‹ L'Italie (volume 3)Chapitre 33 sur 41 · DO · texte numérisé non relu

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Près de cette villa se trouve la promenade publique de l’Acqua-Sola dont le casino Negroni est l’un des ornemensles plus pittoresques (PI. 268). En général , la ville de Gênes manque de belles promenades ; mais si l’on fait attention aux difficultés qu’on a dû surmonter pour trouver l'emplacement nécessaire à bâtir la ville, soit en comblant une partie du port, soit en transportant sur des lieux élevés les matériaux de construction, on concevra sans peine qu’il était difficile d'obtenir sur un sol ingrat et inégal des promenades agréables et ombragées . Cependan tl’ Acqua-Sola, qui est un véritable jardin , mérite les plus grands éloges. 11 faut en effet remarquer la hardiesse et l’idée de créer une plate-forme aussi vaste sur un terrain inégal comme celui de Gênes; au reste, le choix du local ne pouvait être meilleur. Des points de vue imposans, agréables et variés, en font l’ornement. D un côté la mer, le chantier, le Lazaret et les fortifications de la ville; de l’autre, des palais rapprochés et élégans ; en face, la riante colline d’Albaro, s’élançant hors du fond majestueux de l’Apenniri, dont les crêtes couronnent en partie 1 horizon, bordé par le rocher de Porto-Fino , qui plonge dans la Méditerranée. Enfin , des accès faciles concourent à faire de ce lieu une promenade délicieuse.

L’Acqua-Sola est très-fréquentée , et nous trouverons là d’excellentes occasions d’observer les allures des Génois^t surtout des Génoises. En général elles ont bonne façon. Elles portent un ample voile blanc , nommé mezzaro qui leur cache une partie dm visage, et qui les enveloppe presque delà tête aux pieds. Sous ce voile elles paraissent toutes charmantes. Les nobles Génoises abandonnent au peu-

ple les ornemens d’or et les bijoux.

Aussi voit-on les femmes du peuple se charger, même les jours ouvriers, d’une incroyable profusion de pierreries, de perles et de corail. Un orfèvre de cette ville assurait à lady Morgan qu’à présent encore, une paysanne, qui fait son trousseau de noces, ne trouve point trop cher un collier ou une chaîne de sept à huit cents francs.

Voici d’ailleurs sur la société génoise quelques observations dues à M. Simond, qui m’a paru avoir fait une analyse à la fois spirituelle et impartiale des mœurs génoises : « Je crois pouvoir avancer que les femmes ont ici en général l’esprit plus cultivé, et sont par conséquent plus agréables que dans le midi de l’Italie. Celles que j’ai eu occasion de voir parlaient bien français et anglais. J’en pourrais signaler plusieurs qui avaient le teint des femmes du Nord , ainsi que les manières. J’ai lieu de croire qu’elles étaient irréprochables du côté des mœurs, et que si elles avaient des cavalieri serventi ou patiti, leurs soins étaient tout-à-fait gratuits. Nous autres gens du Nord, accoutumés que nous sommes à faire quelque chose, nous ne concevons pas qu’on puisse ainsi se dévouer sans motif précis, et nous ne prenons pas garde que le célèbre far niente des Italiens est pour eux un objet important , lequel se trouve ainsi parfaitement rempli. Les nobles Génois , dans la société familière , mettent souvent entre eux de côté les titres , et s’appellent simplement par leur nom de baptême , ce qui a un air d’intimité dont l’impression est agréable. Les titres, au reste , ne dérivant d’aucun fief ou même d’aucune propriété territoriale , peuvent bien leur paraître à eux-mêmes de peu de valeur. Leur fortune étant

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principalement placée dans les fonds étrangers, ils perdirent dix-sept millions de rente en France, à la révolution. Comme partout en Italie, le théâtre est presque entièrement consacré à la représentation d’opéras que personne n'écoute ; c’est en vain que le malheureux chanteur remplit l’air d’accens harmonieux , l’auditoire est sourd, ou plutôt n’a d’oreilles que pour lui-mëme. On se fait visite dans les loges, dont les portes s’ouvrent et se ferment à grand hruit. ...»

Je terminerai notre revue des principaux monumens de Gênes par quelques lignes sur celui qui m’a le plus vivement touché , et que la bienfaisance a élevé au malheur et à 1 indigence; on l’appelle Y Alberto de Poveri (PI. 269), l’asile des pauvres. Cet utile établissement, qui eut pour premier fondateur un noble de la maison Brignole , peut contenir 1,200 pauvres de tout âge. On y recueille les orphelins, auxquels on apprend un état; de plus, ils reçoivent, en quittant l’hospice, un trousseau et une certaine somme d’argent. Les sexes sontséparés.

Dans le quartier des femmes, on admet aussi celles qui furent égarées par le vice, et qu’on veut ramener à la vertu. Elles ne communiquent point avec les autres cétenues, et vivent entièrement isolées. De semblables divisions sont faciles à établir dans un pareil édifice : il est si vaste qu’en 1746 il servit de prison à 4>ooo Allemands, et

que lors du bombardement de 1694, par Louis xiv , on vit le doge venir chercher un asile derrière ses épaisses murailles.

Le grand hôpital est un autre établissement considérable, près duquel on montrait naguère avec plaisir aux étrangers un lieu célèbre dans les annales génoises. C’est un endroit où le pavé était enfoncé, et qu’on n’avait point réparé afin d’y conserver la mémoire de la révolution qui commença en ce lieu le 5 décembre 1746. Les Autrichiens charriaient un mortier, et voulaient forcer les Génois à les aider. L’un de ces derniers fut victime de la violence des Autrichiens. Un jeune homme, qui au rapport de Lalande était domestique, excita le peuple à la vengeance. On saisit de vive force, dans le sénat même, les clefs delà porte Saint-Thomas, et bientôt le parti populaire s’accrut au point que, malgré les instances des magistra s génois , qui voulaient respecter la caj itulation, les oppresseurs étrangers fu ent chassés de la ville.

Telle est Gênes, telle est cette cité au climat malsain, justement désignée par le nom de Superbe, à cause de la magnificence de ses édifices. Mais, pour être belle, est-elle heureuse?

Questionimportante qui n’a pas besoin de commentaire pour quiconque a médi té l'histoire moderne des républiques d’Italie.

GEÏUES A WICE.

La côte de iTtaîie , de Gênes à Nice, me paraît encore supérieure à l’autre partie qui s’étend jusqu’à Livourne.

Elle oflre une suite de brillans promontoires couverts de bois d’oliviers , dont la pâle verdure contraste avec le vert éclatant des pins, des orangers, des citronniers , des châtaigniers : de grands palais , de jolies maisons peintes en rouge, les coupoles, les clochers des églises, ajoutent à l’elïet de cette vaste décoration, mêlée de rochers et de torrens. Quelquefois de belles vallées cultivées s’étendent sur le bord de la mer, et forment de rians et paisibles golfes de verdure à côté de l’azur agité des flots. Les levers, les couchers du soleil , sont admirables sur cet horizon , et la nature y développe à chaque pas ses plus magnifiques scènes.

On ne s’attend pas sans doute à une description détaillée de toutes les vill es qui se trouvent sur ce littoral ; nous ne parlerons ni de Saint-Pierre d’Arena,le plus magnifique des iaubourgs connus, ni de Gornigliano, ni de Sestri , aux délicieuses villas , ni de Voltri, renommé pour ses fabriques de papiers. Nous citerons seulement Monaco petite ville fortancienne, bâtie sur un roc fier escarpé qui s’avance dans la mer. Ce petit état, queM. Valéry appelle une orangerie sur un rocher , est en effet un véritable bosquet, d’où s’exhalent en été les parfums les plus doux.

Nous nommerons aussi Co^oîetto, oui

prétend à l’honneur d’avoir donné le jour à Christophe Colomb. Ces prétentions parurent quelque temps fondées, parce qu iin des deux amiraux , nommé Co'omho, avec lesquels il fit voile,

était de ce lieu. Cependant, en lisant attentivement le testament de l’illustre voyageur, il est impossible de douter qu’il ne soit Génois. Son histoire est trop connue pour que nous ayons rien à apprendre au lecteur en ce qui le concerne. On sait quelle justice tardive lui fut rendue. Ce sort, qui est malheureusement celui de tous b s grands hommes , devrai t , ce nous semble , être compensé par un témoignage public d honneur et de reconnaissance. On a tellement prodigué les statues, que Christophe Colomb aurait bien dû ne pas être oublié dans ces distributions d honneurs , parfois trop libéralement accordés. On montre à Cogoletlo, au bord de la nier, une espèce de cabane, qu’on dit avoir été habitée par Colomb, et sur laquelle on lit, à la suite de quelques inscriptions pitoyables, ce beau vers rapporté par M. Valéry :

Unus erat rnundus; duo sint, ait iste : fuère!

Un seul monde était ; qu'il y en ait deux, dit-il : et deux existèrent.

Un ancien portrait de Colomb se voit à la maison communale ; mais il ne doit pas ressembler, car cet homme intrépide, éloquent, éclairé, n’est sorti du pinceau de l’artiste , qu’avec un air fort commun.

Savone , petite ville voisine, eut également la prétention d’être la patrie de Christophe Colomb; ce qui parait certain, c’est qu il y habita long-temps, et que ce fut de là qui! partit, après avoir pressenti l’existence d’un nouveau monde. On trouve aussi dans les ar-

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cliives des notaires de la ville , que le père de Colomb exerçait à Savone le métier d’ouvrier en laine, et qu’il y possédait une maison et une boutique vers l’année i-po.

Savone (PL 270 ) est un port de mer assez commerçant , mais qui n offre rien de curieux aux voyageurs, si ce n’est peut-être son histoire. On croit qu’elle tire son origine des Gaulois Sénonais, ou des Gaulois Boïens. Il paraît, par une épitre de Cicéron, que Marc-Antoine s’y réfugia après la bataille de Modène. L’empereur Pertinax était né dans cette ville , et il acheta des terres aux environs. Savone a été d’autant plus exposée dans les guerres quelle eut à soutenir, quelle avait un port commode, et quelle donnait entrée dans le Piémont et dans le Mont-Ferrat. Elle fut souvenL le siège principal, tantôt des Gibelins, tantôt des Guelfes, servant de refuge à ceux qui avaient le dessous à Gênes ; mais elle porte encore dans ses armes l’aigle des Gibelins. En 1 3 1 y , il sortit du port de Savone soixante galères pour le parti de ces derniers. Savone était alors maîtresse de la mer. Le Podestà y tenait une cour brillante ; il avait plus de cent personnes dans sa maison.

Comme on le voit par le statut de i325, c’est à Savone que se réunirent en i5oy, Louis xn et Ferdinand le catholique, pour couronner le roi de Navarre , et Louis xii y accorda le droit de naturalisation en France à tous les habitans.

Pour bien juger de l’aspect de Savone, il faut monter au fort bâti sur un rocher au bord de la mer ; delà on aperçoit les tourelles de la cathédrale , la tour du petit port , le palais de Jules u , et l’évêché de la ville. La cathédrale est remarquable par la richesse de ses autels ; de Lalande ra- P.

conte qu’il y vit dans une riche chapelle une image miraculeuse de la Vierge; cette image était peinte sur une colonne de la vieille église de Saint- François, que 1 on devait démolir;. et comme on était embarrassé par le respect que l’on avait pour cette image , elle se détacha d’elle-même , et descendit à terre le mars 1601 ; on prétend aussi qu’elle ne fut point endommagée par l’explosion de 1648, qui fit cependant une ouverture à la coupole, brisa le piédestal qui supportait l’image, et même le tableau en bois qui la couvrait. Cette image a quatre pieds de haut sur deux de large.

On sait que le pape Pie vii, dans ses malheureuses relations avec la France, s’arrêta quelque temps en fugitif à Savone. L’appartement occupé par ce pontife à l’évêché a été religieusement conservé tel qu’il l’avait habité. Je l’avoue, je fus moins frappé en contemplant la colossale chaire en bronze de Saint-Pierre, suspendue au fond de la brillante basilique ; je fus moins touché à l’aspect du trône pontifical, entouré de génuflexions, de l’encens et de toutes les pompes de la chapelle Sixtine , qu’à la vue de ce siège de l’apôtre, de ce trône errant et persécuté, alors que l’on vit bien plus qu’au temps du Dante:

Nel vicario suo Cristo èssere catto.

Le Christ être captif dans son vicaire.

Au sortir de Savone, et en continuant notre route vers Nice, nous nous arrêterons à Noli. Cette petite ville (PL 270), pittoresque par ses tours et sa position , se maintint en république depuis le douzième siècle jusqu’à îa réunion de la Lieurie à la France en

t8o5; et, quoique sous la protection

de Gènes , elle avait conservé son indépendance et son antique constitution. Son commerce consiste presque exclusivement en produits de pêche.

Il est impossible de ne pas remarquer à chaque pas, sur la route que nous parcourons en ce moment, les travaux gigantesques commencés par les Français; ils rappellent ceux des plus beaux temps de l’empire romain.

Tantôt ce sont des ponts qu’il a fallu élever à une grande hauteur au-dessus de la mer; tantôt ce sont des parapets dont les murs ont leurs fondations dans la mer même; tantôt ce sont des rochers immenses qu’il a fallu couper en deux pour faire passer la route dans leur intersection ; partout enfin on a dû vaincre la nature par des travaux gigantesques. Mais les Français n’ayant pas eu le temps de les achever , le roi de Sardaigne les fait maintenant poursuivre, et je suis passé au milieu des débris de rochers qu’on avait fait sauter la veille , et auprès d’autres que l’on minait pour leur faire éprouver le même sort. Les travaux actuels s’exécutent, non aux frais de l’état, mais seulement des villes cpie la roule traverse , et qui y gagnent infiniment , puisqu’une foule de voyageurs , obligés autrefois d’aller en Italie par mer ou par les Alpes, se dirigent maintenant par cette côte enchanteresse , appelée Corniche , et aussi rivière de Gênes. L’ouvrage le plus remarquable des Français, aux environs de Finale , est une montagne percée , dont la galerie a au moins deux cents pieds de profondeur ; ce qui rend ce travail plus élonnant encore , c’est qu’au lieu d’être de tuf ou de pierre tendre, cette montagne est de marbre , et est creusée et taillée en voûte parfaite-

ment cintrée(i). A la vue de ces travaux magnifiques , j’éprouvai , je l’avoue , une satisfaction et une fierté bien naturelles.

Traversant rapidement Finale , dont toutes les maisons sont couvertes en dalles bleues, laissons Albenga , aux rues étroites , et San-Remo , où la famille Bresea jouit encore du privilège qui lui fut accordé par Sixte- Quint, de fournir de palmes toutes les églises de Rome le jour des Rameaux.

Bresea était ce spectateur qui , lors de l’érection de l’obélisque de Saint- Pierre à Rome, sous le pontificat de Sixte -Quint, oubliant l’arrêt qui punissait de mort celui qui proférerait un cri pendant la durée du travail , s’aperçut que les cordages de l’obélisque allaient se rompre, et avertit l’architecte Fontana de les faire mouiller. Pour prix de ce service , qui l’exposait à la mort, Bresea eut une pension considérable et la fourniture héréditaire des palmes de Rome. Depuis les fêtes de Pâques de l’année 1 58y , un navire est parti constamment avec sa sainte cargaison ; la Providence elle-même a semblé prendre soin de la bénir d’avance , car de ces deux cent cinquante navires, pas un seul n’a fait naufrage.

Voici Villa-Franca (PL 271), autrefois Port Hercule , dont le port n’est séparé de celui de Nice que par une montagne au sommet de laquelle s’élève le fort de Mont-Alban. La rade de Ville-Franche , destinée à recevoir les navires de guerre du roi de Sardaigne, est une des plus belles de l’Europe ; elle possède de beaux ma-

(1) Une semblable galerie a été taillée dans le roc vif près de Chambéry, au passage des Echelles. Tout le monde parle de la fameuse grotte de Pausijippe, taillée dans le tuf tendre, et il semble que ]'on remarque à peine des ouvrages bien plus importans exécutés par les Français, au milieu des guerres et des révolutions. ( Note de l’Éditeur.)

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gasins pour la marine , un phare situé avantageusement -, que lui manquet-il donc?.. Des vaisseaux. La lanterne qui porte le fanal de ce port a été frappée de la foudre, il y a quelques années; elle fut ruinée , et plusieurs personnes périrent par l’explosion de la poudrière. On vit alors le feu électrique s’élancer delà terre etallerjoindre celui du ciel , comme cela arrive quelquefois lorsque la terre est électrisée par la nuée.

En entrant à Nice par la porte de Gènes , on est frappé de l’air de prospérité des campagnes environnantes.

Favorisée par la plus douce température , l’industrie des habitans sait rendre fertiles les montagnes les plus arides, en formant sur leurs flancs des terrasses de six à huit pieds de large, sur lesquelles on dépose toute la terre végétale qu’on peut ramasser dans les rochers environnans. Les pierres mêmes sont utilisées et servent de murs à ces terrasses , qui, placées les unes sur les autres jusqu’au lieu où la montagne n’offre plus qu’un roc nu , ressemblent de loin à des escaliers de verdure. Chaque terrasse est bordée d’un rang de ceps de vigne, et derrière, croissent des fèves, du blé , des pois et des orangers.

Les Liguriens Ve dia/itii , espèce de sauvages , vivant de la chasse et de la pêche, ignorant l’agriculture, les arts et les lois, habitaient jadis le territoire de Nice. Lehasardy conduisit les destins errans d’une colonie sortie de Marseille. Ces étrangers , sans autre droit que la nécessité, sans autre raison que la force de leurs armes et la supériorité de leurs lumières, disputèrent à des peuples grossiers un légitime héritage. Ils les en dépouillèrent à la suite d’une vigoureuse résistance, et y fondèrent, trois cent quarante ans

avant Jésus-Christ, une ville à laquelle ils donnèrent le nom grec de Nike , en témoignage de leur victoire. Telle est l’origine de Nice.

Ce petit état, après avoir éprouvé un grand nombre de révolutions , et passé sucessivement sous le joug de divers maîtres , appartenait aux ducs de Savoie depuis 1 388 , époque de son démembrement de la Provence.

Malherbe la regrettait, et il espérait helliqueusement la voir reprendre :

Guise en ses murailles forcées,

Remettra les bornes passées Qu’avait notre empire marin.

Le d ésir du poëte fut exaucé : en 1 792, Nice rentra sous la domination française , mais pour retomber bientôt sous celle des rois de Sardaigne , auxquels elle appartient aujourd’hui.

Le climat de cette ville est délicieux; il est plutôt doux que brillant. Une triple enceinte de montagnes oppose aux vents du nord un rempart invincible, et ne laisse pénétrer que ceux du midi. Tous les matins et tous les soirs, une légère brise rafraîchit l’atmosphère : aussi n’est-il pas étonnant que le roi de Sardaigne ait choisi cette ville au doux climat pour y fixer sa résidence d’hiver.

Nice, en temps de paix , est peuplé d’une multitude d’étrangers valétudinaires , dont la constitution délicate a besoin de l’influence d’une chaude température. Le Russe , le Suédois glacé , l’Anglais attaqué du spleen , quittent en foule leur patrie pour venir dans cette heureuse terre échanger leur or contre la santé.

La ville, bâtie en partie sur le rivage, en partie adossée à un énorme rocher , au sommet duquel était un fort que le maréchal de Berwick fit raser en 1706 , se partage en vieille et en neuve. La

première est obscure, sale et montueuse ; dans la seconde , on voit de belles rues , des maisons d’une architecture élégante , de grandes places , comme celles de Victor et de Saint- Domingue ; enfin une terrasse spacieuse qui règne sur le bord de la mer , et au-dessous un cours planté de deux belles rangées d’arbres. ( Pour Nice , voyez les PI. 2G8-269. )

Lorsqu’on est parvenu sur cette terrasse , on jouit d’une fort belle vue.

Au midi , la mer avec toute sa majesté et son infini : en face les mâts des petits navires qui se balancent dans le port. Sur le sommet d’un promontoire, le château de Montalban, aux masses grisâtres et sévères. Au nord , une foule de collines et de montagnes couvertes d’oliviers et de maisons de campagne appelées hastides ; à la pointe sud-est, la France, Antibes, avec sa population d’édifices; enfin , au bord de la mer et dans la vallée , Nice et ses maisons recouvertes de tuiles creuses, Nice et ses jardins remplis d’orangers et de citronniers en fleurs.

Ici j aucune église ne se distingue par son architecture ; la Santa-Reparata, qui tient le premier rang, n’est qu’un édifice médiocre. La profusion de sculptures , le faux brillant des décorations, fatiguent les yeux et blessent le goût. L’église des Jésuites renferme le meilleur tableau que la religion ait conservé à Nice. Il représente la communion de saint Benoît. Au milieu d’un groupe de figures pleines de mouvement et d’expression on remarque la tête du vieillard mourant.

La vertu , la résignation , l’espérance , y sont peintes : il va quitter la terre et monter au ciel.

Derrière le rocher qui couvre l’ancienne ville , se trouve le port 5 il est

étroit, peu profond, exposé à des coups de vent terribles du sud , et dépourvu de chantiers de construction et de lazaret : mais il offre aux marins un avantage particulier , la jouissance d’une source abondante qui vient y verser ses eaux douces et limpides. Nous vîmes au bagne quelques galériens. Ils n’avaient pas l’air sombre et hagard de ceux de Gênes : ce sont des déserteurs ; ils expient dans la servitude un moment d’erreur ou de faiblesse ; mais leur âme , exempte d’autre reproche, n’est point inaccessible au doux sentiment de la gaîté.

Les principales productions du terroir deNice sont les oliviers, le vin, les oranges et la soie : l’opulence y est rare, et la misère commune. L’habillement des habitans ne présente rien d’extraordinaire, si ce n’est la manière dont les femmes du peuple enferment leurs cheveux dans un réseau de soie noire, rouge ou bleue, qui se noue sur la tète, et retombe sur le cou en forme de petit sac.

La campagne de Nice est beaucoup plus intéressante que la ville. Pour en connaître les charmes, il faut s’égarer sur les coteaux voisins : on y rencontre souvent des sites dignes du pinceau d’un paysagiste, et quelquefois des ruines, dont l’ami de l’antiquité sent vivement le prix : celles de Cimiers furent un jour le but de notre promenade. Cette ville, autrefois florissante et le siège d’un sénat , n’existe plus que dans le souvenir des hommes : un jardin occupe une partie de son antique enceinte; l’autre est abandonnée à l’agriculture. La bêche et la charrue déchirent tous les jours ce sol classique, et de sombres yeuses, de tristes cyprès, dont le mélancolique ombrage est un ornement convenable à celte scène, pressent de leurs

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profondes racines la tombe ignorée d’un sage ou d’un héros. L’emplacement d’une ville anéantie est un lieu propre à inspirer de salutaires ré^ flexions sur la vanité des choses humaines.

A une demi-lieue de l’abbaye de Saint- Pons s’élève, sur une espèce de pain de sucre , le château de Saint- André.

Un peu plus haut, le Paillon se divise en deux bras , dont l’un, resserré dans une gorge , roule au fond d’affreux précipices. Après un quart dheure de

marche on parvient à un endroit où les rochers réunis lui fermaient naguère toute issue : ses flots irrités ont vaincu cet obstacle et se sont frayé un passage souterrain, qui prend le nom de grotte Saint-André , à cause du château voisin ; cette grotte peut avoir cinquante pieds d’ouverture; l’intérieur en est tapissé de plantes aquatiques qui pendent en festons de verdures ; elle va toujours en se rétrécissant : le torrent la traverse et ressort en cascade à quatre-vingts pas de l’entrée.

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On n’a rien épargné pour rendre agréable la route qui va de Nice à Turin. Il n'y a pas tout-à-fait un siècle que ce trajet , de trente lieues à peine, offrait toutes les difficultés d’un long voyage. Après avoir suivi pendant trois heures les gorges de laScarène , qu’on rencontre au sortir de Nice , on ara vit un chemin composé de terrasses superposées, le long des flancs de la Brauve , montagne fort escarpée , du côté de Turin.

Bientôt après, un vallon cultivé laisse apercevoir jetées, çàet là, les maisons du village de Sospelle. Tout à coup l’horizon est brusquement arrêté par de hautes et arides montagnes. L’une d’elles surtout, qu’il faut pourtant se résoudre à traverser, attire longtemps les regards par son élévation et par le rideau grisâtre que forment à sa surface d’immenses plantations doliviers. Toute cette route était dernièrement encore couverte de contrebandiers piémontais, qui portaient du tabac en Dauphiné.

Laissons à droite le village de Saorgio, où se trouve un fort qui commande le Col-de-Tende. Cepassage fameux, situé au-dessus d’un gros village de même nom, est d’un aspect tellement sinistre, l’air est si froid , la neige est même tellement insupportable dans certains moràens , qu’il ne faut pas moins que les fleurs, les prairies et les troupeaux, qu’on trouve au sortir du défilé, pour dédommager le voyageur des ennuis de ce passage. A Limone, la route s’élargit, l’horizon se recule, et l'oeil satisfait embrasse la vaste plaine du Piémont, qui se prolonge jusqu’aux portes de T urin.

Avant d’entrer dans cette ville célèbre, ne jetterons-nous pas un coup d’œil sur les contrées environnantes , qui contiennent tant de fertiles vallées et tant de cités pittoresques, telles qu 'Asti , dont les vins sont analogues à ceux de Champagne, et Alessandria, qui se glorifie du voisinage du riant Tanaro? Il est surtout, dans ces contrées, un endroit glorieux qu’un œil

français ne saurait, malgré la distance qui le sépare de Turin, manquer de découvrir. Je veux parler de Marengo, où fut livrée la fameuse bataille qui décida du sort de l’Italie, et força 1 Autriche et Naples à nous demander Ja paix.

Héros qu’a moissonnés le désir de la gloire ,

Vous dont les cadavres sariglans Ont engraissé ce champ de la victoire, Consolez-vous, la main du Temps

A gravé vos exploits au temple de mémoire ! Consolez-vous , preux immortels;

Vous avez fatigué les burins de l'histoire ,

Et vos tombeaux sont des autels.

Telle est l’exclamation poétique inspirée à M. Montémont par la vue du champ de bataille de Marengo. En le visitant, nous avons douloureusement regretté de ne plus retrouver la colonne surmontée d’un aigle , qui indiquait l’endroit où le brave Desaix fut frappé à mort.

Turin, située non loin du confluent de la Doire-Ripaire, dans le Pô, occupe le centre d’une plaine délicieuse, arrosée par un grand nombre de canaux.

C’est de celte plaine que commence le bassin de l’Adriatique, l’une des plus magnific|ues régions de l’Europe.

Les environs de Turin, remarquables par la variété et la fertilité du sol , offrent en mille endroits des séjours enchantés, soit dans la plaine, le long des rivages du Pô et de la Doire, ou sur les monticules et dans les vallées voisines. Partout l’on admire des châteaux et des maisons de campagne charmantes , avec des jardins et des parcs, dont les dessins ont peu coûté aux propriétaires, parce que la nature elle-même, déployant ses richesses, en a tracé et ennobli les aspects d’une beauté ravissante.

Plus on approche de la ville , plus

on est frappé de sa brillante situation, au milieu d’un amphithéâtre de coteaux couverts de vignes. Les sinuosités du ♦Pô montrent, sous divers aspects, ce fleuve classique, autrefois si fier des cinquante villes qu’il baignait et de ses trente rivières tributaires. La première vue de Turin est extrêmement imposante, surtout lorsqu’on est placé au sommet de la montagne des Capucins (PI. 2^5 ) , ainsi nommée parce qu’elle est couronnée par le couvent de cet ordre. Du haut de cette délicieuse colline , la vue se perd dans un horizon immense , borné par les Alpes jusqu’à une distance de plus de quinze lieues. Dans ce vaste rayon, les maisons de Turin, les palais, les villas, les monastères, étalant en amphithéâtre leurs beautés variées, entourent la lâche plaine qui s’étend jusqu’à Rivoli, tandis que le Pô décrit ses contours majestueux à l’ombre des Alpes gigantesques , dont les torrens enflent ses eaux, et qui , couronnées de leurs neiges éternelles , dominent ce magnifique paysage.

M. Valéry a traduit la première impression que lui fit éprouver la vue de Turin en termes d’une peinture triste, bien qu’exacte; » L’aspect de Turin paraît bien froid au retour d’I talie ; les rues ont une sorte de régularité sans magnificence, qui est l’opposé des autres vdles; les mœurs italiennes et les habitudes de guerre forment un singulier mélange : Turin s’accroît chaque jour d’une manière frappante; je ne crois plus qu’elle soit, comme on le disait, la plus petite des capitales de l’Europe, et sa population, qui, en 1 8 1 5 , ne s’élevait qu’à soixante-treize mille âmes, dépasse aujourd’hui cent seize mille.

La capitale du roi de Sardaigne semble s etre agrandie dans la même proportion

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que ses étals, qui sont une véritable marqueterie politique , offrant dans leur exiguité des disparates de sol et de mœurs non moins fortes que les plus grands empires. Cet état réunit en effet les plaines fécondes du Piémont, les sommets glacts des Alpes , les montagnes brûlantes et les forêts de la Sardaigne, et il a rendu compatriotes l’indigent et fidèle Savoyard , le riche et fin Génois, le Piémontais intrépide et le Sarde à demi Africain. »

La physionomie historique du pays que Turin préside en noble capitale, n’est pas moins intéressante que sa physionomie physique. Placée comme à l’avant-garde de l’Italie , Turin a subi tour à tour l’influence de chacun des conquérans qui voulaient pénétrer dans la terre promise. Aussi l’histoire moderne de cette ville se trouve-t-elle entièrement confondue avec celle des guerres d'Italie , dont sa position l’a presque toujours rendue le premier théâtre.

Erigée en municipe, puis en colonie, Turin éprouva d’abord le sort de l’empire romain. Saccagée parles Goths sous Alaric , au commencement du cinquième siècle, elle fut munie d’un mur declôture dont i! reste des vestiges. Elle commença à se réparer sous le règne des Lombards, et sous celui d’Agilulph et de Théodolinde^ princesse qui jeta les fondemens de la cathédrale. Après la chute des Lombards, en 773, elle tomba entre les mains de Charlemagne et fit partie de son royaume d’Italie; par la suite elle fut comprise dans la marque de Suse. Des mains d’Adélaïde, dernier rejeton du marquis de Suse, elle échut a Odon , fils de Humbert, comte de Maurienne et de Savoie.

De cette époque date la toute puissance des comtes de Savoie en Piémont.

Les bornes de cet ouvrage ne nous per-

mettent pas d’entreprendre l’histoire fort étendue de ces princes. Nous examinerons simplement la part que T urin a prise aux différentes révolutions du pays dont elle est la capitale. Plus d’une fois elle a été assiégée dans ces derniers siècles; elle le fut en 1 5 36 par François Ier, qui s’empara de tous les états du duc de Savoie : les historiens nationaux disent que l’ambition de François Ier fut la seule cause de cette guerre, dont il donna pour prétexte l’usurpation du comté de Nice et la succession de Louise de Savoie, sa mère.

La ville de Turin fut prise encore par les Français en 1640: ce siège est un des événemens du ministère de Richelieu ; il fut précédé de deux batailles , et le prince Thomas de Savoie , malgré tous ses efforts, ne put forcer les lignes du comte d’Harcourt, qui commandait les troupes françaises, ni lui faire lever le siège. Ce comte d’Harcourt , qu’on avait appelé le cadet de la Perle, parce qu’il était le cadet de la maison de Lorraine, et qu’il portait une perle à l’oreille, fut appelé par les dames de Turin la Perle des cadets.

Mais le siège le plus mémorable qu’ait souffert la ville de Turin est celui de 1706, qui a donné lieu à la construction de la belle église appelée la Superga.

Après que le duc de Vendôme eût gagné les batailles de Cassa no et de Casinato, il ne lui restait plus qu’à prendre Turin pour être maître du Piémont. Le duc de la Feuillade, fils du maréchal de même nom, y commanda le siège sous le duc d’Orléans, à la tête de soixante mille hommes, et Chamillard, son beau-père, ministre de la guerre, fit des dépenses énormes pour liàter le succès de l’entreprise; le duc de Savoie sortit de la ville et échappa aux Français; le prince Eu-

gène vint au secours de T urin , et , le 7 septembre 1706, il traversa la citadelle pour attaquer les endroits faibles du camp ; il força les retranchemens du maréchal de Marsin, à qui la cour avait défendu d’aller au devant des ennemis , et qui fut obligé de les attendre-, dans des circonstances où il lui eût été bien plus utile d’at laquer; ce fut la cause de sa défaite et de sa mort : cet événement était d’autant plus douloureux, que les Français, campés sur la hauteur des Capucins (1) , étaient placés d’une manière favorable, et dominant tous les environs , , avaient assez davantage pour être moralement sûrs du succès.

Au reste, la perte des Français ne fut pas de plus de deux mille hommes ; mais la dispersion de l’armée entraîna la levée du siège. On prétend qu’un Piémontais , en faisant remarquer à un Français la beau é del’edilice de la Superga, lui disait : «Il faut que la défaite des Français ait été terrible pour occasioner un si grand monument d’actions de grâces. Non, répartit le Français, il faut que ce soit la peur des assiégés , car le vœu a dû précéder la défaite. »

A l’époque de la révolution française, les Piémontais formèrent l’avantcarde de la coalition continentale : ils avaient été les premiers à enlrer en France. Chassés de la Savoie , ils continuèrent à résister dans lesalpes italiennes , et ce ne fut qu’à la dernière extrémité que Turin se rendit. Le roi de Piémont , Victor-Emmanuel , se

(1) La vue de Sa planche 270 est prise de ce point. La ville se voit tout entière dans la plaine, et la chaîne des alpes de Suisse et de Savoie forme le fond de la décoration de cet immense paysage. Dans la planche 2"4> Ie spectateur est placé vers le pont du Pô, et il a en perspective le joli coteau, le couvent des Capucins, la vigne de la Heine et une infinité de maisons de campagne. La Superga (Pl. 277) est située à la gauche sur la continuation de ee coteau.

retira en Sardaigne pour attendre que le torrent de la conquête française eût abandonné ses états de terre ferme.

Bonaparte sut faire accompagner sa victoire d’une réforme impérieusement réclamée par ses nouveaux sujets, et si quelques intérêts particuliers furent choqués par la réorganisation du Piémont; si quelques nobles murmurèrent ; si quelques membres du clergé fulminèrent un anathème impuissant contre les lauriers du général français, la prospérité générale adoucit graduellement la désapprobation individuelle.

Mais lorsqu’en 1 8 1 5 le colosse qui avait imposé ses lois à l’Europe entière tomba de sa cime élevée, et roula jusqu’à Sainte-Hélène , les rois sortirent de leur retraite, et les institutions anciennes tendirent tour à tour à reprendre leur influence première. Le roi de Piémont, après une émigration de quinze ans , reparut à Turin.

Le Piémont est un des pays qui ont tiré le plus d’avantages de la révolution. Une éducation européenne s’étend maintenant à tous les rangs :

le noble , le bourgeois , le soldat, participent également à ses bienfaits, et les résultats qu’elle a produits se reconnaissent dans la société privée de Turin, et dans les efforts de chacun pour fonder des établissemens utiles au bien public. Qu’on ne s’attende pas, d’ailleurs, à trouver ici des mœurs , un langage et un costume particuliers, comme dans telle ou telle autre ville d’Italie. L’habitude de copier la cour de France , les alliances entre cette cour et la maison de Savoie , la proximité des deux pays, a produit, surtout dans ces derniers temps , une conformité d’usages , telle qu'on rassemblerait difficilement dans le Piémont assez

TURIN

de traits distincts pour former une physionomie vraiment originale.

Mais en revanche il est tel monument de Turin dont le caractère est tout-à- fait spécial , il est tel point de vue qu’on ne saurait* comparer à aucun autre.

Ainsi , par exemple , l’impression produite par le spectacle des merveilles de la colline des Capucins , augmente encore lorsque les yeux se dirigent vers le pont élevé sur le Pô.

Il est difficile, en effet, de n’ètre point frappé de la vue de ce monument, qui attestera long -temps le séjour des Français en Piémont au commencement du dix-neuvième siècle. Ce noble édifice a été entrepris en 1810, sur les dessins de l’ingénieur en chef Pertinchant. La belle corniche du pont , l’aspect majestueux des arches , et le développement des trottoirs et des parapets , ont quelque chose d’imposant qui retrace la grandeur des édifices bâtis par les anciens. En face du pont on voit s’élever le beau temple dédié à la Vierge , que la ville a décrété par une délibération prise, afin de perpétuer le souvenir du passage du roi Victor-Emmanuel lors de son retour en Piémont. Quelle que soit la solidité de ce pont sur le Pô, l’on doit regarder comme l’un des garans de sa durée la belle digue qui , en forçant les eaux à se rejeter dans le canal qui les amène au moulin de Notre-Dame du Pilon, a aussi l’avantage de conserver fixe le régime du pont, en ménageant la chute des eaux , quelle que soit leur crue occasionée par les pluies. D’ailleurs cette di<?ue a ouvert sur les bords du canal, une promenade enchanteresse , par sa variété et la nature de ses accidens.

Avant de quitter le lieu où nous sommes , reportons encore nos yeux P.

sur la campagne environnante et sur le monastère des Capucins, dont le mérite se perd dans la magnificence des sitesenvironnans. Emu de tout ce qu’on vientd’admirer, on contemple avec une sorte de rêverie la flèche de l’église du couvent, car la méditation s’attache volontiers aux objets religieux. Trop heureux si quelque cicérone maladroit ne termine point tout à coup cette contemplation pour s’écrier mal à propos que l’église des Capucins a été fondée par Charles-Emmanuel le Grand , et que la reine Christine de Suède assista le 22 octobre 1 656 à la dédicace de l’église.

Dans les environs de la riante colline qui ondule autour de Turin , nous trouvons la Vigne de la Reine (PI. 277 ). Ce palais a pris ce nom après avoir été le lieu de délices de la reine Marie-Anne d’Orléans, femme du roi Victor-Amédée n. Bâtie par le cardinal Maurice de Savoie, avant son mariage avec la princesse Louise, sa nièce, cette maison fut appelée d’abord villa Ludovica. Elle est projetée en amphithéâtre, avec des alentours délicieux, et fait face en dehors de la ville , à la rue du Pô. On monte a la V igné de la Reine par de doubles rampes et des escaliers , doubles aussi, qui aboutissent à la grande salle d’entrée.

Cette retraite, moitié ornée, moitié négligée, offre un mélange bizarre d’abandon et de magnificence : ses colonnes ioniques, ses plafonds dorés et ses murailles peintes à fresque, contrastent avec un ameublement beaucoup trop modeste. « Nous vîmes dans la chambre de sa majesté, dit lady Morgan, une commode vermoulue, près d’un cabinet orné de pierres précieuses, et à côté d’un soubassement de marbre, un vieux sopha , sur lequel

di

la lassitude elle-même aurait refusé de s’asseoir. Une suite de portraits de la famille royale actuelle semblait avoir été peinte par la main qui exécuta les sept miss Flamborougg, avec leurs sept oranges, ainsi qu’on le voit dans le roman de Goldsmith.»

Le jardin delà Vigne delà Reine est bien distribué , et, sans offrir rien d’ex» traordinaire dans ses compartimens, on ne peut le parcourir sans éprouver un vif plaisir causé par la beauté de la situation de cette royale demeure.

Certes, on éprouve une émotion bien plus vive encore, lorsqu’au sommet de la colline , qui porte le monastère des Capucins,, et la vigne de la reine, on aperçoit la belle église de la Superga ( PI. 277 ). Elle tire son nom de l’emplacement élevé qu’elle occupe : super terga montium « sur le dos des monts ». La Superga est un monument de la reconnaissance du roi Victor- Amédée envers une madonne révérée dans le pays , et l’accomplissement de la promesse qu’il lui fît, lors du siège de Turin par les Français en 1706 (ainsi que nous l’avons dit ) , de lui ériger un beau temple si elle les obligeait à lever le siège. Qu’elle s’en soit mêlée ou non , le siège fut levé, etl’égliseaétébâtiesurîeplanle plus noble , et dans la plus heureuse position ; Dominique Juvara en fournit les dessins ; c’était le Perrault du Piémont. Le portique de la Superga est orné de belles colonnes d’un marbre rouge et blanc, qui a le défaut de se décomposer ; on a été obligé de regarnir les vides avec des morceaux rapportés. Les caveaux de cette église sont consacrés aux tombeaux de la famille royale, et ces tombeaux n’ont pas éprouvé le sort de ceux de Saint- Denis. Au reste, dit M. Valéry, les caveaux modernes de ce Saint-Denis Sa-

voyard , tout plaqués de marbre blanc, jaune et vert, m’ont paru sans majesté, sans tristesse ; les bizarres ornemens de cette architecture, malgré la richesse des matières, ne valent point nos tombeaur des rois. Les voûtes de pierre , les souterrains , noircis par le temps, des vieilles basiliques., conviennent bien davantage à ces sanctuaires de la mort. Dans un caveau à part se trouvent les restes des enfans et des princes de la famille royale qui n’ont point régné : les premiers vécurent un petit nombre de jours dans l’innocence; les seconds purent être honorés etbienfaisans ; ces deux classes de princes ont été heureuses d’avoir échappé à la couronne. Ce petit trône de Savoie est au reste celui qui compte le plus d’abdications. On dirait que ces rois des Alpes, ces souverains de glaces et de rochers , dont les états sont le plus rapprochés du ciel, éprouvent plus facilement le dégoût de la terre.

Rentrons maintenant dans la ville, dont nous nous sommes éloignés pour visiter tous ces beaux monumens qui ornent la partie orientale de Turin.

Repassons rapidement le pont du Pô et la place du même nom (PL 276).

Cette place, que nous connaissons déjà, se nomme encore place de la venue du Roi, et sert de promenade. On y jouit d’une vue peu étendue, mais très-riche sur la colline que nous venons de quitter. A cette promenade vient aboutir celle du rempart, ombragée par de beaux chênes, arbres aussi rarement employés dans les promenades des villes qu’ils sont communs dans les campagnes.

Des faubourgs mal bâtis ou des murailles ruinées ne défigurent point les entrées de Turin. Les rues sont spacieuses, propres , alignées; elles se croisent à angles droits, et vont la plupart d’un

TURIN

bout de la ville à l'autre. Elles sont toutes arrosées par des ruisseaux d’une eau limpide et courante, qui en facilitent le nettoiement. On traverse ces ruisseaux , trop larges pour une seule enjambée, tantôt sur des petits ponts formés d une large dalle , que supportent deux pierres , ressortant du pavé en forme de piles, tantôt sur ces piles memes , dont la hauteur n’excède que de quelques pouces le niveau de l’eau.

Une rue longue et régulière, Via del Pô , nous conduit sous de magnifiques arcades (car Turin est la ville aux arcades , ornement si commode et si gracieux) , jusqu’à une belle et vaste place. Regardez de tous côtés :

voici des portiques, continuation de ceux qui nous ont amenés jusqu’au point où nous sommes. Maintenant voyez en face de vous , ce grand , vieux et solitaire bâtiment, qui s’élève au milieu de la place (PI. 278). Il semble que tous les jeunes monumens se soient reculés pour lui faire hommage, et l’entourer à distance. Lui , cependant;, vous oflre ses deux tours en briques rouges, ses créneaux et ses murailles de vieille forteresse. La place tourne autour de cet édifice, qui se tient là debout tout seul : tournons aussi à notre tour pour le voir de tous côtés. Quelle surprise ! quel étrange contraste! quelle jolie, élégante et moderne façade (PI. 279)!

Appartient-elle bien réellement à ces vieux donjons que nous venons de voir ? C’est à douter de la réalité. Tout cela pourtant ne forme qu’un même bâtiment, connu sous le nom du château , il Castello. La place qui s’étend au-devant de cet édifice , a pris son nom.

Les premiers murs du château datent du treizième siècle. Restauré en partie en 1 4 1 6, par le duc Amédée vm,

il ne dut sa façade , dans ces derniers temps , qu’à la munificence de la duchesse de Nemours. Mais, par une négligence étonnante, ou du moins par un respect dont nous sommes loin de nous plaindre, la partie postérieure de l’édifice offre , encore intacts , les vestiges de sa primitive construction.

Le château possède un beau musée nouvellement formé, et dans lequel on a réuni les principaux tableaux qui ornaient les divers palais du roi ; on peut surtout remarquer au nombre des plus importantes richesses de cette galerie, les tableaux de 1 ’Albane, représentant les quatre élémens. On remarque aussi une vierge., qu’on attribue, avec doute, à Raphaël.

En regardant la façade du château , vous avez à votre gauche une place qui n’est, à vrai dire, qu’une continuation de celle qui entoure le château , bien qu’on l’ait désignée par un autre nom.

C’est la Place Royale , pour laquelle le gouvernement a décidé de nouveaux embellissemens , et une plus vaste étendue. Lorsqu’elle sera entièrement terminée , deux grands corps de bâtimens particuliers , et deux belles allées d’arbres l’encadreront de leurs gracieux hémicycles.

Regardez au fond de cette place : voyez-vous un grand bâtiment déployer ses trois ailes autour d’une vaste cour ? C’est le palais du roi (PI. 279), dont l’extérieur annonce moins la demeure d’un souverain que la maison d’un riche bourgeois. Ce qui le dépare le plus , à mon avis , est son humble toiture en tuile cannelée, qui ne diffère en rien de celles des plus simples maisons de village. Le premier objet d’art que présente le palais, est la statue équestre de Victor-Amédée, placée sur le grand escalier, ar-

mée de pied en cap , et montée sur un cheval de bataille (vrai Bucéphale), qui, fier, indompté, foule le corps de deux hommes prosternés.

L’intérieur du palais , qui ne peut plus être vu que par faveur spéciale , est vraiment royal ; c’est-à-dire qu’il est riche, majestueux , brillant , chargé d’ornemens, mais dépourvu des choses les plus utiles. Les appartemens d’honneur sont extrêmement splendides ; les murs en sont enrichis de peintures à fresque , dues àpresque toutes les écoles que les Italiens appellent ultramontaines, qui sont les écoles hollandaise , flamande et française. La plupart des tableaux viennent de la succession du fameux prince Eugène, le plus distingué des membres de la maison de Savoie. La galerie de ce palais , si souvent décrite et tant louée, a toute la magnificence que peuvent donner les fresques et la dorure. Les nombreux et excellens portraits de Yandick qu elle renferme en font l’ornement le plus précieux.

Des pièces de toutes les grandeurs , des colonnes, des richesses, se succèdent-, des cabinets , des oratoires , des toilettes , des châsses , des trônes , des autels, des boudoirs, des salles d’audience sans fin sont vues et traversées avec fatigue.

Il n’est peut - être pas hors de propos de citer, à l’occasion du palais du roi, les principales résidences que le souverain du Piémont possède aux environs de Turin. Le château de Montcalier, dont la si tuation l’appelle celle de Saint-Germain-en-Laye, ou celle de Windsor, mérite une mention particulière ( PI. 276). Cette ancienne résidence des ducs et des rois de la maison de Savoie a toujours été préférée par eux, à cause de la salubrité de l’air qu’on y respire. Montcalier, (jui sous le régime français servit d’hô-

pital militaire, fut restauré par le roi Emmanuel, et plus tard ce nouveau Charles - Quint vint y terminer ses jours, après son abdication volontaire du trône.

Le château Valentin est une autre demeure royale non moins fastueuse que la précédente. Pour y arriver, il nous faut traverser toute la ville du nord au sud , passer la barrière de Montviso , laisser à notre droite l’immense citadelle de Turin, élevée sur une colline à l’extrémité occidentale de la ville, et nous engager dans une longue avenue qui conduit aussi aux jardins de botanique. A voir cette avenue, surles bords du Pô, on dirait d’un grand château de France, sur les rives de la Seine ou de l’Oise ; car le Valentin, qui doit ses embellissemens à Madame, Christine de France, fille de Henri iv, retrace bien plus vivement les environs de Paris qu’il ne porte en lui un caractère italien (PI. 281 ).

Les allées de ce château forment une superbe promenade, qui est moins fréquentée que les autres , parce qu’elle est plus éloignée. Pour terminer ces détails sur les châteaux du roi de Piémont, nous citei’ons encore la résidence de Raconis, moins à cause de la somptuosité de l’édifice , que pour ses souvenirs historiques. Tout rappelle en ce lieu la mémoire de deux grands capitaines , les principaux soutiens de la maison de Savoie , le prince Thomas et le prince Eugène.

En nous rendant à la place Saint- Charles, vers laquelle nous nous dirigeons maintenant, disons un mot des éidises de Turin.

Avant la révolution , cette ville en contenait cent dix, toutes magnifiquement dotées , riches en marbres et en tableaux ; mais aujourd'hui elles sont beaucoup moins propres à exciter l’ad-

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miration par la richesse de leurs ornemens, et, en général, elles ont plus d élégance que de beauté , à l’exception toutefois de celle de Saint-Philippe, qui offre une vaste nef et un beau portique moderne à colonnes striées. La coupole du dôme du Saint-Suaire ( la cathédrale ) ne peut manquer de réunir tous les suffrages: elle est, intérieurement, revêtue en entier d’un marbre noir , dont la teinte convient admirablement au demi-jour qu’on y a ménagé. Les yeux , en pénétrant sous cette voûte , se baissent involontairement : on est saisi d’une sorte de frisson religieux. Le saint suaire, auquel cette église a été consacrée dans l’origine , y est toujours gardé religieusement. Un voyageur raconte que cette relique fut montrée en sa présence au pape Pie vu, lors du passage de ce pontife à Turin. « Le saint suaire est une grande pièce de toile rousse assez fine et très-claire; il fut étalé sur une table qu’entouraient les cardinaux : le pontife était au bout. Je le vis s’incliner avec respect, puis baiser la sainte toile avec un signe de croix ; les cardinaux et tous les prêtres de sa suite l imitèrent. » Le saint suaire de Besançon, avant d’avoir été brûlé parles ennemis de la religion , qui se disaient les amis du peuple, disputait à celui de Turin l'identité que celui-ci réclamait à son tour.

A quelque distance de Saint-Philippe , nous voyons la place Saint- Charles (PI. 280), qui doit son nom à l'église Saint - Charles Borromée , située du côté delà rue de Porta-Nuova. Cette place dont on attribue le dernier dessin au célèbre comte Alfieri, est d’un aspect grandiose. Ces belles arcades, ornement qu’on a prodigué dans les rues de Turin, et qui, semblables à celles de notre rue de Rivoli , bordent P.

de chaque côté la place San-Carlo , forment une décoration convenable à un lieu destiné aux parades de la garnison. On voit sur cette place, ce qui n est pas rare en Italie, une église dont tout est terminé, sauf la façade.

Ce qu il y a de plus malencontreux ici, c’est que cette façade de brique fait parallèle à une autre entièrement achevée. Elles sont là depuis longues années : qui donc fera cesser cette disparité ?

Non loin de la place Saint-Charles on peut voir les bàtimens massifs de l’université : ce grand monument où plus d’une fois retentirent d’éloquentes paroles, contient une bibliothèque considérable , un musée de sculpture antique , un cabinet de médailles fort remarquable, un cabinet de physique que Beccaria a rendu immortel, et enfin un musée égyptien, l’un des plus riches de 1 Europe. Dans les environs, on montre aussi avec respect le paUis d Alfieri. Si , comme nous , le lecteur sent battre son cœur , s’animer sa curiosité, dès qu’il s agit des restes matériels qui peuvent attester encore le passage d’un grand homme sur la terre, qu il regarde cette fenêtre. C’est celle où Alfieri passait les nuits et les jours dans la contemplation de la demeure dune maîtresse dont il trouva bientôt les chaînes si insupportables.

Alfieri , le plus grand poète du Piémont, et l’un des meilleurs auteurs dramatiques de l’Italie , est aussi national dans cette contrée que Shakspeare l’est à Londres. Cependant ses tragédies , si belles de style, si admirables à la lecture, sont à la représentation trop régulières , trop compassées , trop sèches : son imitation de ! a simplicité antique est exagérée et fausse; ses quatre éternels personnages, malgré le pathétique et la vio-

lence même de leurs sentimens , ne suffisent point à animer la scène ; aussi, quand on joue une de ses pièces, chacun se croit obligé d’y aller par esprit public, mais tout le monde s’y ennuie , et s’y fatigue. Je ne crois point d’ailleurs que cet engouement pour Alfieri , qui veut être du patriotisme , soit bon aujourd’hui à quelque chose ; le patriotisme de ce grand poëte est hautain , haineux , emporté , exclusif; il doit être plutôt funeste aux Italiens , et les égarer , que les exalter et les anoblir.

« La simplicité d’Alfieri est vantée, ditM. Patin; mais il ne faut pas croire que ce soit la simplicité grecque; rien ne se ressemble moins. Pour les Grecs, l’action n’est qu’un moyen; pour Alfieri , c’est le but même du drame. L’é- * vénement importe peu aux Grecs ; ils ne s’en servent que pour amener la peinture variée des mœurs et des caractères , qui est leur unique affaire ; Alfieri subordonne , au contraire , cette peinture au tableau de l’événement qui l’occupe exclusivement ; tandis que les Grecs ralentissent à dessein le mouvement de la fable par de nombreux développemens , Alfieri supprime, au contraire, tout ce qui n’est pas absolument indispensable à la marche de son action. Chez lui , comme chez eux , l’intrigue n’est presque rien ; mais chez les Grecs la pauvreté des incidens est rachetée par la richesse des détails ; chez Alfieri, si la carrière est directe, elle est en même temps quelque peu aride , et j’aime mieux , quant à moi, les détours où se plaisait l’imagination des Grecs. Ses pièces , et surtout les scènes , sont généralement bien conduites , mais elles offrent quelque monotonie; son dialogue est pressé, rapide, énergique, mais il vise à l’effet , et n’a pas comme

dans les drames antiques , ce mouvement involontaire et facile , cet abandon négligé, qui ressemblent à la nature. Enfin, quoiqu’il soutienne avec fidélité ses caractères , on y sent l’arbitraire de la composition ; ils manquent de vie et de réalité, et sont trop souvent les représentans des sentimens de fauteur. »

h’hôtel-de-ville(P\. 281), terminé en i663, sur les dessins de Lanfranchi , est peut-être un peu surchargé d’ornemens , et paraît singulier par le romanesque des têtes de taureaux qu’on y a prodiguées ; mais, malgré ces légers défauts , ce monument fait honneur à son architecte. L’intérieur répond à la décoration du dehors : si les antiquaires regrettent qu’on ait fait disparaître les peintures de Jean Miele, et les inscriptions qui décoraient autrefois ce qu’on nomme le salon , les amis des arts se consolent de les voir remplacées par des monumeus dont la postérité s’énorgueillira.

Tandis que je visitais attentivement cet édifice , une église voisine vint à sonner l’heure. La plupart des horloges de Turin sonnent deux fois de suite la même heure , et quelques-unes même (celle de Saint-Philippe , par exemple), répètent à chaque quart d’heure l’indication de l’heure dont elles indiquent les fractions. Cet avis perpétuel et bruyant du passage du temps cause une sorte d’impatience et même de tristesse. La vie semble poussée , morcelée, brisée, et suivant le mot que Montaigne appliquait à Miremberg, de pareilles horloges, au lieu d’être des indicateurs du temps , deviennent comme des tocsins de la vie.

Si Turin a plus d’un point de contact avec nous, cette ville a aussi la gloire de rivaliser de plus d’une manière avec Milan. Même luxe d’architecture ( Mi-

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