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LA FRANCE ET L’ITALIE AU XVIII* SIÈCLE Î

la singulière fortune de mériter les unes et les autres.

Qu’est-ce en effet que le xviii* siècle pour la France? Le vivace et puissant mouvement des esprits cache ici les débilités de la politique. A la surface apparaît l’irrésistible travail de toutes les idées philosophiques ; au fond, les institutions s’énervent par les vices et par les abus ; les pouvoirs en viennent aux mains dans de petites luttes où ils se discréditent les uns les autres en attendant de disparaître dans le même abîme. Le libertinage règne en souverain; la mollesse et l’imprévoyance sont partout dans le gouvernement. De ces deux ordres de faits, de l’expansion de plus en plus impérieuse de l’esprit philosophique concordant avec la décadence des choses et des hommes, sort la révolution française en 1789. Ce xvm c siècle fut politiquement une pauvre époque. Quelques hommes- sensés ou brillants ne changent rien. Le cardinal de Fleury était en ses bons moments un sage ministre, et il ne put avoir une influence heureuse et décisive ; l’esprit d’un nouveau Richelieu n’était point dans cet . habile vieillard, qui tenait avant tout au pouvoir. M. de Ghoiseul, avec son intelligence déliée et hardie, eut été peut-être dans un autre temps et sous une autre direction un habile ministre, et il ne put empêcher le mal;

il v travailla au contraire, heureux de s’aller abriter dans

sa triomphale retraite de Chanteloup. A l’intérieur, tout

se détraque peu à peu durant le xvin* siècle, et au de-

hors c’est bien pis encore.

Un des traits curieux du temps, en effet, c’est l’incohé-

rence de la politique extérieure. On ne retrouve plus cette

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persistance de pensée, cette suite dans les desseins, cet éclat des grandes luttes qu’on avait vus sous Louis XIV et qu’on ne devait revoir que dans le feu de la révolution française. Tout se perd en intrigues et prend une allure fantasque. Les intérêts permanents des peuples semblent disparaître, la règle souveraine de la politique est le caprice d’un prince, d’un ministre, quelquefois d’une favorite»

Je ne connais pas de plus bizarre spectacle d’anarchie diplomatique que celui qui se déroule pendant quelques années en Europe à partir de la paix d’Utrecht. Désordre de toutes les alliances, velléités agitatrices de l’Espagne conduites par Alberoni et Elisabeth Famèse, renvoi de l’infante qui devait épouser Louis XV, rapprochements imprévus ou ruptures subites entre les gouvernements, traités contradictoires, Versatilité des politiques, tout se mêle, tout arrive sans qu’une direction supérieure se révèle dans les événements. La paix d’Utrecht est â peine conclue que toutes les ambitions sont aux prises et menacent de rallumer l’incendie. Le traité de la quadruple alliance est signé, en apparence pour raffermir la paix, en réalité pour en modifier les conditions : les congrès se succèdent à Cambrai, à Soissons ; mais bientôt la situation change de face. L’Espagne se rapproche de l’Autriche, et «A ce rapprochement la France, l’Angleterre et ia Prusse répondent par l’alliance de Hanovre. Le traité de Séville

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