‹ L'Italie (volume 3)Chapitre 34 sur 41 · AOSTE, ARON A, SIMPLON · texte numérisé non relu

AOSTE, ARON A, SIMPLON

lan contient , il est vrai, clés édifices plus gothiques et plus originaux ) ; même quantité de belles promenades , de sites romantiques , de villa pompeuses; même esprit social et politique ; mêmes succès dans les sciences ; même goût pour les arts et les plaisirs. Mais quelle disproportion entre l’industrie de Turin et celle de Milan ! Les

rues de Turin sont belles, mais désertes pour la plupart; le monde afflue dans celles de Milan. Si la population de la capitale de la Lombardie est double de celle de Turin, cette dernière ville occuperait à peine la moitié du sol de Milan. En un mot, Turin est une belle statue, à laquelle il manque la vie; Milan est la vie même.

AOSTE, AHONA, SIMPION.

En nous éloignant de Turin par le pont élevé sur la Doire, nous nous engageons dans de fertiles campagnes où nous voyons dominer surtout les plantations de mûriers. La soie du Piémont, on le sait, est la plus belle de l ltalie.

Bientôt nous atteignons Foglizzo, petit bourg sans importance , puis nous passons la Doire-Baltée sur un pont romain d’une seule arche. Ce pont, jeté sur des rocs escarpés , le château qui l’avoisine et qui est formé de quatre tours élevées , réunies par une haute muraille de briques, la campagne pittoresque , au fond de laquelle les maisons éparses d’Ivrée sont jetées comme des points blancs, tout cela forme un ensemble poétique plus accessible au crayon qu’à la parole. La grande tour d Ivrée me rappelle le rôle important que jouent les prisons dans l’histoire d’Italie. Outre les emprisonnemens politiques communs à tous les peuples et à tous les pays, jamais contrée n eut autant d’illustres captifs :

poètes, savans, historiens, artistes, pour peu qu’ils atteignissent à quelque célébrité, ont presque tous été enfermés. Il semble que la prison ait été un événement nécessaire dans la destinée

de tout ce qui s’éleva en ce pays. Elle fut pour la gloire ce qu’était à Athènes l’ostracisme pour la popularité, ou ce qu’est à Constantinople le cordon envoyé par le sultan au sujet qui doit mourir.

Au delà de la petite ville d’Ivrée vient Douas, où l’on voit, taillé dans le roc, un chemin attribué à Annibal.

On trouve ensuite Saint-Martin, puis BarcL et Chdtillon , qui , lors du passage de l’armée française par le grand Saint-Bernard, furent le théâtre des plus vives attaques de la part des F rançais , auxquels les Autrichiens opposèrent , mais en vain , une opiniâtre résistance. Après quelques heures de marche on aperçoit le sommet des maisons d 'Aoste , au fond de la vallée du même nom (PI. 282). Cette belle vallée , éloquemment décrite dans les divers ouvrages de M. Xavier de Maistre, et qui conserve les traits principaux de la nature alpine, tels que les torrens, les forêts, les rochers, les cascades, les abîmes, au fond desquels gronde la Doire, olïre encore à chaque pas des traces redoutables des deux premiers peuples guerriers de l’histoire : les Romains et les Français.

La ville d’Aoste est l’ancienne Au-

gusta Salassiorum, ou Augusta Prœtoria. Une colonie de trois mille soldats envoyés par Auguste la fit nommer ainsi. Aujourd’hui elle n’a d’autre avantage que sa position, favorable au commerce, à cause de plusieurs vallées qui y aboutissent, et dont elle est le centre et la capitale. Au milieu de la place publique, une colonne de pierre, surmontée d’une croix, a été élevée en souvenir de la fuite de Calvin de la cité cl’Aoste, à son retour d’Italie. Ne dirait-on pas , à la vue de celte étrange colonne , qu’il s’agit de la dispersion de quelque puissant vainqueur, au lieu de la retraite précipitée d’un homme errant , qui n’avait pour armes que des doctrines, devenues depuis si populaires?

A l’extrémité de la ville, du coté de la route qui mène au Saint-Bernard, la vue de l’amphithéâtre donne une idée de la cité d’Aoste au temps des Romains. Ce monument , de la grandeur des maîtres du monde, ne présente que des ruines; mais elles sont imposantes, et l’arc de triomphe d’Auguste , assez bien conservé (PI. a83 ), atteste la prospérité de la ville avant la chutede l’empire. La population deCrétins et d’ Albinos, qui habite la vallée d’Aoste , contraste singulièrement avec la beauté dusiteet la grandeur des antiquités romaines que l’on y trouve. En sortant d’Aoste , patrie de saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, nous inclinons un peu vers l’ouest où le saint Bernard déploie toutes ses magnificences, pour aller visiter une petite ville charmante , assise le plus pittoresquement du monde sur les bords d’un fleuve, et protégée de tous côtés par de hautes montagnes. C'est Villeneuved Aoste (PI. a83 ) , que sa position hors de la route vulgaire, empêche d’étre généralement visi té par les voyageurs,

quoique ses châteaux qui dominent les hauteurs, et ses points de vue déjà semblables à la nature suisse, soient bien dignes de leur admiration.

Laissons derrière nous la route du Saint-Bernard, mille fois parcourue, mille fois décrite, et dans laquelle retentissent encore les cris des conquérans français, et, au travers de la belle vallée d’Aoste , dirigeons-nous vers le lac Majeur. Entre ces deux points la route est directe. Parfois nous nous en écarterons de quelques pas pour admirer un beau site, ou pour contempler plus à notre aise les pitons élevés du mont Rosa ou du Saint-Bernard.

Parfois encore, excités par l’aspect intéressant de certains châteaux , nous prendrons nos crayons pour esquisser a l’ombre d’un arbre la façade ou le donjon antique d’un monument peu connu. Tels sont, par exemple, les châteaux de V erres et d’Emaville (PI.

284 ) , qui remontent à des temps anciens, et dont la forme et les détails sont tout-à-fait en harmonie avec le ciel du pays.

En voyant des paysans couper des joncs qui nous semblaient de loin des épis de blés, et faire fuire devant eux des oiseaux de toute espèce, nous nous sommes rappelé la charmante description de M. de Châteaubriand. « Les marais, tout nuisibles qu’ils semblent , ont cependant de grandes utilités ; leur limon et les cendres de leurs herbes fournissent des engrais aux laboureurs ; leurs roseaux donnent le feu et le toit à de pauvres familles, frêle couverture, en harmonie avec la vie de 1 homme et qui ne dure pas plus que nos jours! — En automne , ces marais sont plantés de joncs desséchés, qui donnent à la stérilité même l’air des plus opulentes moissons; le vent glissant sur ces roseaux, incline tour à

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