‹ L'Italie (volume 3)Chapitre 37 sur 41 · S I. MUSIQUE ITALIENNE. -PREMIERS OPÉRAS · texte numérisé non relu

S I. MUSIQUE ITALIENNE. -PREMIERS OPÉRAS

De tous les arts, celui qui frappe les sens de la manière la plus directe, la musique, a conquis depuis quelques années une place importante dans la société moderne. Autrefois c’était une étude et un plaisir de prince , un art réservé à un petit nombre d’élus ; aujourd’hui c’est le complément nécessaire de l’éducation. La demeure des femmes retentit des sons du piano ; les amateurs composent , les femmes du monde font des romances et même des partitions. Rien ne prouve mieux la prépondérance du matérialisme sur le temps où nous sommes. La poésie, chose tout intellectuelle , est passée de mode; la littérature n’est plus qu’un métier , c’est la peinture et surtout la musique que l’on cherche et que l’on aime. Elles ne tiennent à l’âme que d’une manière secondaire : c’est par l’entremise des sens qu’elles pénètrent jusqu’à l'intelligence. Aussi devaientelles conquérir tout leur pouvoir à une époque où le spiritualisme^ étouffé par l’analyse et la philosophie , cède la place aux intérêts matériels.

Quelques contrées privilégiées se sont depuis long-temps livrées aux études musicales , avec un goût et un zèle au moins égal à celui que nous manifestons aujourd’hui. A la tête de ces pays éminemment artistiques, il faut placer ! Italie ; on y a de tout temps fait de la musique, de la peinture, de la sculpture et de la belle et noble architecture. Chez nous, 1 appréciation de ces arts est souvent proportionnée aux dépenses qu’ils entraînent , beaucoup plus qu’aux jouissances qu’ils procurent ; en Italie, au contraire, les P.

arts ont été cultivés pour eux-mêmes, et cette tendance libérale du génie de ce peuple nous est démontrée par les plus lointains souvenirs de l’histoire.

Une foule d’écrivains et d’artistes ont déjà maintes fois analysé le génie de la musique italienne. Tantôt douce et insinuante, tantôt folâtre et gaie, tantôt simple et naïve, tantôt enfin sublime et pathétique, tour à tour elle nous charme et nous enlève: des hardiesses expressives , des licences heureuses , des routes de modulations détournées et savantes , et néanmoins toujours naturelles, voilà son caractère et ses richesses. Pour connaître d’une manière plus approfondie ses ressources intimes, il faut consulter les partitions de ses compositeurs et les critiques admirables de Jean-Jacques Rousseau, de Fétis et de Castil-Blaze. Nous avons étudié les ouvrages théoriques de ces divers auteurs, et nous avons trouvé plus facile pour nous, et plus avantageux pour le lecteur curieux de s’instruire, de le renvoyer directement à ces oeuvres que de lui en faire l’analyse. Un tableau rapide de la naissance tle l’art musical en Italie , de ses progrès et rie ses développemens, et un coup d’ceil sur son état actuel , telle est la tâche que nous nous sommes imposée, et dont nous viendrons facilement à bout , car nous avons sous les yeux le précieux travail de M. Castil-BJaze sur le même sujet.

Les premiers opéras établis en Italie, vers i43o , eurent pour objet les mystères. On conçoit sans peine que la religion dut exercer une sublime in-

fluence sur les œuvres musicales. Aussi, tandis que F église protestante, dont toutes les cantilènes sont fixées par la loi , s’oppose par cela même aux progrès de la musique , ces progrès sont vivement favorisés par le catholicisme qui s’adresse surtout à la passion. Un paysan italien , qui a entendu la messe en musique depuis son premier âge , qui , à force d’écouter chaque partie exécutée avec précision et netteté, a reçu le complément de son éducation musicale , assiste à la première représentation du Barbier de Séville de Bossini , rien ne lui échappe, il est bon juge , il comprend toute la partition , même dans ses finesses et ses délicatesses. Mettez à sa place un gentilhomme de Glascow , bien élevé , instruit, philosophe, poëte , si vous voulez , il sera de beaucoup inférieur au ddettante grossier dont nous venons de parler. La faculté d’entendre et d'apprécier la musique s’est perfectionnée et développée chez le paysan , elle est restée ensevelie chez l'Ecossais.

En i44° , sur une place publique de Rome , on représente la Conversion de saint Paul , drame lyrique de Francesco Baverini. Dautres opéras du même genre succèdent à celui-là. Les opéras profanes ne paraissent que vers i475. On cite à cette époque l’Orfeo , d’Ange Politien , et une tragédie en musique, exécutée à Rome en 1480, dont le cardinal Riatti , neveu du pape Sixte iv, avait fait les paroles. Plus tard , le pape Clément vi écrivit des livrets d’opéra , parmi lesquels on distingua Didone. Aux noces de Ferdinand de Médicis avec Christine de Lorraine , à Florence , on mit en scène un de ces drames en musique ou mêlés de musique. Tout n’était pas chanté dans ces premiers ouvrages ; celui-ci

avait pour titre : Combat d’ Apollon et du Serpent. On sait quelle magnificence don Garin de Tolède, vice-roi de Sicile, déploya pour faire représenter l'Aminta du Tasse et une autre pastorale de Transille ; elles étaient accom pagnées d’intermèdes et de chœurs , dont le jésuite Marotta fit la musique. Les papes avaient déjà un théâtre à décorations et à machines en i5oo ; et quand le cardinal Bertrand de Bibiena fît jouer devant Léon x la comédie de la Calandra , on y admira les peintures de Peruzzi. La science des machines et des décors sembla naître comme par enchantement. La magnificence et la variété des cbangemens de scène employés alors tiennent du prodige.

Quelques scènes d’une pastorale intitulée le Sacrifice , d’autres scènes de Y Infortunée et d’ Aréthuse, furent représentées à la cour de Ferrare, vers i55o. Toute celle musique était dans de genre madrigalesque ; c’était du contre-point , et les instrumens de l’orchestre jouaient les mêmes parties que les acteurs, et chantaient sur le théâtre.

Emilio del Cavalière , célèbre musicien de Rome , réussit à donner une allure moins lourde au contre-point de ses madrigaux dramatiques ; mais il ignorait l’art de débiter rapidement les paroles au moyen du récitatif. Toutefois , la tentative de ce maître fit grand bruit en Italie; elle fixa l’attention de Jean Bardi , comte de Vernio. Les savans , les artistes , se réunissaient chez lui à Florence; et, dans cette société d’hommes de mérite, on distinguait Vincent Galilée , père du célèbre astronome, Mei et Caccini. Le contrepoint introduit dans le drame les révoltait ; ils voulurent remonter à la déclamation musicale des Grecs, et trouvèrent le récitatif. Galilée en fît

Page 1