrarque veut que les frontières naturelles données à l'Italie la défendent contre les convoitises des hommes du Nord :
Ben provide Natura al nostro slalo Quando detV Atpi schermo Pose tra noi e la tedesca rabbia.
Ce n'est pas seulement dans l'entraînement de la
passion poétique que Pétrarque invoque rinviolabi* lité du Bol national, c'est dans le calme des conseils adressés aux chefs des États italiens qu'il les supplie de fermer la patrie commune aux incursions^de l'é- , tranger : en 1351, Venise s'est alliée contre Gênes avec le roi d'Aragon : « Avec quelle douleur, écrit « au doge Dandolo le confident des Visconti, avec « quelle douleur j'ai appris le traité que vous venez u de conclure! Faut-il que l'appui de souverains a barbares soit invoqué par des Italiens contre des « Italiens ! D'où le secours vlendra-t-il à la mal- « heureuse Italie, si, non-seulement cette mère « qu'il faudrait révérer est déchirée par ses pro-
« près fils, mais si encore les étrangers sont con- « fiés à prendre part à ce parricide... C'est à bon « droit que nous sommes tombés dans les malheurs a que nous déplorons aujourd'hui, mais trop tard, a puisque les Alpes et la mer, ces remparts dont la « nature, par une faveur spéciale du ciel, nous avait « entourés, nous avons cru bon de les ouvrir avec c les clefs de la jalousie, de l'avarice et de l'orgueil, « aux Francs, aux Teutons, aux Espagnols (1) ! »
Louis de Hongrie se dispose à passer les Alpes pour venger l'assassinat de son frère André, roi de Naples : t Voilà donc, s'écrie Pétrarque, ce que j'ai « toujours redouté, ce que je n'ai cessé de répéter et « d'écrire; un tel crime ne pouvait rester impuni; mais « la vengeance est plus cruelle que je ne l'avais prévue! « Tourne ta colère, ô Dieu! contre les auteurs du for- <L fait et frappe les tètes coupables; mais qu*a fait le « peuple? qu'a fait le sol sacré de la patrie? Et pourf tant voici qu'il est souillé par les pas des barbares 1 »
Après l'horreur que lui inspirent les irruptions des armées étrangères, le sentiment exprimé par Pétrarque avec le plus de vivacité, c'est le désir que les villes et les États italiens consentent à se
(l) Aadr. Dandal., Variar,^ lib. I, cp. L
grouper autour dé Borne , redevenuc la capitale de la Péninsule; si je ne craignais de me servir d'un mot exprimant, à cette époque du moins, une idée plus germanique peut-être qu'italienne, je dirais qu'il aspire à les voir s'unir par les liens d'une confédération nationale. Et en effet, ce qui excite l'enthousiasme du poète pour l'entreprise de Rîenzi, c'est que les chefs de l'Italie presque entière, depuis les Visconti, les Malatesta et les Pepolî, jusqu'aux marchands de Florence, et à la reine de Naples, envoyant des ambassadeurs au tribun pour lui offrir leur appui, Pétrarque peut se flatter un instant que les diverses parties de la Péninsule si longtemps en lutte se rapprocheront, dans une paix féconde, sous l'influence d'un pouvoir modérateur. Il faut lire la^ lettre oii le poëte rend compte à Rienzi d'une conversation qui avait eu lieu à Avignon, entre de hauts personnages, les politiques derépoque : on avait agité la question de savoir s'il serait utile à l'Europe « que Rome et l'Italie fussent € en paix et unies dans une pensée commune {Eœpe- « diret ne terrarum orbi urbem Romam\et Italiam « esse pacificas atqtie unanimes). » Après une discussîon prolongée, on avait conclu à la négative; Nullâteniis expedire. « Je reconnais bien là, s'écrie
« Pétrarque, ic venin d'une vieille et profonde « haine... Signale cette parole au peuple romain! « Qu'il voie comment ces politiques entendent nos « intérêts. Sans doute ils ne peuvent nous nuire; « mais une telle parole met leur pensée secrète à « découvert, et révèle de qu'ils veulent pour nous. € Je n'assistais pas à cette discussion ; si je m'y fusse « trouvé, malheur à plusieurs d'entre eux ! Car le « silence n'eût été pour moi ni honorable, ni possi- « ble ; mais je te la dénonce à toi, le vengeur de no- « tre liberté !... J'espère qu'elle éveillera dans tous € les cœurs italiens le feu d'une juste colère, et que « l'indignation dissipera la torpeur de nos âmes (1). » Cette pensée de l'association de toutes les forces italiennes, plus encore de la solidarité de tous les États de la Péninsule (2), inspire la plupart des lettres politiques de Pétrarque. S'il écrit au goufalounier de justice de Florence (en 1349, il a soin de rappeler les liens d'origine qui rattachent la république à Rome (3) ; s'il s'adresse au doge de Venise pour l'engager à la paix , « que les esprits s' unissent aux
(1) Epfsf.sine tituL^ 3.
(2) Voyez la seconde lettre à Dandolo.
(3) « Genitor ille vestcr, populus romanus. . (Variar., ep. l\\ »
1 esprits, s'écrîe-t-îl , les drapeaux aux drapeaux (1 ) . » Et il montre la domination des mers devenant le prix de l'union des grandes cités maritimes d'Italie : « A « cette condition l'Océan et les ports de l'univers « s'ouvriront à vos flottes, et partout vous accueillera « le respect des rois et des peuples. A cette condi- « tion l'Indien, le. Breton, l'Ethiopien, vous redou- ■n teront, et vos navigateurs aborderont Taprobane, a les îles Fortunées, et cette fameuse Thulée encore « inconnue aujourd'hui. Soyez-vous réciproquement « un appui, et nul péril ne peut vous menacer d'ail-
« leurs (2). »
Pétrarque recommande avec d'autant plus d'instance l'union des cités et des États que, dans sa pensée, c'est en faisant appel à ses seules forces, en rompant avec la funeste habitude d'invoquer les secours du dehors, en réveillant le vieil esprit militaire, que l'Italie doit lutter contre la décadence dont les causes se multiplient autour d'elle et en elle. Pétrarque n'a pas assez ' d'invectives d'un côté, contre le
(1) a Anîmos animis, signis signa conjungité. »
(2) «Sic vos Indus, sic Britannus, iEthiopsque permetuet. SicTaprobanem, sic Fortunatas insulas famosamque p.ed incognitam Thylem... Securus ^ster nauta transiliet ; modo invicem tuti sitis, nil aliundè trepidandum est. »
Hystème ûcb Condottieri, qui, tout en tnettant l'Italie à sac, lui désapprennent les vertus guerrières (1 ) , et en font une proie pour toutes les. convoitises; de Feutre, contre cette manie d'imitation étrangère, qui, en inspirant le dédain des vieilles coutumes et de traditions tutélaires, prépare et consomme l'altération du caractère national (2). Nul^ à ce double point de vue, n'a ressenti plus profondément en luimême le contre-coup des fautes que commettait son pays ; nul n'a plus soufifert de ses douleurs et tenté avec plus de fermeté de mettre le fer sur la plaie sal* gnante :
Voi euifortuna ha posto in mano il freno
Bille belle conirade Di che nuUa pietà par che vi slringa^ Che fan qui tante pellegri ne spade?
u Ahl s'écrie-t-il, en s'adressant à Boccace,qui « exprimera l'indignation dont je suis animé, quand « je vois des hommes nés sur le sol italien, s'ingé- « nier à l'envi pour paraître barbares. Puissent-ils
(1) «Qui ad bellum quasi ad nuptias compti et imbclles, vina et fercula et libidinem méditantes eunt, fugamque pro Victoria cogitantes.. {Senti., 1. V, ep. m). »
(2) « Quem morem nescio quidem undë, sed non utique à Romani, parentibus ac faodatoribas nostris accipiuiit, utomnisexoticidogmatis, extemœque consuetudinis miratores, 0ic paternorum atque salubrium indociles exemplorum... {Senil., 1. II, ep, i). »
t eu réalité être barbares, pour déliver les yeux de a tout véritable Italien d'un si honteux spectacle, ces « traîtres à qui il ne suffit pas d'avoir oublié les ver- « tus des ancêtres, d'avoir perdu, par leur indolence « la gloire des armes et la gloire des arts de la paix, « mais de qui la démence déshonore encore la lan « gue maternelle (1) ! »
Ainsi, — condamnation de l'influence étrangère, à tous les points de vue, — résolution de fermer les Trontièrcs de la patrie comm.une aux incursions du dehors, — plan de fédération, ou du moins, pour éviter un mot qui réveille une idée trop moderne, plan d'union et de protection réciproque pour les diffé-
rents États de la Péninsule : triple fondement sur lequel s'appuie une doctrine que, dans toute la force du terme, je le répète, il faut appeler nationale; qui se pose avec une netteté singulière à rencontre de la doctrine des droits de l'Empire ; qui, après tout, il ne faut pas craindre de l'affirmer (quoi qu'aient pu dire, à cet égard, d'éminents publicistes de la Péninsule) (2), donne un puissant relief à une physiono-
(1) SeniL, l XVI, ep. ii.
(2) Dante n'abandonne jamais le point de vue de la politique impériale et cosmopolite. Pétrarque, au contraire, a le scntiifaent vrai dos intérftts de ritalie. Nous ne sommes pas de Tavis du comte Balbo lorsqu'il écrit
mie dont le rayon d'une gloire plus douce a trop amolli les traits, et qui place Pétrarque au premier rang des grands hommes dont le patriotisme italien doit invoquer le souvenir.
« Petrarca fù un gran letterato , et uuU-a piu. » {Delta storia d'italia^ p. 227.)
Que r Italie eût embrassé cette doctrioe, et les siècles qui vont suivre n'auraient pas répété en vain la plainte du poète :
Itaiia che suoi guai non par che senta Vecchia oziosa^ e lenta * '
Dormira sempre e non fia chi la svegli ?
Mais l'Italie pouvait-elle rompre facilement avec les traditions de tant de siècles, et avec l'enseignement de ses grands hommes? Pétrarquelui-même, comme s'il dût résumer en lui la lutte qu'allaient se livrer les deux doctrines contraires , Pétrarque , après avoir indiqué du doigt la route de l'avenir, ne se retournait-il pas vers les voies où ses devanciers avaient traîné son pays^, et, dans l'incertitude de ses desseins, n'iuvoquait-il pas de nouveau la fatale protection de r Empire ?
La théorie ualioualc demeure donc impuissante contre la théorie du droit politique de l'époque antérieure. L'Italie continue sa marche vers le terme où la précipitent des illusions invincibles; et quand l'empereur Charles IV descend une seconde fois au delà des Alpes, elle subit, comme par le passé, ce prestige funeste qui la pousse à abdiquer devant César : à Pise, Agnello, seigneur delà ville, sollicite de la haute suprématie du prince la confirmation de son pouvoir et le titre de vicaire-impérial. A Sienne, le peuple, qui s'est insurgé et a taillé en pièces les gendarmes allemands, s'effraye tout à coup de son audace, et achète le pardon de sa victoire au prix de 20,000 florins. Florence, de qui Charles IV réclame les droits de l'Empire, au lieu de répondre à cet étranger en lui fermaût ses portes, ne se débarrasse de lui que moyennant finance. Pise lui demande la consécration de ses privilèges et consent à payer 50,000 florins. Lucques achète pour une somme quadruple le parchemin qui la déclare indépendante.
Appauvrissemetit matériel, amoindrissement de la vie nationale, ainsi se résume pour les cités italiennes, chacune des expéditions des Empereurs. Au quatorzième siècle comme au douzième , au dixième et au neuvième siècles, dans des circonstances et sous des formes très-diverses, l'Empire est tout ensemble la séduction et le fléau de l'Italie. Depuis le moment où les deux Bérenger firent hommage, pour prix d'un secours, le" premier à Arnolf (888), le second k Othon le Grand (952), l'Italie fut une proie entre les serres de l'aigle germanique. Sans doute, par quelques empereurs allemands, la Péninsule échappa pour un temps à l'anarchie qui la dévorait; mais ce bien lui-même fut un mal, et ce remède un germe de mort. Malheur au pays qui cherche la vie en dehors de lui-même ! un gouvernement national, si mauvais qu'il soit, vaut mieux pour un peuple
qu^un gouvernement étranger, si bon qu'on le suppose, car le premier passe et le pays reste ; le second, au contraire, tarit dans sa source cet indispensable élément de toute force nationale : le sentiment de rindépendance. Depuis les Othons, Tltalie s'habitua à vivre d'une vie empruntée; princes, cités, papes eux-mêmes reconnurent et invoquèrent presque toujours la suprématie de l'Empereur; la lutte ne porta que sur la mesure dans laquelle il était opportun de la reconnaître. Il parut bien que la nation n'avait pas conscience de sou existence propre, quand après la grande guerre contre Frédéric 1" Barberousse,
après la glorieuse bataille àe Legnano , et cette
« entrevue de Venise oii le plus haut représentant
de la ligue, le pape Alexandre III, avait posé le pied sur la tête de l'Empereur, les communes lombardes appelées, par le jugement des armes, à constituer une nation et à graver le nom de l'Italie sur les tables du droit européen naissant, y écrivirent de leur épée victorieuse, non pas le mot ^'indépen^ dance^ mais celui de privilèges impériaux : a Noxis c voulons satisfaire, disaient-elles, à tous les devoirs
< auxquels, selon les anciennes coutumes, l'Italie est
< tenue envers l'Empereur; nous ne lui refusons pas
n les anciennes justices^ et nous désirons être reçus
t par lui eu gr&ee, pourvu qu'il uous conserve notre ( liberté (1). > La liberté, c* était celle vie purement municipale qui se conciliait avec le serment de fidélité à r Empereur ; ces privilèges n'étaient autres que les droits de toute nation qui affirme son existence (2}^ droits qu'au lieu de ne devoir qu'à leur épée^ les communes italiennes préféraient tenir d'un souverain étranger. Or, une fois cette abdication consentie, l'Italie sous la main de ses légistes roule insensiblement vers Tabime : lorsque Henri VU desciend en ^ Italie, un siècle et demi seulement après la paix de Constance , bon nombre de citoyens de Milan, en dépit de l'irritation populaire, prêtent entre les mains de l'Empereur ce serment qu'il faut citer : « Les soussigttés seront soumis et obéissants, comme
{t) Romualdi salernitani chrpnic. R. 1. S., t. VII, p. !!20. — V. le comte Sciopis, Sioria délia legis. liai,, 1. 1, c. iv, p. 134-
(2) L*Empereur reconnut aux villes confédérées tous ceux des droits régaliens qu'elles avaient acquis par usage ou par prescription, notamment le droit de lever des armées, de construire des fortifications, d^exercer dans leurs murs la juridiction civile et criminelle. "Par contre, il ^taît stipulé que les consuls recevraient Tiovestiture d*un légat de TËmpereur ; celui-ci conservait dans chaque cité un juge d*appel; chacune d'elles continuait à devoir le fodero royal quand TËmpereur entrait en Lombardie, cl les paraia quand il se rendait à Rome pour se faire couronner ; enfin la ligue s'engageait à renouveler tous les dix ans un serment de fidélité. — La victoire des cités lombardes, on le voit, n'aboutissait qu*à uuc limitation et par cela même à une consécration de la souveraineté impériale. — V. le préambule hautain du traité.
« de fidèles et vrais vassaux et sujets, au seigneur « roi %t à ses vicaires... Us ne participeront à auéuu « fait, traité ou conseil qui puisse porter atteinte aux c droits dudit seigneur roi et de l'Empire... Ils Tai- « deront à maintenir , recouvrer et conserver les «droits et régales... pour l'honneur et l'utilité du « seigneur roi et de l'Empire ; ils seront toujours « prêts avec armes ou sans armes, selon qu'il plaira tf audit seigneur ou à ses vicaires, de le ou de les « défendre, protéger et maintenir contre tous. » Et des fils des héroïques promoteurs de la ligue lombarde ne reculent pas devant la condamnatiou de la gloire de leurs pères : c Ils ne souffriront pas que nul « soit affilié à la ligue, s'ils ne le croient en bonne « conscience, ami dévoué dudit seigneur et de TËm- « pire, s'il n'y a été admis du consentement et de la « volonté du seigneur roi; ils observeront fidèlement « tout ce que ci-dessus, et n'y contreviendront eu a fait ni en paroles, tacilcroent ni expressément, et « nonobstant tous serments, promesses, pactes et « conventions contraires qui auraient pu être faits « autrefois (1). »
De tels actes suffisent, entre tant d'autres, à moii-
(1) Acia Heurici VII, p. 39 et 40, cdid. Dœuiijgr s. Btiol.
trer ce que fui F Empire pour F Italie : il y corrompit Fesprit national ou Fabsorl)a, à peu près comme ces instruments qui, dans leurs aspirations puissantes, s'emparent de Fair respirable et ne laissent subsister que le vide (i). Dans cette atmosplière appauvrie, les noms qui excitent avec le plus de puissance le sentiment national ne retentissent plus bientôt que comme des sons étouffés, et n'y réveillent plus d'écbo. Après Dante, après cet illustre exemple des égarements du patriotisme, le Tantôme impérial s'élève plus menaçant que par le passé. A partir du quinzième siècle, Feiistence de la Péninsule, malgré des protestations dont Fbistoire doit tenir compte, n'est plus qu'un long acte de vassalité envers tous les souverains qui, à la suite des Empereurs (2), se précipitent au delà des Alpes pour s'en disputer les lambeaux. Il ne s'agit
(1) La souveraineté (directe de TEmpire se subslUae insensiblement au droit de suzeraineté éloignée. Ainsi, eu 1238, Chieri demande à TEmpereur appui contre les \illes voisines. Frédéric accorde pour privilège à ses habitants « non nisi in curià noitrd vel legatorum nostrorum aut Ctipitanei nostri speçialiter qui loco eidem de mandate nostro prefuerit, tàm in criminalibus quàm in civilibus caasis debeant ad justitiam conveuiri {Hist. diplom,^ t. V, p. 177.). >»
(2) Maximilien descend en Italie (1^96) et envoie deux ambassadeurs à Florence avec ordre de dire : « Qu'il avait jugé à propos -de passer en
Italie pour y rétablir la paix Que pour remplir le devoir de sa dignité
mpériale,il voulait connaître des différends de Florence avec Pise ; qu'il
souhaitait que jusqu'à ce qu'il eût entendu les deux parties, il y eût sus^ pension d'hostilités.. .. Qu'il était disposé à faire bonne justice, i» On
plus de savoir iFi Yoh sera esclave, mais des maios de qui Ton revêtira les livrées de la servitude (1). Oa verra s'ouvrir des bouches itjiliennes pour apprendre aux conquérants comment il faut mutiler le cadavre de ritalieafin que jamais la vie ne puisse ranimer ses membres épars (2J ; et un publiciste parlant la langue de Dante et de Macbiavel,Gampanella, enseignera Fart d'étouffer si complètement la conscience nationale, que jamais Tidée de Taffranchissemeut ne puisse faire battre un cœur italien (3).
répqndit pur Téloge de co dessein de TEmpereur ; (Guicciard., 1. III, cap. IV.).
Quand Louis XII se brouille avec Jules II, il offre à Maiimilien « de Taider à se rendre maître de Rome et de TÉtat de l'Église^ et même de toute l'Italie comme appartenant de droit à TEmpire, hors le duché de Milan, Gônes, f^lorence et Ferrare {Ibitl.^ liv. IX, c. m).
(f) V. le curieux traité de GampanellaDe âlonarchia hispanica, c. xix, de BegnU hispanorum propriis : u Ipsi etîam principes et respublicse. Italise qufl9 ad hoc nsque tempus à partibus Gallorum steterunt, transirent ad Hispanos. »
(2) « Faciat quoque ut dominia et prasdia nobilis regni Neapolitani,
Mediolani ab exteris emantur quo flat, ut barones indigènes hu-
milientur cavendum est ut loca munita unquàm baronibus concedan- •
tur (^Chap. xiv, de Baronibus et nobilibus Imperii hispanici), » — « Ela-
borandum est régi ut principum Italianorum dissidiaalat etc., etc.
(Chap. XXI de Italia), »
(3) « Gurandum prœtereà ut omnes illorum (Baronum) filii magistros hispanos habeant, qui hiapanlzare illos doceant in habitu, moribus et mpdis hispanicis (ch. xiv) . »
Si l'Empire a failli tuer l'Italie, l'idée qui le reconstilna fut, pour l'Europe moderne, la source d'interminables calamités. Nous le répétons : l'Empire, cette forme sous laquelle le monde ancien avait conçu l'unité, répondait à l'idée de la force matérielle et de la conquête. Cette idée ne pouvait reparaître dans le monde chrétien qu'en y ramenant avec elle tous-les périls inhérents à la notion païenne du pouvoir. En faire la clef de voûte de l'édifice politique nouveau, c'était raviver l'antagonisme des deux mondes, etrelever, pour une lutte oii les plus grands intérêts de la civilisation moderne seraient en jeu, l'ennemi même que Kesprit chrétien semblait avoir terrassé.
Je veux croire qu'une haute pensée inspira le pontife romain (1) alors qu'aux derniers jours de l'année
(1) Nous répugnons à nous placer' au point de vue mesquin et per-
800, il plaça sur la tête de Charlemagne cette couronne ramassée parmi les débris d'une civilisation vaincue. Sans doute, au moment oîi le peuple assemblé dans l'église de Saint-Pierre souhaitait t vie et t victoire à Cbarles-Auguste,couronné de Dieu, grand ff et pacifique Empereur des Romains, » en ce moment ou put se flatter que, ayant de l'Église le sacre, de Rome la tradition du gouvernement, de la Germanie le génie belliqueux et un certain respect de Tindépendance personnejle (1), le pouvoir nouveau serait en réalité comme il l'était dans les désirs, le SainUEmpire romain. Sans doute, le rêve de la chrétienté gravitant dans un harmonieux équilibre autour de deux centres, le Pape et l'Empereur, de ces deux soleils illuminant les choses de Dieu et les choses de la terre
Duo soit'.,, che Cuna e Valtra straUa Facean vedere^ e del mondoi e di Deo,
(Purg. c. XVI.)
sonnel qai, selon Marsile de Padoue, aurait été celui du pape Etienne II, au début des rapports politiques du Saint-Siégo avec les Garlovingiens : « His autem beneficiis Stephanus papa allectus, et videns illius temporis Imperatoris imbecillitatem, procuravit Roman um Imperium do Grœcis transferri in Francos, minimô reminiscens beneficiorum per Imperatores romanes Ecclesisa concessorum, in aliènes atque remotos imperium transferre satagens, ut Grœcis oppressis, Gallicis haec parum curantibus, poseet Papa Itali» liberiùs dominari {de Translatione Imperii^ c. vu.)»
(i) V. Ozanam, Études germaniques^ t. H, p. 366.
Un tel rêve put naître dans Tesprit du pape Léon III avant de devenir l'idéal des philosophes et des poètes, de saint Thomas et de Danle. Mais cet idéal, daqs un si long espace de la vie du inonde, eut à peine un instant de réalité (1). A part ces courtes années où Charleniagne, véritablement évoque du dehors, étend respectuensement sur T Église la protection du sceptre des ("ésars, oii véritablement maître de Tancien Empire (2), il reçoit tout ensemble l'hommage du roi des Asturies et des chefs des clans irlandais, les deux astres ne cessent de s'entre-choquer, et, loin de guider les nations naissantes dans la voie de leurs destinées, compriment violemment leur essor ou égarent leur marche dans les ténèbres d'une guerre éternelle : sous les yeux même de Pétrarque, TEmpire et le sacerdoce se heurtent dans une lutte de vingt-cinq ans ; et au nom de l'autorité dont l'investit son titre (3), Louis de Bavière décerne au roi
(i) Le fait est reconnu par un des plus savants et des plus éloquents admirateurs de la pensée de L(?on III, Fr. Ozanam^ Études germaniques t. II, c. vin.
(2) Sur la manière dont Charleniagne comprit la mission de TEmpire, voyez le célèbre capitulairc de l'an 802, ap. Pcrtz, 1. 1, leg., p. 91.
(3) Au xy* siècle, Tempereur Frédéric III prendra, comme on sait, cette devise : « A, E, I, G, U, » c'est-à-dire : « Austrise est imperare orbi unîverso. »
Voyez dans M. Himly les textes qui formulent les prétentions des Empereurs à la suzeraineté sur tous les princes chrétiens^ à l'exception
d'Angleterre contre le roi de France le mandat souverain de vicaire impérial.
Dans riiniverselle conrusion créée par le couronnement qui inaugura le neuvième siècle, ce n'est jamais TEmpirequi se met au service de la civilisation chrétienne. Quand Benoît YllI fait présent à Henri II de l'emblème qui symbolisera le pouvoir souverain, le Pape place bien sur le globe du monde cette croix devant laquelle devait s'incliner TEmpereur (1) ; mais si T Empire se laisse proclamer l'avocal de l'Église (2), dédaignant les devoirs, il se contente de faire valoir les droits. Celte haute attribution qu'il reçoit de la main des Papes est pour lui un moyen de violenter T Église (3) et de maîtriser
pourtant des rois de France et d'Espagne ; De Sancti Imptrii Romani intUle atquejuribut, p. 33 et saiv.
(1) a Ut dùm si quidem illad rcspiceret princeps terreni Imperii,
foret ei documeDtnm, non ailler debere imperare yel militare in mondo quàm ut dignus haberetur vitifioe cracis tueri TexiUam (RodulA Glabri hibt., 1. î, c. v). »
(2) « Sancts Catbolicje EceWi» advpcatas uoifenialis, • En 1309, Clément V dit à Henri VII : « Sacerdotiam verd pium et tatum débet habere recarsom ad Impériale» mantaetadînem débita sibi Teneratione coi^janctam at Imperii Romani faUigiam et ejtia Calmtni pra^idi-n^ tpe' cialis advocati et defentorU pnucïpok circà Ecelesîam gerat oflldam (Raynald. annal, aano 1309, § 1 v;. •
L'empereor SigiMoand écrira encore en fi 13; « Côm t^neamur matrem Ecclesiam per Impériale oflkium tueri, cujut etiam Canonei ^. %* Patnim nos appeOaiit adf'oeatam ec deieuforem* (apod fl<fntf«^ini, h f , cité par IL Himif, p« #7)« »
(3) PréimiîoM ékrrée» p» Tréôéric II m witi éa ànni d^ £m{>^
ritalie, jamais une raison de défendre la première el de relever la seconde; c'est un contrat pour Fexécution duquel Tune des parties a toutes les chaînes et Tautre tous les bénéfices ; dans la main de l'Empereur je vois toujours l'épée qui menace, je ne vois jamais le bouclier qui protège.
Il faut déplorer l'incurable aveuglement qui, malgré de mortelles déceptions , met sans cesse à la bouche de l'Italie ce nom qui la subjugue, César ! On a peine à comprendre l'opiniâtre méprise qui, en dépit d'un antagonisme perpétuel, pousse la Papauté à chercher dans l'Empire l'instrument d'une pensée toujours combattue et la garantie de l'harmonie sociale. Après Frédéric P*^ et Frédéric II, quelques années avant Louis de Bavière, le Siège pontifical professe encore que le Sacerdoce et l'Empire ont été établis par Dieu, « à cette fin, qu'étroi- « tement unis dans la communauté des desseins et « dans l'accomplissenient de leur ministère, fortifiés « de leur mutuel appui, ils donnent la paix au « monde et en protègent l'unité (1). »
reurs de convoquer les cBnciles (Raderic, 1. II, c. 54 et 550; élection de Tantipape Victor III.
(l) (( Tàm in executione commissi regiminls, quàm in voti unitate
concordes pacem mundo pariât, tranquillitatexn inducat, et nutriat
unitatem (Raynald, ann. 1300, g 10). »
Or, pendant qu'à travers tout le moyen âge se perpétue ce malentendu funeste, il est un peuple qui exerce en réalité le mandat nominalement déféré à r Empire, un peuple qui est véritablement Favocat de r Église et le soldat de la civilisation chrétienne, c'est le peuple Franc.
Lorsque Clovis sortit chrétien du bassin baptismal de Reims , le pape Anastase lui écrivit : t Le Sei- < gneur a pourvu aux besoins de TÉglise, en lui « donnant pour défenseur un prince armé du casque « du salut ; sois pour elle une couronne de fer (1).» Cette parole resta sur la France et marqua sa vocation : c'est le peuple Franc qui, avant l'Empire, sauve le Christianisme à Poitiers ; c'est lui qui, après la création, de l'Empire, est l'avant-garde de la grande armée européenne dans la formidable lutte engagée contre la barbarie musulmane ; c'est lui qui, demeuré le dernier sous les armes pour venger l'honneur de l'Occident, donne à la civilisation chrétienne le héros qui en fut la personniOcation et le martyr.
Supprimez l'institution de l'Empire, la chrétienté n'aurait pas moins vu les peuples qu'elle enfantait se grouper dans l'unité morale, la seule qu'admette
(1) Gregor. Turr., 1. H, c. xxxiv.
le monde issu de la parole du Christ ; elle n'eût pas moins aflermi le sol sous ses pas ( t ) , enchaîné la Hongrie à ses lois (2), brisé l'élan des cohortes sarrasines (3) ; elle n'eût pas moins produit les croisades, la chevalerie, la scolaslique, toutes les grandes choses du moyen âge. Mais supprimez TEmpire, Thistoire n'aurait eu à déplorer ui la civilisation compromise par trois cents années d'une guerre qu'il faut * appeler civile, ni la ruiue et presque la mort de cette nation italienne, la première^née de l'Europe moderne.
Au quinzième siècle, alors que chacun des peuples destinés à formerl' Europe moderne, acquiertplus distinctement chaque jour la conscience du rôle person* nel qui lui est assigné, l'Italie s'acharne à s'absorber dans l'Empire. On s'indigne, à ce moment décisif, d'entendre des voix autorisées déclarer que l'Empire a de droit divin quatre capitales, parmi lesquelles Milan et Rome (4) ; de voir un docteur italien por-
(1) Ghnrlemagne a conquis définitivement rAUemagne sur les Saxons dès Tannée 785. Othon le Grand donne au Christianisme et à la ciyilisation la Bohème, la Pologne et la péninsule danoise, avant d'aller chercher en Italie la couronne impériale.
(2/ Par la main de Henri l'Oiseleur, vainqueur à Mersebourg.
(3) Bataille d'Ostie sous le pape Léon IV, qui crée la cité léonine comme un rempart coiitre les invasions.
(4) « Imperii quatuor loca principalia sancti spîritûs ordinations no-
tant le grand nom de Piccoloniini, célèbre lui-même par sa science avant de monter à la première dignité du monde chrétien, dédier au « divin Frédéric 1)1 c César Auguste (1), i un livre dirigé c contre les t hommes assez décriés pour prétendre qu'il est des t peuples et des princes que des Trauchises déga* f gent de tout lien de vassalité à Tégard de TEmpire f romain (2), » Ce livre d'iSncasSylvius où revivent, avec la doctrine politique de Dante (â), les plus ser-
Timus attributa, Aquisgranum, Arelatum, Mcdiolanum, ut urbem Romain (Magistri Jordanis chroDÎca, qualUer Romanum Imperhim ratu* atum fuit ad Germanos, c. xxii, ap. Goldast]. »
(1) « Compellit me, Dive Friderice, Gœsar Auguste, non nuUorum ins<^ citia tibi ut aliqua scribam. »
(2) « Maledlcorum hominum voces qui populos quosdam et principes sic liberos francosque dicunt, ut nullo penitùs Jure, Romano Imperio oint obnoxii (iEneœ Sylvii Piccolominei tractatus De Ortu et authoHtate Imperii Bomam\ prœf}. »
(3) — On retrouve dans iEneas Sylvius cette pensée que la Monarchie^ vainement poursuivie par Sémiramiâ ei par Alexandre le Grand, a ùtù réalisée par t*Empire^ pour soustraire le monde à l'anarchie, conséquence de la diversité des pouvoirs. L'Empire providentiellement établi a été consacré par le Sauveur, qui a voulu naître au moment où le monde' entier obéissait à Rome, et payer le tribut à Gésar. L'Antochrist no pa-* raltra pas tant que vivra l'Empire : «Hœc igitur summaprincipis Romani autlioritas quam communis utilitas desideravit, natura invenit, Deus dpdit, filius conflrmavit, consensus hominum approbavit (c. viu}.m Lo peuplé romain qui, par ses vertus, avait créé la monarchie de l'universt transporta le pouvoir suprême des Grecs à Charles le Grand, « concurrente summi PontiUcis consensu quod (Imperium) por varias manus
deductum, ad te denique,dive Cœsur Friderice, pcr iegiiimam tlectionem derivatum est, tibique suprema in temporalibus est ex alto commissa potestas (Gap. ix). »
viles maximes des légistes de Bologne, est, en plein quinzième siècle, la négation radicale du principe des nationalités et Taudacieuse immolation' de tous les droits individuels. On y professe qi:e les peuples, les rois et les princes sont les sujets de F Empereur chargé par Dieu de présider à toutes les choses temporelles (1). L'Empereur lui-même ne pourrait accorderraffranchissement du lien qui enchaîne tout pouvoir secondaire à l'Empire, car il créerait par là un second pouvoir ne relevant que de soi ; or, il ne peut exister deux absolus, deux infinis; et l'Empereur non plus que Dieu ne saurait créer son semblable (2). L'Empereur, de sa pleine et unique autorité, fait toutes les lois et n'est soumis à aucune (3) ; il est maître souverain des propriétés et
(1) Cap. IX et t : « Homano principi quoslibet liqaet esse subjectos
qai temporalibus prœsit omnibus » — u eos esse sub Imperio dicimus
(C. xiv). »
(2) « Etsi maxima sit Homani principis atithoritas, eo tameu privatur Àugustus ut sui similem posait efliceret quod cerlè faceret si regem ali* quem in omnibus liberum a se redderet... sicut nec Oeus desiuit esse omnipotcns, quamvis in deitate non possit nisi unicus fore (Cap. xi].»
(3) « Leges sacratissimas quœ constringunt hominum vitas sollUs imperatoris est condere, cui quidquid placuerit legis habet vigorem. Quodcumque Imperator per epistolam et subscriptiouem statuit, vel coguoscens decrevit« vel de piano interlocutus est, vel dicto precepit, legem
esse constat non asserendum est imperaiorem legibus esse subjectum
(Cap. XIX etxx).»
des domaines (1) ; alors même que ron serait dépouillé injustement, il n'est pas permisse réclamer, de s'insurger en paroles ni en fait ; car il n'est personne qui puisse connaître des actes temporels de César, et au-dessus de lui il n'est pas de tribunal (2). Et ainsi le quinzième siècle arrive à professer, au nom du pouvoir temporel, des maximes absolument semblables à celles qu'au nom de la théocratie avait proclamé le douzième siècle.
(1) « Liberum est imperatori non solùm homini nequam sed ctiam viro bono ac de repûbUçÀ benë merito propriam domum, proprios agros, proprlasque posscssiones auferre (Cap. xvii].»
(2) tt Non reclamare licet, vituperare vel impugnare, cùm nemo sit qui de suis factis temporalibus possit cognoscere (C. xvi)... Qui nullum habet in temporali causa superiorem (C. xxii)... Cumin Cœsare summa potestas sit, summaque authoritatis picuitudo, nihil est quod, adjuuctis principibus, authoritatis accédât, quoniam uequesummo adjici quicquam
potcst, neque plénum potest effici pleniùs cùm nemo sit judex qui
temporatia Gassaiis facla valeat examinare et sicut quœ Deus Jubet
implenda suiit, nihilque contra replicandum est, sic temporalia Gœsaris mandata (C. xxiu}. »
Quand l'Italie énonçait ces maximes, elle se préparait à subir, de la part de rAllemagne, les irrémédiables atteintes qui devaient la pousser jusqu'aux derniers degrés de rabaissement politique. C'est le droit impérial qui fait donner à Ludovic Sforza, puis revendiquer par l'Empire et attribuer enfin à la maison d'Autriche, celte Lombardiç
Del mondo la più belta parle
qui frémit aujourd'hui sous la main de ses domina-^ leurs. C'est l'Empire qui ouvre l'Italie à Charles- Quiut; c'est l'Empire qui, déjà en proie à toutes les faiblesses au milieu desquels il prolongera sa décrépitude ) introduit dans la Péninsule la domination espagnole*
Qu'on ne l'oublie pas cependant; au milieu môme d*une décadence dont rien ne ralentit lecours, des protestations se produisent, qui viennent de loin en loin interrompre la prescription du droit national.
— loi — I^urent de Médicis établit entre Florence, Milan et Naples une ligue qui tendait à se transformer en une véritable coorédération , et, dix années durant, se fait le représentant de la politique dont l'application persévérante eût préservé son pays de mortelles invasions. Bientôt^ et en face des années de toutes les nations de T Europe acharnées à leur proie, Machiavel écrit le XXVI* chapitre du livre du Prifice ; puis, dans les dernières années du seizième siècle, à cette époque la plus calme peut-être, mais ausâ la plus douloureuse de Thistoire de F Italie, alors que les quelques États dont TEsps^ne n'a pas occupé les territoires, — la Savoie, Florence, les domaines de l'Église, Parme et Mantone, — n'ont plus d'autre rôle que de flotter entre TEspagne et la France, et, selon l'énergique expression d'un contemporain, de mesurtr la longueur de la chaîne; à ce moment même, un publiciste en qui revit Tesprît de Pétrarque, Traiano Boccalim s^eïïoTce de réveiller dans l'esprit des chefs des États péninsulaires le sentiment de la solidarité nationale : < Que les princes, dit-il, sortent de leur I léthargie; que toute attaque dirigée contre Tun « d'entre eux, soit pour eux tous une ruine, une « préparation à leur propre servitude ; que, dans « l'oubli de toute passion^ de toute haine privée, ils
f embrassent Tintérêt de la cause publique ; » puis, montrant aux princes que le salut de Tltalie est dans leurs mains, les engageant, pour le succès de rentreprise libératrice, à incliner un pendu côté de la France, parce que la domination autrichienne et espagnole est nécessairement mortelle, tandis qv^ la suprématie de la France^ semblable à une fièvre maligne^ et encore que trèS'dangereuse, laisse pourtant quelque espérance de vie : « Allons, s*écrie-t-il, s'adressant à « chacun des Etats italiens, toi, Etat de Milan, toi, « royaume de Naples, toi, Sicile, toi, État ecclésias- «i tique, comment vous trouvez-vous? Examinezci vous une bonne fois et considérez la dissolution a qui s'opère ; voyez comme on vous «arrache contia nuellement vos fils et vos biens ; comment vont se «•nourrissant de voire substance des guerres très- « injustes, et comment vivent de votre or ces horc( rlbles harpies qui souillent vos places publiques et ce vos maisons, et qu'il vous faut souffrir et caresser
« jusque dans vos foyers Donc, ô mou Italie! ^
continue l'écrivain dans une apostrophe qui rappelle la façon de Machiavel, « par le sang que versent tes <( enfants en Provence, en Savoie, en Flandre et eu « France, par. ces larmes que répainlent les mères, « par cette liberté si chère que tu as surabondani-
a meot achetée, prends enfin pitié de toi-même. Ces (( biens, ces peuples que Dieu t'a donnés, conserve- « les, aime-les, et cesse de les confier à Timpudente € barbarie de ces faux catholiques qui ne veulent « de toi que pour te faire esclave de leurs passions a et de leur orgueil (!)• »
Ces patriotiques exhortations, qu'on peut du moins opposer aux conseils par lesquels Campanelia se faisait le complice de Philippe 11^ n'empêchent pas le joug austro-espagnol de peser de plus en plus sur la Péninsule : mais, dans la première moitié du dix-septième siècle, l'idée nationale trouve un représentant dans le chef de cette maison de Savoie qui, à toutes les époques, semble appelée à l'honneur de porter le drapeau de l'Italie. De 1614 à 1617, Charles-Emmanuel soutient une lutte qui révèle tout ensemble et l'énergie guerrière du Piémont et la décadence de la monarchie de Philippe II; et, pendant qu^éclate le l)i'uit des batailles, une voiiL s'élève frémissante et indignée, la voix à'Alessan* dro Tassoni, appelant tous les princes de la Péninsule à l'union avec le duc de Savoie et à la déli-
(1) RagguQijU di Parnaso ( voy. Note C, un fragment d'uu article de M. L. Guleotti, extrait de VArchhioslorico).
vrauce de la patrie commune (1). • Jasques à quand « nous résignerons-nous, ô princes et nobles italiens, a à être, je ne dis pas dominés, mais écrasés par Tort gueil des peuples étrangers ?. . . Toutes les autres f nations n'ont rien de plus sacré que la patrie ; elles « oublient, pour la défendre, les haines qui les divi- « sent ; et nous, nous Italiens, seuls différents de I tous les autres hommes, nous abandonnons la pa- « trie pour nous unir à nos ennemis du dehors..; c Mais, enfin, nous sommes dans nos frontières, la
« justice est pour nous, et ce pays a autant de soldats « que tout autre pays du monde... Mettons-nous « donc au cœur de ne vouloir plus être sujets, de « réclamer des souverains nés de notre sang, élevés « dans nos mœurs, et disons : tous nos princes sont « membres d'un même corps qui est T Italie (2). )* Les invectives de l'ardent publiciste ne tirèrent
(1) Le Filippiche di Alessaudro Tassoni ; publiées ,à Florence, par M. G. Canestrini.
(2) V. aussi le morceau Risposta del Tassoni al Soccino, Tassoni défend ainsi le duc de Savoie : « Alcuno no.i ha mai detto che quel duca sia conservatore délia libertà d'Italia, perciocchë r^talia non ha iibertà. Uauno ben detto queili che uou sono d'animo maligne e nemico deila propria nazione, che il duca di Savoia ë conservatore délia libertà e rc' putazione de^principi italiani..... imperocchë cgli ë stato il primo àmostrar faccia da principe libcro, e quando ha veduto iucalzarsi, ha messe mano alla spaJa, protestandosi che vuoi viver libcro cou quella o morire cdiji quella {Le fiiipp,^ p. 107). »
point les princes italiens de la torpeur oii TEnipire avait su endormir la Péninsnle. Venise et Rome, les seuls États restés indépendants, bornaient leur politique à étendre mesquinement leurs frontières et à jalouser les princes de Savoie. Le silence du tombeau continua à planer sur Tltalie. Et pourtant, la tradition du droit national, Tidée de Tassociation des États italiens entre eux se transmirent avec une letle continuité à travers les temps les plus sombres de l'histoire de la Péninsule^ qu'au commencement du dix-neuvième siècle, en 1805, alors qu'il s'agissait pour l'empire d'Autriche de grouper tous les peuples de l' Europe dans la troisième coalition contre la France, quel était le plan que, d'accord avec la Russie, le cabinet de Vienne lui-même présentait comme un leurre à la nation italienne? La constitution d'un royaume subalpin relevant les Alpes entre elle et l'Allemagne, et Torganisation fédérale des États péninsulaires sous la présidence d'un prince italien.
Il faut noter ce fait important, que l'expression des besoins impérieux et de ces vœux si légitimes de rilalie, se trouve en parfait accord avec la politique traditionnelle de la France.
Quel est l'intérêt de la France dans la Péninsule? Ce n'est pas d'y posséder une parcelle quelconque de territoire; c'est premièrement, de ne pas souffrir que l'Autriche, en y étendant sa donaînation matérielle ou morale, vienne peser sur sa frontière des Alpes ; c'est en second lieu, de donner aux différents États péninsulaires une organisation telle, que, des luttes entre eux devenant impossibles, tout motif d'intervention en Italie soit à jamais supprimé. — J'ajoute
qu'en sa qualité de première puissance catholique, la France a, au delà des Alpes, un intérêt d'un autre ordre. Elle doit veiller à ce que l'indépendance du Saint-Siège soit garantie, et empêcher conséquem-
ment que, sous prétexte de protection, une puissance étrangère fasse prédominer son influence dans les- États de r Église.
C'est à cette triple pensée que s'est attachée la France, toutes les fois qu'un pouvoir soucieux de sa grandeur a tenu haut et ferme, à l'étranger, le drapeau de sa politique.
Lorsque Henri lY élabore le plan qui allait aboutir, s'il eût vécu, au remaniement déûnitir de l'Europe (l),ce génie si éminemment pratique pose la reconstitution de la nationalité italienne et la création d'une confédération péninsulaire comme l'un des éléments essentiels de son vaste projet. Il assigne au duc de Savoîe le Milanais avec le titre de roi de Lombardie ; et, € pour montrer, dit Sully, que ce n'estoit que la <( seule considération de son honneur et la conservaf tion" d'iceluy, et non l'avidité de posséder autres « Estais outre son royaume de France, dès à présent a le roy offrait de quitter son droict du royaume de « Naples, et celuy de Sicile aux Vénitiens » (2). — Les duchés de Florence, de Mantoue, Parme, Plaisauce, Modène et Reggio, ainsi que les autres Étals, étaient appelés à s'unir par les liens d'une confédé-
(1) OEconomiet royales^ t. 8, chap. xi.
(2) Ibid.
ration nationale « afin que tous ces Estais et princes < estant associez ensemble en communauté d'intérêts (( pour la manutention des droicts et propriétez les « uns des autres, ils en fussent rendus plus considé- « râbles sans que, par cette considération, il fust « néanmoins rien changé en leurs possessions ac- « coustumez, ny aux lois et coutumes et droicts d'eux a et leurs peuples ny de leurs seigneuries. »
La mort inopinée de Henri IV anéantit à la fois les espérances de l'Italie et les grandes pensées dont la réalisation eût épargné à l'Europe les désastres de la guerre de Trente-Ans.
Sous des formes et avec des moyens différents, le cardinal de Richelieu ^ reprend la politique de Henri IV. 11 négocie avec les princes italiens pour les unir dans une entreprise qui assurera l'affranchissement de la Péninsule (1). Le "2 juillet 1635, il signe, pour la conquête du Milanais sur les Austro-
(1) On a conservé quelques-uns des actes par lesquels Richelieu préparait ses alliances en Italie : Article secret accordé entre le roy de France et la Savoie, Il mars 1629; — Traité de ligue défensive entre le roy de France et les princes d* Italie^ 3 avril 1629 ; — Déclaration de la République de Venise sur les bonnes intentions qu'ils ont de concourir avec Sa Majesté pour ia liberté de l'Italie; — Traité de confédération à perpétuité entre le pape Urbain VIII, Louis Xlll, Venise^ Mantoue^ etc.^ pour la conservation de leurs Estais^ contre qui ce puisse être y et notamment contre la maison d'Autriche, Bibl. Irap., M. S. S. (Collect. Brienne). Voy. G. Canestrini, delta politica piemontese nel secolo XFIt,
Espagnols, nue ligne qu'approuve le Pape Urbain VIII, et à laquelle devaient adhérer Mantoue, Panne et Modène : <? Ayant esté conneu, portait le « traité, qu'il n'y a plus d'autres moyens pour faire « jouir l'Italie d'un ferme repos, et restablir une sé- (( cure et durable paix, qu'en faisant une ligue pour « conquérir l'Estat de Milan et l'osier des mains de « ceux qui en abusent pour opprimer leurs voisins , « sa Majesté veut de bon cœur contribuer ses forces « pour un si juste dessein^ et trouve bon d'arrester « et conclure ce présent traicté de ligue avec les K princes qui y ontintérest, etc., etc. (l) »
Un siècle plus tard, après les éclatantes témérités du règne de Louis XIV, la pensée pratique et positive du glorieux fondateur de la maison de Bourbon était reprise par Louis XV, l'année même et comme sous les inspirations de la victoire de Fontenoy.
Il faut citer l'auteur même du projet qui, accepté par le roi de Sardaigne, n'échoua que devant l'inintelligente obstination de la reine d' Espagne. Les curieuses pages que nous allons détacher des Mémoires du Marquis d'ArgensoUj ministre des affaires étrangères de France, semblent dictées en vue des graves préoc-
(1) Cité par M. Canestrini, Délia politiea,,, etc., p. 43.
cupalions qui, au Dionient où nous écrivons, pèsent si puissamment sur la diplomatie européenne.
« Je ne pense pas, dit le marquis d'Argenson (1 j, qu'il se fût traité depuis bien longtemps en Europe, une plus grande affaire que celle par laquelle finit Tannée 1745 et commença Tannée 17/i.6. Il fut question de former une république ou association perpétuelle des puissances italiques^ comme il y en a une germanique, une batavique, une helvétique. )>
Déjà, aux débuis de la guerre de 1733, M. de Cliauvelin avait voulu chasser les Autrichiens (f Italie. <r II gagna la cour de Turin. L'infant Don Carlos eut les Deux-Siciles, royaume situé à Textrémité de T Italie, et qui ne peut s'étendre sans troubler ce continent. Le roi de Sardaigne devait avoir le Milanais. Cela fait, TItalie restait tranquille pour Téternité. La couronne de Naples devait être incompatible avec celle d'Espagne. Si le roi de Naples y. parvenait, un de ses frères ou un de ses fils puinés lui succédait ; le roi de Sardaigne, revêtu du reste de la dépouille autrichienne, n'aurait pu s'étendre ailleurs.
ce Deux choses s'opposèrent à la réussite de ce plan : les extravagances et la mauvaise foi de h reine d'Es-
(l) Mémoires, t. III, ch. V,, édit, Jannet.
— Mî —
pagne; la faiblesse et les incertitades du cardioal FleuryCl). »
Le Marquis d^Ai^nscMi reprit, pour sou propre compte, leplanqoi vient d'être indiqué : sa cooTiction, àFégardde la réussite, était entière. « Pai tu, écrivaitil, des mémoires bien exacts des forces et des moyens qui peuvent concourir à cbasser les Autrichiens d'Italie et y établir un partage durable* Je soutiens que la France seule avec le roi de Sardaigne, saisissant bien le moment, y réussira avec facilité lorsqu'elle voudra l'entreprendre. »
Le ministre de Louis XY exposait ainsi quelle doit être la politique de la France en Italie :
c< Il faudrait concentrer les puissances italiques ; il faudrait montrer nous-mêmes l'exemple de n'y rien prétendre; et si quelques princes étrangers y régnent encore, faire en sorte qu'ils deviennent tout à fait Italiens, qu'ils ne puissent hériter ailleurs ; que s'ils préfèrent d'autres successions qui leur surviennent, ils abandonnent alors à des successeurs désignés l'Etatqu'ils possèdent en Italie, et que ce choix, cette incompatibilité, soit une loi fondamentale de toute jdomination dans la Péninsule. Soyons les promoteurs de cette règle. Employons-y de la force et
(1) Hémoires, t. III, cliap. V.
de la sincérité. Empêchons les troubles et la tyrannie, nous en avons les nsoyens. Soutenons les faibles et les opprimés ; nous sommes assurés que nos seules menaces auront Teffet des plus grandes victoires; nous y gagnerons pour nous honneur, repos et sûreté. »
D'après ces principes, le roi de France partageait entre les divers États de la haute Italie les pays placés sous la domination autrichienne. Dès cette époque, il ne manquait pas de gens qui poussaient les hauts cris à l'idée de voir s'étendre les domaines de la maison de Savoie. Mais, répondait le marquis d'Argenson, « on a beau citer le cardinal d'Ossat sur les petits louveteaux de Savoie, et dire qu'il faudra fortifier Lyon si le roi de Sardaîgne devient si puissant, ce sont là des préventions de la haine et des inspirations de l'Espagne; il y a bien loin de sa puissance à la nôtre. C'est la seule maison d'Autriche qui nous est dangereuse. 11 faut bien avoir des voisins; et que peut-il arriver de mieux que de voir accroître les petits États aux dépens des grands? »
«... La plus grosse part était donc donnée au roi de Sardaigne, celle qui suivait à Tinfant don Philippe, le reste aux Vénitiens et au duc de Modène. »
Le partage fut tracé de la main du roi (1) . v Au roi de
(1) « Quant au partage, il était ménagé avec une générosité et une
« Sardaigne sont le Milanais, qui est la rive gauche du c( Pô, et à droite jusqu'à la Scrivia; à l'infant, toute la « rive droite, depuis et y compris l'État de Parme, le (c Grémonais et la partie du Mantouan qui est entre c( rOglio et le Pô ; celle par delà, à la république de « Venise, et ce qui est à la rive droite du Pô, au duc de « Modène avec Téventualité du duché de Guastalla.
« Paraphé : Louis. »
Fait curieux, et qui prouve jusqu'à quel point la politique française se sent intéressée dans la solu-
pr^voyance admirables; je le vanterai avec d'autant plus de plaisir que c'est l'ouvrage ei^tier du roi ; et c'est peut-être le seul ouvrage de son règne qui soit bien à lui. Le roi est bon géographe, il a présentes à l'esprit toutes les situations topograpliiques ; il trouve plus tôt sur une carte le point demandé qu'aucun de ceux avec qui il travaille. Il a l'esprit naturellement juste; il ne s'agit que de le faire sortir de l'assoupissement, de l'indécision et de la timidité; j'eus ce talent eu plusieurs ufTaires, je le plaçai sur les bonnes voies, et il y courut mieux qu'un autre ; je ne l'avais jamais vu tel que lorsqu'il écouta le rapport que Champeaux lui fit à Choisy sur la première négociation de Turin ; il ordonnait en maître, il discutait en ministre. Sa Majesté écrivit beaucoup de sa main sur ce partage, m'envoya chercher souvent sur de nouvelles idées qui lui étaient venues et qui souvent étaient bonnes, je les travaillais les nuits avec Champeaux pour y faire mes objections si j'en avais à faire, et pour mettre tout en règle et en forme ; ainsi se fit son instruction, je laissai à Cham* peaux quelques-uns de ces papiers écrits de la main du roi, ils firent merveille ou pour mieux dire ils firent tout quand il les montra au roi de Sardaigne sur la fin de sa négociation ; ce prince, voyant que tout était véritablement l'ouvrage de la volonté du roi, y souscrivit subitement par respect comme eût fait un sujet par obéissance. Que de grandes choses feraient les princes s'ils voulaient, d'une velouté propre et indépendante des courtisans et des flatteurs ! »
— ll/l —
tion de ce grave problème de raffranchissement et de l'organisation de Tltalie, le roi de France témoignait plus d'ardeur que le roi de Piémont lui-même pour la réalisation du plan concerté. Charles-Emmanuel III désirait garder une certaine réserve. 11 hésitait « à stipuler rien qui pût donner à l'Empire des motifs de prendre le parti de la cour de Vienne. » Une confédération avec les autres princes italiens lui paraissait d'ailleurs pouvoir créer des entraves à son action sur la Péninsule ; les objections , sous ce dernier rapport, étaient si vives , que Tenvoyé secret de Louis XV (1) crut devoir proposer au roi « de remettre à un autre temps l'exécution de son magnifique projet; » mais il n'y avait pas là seu- ^ lement une question pîémontaise et italiennèj il y avait au premier chef une question française : le roi de France le sentait, et tenait bon :
(i) u Le sieur de Champeaux, sous le nom d'abbé Rousset, dit le marquis d'Argenson, fit une très-grande diligence et trouva ses passeports à point nommé; on le logea à la cour dans une chambre s«crète où il conféra avec M. de Gorseigue, premier ministre, avec le roi de Sardaigne et avec le duc de Savoie, héritier présomptif sans lequel le roi de Sardaigne ne conclut i^en de capital ; je lui avais fixé quatre jours pour négocier et il n'en prit pas davantage: les deux premiers jours on battit ia campagne, le troisième on s'éloigna; le quatrième on était encore plus exigeant. Les chevau:- étaient à la chaise pour partir àjninuit; le qua* trième jour finissant, Champeaux tenant rigueur, on conclut, on rédigea et on signa en deux heures de temps. (26 décembre.) »
« Dans mon instruction, dît le marquis d'Argenson, je décrivais quels maux avait causés à l'Italie la prétendue supériorité des Empereurs d'Allemagne, Le temps paraissait venu de l'éteindre et de déclarer les puissances italiques de franc-alleu et d'une pleine indépendance. Ou leur prescrivait l'associa- Hion, nécessaire pour mainlenir leur liberté a l'avenir en empêchant tout étranger d'y dominer... la moindre république, le moindre fief devenait aussi libre de tout suzerain étranger que les plus grandes puissances... Ils fondaient une association italiqm
avec une Diète continuellement assemblée (Ij. »
Tout était prévu dans le projet : on y mettait aux ordres de la Diète fédérale une armée de quatre- vingt mille hommes; cette armée,réunîe ou divisée, selon les circonstances^ devait être commandée, en cas de guerre, soit par le roi de Sar daigne, soit par le roi
(1) V. à I'Appendice, note D,une série de documents diplomatiques qui jettent la plus vive lumière sur ces curieuses négociations. Ces documents, d'un intérêt capital, viennent d'circ tirés des archives du Ministère des affaires étrangères de Turin, par le savant auteur de làStoria dcl Regno di Carlo-Emanuele III^M. Domenico Carutti.— L'éminent historien de la Législation italienne^ M. le comte Sclopis, a aussi éclairé cette époque au
point de vue des relations de la Sardaigne avec l'Angleterre, et publié une lettre de M. de Ghampeaux au marquis d'Argenson (lettre tirée des archives des affaires étrangères do Paris) dans son livre Belle relazioni politiche trà la dinastiadi Savoia ed il governo britannic(h
(le Naples (1). Le Pape lui-même devait fournir un contingent de six mille hommes, et Ton ne doutait pas de l'adhésion de la cour de Rome à un arrangement ce si avantageux à Tltalie et au Saint-Siège en particulier ; les Papes , depuis plusieurs siècles, ayant fait tant de vœux pour voir mettre les étrangers hors de la Péninsule. »
« Si ce projet s'exécute, disait encore d'Argeuson, non-seulement les princes et leurs États seront absolument indépendants de l'Empire et de l'Empereur, mais ils n'en auront jamais rien à craindre. 11 sera très-glorieux à Leurs Majestés d'avoir brisé les chaînes de l'Italie et de l'avoir affranchie du joug germanique. C'est un coup mortel que Leurs Majestés porteront aux successeurs de la maison d'Autriche. Par là, elles renfermeront l'état de cette puis* sance dans les bornes étroites qu'elle ne pourra plus franchir... Enfin, les vues du roi tendent à affaiblir beaucoup la cour de Vienne, à faire en Italie une révolution qui l'affranchisse du joug de l'Allemagne, et à donner à ce pays-là une nouvelle forme. Ce
(1) M. Carutti, CapU» XII. — Les contingents de chacun des États étaient fixés comme il suit : Le roi de Sardaigne fournissait 25,000 hommes; Venise, 20,000 ; le loi de Naples, 10,000; le Saint-Siége, 6,000 ; le Grand-duc, 7,000 ; l'infant don Philippe, 4,000 ; Gûncs, 5,000 ; le duc de Modèue, 3,ot)0.
- H7 — sera une époque célèbre dans riiîstoire, et il %n résultera une gloire pour Leurs Majestés^ qui, ajoutée à celle qu'elles ont déjà acquise, rendra leur règne infiniment mémorable dans toute la postérité. »
L'arrangement fut d'abord arrêté sous forme de préliminaires à Turin (26 décembre) ; puis il y eut traité en forme, signé à Paris, après quoi plusieurs lettres furent échangées entre les rois de France et de Sardaigne.
Malheureusement, « la reine d'Espagne fut deux mois et demi avant d'accepter ce traité... Le 8 mars, elle envoya chercher l'évêque de Rennes (ambassadeur de France) , et lui dit : « Nous n'avons pas dormi toute la nuit , le roi et moi ; nous n'avons fait que raisonner du traité que le roi très-chrélien a conclu sans nous avec le roi de Sardaigne, et de la fermeté qu'il a apportée à le soutenir ; nous cédons enfin, et vous voulons bien l'exécuter. »
n Le courrier qui fut dépêché, m'apporta cette nouvelle deux jours après celles de la prise d'Asti et de la rupture du traité par un événement si funeste (1). »
« La gloire d'affranchir l'Italie, dit en terminant le
(1) MémoireSyt. III, chap. V.
marquis d'Ârgenson, n'est sans doute pas réservée à uotre âge ; tôt ou tard cela doit arriver, à en juger par l'évidence et par la raison. »
Ces paroles du ministre du roi Louis XV ne devaient être perdues ni pour Tltalie ni pour la France. Des idées émises par le marquis d^'Àrgenson se sont dégagés deux principes sur lesquels, aujourd'hui autant que jamais, repose la politique de la France dans la Péninsule :
La France ne doit poursuivre aucun agrandissement territorial au delà des Alpes ;
La France, par contre, ne peut tolérer eu Italie là présence d'une domination étrangère , quelle qu'elle soit.
XYL
Le caractère de cette étude ne me permet poiot d'indiquer les conséquences qui en jaillissent comme d'elles-mêmes, au point de Yue de l'appréciation des faits actuels. Un mot seulement
Sur les ruines des deux grandes doctrines politiques dont j'ai essayé de faire Yoir l'antagonisme et de signaler l'influence, la doctrine théocratique et la doctrine de la monarchie impériale, une théorie subsiste seule, à l'heure qu'il est, au delà des Alpes, la théorie du droit national eX de la confédération (1). Je n'ai pas à dire ici dans quelles conditions et j'i-
(i) V. à rAppendlce [note E.), le projet de Confédération et de Diète nationale élaboré à Rome, sous les yeax de S. S. Pie IX, an mois de mai 1868, et accepté alors par le roi de Naples et le Grand-Dac de Toscane.
La brochure V Empereur Napoléon III et P Italie^ en présentant la fédération comme la solution dernière de la question aujourd'hui posée devant l'Europe, a eu le mérite de consacrer l'idée à laquelle aboutit This-
giiore dans quel avenir cette théorie, qui a ses racines dans un passé lointain; qui est, d'ailleurs, on Fa vu, en parfait accord avec la politique traditionnelle de la France, doit recevoir la sanction des faits. Ce que j*afBrme, c'est qu'^elle est celle de la grande école politique dont les représentants^ honorent l'Italie devant l'Europe; qui, détestant les coupables folies de la secte révolutionnaire, cherche la liberté dans Tordre et voudrait placer l'indépendance nationale sous la consécration du droit européen. 11 faut respecter une idée qui survit à ses défaites; qui, ne demandant rien à la violence, attend tout de la justice, et qu'un de ses interprètes les plus illustres résumait, il y a quelques années, en ces paroles, expression de la modération dans la force :
« Nous savons que Toccasion de reconquérir l'in- « dépendance est peut-être éloignée. Nous l'atten- « drons avec une activité pleine de calme, nous ap- « pliquant non pas à troubler inconsidérément le re- « pos d'autrui, mais à réformer nos institutions dans 4 ce lambeau d'Italie qu'on nous a laissé, à nous re-
toire de la Péninsule, et qui rallie les hommes d*État les plus émi-» nents de Tltalie actuelle.
V. aussi [même note), sur le plan dont il s'agit, un extrait du livre récent du P. Ventura : Essai sur le pouvoir public.
« former nous-mêmes, à nous rendre digues d'tin re- « gard de la Providence, et capables de mettre à pro- « fit foccasiouy quand elle voudra nous renvoyer. Que « s'il plaît à Dieu de ne pas l'accorder avant que cette d génération ne passe, nous saurons nous soumettre « à son jugement avec une résignation virile. Sous « le poids de cette sentence , nous travaillerons « avec une égale persévérance à l'œuvre de la régé- « nératioa italienne, et nous descendrons dans la « tombe, bénissant Dieu de nous- avoir permis de. la a faire avancer d'un seul pas, et de quitter la terre « où dorment nos pères, moins malheureuse qu'ils « ne l'avaient laissée (1). »
(1) Massimo d'Azeglio, Programma per Vopinione naiionaU.
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