‹ L'Italie (volume 3)Chapitre 8 sur 41 · ILE D’ELBE · texte numérisé non relu

ILE D’ELBE

aux montagnes Saint-Jacques, près de Savone, où commencent les Apennins.

Alors la chaîne de l’Apennin se relève toujours en augmentant par un mouvement inverse. Elle longe toute la presqu îlejusqu’à 1 extrémité du royaume de Naples. Les Apennins sont des montagnes du second ordre. LTne partie deleurs eaux se rendent dansle Pô ; le reste coule dans l’Adriatique et la Méditerranée.

» De l’embouchure du Var à celle du Lisonzo, diamètre de la demi-circonférence, il y a cent ving t-cinq lieues de vingt-cinq degrés, ce qui donne à la demi-circonférence des Alpes , si elle était régulière ,cent quatre-vingt; mais à cause des sinuosités on en compte plus de deux cent trente ; ainsi tous les points des Alpes sont éloignés de Parme de cinquante à soixante lieues.

» Depuis Parme jusqu à Rome il y a quatre vingts lieues, et depuis Piome jusqu à 1 extrémité de la Basilicate, où remonte le golfe de Tarente, quatrevingt-quinze lieues ; et jusqu’à Reggio, extrémité de la botte, cent vingt lieues; ainsi depuis le "Saint-Gothard jusqu’à Reggio il y a deux cent cinquante lieues.

n Les cinquante lieues du nord jusqu'à Parme pourront être regardées comme continentales; les deux cents autres formeront la presqu’île qui commencera à la hauteur de Parme, et aura dans toute son étendue environ quarante ou cinquante lieues de large; car de Livourne à Rirnini il y a cinquante lieues ; de Teracine à Termoîi quarante lieues; de Naples à Manfredonia quarante lieues ; de Monteleone à Brendisi, soixante lieues.

» De Reggio à Naples la carte de poste marque cent soixante-dix lieues, de Naples à Rome soixante lieues, ce qui fait deux cent trente; de Rome à

Parme quatre-vingt-douze lieues; de Parme au Saint-Gothard cent lieues, ce qui ferait de Saint-Gothard à Reggio quatre cent vingt-deux lieues de poste.

Enenôlant un dixième, il resterait trois cent quatre-vingts lieues; nous n’en avons compté que deux cent cinquante ; différence , cent trente, ou un tiers, entre la distance astronomique et les grandes routes qui sout obligées de suivre les contours des montagnes , et de passer par les grandes villes , et dans le calcul desquelles on est forcé de considérer les pentes et les difficultés des chemins, comme aussi les privilèges que demandent les localités et qu’établissent les maîtres de postes.

» La partie de l’Italie contenue dans le demi-cercle a cinq mille lieues carrées. A partir du diamètre de ce demicercle, 1 Italie se prolonge en forme de botte qui, ayant deux cents lieues de longueur et quarante à cinquante lieues de largeur, donne depuis Parme jusqu au golfe de Tarente huit mille lieues carrées; la Sicile avec la Sardaigne, deux mille lieues carrées : total , quinze mille lieues carrées. Ainsi, près des deux tiers de l’Italie sont répartis sur une ligne prolongée, environnée de tous côtés des mers Méditerranée et Adriatique.

» Cette singulière configuration a incontestablement contribué aux destinées de ce beau pays. Si la presqu’île, au lieu de quarante à cinquante lieues de large, avait eu quatre-vingt-dix ou cent lieues, et avait été moins longue de moitié, le point central aurait été plus rapproché de toutes les extrémités; les intérêts seraient devenus plus communs ; la nation, répandue sur de plus petitesdistances, aurait eu plus d’uniformité, elleauraitlutté avec plus davantage contre les actes qui tendaient à la morceler, et la force d’ad-

liérence, qui a constitué l’Angleterre, la France et l’Espagne, aurait agi sur l’Italie.

» Les côtes de la rivière de Gênes sont de cinquante lieues; la presqu’île a environ deux cent cinquante lieues de côtes de chaque côté. La base , depuis Reggio à Tarente et au delà, a cent lieues , ce qui ferait six cent cinquante lieues pour le littoral de la péninsule italique. Les côtes de l’état de Venise jusqu’à Fi unie ont trente lieues; celles de la Sicile deux cent cinquante lieues ; la Sardaigne deux cents lieues ; l’Italie a donc un littoral de onze à douze cents lieues, c’est-à-dire égal à celui des îles britanniques, qui est aussi de douze cents lieues, et presque le double de celui de la France, qui n’est que de sept cents lieues.

» Les villes de Nice, de Gênes, de Livourne, toutes les petites villes sur les côtes des deux rivières de Gênes, sont très-peuplées. La population de Naples et de toutes les villes du royaume, celle d Ancône et de toutes les petites villes de la Romagne, enfin celle de Venise, celle des côtes de Sardaigne , de Cagliari, et en Sicile celle de Palerme, Syracuse, forment une population maritime d’une grande importance.

» Les rades de Ventimiglia, de Vado, de Gênes, de la Spezia, de Porto- Ferrajo, du golfe de Naples, de Tarente, d’Ancône, de Venise; celles de la Sicile ^ celles de l’Istrie, de la Dalmatie , de Raguse , des bouches du Cattaro, appartiennent toutes à lltalie

» Si toutes ces parties eussent été réunies en un seul grand état, il eût été une des puissances maritimes du premier ordre. Les chanvres de la vallée du Pô., les bois de l’Apennin, ceux de l lstrie , les fers de l île d Elbe ,

du Brescian, fournissaient en abondance tout ce qui est nécessaire pour le matériel d’unegrandemarine. Gênes, Pise, Venise, ont été les premières puissances maritimes de l’Europe dans le moyen-âge.

» L’Italie, battue de trois côtés par la mer, n’a de frontières de terre qu’à peu près deux cents lieues , c’est moins que le tiers des frontières de la F rance ; et encore en front serait-elle défendue par les barrières les plus fortes qui puissent repousser les nations.

» L’Italie, ayant dix-sept à dix -huit millions de population, compris ses deux grandes îles , pourrait facilement avoir une armée de deux cent mille hommes. Dans l’état actuel de son agriculture, elle se fût difficilement procuré les chevaux nécessaires ; mais dans le moyen-âge elle en produisait beaucoup, et si cette nation eût toujours été militaire, elle eût continué la culture des chevaux.

» La bravoure des troupes italiennes ne peut être mise en doute à aucune époque. Il suffit de nommer Rome et tous les condottieri du moyen-âge, et de nos jours les troupes de la république cisalpine ou du royaume d’Italie, etc., etc.

» Appelée par sa position et l’étendue de ses côtes à être la dominatrice de la Méditerranée, lltalie n’aurait à craindre d’invasion que par les Alpes, plus faciles à défendre que toute autre frontière de lEurope. Une vingtaine de places fortes, grandes et petites, suffiraient pour intercepter tous les débouchés des Alpes.

» Tant que l’Italie a été livrée à ellemême, et que l’influence de l’Allemagne et delà France n’a été qu’auxiliaire et n’a pas du tout maîtrisé l’Italie, elle s’est divisée en trois masses qui sont les divisions géographiques naturelles.

Page 1