‹ L'Italie (volume 3)Chapitre 7 sur 41 · ILE D · texte numérisé non relu

ILE D

Vile d'Elbe n'était que l'avant -scène de Ste. -Hélène.

Tu tombas cependant de ce sublime faîte.

Sur ce rocher désert jeté par la tempête ,

Tu vis tes ennemis déchirer ton manteau ;

Et le sort, ce seul dieu qu’adora tou audace , Pour dernière faveur t’accorda cet espace Entre le trône et le tombeau.

Oh ! qui m’aurait donné d'y sonder ta pensée Lorsque le souvenir de ta grandeur passée Venait comme unremordst assaillir loin du bruit, Et que , les bras croisés sur ta large poitrine , Sur ton front chauve et nu que la pensée incline L’horreur passait comme la nuit !

Tel qu’un pasteur, debout, sur la rive profonde Voit son ombre de loin se promener sur l’onde , Et du fleuve orageux suivre en flottant le cours ; Tel, du sommet désert de ta grandeur suprême, Dans I ombre du passé tu te cherchais toi-mème ; Tu rappelais tes anciens jours.

Ils passaient devant toi comme des flots sublimes Dont l'œil voit sur les mers étinceler les cimes , Ton oreille écoutait leur bruit harmonieux ;

Et d un reflet de gloire éclairant ton visage , Chaque flot t'apportait une brillante image Que tu suivais long-temps des yeux.

Je n ai jamais lu sans attendrissement le passage suivant du Mémorial de Las-Cases. « Napoléon nous disait » que pendant son séjour à l’île d’Elbe » (il avait conservé les couleurs trico- » lores ) , son pavillon était demeuré » le premier delà Méditerranée. Il était » sacré, disait-il, pour les Barbares- » ques, qui d'ordinaire faisaient des » présens aux capitaines, en ajou- » tant qu ils acquittaient la dette de » Moscou.

» Le grand -maréchal nous disait » que quelques bâtimens réunis de » cette nation étant venus mouiller à » l île dElbe, y avaient donné beau- » coup d’inquiétude. On avait inter- » rogé ces gens-là sur leur intention , » et fini par leur demander nettement » s’ils avaient quelque projet hostile ; » ils avaient répondu : Contre le grand

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b Napoléon! ah! jamais. Nous ne faib sons pas la guerre à Dieu.

b Quand le pavillon de l’île d’Elbe b entrait dans un des ports de la Mé- » diterranée, Livourne excepté, il y b était reçu avec de vives acclamations; b c’était la patrie qui semblait reve- » nir.

b Tout est gradation dans ce monde, b concluait l’empereur. L’île d’Elbe, b trouvée si mauvaise il y a un an , b est un lieu de délices comparée à b Sainte-Hélène. Quant à Sainte-Héb lène, elle peut défier tous les regrets b à venir, b

Comme je l’ai déjà dit, je me préparais à un voyage dans l’Italie. L’île d Elbe était une sorte d’avant-poste, un point de station préliminaire d’où je planais en quelque sorte sur la péninsule entière. Ma pensée l’embrassait dans son ensemble. Alors me revint en mémoire un travail que Napoléon dicta un jour à Las-Cases.

« La lecture d Arcole a réveillé les idées de l’empereur sur ce qu’il appelait le beau théâtre de l’Italie. Il nous a commandé de le suivre au salon et nous y a dicté durant plusieurs heures. 11 avait fait étendre son immense carte d’Italie qui couvrait la plus grande partie du salon, et, couché dessus, il la parcourait à quatre pâtes , un compas et un crayon rouge à la main, comparant les distances à l’aide d’une longue ficelle, dont l’un de nous tenait une des extrémités. « C’est comme cela, me disait-il, riant de la posture où je le voyais, qu’il faut toiser un pays pour en prendre une idée juste et faire un bon plan de campagne. B

b Ce qu’il a dicté peut servir de base à un très-beau morceau de géographie politique sur l’Italie -, le voici :

b L’Italie est une des plus belles par-

ties de l’Europe, c’est une presqu’île environnée à l’ouest, au sud et à l’est, par la Méditerranée et l’Adriatique.

Elle est bornée du côté du continent par la chaîne des Alpes , montagnes les plus hautes de l’Europe , d’où descendent les rivières qui forment la vallée du Pô et se jettent dans l’Adriatique.

Cette chaîne la sépare de la Suisse, de l’Allemagne et de la France. Elle forme un demi-cercle depuis le nord-ouest jusqu’au nord-est. Ce demi-cercle peut être considéré comme décrit de Parme pris pour centre; son extrémité de gauche passe sur l'embouchure du Yar, son milieu sur le Saint-Gothard, et son extrémité droite sur l’embouchure du Lisonzo. Voilà les bornes naturelles du continent de l’Italie.

» En dedans de ces limites se trouventles bailliages suisses, la Yalteline, une partie du Tyrol, pays tous sur le penchant des Alpes, vers 1 Italie, qui en font ainsi géographiquement partie, bien qu’ils ne lui appartiennent pas politiquement. C’est une espèce de compensation pour le duché de Savoie, partie politique de l’Italie, bien qu’elle lui soit géographiquement tout-à-fait étrangère, puisqu’elle est au delà des Alpes, et que toutes ses eaux déversent dans le Rhône.

» Du côté de l’est, Mont-Falcone, le comté de Gorice et une partie de l’Istrie, ont toujours fait partie de l’Italie, bien qu’en dehors de notre demicercle. Il est vrai qu’une autre limite naturelle serait encore de suivre la chaîne des Alpes de la Carniole, qui prend au-dessous dldria, et arrive jusqu’à Fiume.

» La Dalmatie, les bouches du Cattaro , soumises à la république de Venise depuis plusieurs siècles, ont toujours été considérées comme faisant partie de l’Italie, mais géographique-

ment elles appartiennent à l’Illyrie.

Il en est d’elles comme de la Savoie.

» Les deux grandes îles de Sicile et de Sardaigne font aussi partie de l’Italie.

» L’Italie à l’ouest est séparée de la France parle Aar,les monts Viso, Genèvre, Cénis, Saint-Bernard etSimplon. Elle est séparée au nord de la Suisse par le Simplon et le Saint-Gothard; enfin le Brenner, le col de Tarvis et le Lisonzo, la séparent des états héréditaires de la maison d’Autriche.

» L’Italie confine avec la Provence et le Dauphiné, provinces de France.

Elle confine avec le Tyrol, la Carinthie, la Carniole etl lstrie, provinces d’Autriche

» La France communique avec l’Italie en passant le Var aux environs de ]NTice;de làon gagne Gênes et Florence, par le chemin de la Corniche, et Turin par le col du Tende. La France communique encore avec 1 Italie par les cols des monts Genèvre, Cénis et du petit Saint-Bernard.

» La Suisse communique avec l’Italie parles cols du grand Saint-Bernard,du Simplon et du Saint-Gothard.

» L’Allemagne communique par les cols du Brenner, de Tarvis, et parles divers débouchés du Lisonzo.

» Le Saint- Gothard estle col le plus élevé des Alpes. A partir de ce col, les autres vont toujours en baissant; ainsi le Saint-Gothard est plus haut que le Brenner; celui-ci que les montagnes de Cadore ; les montagnes de Cadore que le col de Tarvis et les montagnes de Carniole. De l’autre côté le Saint- Gothard est plus haut que le Simplon ; le Simplon plushaut que le Saint-Bernard ; le Saint-Bernard plus haut que le Mont-Cénis ; le Mont-Cénis que le col de Tende. Depuiscelui-ci , les Alpes continuent à baisser et finissent enfin

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